Les Beni Amer (en ), les Awamer ou encore al-Ameriya, sont une tribu algérienne issue de la confédération arabe tribale des Banu Hilal (rameau des Zoghba plus précisément) présente essentiellement en Algérie. Ils se sédentarisent dans la région de l’Oranie en se mêlant aux Berbères locaux. Ils sont mentionnés comme tribu makhzen des sultans zianides puis divisés entre les Espagnols qui occupent Oran, et la régence d'Alger. Ils sont progressivement marginalisés au profit des Douairs et des Smalas, deux tribus makhzen du beylik d'Oran. Ils retrouvent un rôle en soutien à l'émir Abd el-Kader face à la colonisation française. Les autorités coloniales vont ensuite scinder la tribu en deux, les Beni Amer Cheraga dans la région d'Oran et les Béni Amer Gheraba dans la région de Tlemcen.
Historique
Origine vignette|Arbre généalogique des Beni Amer Les Beni Amer sont une fraction des Zoghba, une des principales branches des Banu Hilal qui migre vers le Maghreb depuis l'Égypte sur injonction du calife fatimide.
Les Banu Hilal se sont installés au Maghreb et plus précisément en Algérie dans la région d'Oran.. (en provenance d'Égypte) au avant de s'installer durablement dans l'Oranie. en particulier autour de la future ville de Sidi Bel Abbes.
La tribu des Beni Amer se déplace progressivement vers l'Ouest : d’abord mentionnée dans le djebel Amour, elle occupe ensuite la région d'Oran.
Elle va servir dans le makhzen des Zianides avant que sa structure se modifie par brassage avec les sédentaires berbères. Au sein du makhzen, elle fait face à la concurrence des Beni Rached, une confédération zénète au . La période de la régence d'Alger, les intrigues des Espagnols à Oran, puis la colonisation française et la lutte de l'émir Abd el Kader vont affaiblir sa position dans l'ouest algérien et la morceler.
Ibn Khaldoun (1332-1406) les présente également comme «une fraction des Arabes zoghbiens (Zoghba)», avec les Ghanem, les Malek, les Hosein, les Aroua et les Yezid. Ils portent d'ailleurs le nom de leur confédération tribale originelle, les Banu Amer ibn Saasaa.
La filiation généalogique de la tribu des Beni Amer est la suivante: Amer ben Zoghba ben Hilal ben Amer ben Saa'saa' ben Mouawiya ben Bekr ben Hawazen ben Mansour Ben Ikrima Ben Khasafa Ben Kays 'Aylan ben Moder ben Nizar ben Mad ben Adnan..
C’est Ibn-Khaldoun qui nous donne l’information de la venue des Béni Amer au Tessala notamment : « Quant aux Béni Amer [Ibn-Zoghba], ils occupent le pays qui s’étend depuis Tessala et M’léta jusqu’au Zidour, et de là, à Guedara, montagne qui domine Oran » (Ibn-Khaldoun. 1977, p. 111). Il s’agit de l’époque de l’historien lui-même.
Par ailleurs, l’historien Abdelkader El-Mecherfi (mort en 1778), a écrit un factum « injurieux » contre certaines sections des Béni Amer du Tessala, ou du moins contre ceux qui étaient connus comme « maghatis », vassaux des espagnoles (El-Mecherfi, 1924, p. 193). Dans le récit de voyage de Mac Carthy, vers 1730, il est intéressant de lire le témoignage sur les Béni Amer vivant des plaines du Tessala. Il écrit : « … la plupart d’entre eux parlent très bien la langue espagnole… » (Shaw, 1830).
Léon l'Africain (1483-1530) les évoque dans sa Description de l'Afrique : « Ces Arabes, écrit-il, habitent sur les confins de Tlemcen et d’Oran et nomadisent dans le désert… ils sont stipendiés par le roi de Tlemcen. Ce sont des hommes d’une grande bravoure et très riches. Ils sont dans les , bien équipés… »..
Géographie Localisations de la tribu vignette|Région sous contrôle des Beni Amer au Les Beni Amer ont été divisés en quatre groupes en 1849 durant la colonisation française. (Gheraba, Dahra, Cheraga et Ouled NabetPierre Boyer, Historique des Béni Amer d'Oranie, des origines au Senatus Consulte In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°24, 1977. pp. 39-85 .).
Les communes actuelles auxquelles sont rattachés les tribus des Beni Amer. sont les suivantes : Oran, Tessala, Aïn Temouchent, Beni Saf,Mostaganem et Sidi Bel Abbes également a Mascara avec les béni chougrane. Au Maroc, les Hyayna et les Sheraga sont issues des Beni Amer de l'Oranie et Tlemcen, ces derniers ont été amenés par plusieurs sultans saadiens de la haouz de Fès, il faut également ne pas confondre avec les Beni Amir, qui eux sont descendants des Jochem.
Histoire Les Béni Amer, qui occupaient en 1830 une vaste zone située au sud de la Sebkha d'Oran, englobant le Tessala (Sidi Bel Abbès) et les plaines d'Aïn Temouchent et de la Mekerra, occupent l'Algérie depuis le . Rameau des Arabes zoghbiens, ils avaient quitté le désert égyptien sur l'injonction des Fatimides pour participer à la grande migration des tribus de Bani Hillal et leurs alliés, qui allait submerger peu à peu tout le Maghreb. À leur sujet, Ibn Khaldoun comparait l'invasion des Bani Hilal à une "nuée de sauterelles".
On peut suivre le cheminement des Beni Amer d'est en ouest : Tripolitaine, en 1050; Ifrikyia, en 1055. Il leur faudra plus de deux siècles pour atteindre l'Oranie. Au début du on les trouve, en compagnie d'autres Arabes, les Béni Yazid, tribu frère nomadisant du Mzab en hiver, au Hamza en été, sans dépasser à l'ouest le Nahr Ouassel et à l'est le Zahrez .Les Beni Amer sont alors formés à ce moment de trois grands groupes : 1- Beni Yacoub (Saïda), Beni Hamid (Oranie) et Chaffaï.
Ruée vers l'Ouest algérien Le glissement vers l'ouest se poursuit et ils se fixent un temps autour du Djebel Amour au milieu d'une confédération nomade berbère, d'origine zénète (Znata), les Béni Badin, qu'ils ne tardèrent pas à absorber dans leur confédération tribale. Vers le milieu du , Yaghmoracen, le chef des Abd el Wadides, fait appel aux Beni Amer qu'il connaît bien.. Il les installe dans le «désert de Tlemcen», probablement dans la région dite des Ankad. Pendant une trentaine d'années la confédération va servir assez loyalement Yaghmoracen. Les guerriers rejoignent les contingents Abd el Wadides lors des expéditions guerrières ou aident à la levée de l'impôt, tandis que le reste des tribus nomadise au sud des hauts-plateaux, poussant parfois des pointes vers la plaine du Hamza où les Béni Amer ont conservé des attaches.
Il semble qu'Yaghmoracen se soit bien gardé de leur assigner des terres dans le Tell, soit sous forme d'Iqtâ, sorte de fiefs accordés aux chefs, soit autrement. Et même son pouvoir s'étant, sinon consolidé, du moins raffermi, il n'hésita pas, vers la fin de son règne, à mettre fin à l'alliance jugée trop dangereuse avec les Beni Amer. Une partie de ceux-ci, les Beni Yacoub, fut contrainte de regagner le Hamza. Les autres, groupés autour des Beni Hamid retournèrent au désert.vignette|Camps des Beni Amer près de Sidi Bel Abbès.|325x325px
Mais ce refus d'utiliser les Arabes diminuait aussi la force du makhzen Abd el-Wadide et le successeur de Yaghmoracen se vit bloqué huit années durant, dans Tlemcen (1297-1304) par le Mérinide. Ce siège allait matérialiser la division en deux clans des Béni Amer jusque là relativement unis. En effet les Beni Yacoub qui n'avaient pas oublié les mauvais procédés d'Yaghmoracen à leur égard, firent des offres de service à l'assiégeant. Les Abd el Wadides ne purent dans ces conditions que recourir, pour survivre, à l'appui du çof Béni Amer opposé aux Beni Yacoub, à savoir les Béni Hamid.
Pendant toute la première moitié du , ces deux tribus sœurs ne cesseront de se combattre pour le compte d'autrui. On aurait tort cependant de croire que cette guerre intestine ait affaibli l'ensemble des Beni Amer, au contraire. Chaque parti fait chèrement payer son concours et les changements de camps qui ponctuent les années sont toujours profitables. Après la prise de TIemcen en 1337, la quasi-totalité de la confédération se retrouve sous la bannière des Béni Merin, à l'exception du cheikh Chiger et de ses proches, dont la fidélité aux Abd el Wadides sera tenue à l'époque pour une sorte d'excentricité. En revanche, après le désastre de Kairouan (1348) subi par l'armée mérinide, les Beni Amer se regroupent dans le makhzen abd el wadide, à l'exception d'une fraction de Béni Yacoub trop compromise; quatre ans après (1352), les Mérinides prennent leur revanche et Chiger, resté seul fidèle, doit fuir dans le désert.
Mais à partir de 1359, le rôle essentiel qu'ils vont jouer dans le rétablissement d'Abou Hamou Moussa II sur le trône de TIemcen et dans l'écrasement de la révolte d'Abou Zian de 1365, leur livrera tout le plat pays : «Dès lors, la puissance des Arabes se fit sentir de nouveau... s'étant établis dans les parties du tell que le gouvernement zénète ne pouvait plus défendre, ils entrèrent dans le Maghreb central par tous les défilés que l'on avait laissés sans garde et s'avancèrent dans l'intérieur de la province, mais graduellement, lentement, comme l'ombre que projette le soleil....». Les Beni Amer pour leur part, occuperont alors la plaine de la M'leta jusqu'aux abords d'Oran et le Tessala. Seules Souk El Mitou et Mazouna leur échappent : «Du reste son gouvernement (du sultan Abou Hamou) abandonna aux Beni Amer tout le plat pays et il s'en fallut de bien peu qu'ils ne s'emparassent aussi des grandes villes ». Pendant toute cette période, les clans de la tribu des Béni Amer vivent en complète indépendance. L'investiture que le sultan de Tlemcen accorde à leurs cheikhs, qui sont aussi chefs des contingents du makhzen, n'est qu'une formalité protocolaire, quoiqu'elle lui permette de s'immiscer dans les querelles intertribales.
Selon Léon l’Africain, les Beni Amer dominaient autrefois la région du Gourara, où ils imposaient un tribut aux ksouriens., ils se seraient ensuite déplacés vers le Tell. Bien que les habitants sédentaires berbères du Gourara aient conservé le souvenir des Beni Amer, ils ont fini par oublier leur ancienne présence
Au XVe siècle, Léon l'Africain affirme que la confédération peut aligner « 6000 beaux cavaliers, bien équipés ». C'est également la période d'émiettement des grandes confédérations : les Beni Amer y résistent bien, mais leur organisation interne est bouleversée. Les grandes divisions connues (Beni Hamid, Beni Yacoub ) s'estompent et de petites tribus comme les Chaffaï se sédentarisent à l'ouest de la M'leta. Enfin il y a un brassage progressif entre les nomades arabes et les sédentaire berbères. Ce brassage avec les Berbères n'est sans doute pas le premier, mais jusqu'alors il se faisait avec des Berbères ayant le même mode de vie (nomade et guerrier). Chez certaines factions comme les Ouled Khalfa, l’élément berbère devient majoritaire. Cette mutation prend aussi une couleur religieuse, les familles de marabouts berbères s'insèrent au cadre tribal existant en modifiant ainsi son orientation purement guerrière.
Quand commence le , les Beni Amer sont considérés "nobles" aux yeux des Espagnols. En effet, l'historien espagnol Marmol les tient pour "Seigneur des Berbères.", belliqueux et fiers.
Périodes espagnole et ottomane