Zinaïda Grigorievna Morozova (Зинаида Григорьевна Морозова), en troisièmes noces Rheinbott, née Zinovia Grigorievna Zimina en 1867 à Orekhovo-Zouïevo et morte le au village d'Ilinskoïe, est une mécène et salonnière russe, épouse en secondes noces du richissime industriel moscovite Savva Morozov (1862-1905).

Biographie Origine Les Morozov considéraient qu'elle n'était pas issue d'une et qu'elle n'était qu'une divorcée M. Gavline, Les Médicis russes: portraits d'entrepreneurs [Российские Медичи: портреты предпринимателей], éd. Terra, 1996, p. 101 Бурышкин, Павел Афанасьевич, Глава II, Москва купеческая, М., Столица, 1990, pp. 114-115, p. 352, , pourtant Zinovia (Zinaïda) Zimina naît dans une famille de marchands vieux-croyants à l'abri du besoin, même si elle n'était pas particulièrement distinguée. Son grand-père, Efim Stepanovitch Zimine (1794-vers 1875), faisait partie de la 2e guilde de marchands de Pavlovski Possad. Il faisait commerce dans les années 1860 de produits manufacturés sur la Moskova, ce qui lui permit en 1866 d'être inscrit à la 2e guilde des marchands de Moscou en qualité d'entrepreneur extérieur à la ville. Son fils Grigori (devenu plus tard bourgeois d'honneur héréditaire) hérite des biens de son père et fait commerce des produits de l'usine familiale de teinture et de tissageP.A. Bourychkine dans son livre Moscou la marchande («Москва купеческая») livre une autre version erronée de ses origines: « Savva Timofeïevitch Morozov était marié avec une ancienne employée de la manufacture de Nikolski où elle était en son temps préposée ». Au début, elle s'est mariée avec un entrepreneur de la famille Zimine et devenue veuve a épousé Savva Morozov. Бурышкин, Павел Афанасьевич, Глава II, Москва купеческая, М., Столица, 1990, pp. 114—115, 352 pages, , la

Premier mariage Zinovia Grigorievna reçoit une éducation à domicile, se passionne pour la musique et le théâtre. Ses parents la marient à dix-sept ans à Sergueï Vikoulovitch Morozov (1860-1921) descendant de Vikoula Morozov, et frère puîné d'Alexeï Morozov, de la fameuse et richissime famille d'entrepreneurs. Vikoula Elisseïevitch Morozov était le propriétaire de l'usine de Nikolskoïe (Compagnie Vikoula Morozov & Fils) et tous les membres de cette famille étaient également vieux-croyants de la branche des bezpopovsty (c'est-à-dire et proches de la mentalité entrepreneuriale des protestants réfractaires) des pomores. . Le mariage n'est pas heureux. Zinaïda Grigorievna se souvient: Leur rapport étrange est remarqué par leur entourage, l'une de leurs relations le décrivit ainsi: « Je ne pense pas qu'il y ait eu de l'amour entre eux. Seulement, elle était très vive, énergique et lui plutôt faible de caractère et très nerveux. Il était plutôt joli garçon avec de beaux cheveux. Il faisait penser à un FrançaisEuphémisme pour dire qu'il était un peu maniéré. dans ses manières » Федорец А., Глава третья Большая страсть честолюбивого упрямца. Молодость, брак, университет, Савва Морозов, М., Молодая гвардия, 2013, .

Leur divorce, dont Zinovia (Zinaïda) Grigorievna est à l'initiative, est prononcé le . Elle n'a pas encore vingt ans.

Deuxième mariage thumb|180px|left|Savva Morozov. Elle fait la connaissance de Savva Morozov lors de la cérémonie de son premier mariage, à laquelle il a assisté en tant que cousin du marié; son père, Timofeï Morozov (1823-1889), est le fondateur de l'autre ligne des Morozov, propriétaire de la Compagnie de l'usine de Nikolskoïe, fabriquant des tissus de coton. Lorsque Savva Morozov invite un jour les jeunes époux à l'une de ses soirées, qu'il organise à la salle des fêtes de son usine, Sergueï Morozov décline préférant aller à la chasse et Zinovia s'y rend seule. Savva Morozov la fait entrer à son bras et bientôt des rumeurs parviennent à la mère de Savva, Maria Fiodorovna Morozova, selon lesquelles son fils auraient des rendez-vous secrets avec Zinovia. Les deux amants entament une liaison passionnée, mais la décision de divorcer n'est pas aisée pour elle à cause de son éducation stricte. Elle écrit dans ses souvenirs: « Quand mon amour pour Savva Timofeïevitch a commencé, nous nous trouvions Sergueï Vikoulovitch et moi en Crimée, j'étais en larmes, je pleurais des jours entiers et je me demandais si je devais divorcer ou non…»

Après le divorce de Zinovia (Zinaïda), dix-huit mois se passent et bientôt il n'est plus possible pour elle de cacher le fait qu'elle est enceinte de Savva. Pour les parents du jeune homme qui étaient opposés à ce qu'il continue à voir , c'est comme un . Épouser une divorcée est à l'époque et encore plus chez les vieux-croyants une honte, qui atteint non seulement les mariés, mais leur famille tout entière. Zinaïda écrit encore : « Après que Sergueï et moi avons divorcé, j'ai reçu la bague au doigt une seconde fois…Mon père m'a dit: Ma fille, plutôt te voir dans un cercueil que de supporter une telle honte!». Maria Fiodorovna Morozova accueille quant à elle la nouvelle d'une façon dont Savva se souviendra avec rancœur: .

Le mariage de Savva Morozov âgé de vingt-six ans et de Zinovia (Zinaïda) âgée de vingt-et-un ans a lieu le . En cadeau de mariage, Savva achète un hôtel particulier à sa femme rue Bolchaïa Nikitskaïa qu'il met au nom de Zinovia/Zinaïda, et qui leur permet de vivre en dehors de chez leurs parents. Plus tard en 1898, ils le vendent à l'industriel V.A. Baline (1878-1938), qui le fait entièrement reconstruire. Remarquant que pour tenir son rang en société, sa jeune épouse manque de l'éducation nécessaire, il lui fait donner rapidement des leçons de français et d'anglais et prend des mesures pour parfaire son vernis mondain. Les contemporains observent le caractère de la jeune femme: . Elle change son prénom démodé de Zinovia (typique chez les vieux-croyants) en celui plus à la mode de Zinaïda (Zénaïde en français). Elle n'est pas vraiment une beauté, mais elle est attirante et a beaucoup de charme. Elle se plaît à et à mener une vie mondaine, bals, réceptions, concerts de charité...et le désir d'être la première met parfois son mari en difficulté. Ainsi lorsqu'en 1896 la famille impériale et sa suite visitent l'Exposition de toute la Russie de Nijni Novgorod (dont Savva Morozov est directeur du comité), l'on remarque que sa traîne est plus longue que celle de l'impératrice Alexandra, ce qui est un manquement à l'étiquette. thumb|Hôtel particulier de Zinaïda Morozova. Le désir de briller entraîne de nombreuses dépenses, mais pour sa chère épouse Savva Morozov met tous les moyens. Au début des années 1890, il achète rue Spiridonovka un hôtel particulier avec jardin qu'il met au nom de sa femme. On fait appel à Franz Schechtel pour le reconstruire et les Morozov donnent un grand bal pour la pendaison de crémaillère dont le tout-Moscou s'émerveille. Le prince Chtcherbatov écrit Александра Калякина. Эпоха и лица: Роман вдовы с градоначальником // Родина : Журнал. — М., 2000. — № 8. Архивировано:

Son arrivisme était parfois moqué, mais son salon était fréquenté aussi bien par Chaliapine, Mamontov, Serge Witte S.V. Davidenko, Conférence sur les Morozov, 1996, des peintres, des écrivains, des acteurs que des aristocrates. Savva Morozov préférait quant à lui rester en dehors de ces réceptions, se vouant à son travail. Anton Tchekhov, qui était familier des Morozov, a confié dans une lettre à Olga Knipper du : « Pourquoi Savva Morozov laisse-t-il entrer les aristocrates ? Après tout, ils vont dîner, puis, en sortant, se moquer de lui, comme d'un Iakoute. Moi j'aurais jeté dehors tout ce troupeau ». Zinaïda Grigorievna aimait sincèrement l'œuvre et la personne de Tchekhov. Elle décrit ainsi un épisode dans ses souvenirs: Jeu de mots en russe car petit oreiller se dit podouchetchka.; . Cet oreiller est conservé aujourd'hui à la Datcha blanche de Yalta, musée consacré à l'écrivain dans son ancienne villa Душечка.

Zinaïda Morozova s'investit aussi dans des œuvres de charité: elle organise des concerts de bienfaisance, des bazars de charité pour réunir des fonds en faveur des pèlerins de Jérusalem et fait partie de divers comité de charité. Elle finance en 1913 un immeuble d'appartements à loyer modéré portant le nom de son défunt mari Article sur les Morozov, in Grande Encyclopédie russe, réd. Sergueï Kravets, Moscou, 2013, tome XXI, pp. 146-147, 768 pages, . Au début de la Première Guerre mondiale, elle réunit des fonds pour les soldats blessés.

Peu à peu, la différence de caractères éloigne les époux. Zinaïda est toujours désireuse d'être au premier plan, tandis que Savva préfère mener une vie plus calme. Au début des années 1900, Morozov s'intéressa aux nouvelles idées qui débouchèrent sur 1905 et se montra en faveur d'un régime constitutionnel. Il fournit même des subsides à certaines figures politiques qui deviendront bolchéviques N.G. Doumova (Думова Н. Г.), En coulisses. Les mécènes moscovites (За кулисами, Московские меценаты), М., Молодая гвардия, 1992, pp. 152-153, 333 pages, . Il se consacra surtout à la fondation du futur Théâtre d'art de Moscou pour lequel il ne ménagea pas son argent et ses forces. Il y fit la connaissance de l'actrice Maria Andreïeva qui bientôt fut souvent invitée à ses soirées. Constantin Stanislavsky écrivit à l'actrice : . La liaison de l'actrice avec Maxime Gorki commence au milieu de l'année 1903 et Morozov retourne vers sa femme qui venait d'accoucher de leur second fils, Savva. thumb|Intérieur de la maison de campagne des Morozov, le manoir de Pokrovskoïe-Roubtsovo.

En 1905, des bruits courent dans Moscou que Morozov souffrirait de troubles psychologiques. Des médecins connus sont invités par sa femme et par sa mère pour l'ausculter: ce sont le neuropathologue Grigori Rossolimo, les docteurs I.I. Selivanovski et Fiodor Grinevski. Le , ils délivrent leur verdict: Savva Timofeïevitch Morozov se trouve Maria Andreïeva reconnaît le : . Le , Morozov et sa femme partent pour Berlin, accompagnés du docteur Selivanovski, puis se rendent dans le Midi de la France, à Cannes pour se reposer. Morozov est retrouvé mort suicidé, le . Son corps est transporté à Moscou, accompagné de Zinaïda Grigorievna et de son neveu A.G. Karpov (fils de sa sœur, Anna Timofeïevna, et du professeur Guennadi Karpov).

Selon le testament de Morozov, Zinaïda Grigorievna obtient une part importante de l'héritage. Elle reçoit des biens immobiliers et une belle fortune en actions, elle devient propriétaire des usines et des mines de l'Oural de Morozov, et propriétaire de domaines dans le gouvernement de Vladimir et le gouvernement de Moscou. Le prince Piotr Dolgoroukov ayant invité la richissime veuve à entrer au parti cadet, celle-ci rétorque avec une fausse ingénuité mondaine qu'elle n'entrera

Troisième mariage thumb|left|Le général Rheinbott. Le mariage de Zinaïda Grigorievna, âgée de quarante ans, et du général-major de la Suite de Sa Majesté Impériale Anatole Anatolievitch Rheinbott, âgé de trente-neuf ans, est célébré le 7 août 1907 en l'église Saint-Nicolas du village de Lystsevo dans le gouvernement de Toula. Tatiana Axakova-Sivers rapporte qu'. La plupart des gens comprennent que les deux parties trouvent leur compte dans cette union: Rheinbott obtient l'assurance de régler ses problèmes d'argent et la richissime Zinaïda Grigorievna accède à la noblesse, ce qui lui permet de gravir encore un échelon afin d'être acceptée dans la haute société Александра Калякина, Эпоха и лица: Роман вдовы с градоначальником, lire en ligne, in Rodina, 2000. Tatiana Axakova-Sivers qualifie ce mariage, qui compliquait la vie de Zinaïda Grigorievna, de . Iouri Bakhrouchine note dans ses Mémoires: Бахрушин Ю. А., Воспоминания. — М., 1994. — С. 271.. thumb|Manoir de Zinaïda Grigorievna à Gorki. thumb|right|Vue aérienne du manoir de Gorki.