Lucky Luke (prononcé en français : Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API. ; en anglais : Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.) est une série de bande dessinée belge de western humoristique créée par le dessinateur belge Morris dans lAlmanach 1947, un hors-série du journal Spirou publié en 1946. À partir de la neuvième histoire, après avoir coécrit quelques histoires avec son frère Louis, Morris collabore avec plusieurs scénaristes, dont le plus célèbre est René Goscinny. Depuis le décès de Morris en 2001, le dessin est assuré par Achdé.

La série met en scène Lucky Luke, un cow-boy solitaire du Far West, surnommé "l'homme qui tire plus vite que son ombre", accompagné de son fidèle cheval Jolly Jumper. Au fil de ses aventures, il rétablit la justice dans le Far West en pourchassant des bandits, notamment les célèbres frères Dalton. La série regorge de clins d’œil à l'époque du far west et d'éléments humoristiques parodiant les œuvres de western.

En 2021 la série comptait déjà , parus tout d'abord aux éditions Dupuis, puis Dargaud et enfin Lucky Comics. Chaque histoire a aussi été au préalable publiée dans un journal : entre 1946 et 1967 dans Spirou, entre 1967 et 1973 dans le journal Pilote, entre 1974 et 1975 dans Lucky Luke, de 1975 à 1976 dans l'édition française de Tintin, puis dans Spirou et Pif Gadget, ainsi que dans des magazines comme Paris Match ou VSD. Après la republication d'anciennes histoires à partir de 2006, la publication des nouveaux albums reprend dans le journal Spirou depuis 2010.

C'est l'une des bandes dessinées les plus célèbres et les plus vendues en Europe. Traduites dans de nombreuses langues, ses aventures se sont écoulées à plus de 300 millions d'exemplaires à travers le monde. La série a aussi été adaptée sous de multiples formes : longs-métrages d'animation et séries d'animation pour la télévision, films, jeux vidéo, jouets et jeux de société.

Le terme « Lucky Luke » est depuis devenu dans les sociétés française et belge synonyme de rapidité.

Historique Premières années vignette|gauche|redresse| Belle Épreuve Lucky Luke.Lucky Luke paraît pour la première fois en 1946 dans lAlmanach 47 du journal Spirou, avec l'histoire Arizona 1880.. Le style graphique de la série s'inspire alors des dessins animés de l'époque, avec des formes arrondies pour les personnages. Le scénario repose sur des rebondissements simples et des gags visuels.

Morris opte pour le journal Spirou plutôt que Tintin pour publier ses bandes dessinées, car il le trouve plus ouvert et fantaisiste que son rival, marqué par le style d'Hergé. De plus, il travaille déjà pour le studio de dessins animés des éditions Dupuis et a réalisé des cartoons pour le journal Le Moustique, alors propriété de Dupuis. Sur les conseils de son éditeur, il s'installe chez Jijé, considéré par Morris comme le seul auteur belge de l’époque à pratiquer sérieusement la bande dessinée. Là, il retrouve André Franquin, qui vient de reprendre Spirou et Fantasio, puis un peu plus tard Will, qui reprend Tif et Tondu. Auprès de Jijé, il apprend de nombreuses techniques, comme le croquis d'après nature, grâce à plusieurs séances hebdomadaires sur modèle vivant.

En 1948, Morris, Franquin et la famille de Jijé décident de partir s’installer aux États-Unis. Jijé craint en effet une troisième guerre mondiale qui transformerait l'Europe en zone occupée par les troupes de Staline ou dévastée par les bombes atomiques.

Pour Morris, ce voyage est plutôt motivé par l'envie de découvrir les décors et les méthodes de travail des auteurs des États-Unis, qu'il considère comme le pays de la bande dessinée. En juin 1949, après plusieurs mois passés au Mexique, ses compagnons de voyage rentrent en Europe. Morris reste aux États-Unis, d'où il continue à envoyer régulièrement des planches au journal Spirou. En 1949 sort La Mine d'or de Dick Digger (pré-publiée dans Spirou en 1947), premier album de la série et réalisée sur un scénario de son frère, Louis De Bevere, professeur de français... Il travaille aussi pour divers magazines de bande dessinée américains et illustre des livres pour enfants. Durant son séjour de six ans, il fait la connaissance de Harvey Kurtzman, alors rédacteur en chef du magazine de bande dessinée Mad. Ces contacts avec les auteurs de bande dessinée américains auront un impact important sur son travail. C'est d'ailleurs sous l'influence des collaborateurs de Mad qu'il fait de Lucky Luke une véritable parodie. C'est aussi pendant son séjour aux États-Unis que Morris donne naissance aux Dalton, s'inspirant des véritables frères DaltonMorris met tout d'abord en scène les véritables Dalton dans l'album Hors-la-loi, mais Lucky Luke les tue à la fin de l'histoire. Les Dalton reviennent plus tard, sur idée de René Goscinny dans l'album Les Cousins Dalton, pour ensuite devenir des personnages récurrents. sur lesquels il se documente à la bibliothèque de New York.

Les communications avec l'Europe sont parfois compliquées, au point que, pour économiser des timbres sur ses envois, Morris dessine pendant quelque temps ses planches recto-verso. Résultat : une planche n’a jamais été publiée, ni dans le journal ni en album, les photograveurs des éditions Dupuis n'ayant pas remarqué que le verso avait aussi été utilisé. Ce voyage a "sans doute provoqué une certaine désillusion" chez l’auteur de Lucky Luke, remplacée ensuite par un "désenchantement" perceptible dès les débuts de la série, notamment dans « La Ruée vers l’or de Buffalo Creek », une courte histoire tirée du deuxième album, Rodéo (1949) "Lucky luke et l’ombre de l’histoire" par Nicolas Tellop, article de Janvier 2016, Musée de la BD .

Louis De Bevere rédige aussi le scénario de L'Élixir du Docteur Doxey, dAlerte aux Pieds-Bleus ainsi que de deux histoires courtes.

Années Morris-Goscinny thumb|Morris (à droite) et René Goscinny en 1971 thumb|La rue Lucky Luke à Bruxelles.

Aux États-Unis, grâce à Jijé, Morris fait une rencontre déterminante : celle du scénariste français René Goscinny. Ce dernier travaille à la chaîne dans une entreprise de cartes postales faites à la main. Impressionné par le scénario que René Goscinny avait écrit pour un film d'animation imaginé par Jijé, Morris lui propose de rédiger celui d'un Lucky Luke. Souhaitant se concentrer sur le dessin et apporter un nouveau souffle à la série, il trouve en Goscinny un partenaire idéal. Ensemble, ils donnent plus de profondeur aux histoires. Goscinny instaure la chanson de finHors-série Le Monde Lucky Luke de A à Z, 2021, Jean-Marc Fustier, pages 16, 17, citation : « Il faut attendre la cinquième histoire, Lucky Luke à Desperado City, [...], pour "entendre" Lucky Luke Chanter pour la première fois I'm a poor lonesome cowboy. [...] À partir de l'histoire Des rails sur la prairies, René Goscinny place la chanson à la fin de chaque aventure. » et introduit de nouveaux personnages secondaires comiques pour compenser le manque d’humour qu’il percevait chez Lucky Luke.

En 1957, après de nombreuses lettres réclamant le retour des frères Dalton, pendus à la suite d'une attaque de banque dans l'histoire Hors-la-loi (ou tués par Lucky Luke selon une autre version), de nouveaux personnages sont créés : des cousins fictifs des célèbres hors-la-loi. Ils apparaissent dans l'histoire Les cousins DaltonLes cousins des frères Dalton ont fait une précédente apparition dans l'album Lucky Luke contre Joss Jamon ; où l'on remarque qu'il n'est alors pas question de William Dalton, amis d'un Bill Dalton, (voir ), et 33, 24, 35., et se prénomment Joe, William, Jack et Averell.

Cette option est préférée à l'idée de ressusciter les célèbres bandits. S'éloigner de leur histoire réelle histoire permet au scénariste René Goscinny d'ajouter plus de fantaisie aux personnages des Dalton. Deux ans plus tard, sur une idée de Morris d'introduire un nouveau personnage protagoniste dans la série, Rantanplan, un chien stupide élevé en prison et parodie de Rintintin, fait son entrée dans l'histoire Sur la piste des Dalton.

Morris, estimant que Dupuis ne faisait pas un bon travail pour la diffusion sur le marché français, choisit de se tourner vers un éditeur français. À la fin des années 1960, Lucky Luke quitte ainsi les pages du journal Spirou et les éditions Dupuis pour rejoindre Pilote et les éditions Dargaud. Ce changement d'éditeur entraîne une forte hausse de la popularité et des ventes des albums. La série fait sa dernière apparition dans le journal Spirou du au , avec l'histoire Le Pied-Tendre. Contrairement à la rumeur, Morris n'a pas quitté Dupuis à la demande de René Goscinny, ni parce que Dupuis aurait refusé d'imprimer Lucky Luke en albums cartonnés.

La première histoire publiée dans Pilote est Dalton City, parue dans le du journal.. Ensuite sort La Diligence, premier album édité par Dargaud. C'est à cette occasion que René Goscinny invente la célèbre formule : , qu'il place en en-tête des albums. Le passage de Spirou à Pilote permet à René Goscinny d'aborder des thèmes plus modernes et d'introduire des histoires d'amour (Dalton City), la victimisation des Amérindiens lors de la conquête de l'Ouest (Canyon Apache), l'ambiguïté des héros motivés uniquement par l'appât du gain (Chasseur de primes) ou encore la psychanalyse (La Guérison des Dalton).

La présence régulière de Lucky Luke dans le journal Pilote dure cinq ans. Puis, voyant que le magazine a changé de style et de lectorat, Goscinny et Morris jugent que la série n'y a plus sa place. Lucky Luke fait sa dernière apparition en 1973 dans le de Pilote, avec la conclusion de l'histoire L'Héritage de Rantanplan. Dès lors, la série devient itinérante, paraissant parfois dans des journaux de bande dessinée comme Tintin, Spirou où elle revient, ou encore Pif Gadget., mais aussi dans des titres généralistes comme Le Nouvel Observateur et Paris Match. Entre-temps, les éditions Dargaud lancent le journal Lucky Luke, convaincues que la série a l'envergure pour être la vedette d'un périodique. Paru en 1974, en pleine crise de la presse BD, ce journal ne vivra qu’un an, le temps de publier 12 numéros..

En 1971, Lucky Luke devient le héros d'un dessin animé, avec le film Lucky Luke, sorti au cinéma et rebaptisé plus tard Daisy Town, du nom de la ville-champignon au cœur de l'histoire. Goscinny en signe le scénario et Morris réalise le scénarimage.

Un deuxième film, La Ballade des Dalton, sort en 1978, réalisé par les deux auteurs avec l'aide de Pierre Tchernia au sein des studios Idéfix, fondés par René Goscinny, Albert Uderzo et Dargaud. Goscinny , décédé en 1977 d'un arrêt cardiaque, ne verra pas le montage final du film.

Après Goscinny

Après la disparition de Goscinny, Morris fait appel à plusieurs scénaristes, mais aucun ne parvient vraiment à succéder à René Goscinny. En parallèle, les studios Dargaud produisent de courtes histoires sur des scénarios de Bob de Groot, Greg et Vicq. Morris tient toutefois à dessiner lui-même les histoires longues destinées aux albums. Jean Léturgie et Xavier Fauche sont ceux qui se rapprochent le plus du style à plusieurs niveaux de Goscinny : un premier degré pour les enfants, et un second degré pour les adultes. Mais leur collaboration se termine mal : ils attaquent Morris en justice, puis créent une série similaire intitulée Cotton Kid. En 1984, les studios américains Hanna-Barbera Productions produisent une série animée, qui ne rencontre du succès qu'en Europe. En 1991, les studios français IDDH reprennent le dessin animé. À cette période, Morris cède les droits patrimoniaux de la série à la société Beechroyd, qui lui reverse ensuite les revenus selon les ventes. La même année, la série quitte les éditions Dargaud pour rejoindre Lucky Productions, en Suisse, créées par des amis de Morris et de sa femme. Deux ans plus tard, la société Lucky Licensing voit le jour pour gérer les produits dérivés.