Le romantisme tardif, post-romantisme ou postromantisme est un ensemble d'initiatives et d'attitudes culturelles apparues à la fin du et au début du , dans le prolongement de la période du romantisme.

Littérature La période du post-romantisme en poésie de langue anglaise est définie comme le milieu et la fin du , mais elle inclut la poésie beaucoup plus ancienne de Letitia Elizabeth Landon et d'Alfred Tennyson.

En littérature française, Gustave Flaubert a parfois été décrit comme un écrivain ayant tourné le dos au romantisme de ses débuts pour passer au réalisme : . La poésie de Paul Verlaine a aussi été caractérisée par une .

Musique Le post-romantisme en musique désigne une période de transition prolongeant et exacerbant le mouvement romantique. Il est caractérisé par l'utilisation de formes musicales plus développées, utilisant un orchestre souvent démesuré et recourant à un langage harmonique de plus en plus complexe qui aboutira progressivement à l'expressionnisme puis à l'abandon de la tonalité par Arnold Schönberg et la Seconde école de Vienne.. Certains musicologues font débuter le mouvement vers 1840, date à partir de laquelle le romantisme amorce son déclin ; tandis que d'autres situent plutôt son apparition dans les années 1880, décennie marquée par le décès de Richard Wagner. La fin du post-romantisme est plus difficile à dater, mais le mouvement commence à décliner dès l'arrivée de la vague impressionniste. puis, à partir de 1908, lorsque Schönberg écrit ses premières compositions atonales.. Après la Première Guerre mondiale qui marque un tournant, l'esthétique post-romantique s'étiole mais reste encore présente sous une forme résiduelle dans les années 1920 et 1930. Brigitte François-Sappey, spécialiste de ce courant musical, estime quant à elle que le post-romantisme allemand s'est en réalité prolongé jusqu'en 1949, l'année de la mort de Richard Strauss. En conclusion de son article sur le post-romantisme anglais, le musicologue et musicien Jérôme Rossi indique que l'évolution plus de ce mouvement est liée à l'essor du cinéma et en particulier de la musique de film qui permet à ce courant musical de perdurer encore de nos jours.

L'influence de Richard Wagner vignette|left|upright=0.65|Affiche de l'opéra Sigurd d'Ernest Reyer|alt=Affiche illustrée de G. Hartmann pour l'opéra Sigurd d'Ernest Reyer (1880). Figure incontournable du romantisme d'outre-Rhin, Richard Wagner a marqué de son empreinte une grande partie du continent européen dont l'Angleterre. Bâti sur la notion de Gesamtkunstwerk (« œuvre d'art totale »), son style influence d'abord directement certains compositeurs allemands contemporains comme Engelbert Humperdinck, notamment dans ses opéras Hänsel und Gretel et Königskinder dans lesquels le musicien soumet des airs folkloriques et populaires à un traitement wagnérien. L'influence de Wagner irrigue également la musique de son propre fils Siegfried Wagner (auteur de nombreux opéras), ainsi que celle d'Eugen d'Albert. Le compositeur Hans Pfitzner, créateur de l'opéra à succès Die Rose vom Liebesgarten (dont l'intrigue se rapproche de celle de Tannhäuser) a développé, quant à lui, une esthétique très conservatrice, notamment dans Palestrina.

Mais c'est en France que Wagner fit le plus d'adeptes. Dès les années 1880, on voit fleurir de nombreux opéras français inspirés par des mythes médiévaux et recourant à des leitmotivs ou procédés wagnériens, tels que Sigurd (1884) d'Ernest Reyer, Le Roi d'Ys (1888) d'Édouard Lalo, Fervaal (1897) de Vincent d'Indy ou Le Roi Arthus (1903) d'Ernest Chausson. La grand novateur Claude Debussy lui-même, avait été très marqué par Wagner dans sa jeunesse, notamment par Tristan et Isolde et surtout Parsifal dont il se souviendra dans sa cantate La Damoiselle élue (1893) et la musique scénique du Martyre de saint Sébastien (1911).

Dépassement du wagnérisme et enrichissement du langage harmonique vignette|upright=1|right|Gustav Mahler influencera la Seconde école de Vienne.|alt=Photographie en noir et blanc du compositeur Gustav Mahler en 1898. Certains compositeurs romantiques européens ont tenté de se dégager de la figure tutélaire de Richard Wagner, c'est notamment le cas de Johannes Brahms qui a préféré opter pour un style plus classique et traditionaliste tout en conservant une souvent tendue et tourmentée. Proches des idées de Brahms, on peut également citer ses compatriotes Max Bruch et Max Reger dont le style annonce le futur mouvement néo-classique.

Beaucoup plus marqué par l'esthétique wagnérienne, l'Autrichien Anton Bruckner a su également utiliser la forme classique de la symphonie dans un cadre romantique, tout en conservant un style profondément original. Son orchestration, parfois proche des registres de l'orgue, ainsi que l'ambiguïté de son harmonie ont préparé le terrain à son compatriote Gustav Mahler. Très grand chef d'orchestre, ce dernier a également eu Richard Wagner comme modèle. Ses symphonies grandioses et démesurées doivent énormément à celles de Bruckner, mais sa carrière de chef d'orchestre a aussi laissé des traces profondes dans son œuvre qui peuvent expliquer un certain éclectisme stylistique. Encore plus que Wagner, Mahler a été le modèle des compositeurs de la future Seconde école de Vienne qui ont permis l'irruption de la musique moderne et notamment de l'atonalité. Son épouse Alma Mahler, musicienne elle-même, perpétuera le style post-romantique dans ses propres lieder.. Né la même année que Mahler, le post-wagnérien Hugo Wolf (1860-1903) a lui-aussi écrit d'innombrables lieder dont une vingtaine furent orchestrés.

Autre contemporain de Mahler, l'allemand Richard Strauss aura une longévité encore plus grande et peut être considéré comme le compositeur post-romantique par excellence. Musicien souvent surprenant et audacieux, il réussit lui-aussi à s'extirper de ses influences wagnériennes initiales pour plonger dans la modernité expressionniste avec deux opéras : Salomé (1905) et Elektra (1909), tous deux d'une grande violence tant sur le plan du traitement des voix qu'au niveau de l'harmonie. Abandonnant par la suite ce registre sombre et sans concession, Strauss optera pour un style néo-classique qui conviendra mieux aux opéras qu'il composera à partir des années 1910 comme Le Chevalier à la rose (1911) ou Ariane à Naxos (1912 et 1916). Dans la lignée de Richard Strauss, d'autres compositeurs comme Franz Schreker, Alexander von Zemlinsky et Erich Wolfgang Korngold ont poussé à leur paroxysme les harmonies capiteuses et l'extrême raffinement du langage post-wagnérien. Également chef d'orchestre, Franz Schreker dirigea par ailleurs en 1913 la création des Gurre-Lieder, oratorio monumental pour très grand orchestre d'Arnold Schönberg qui atteint les limites du genre post-romantique.

En Italie, des héritiers du vérisme comme Francesco Cilea, Riccardo Zandonai, Umberto Giordano, Franco Alfano et surtout Giacomo Puccini tentent de la même manière d'aller au-delà au wagnérisme en élaborant des constructions musicales très sophistiquées tant sur le plan de l'orchestration qu'au niveau harmonique. C'est notamment le cas avec Turandot, le dernier opéra de Puccini, dans lequel ce dernier n'hésite pas à s'échapper du cadre de la stricte tonalité en s'inspirant des recherches les plus audacieuses initiées par Schönberg. Avant ce chef-d'œuvre posthume de Puccini, la pièce de Carlo Gozzi avait déjà fait l'objet d'un précédent opéra composé par Ferruccio Busoni. Musicien indépendant et précurseur visionnaire, Busoni est surtout connu pour avoir été l'un des maîtres d'Edgard Varèse, l'un des grands noms de la musique moderne et électroacoustique.

Après la première guerre mondiale, et tout particulièrement dans les années 1920-1930, on voit se développer en Allemagne et en Autriche un nouveau genre d'opéra basé sur le Zeitoper (« opéra dans l'air du temps ») qui contribuera peu à peu au crépuscule du post-romantisme. Ce style d'opéra renouvelait profondément le genre en introduisant des éléments plus modernes sur la scène (comme le téléphone ou la radio) ou en recourant à des musiques empruntées à la variété et au jazz. Parmi les opéras influencés par le Zeitoper, on peut citer Jonny spielt auf (1927) d'Ernst Křenek (qui fut un élève de Franz Schreker) et surtout les célèbres Opéra de quat'sous (1928) et Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (1929) de Kurt Weill qui deviendra par la suite un compositeur très apprécié de comédies musicales en Amérique.

L'essor du nationalisme musical Dans la seconde partie du , on assiste aussi à une résurgence de l'idée nationale. Celle-ci s'incarne tout d’abord en Allemagne sous la forme du Volksgeist (« l'esprit du peuple »), puis en Italie avec certains opéras d'inspiration patriotiques de Giuseppe Verdi, avant de se répandre en Europe centrale. Afin de se libérer de la domination des traditions musicales allemandes et italiennes, certains pays environnants décident de mettre en avant leurs caractéristiques nationales telles que la modalité (entre-autres celle du plain-chant), les rythmes et mélodies hérités du folklore local ainsi que leurs instruments typiques.

En France vignette|upright=0.65|right|Gabriel Fauré incarne une certaine idée de la musique française.|alt=Portrait de Gabriel Fauré peint par John Singer Sargent vers 1889. Initiateur de l'« école française », le compositeur et organiste César Franck enseignera à de nombreux élèves souvent attachés à un certain nationalisme comme Henri Duparc, Vincent d'Indy, Ernest Chausson, Guy Ropartz et Guillaume Lekeu. Son contemporain Camille Saint-Saëns, doté d'une longévité exceptionnelle, s'est détourné quant à lui de Wagner et a réussi à développer son style très français grâce à une grande maîtrise formelle. Sans être réellement wagnérien, Gabriel Fauré s'inscrit également dans le courant de l'école nationale française, ne serait-ce que par la spécificité de ses mélodies. Fervente admiratrice de ce dernier, la compositrice Mel Bonis a d'abord écrit plusieurs œuvres post-romantiques avant de composer dans un style plus impressionniste. Parmi les autres compositrices françaises post-romantiques, on peut également citer Augusta Holmès et Cécile Chaminade..

Musicien indépendant, Paul Dukas s'est, quant à lui, d'abord rendu célèbre avec le poème symphonique L'Apprenti sorcier d'après une ballade de Goethe, puis son style évoluera après sa découverte de Claude Debussy, tout en conservant une sensibilité toute personnelle. Dukas enseignera à de nombreux compositeurs importants du comme Olivier Messiaen et Joaquin Rodrigo.

En Espagne Très appréciée et souvent pastichée par de nombreux compositeurs européens tout au long du , la musique populaire espagnole fait partie des styles nationaux parmi les plus facilement repérables par des auditeurs non hispaniques. Felipe Pedrell fut le premier musicien à valoriser le folklore espagnol afin que son pays puisse se soustraire de l'influence wagnérienne alors omniprésente. Tous élèves de Pedrell, des compositeurs comme Isaac Albéniz et Enrique Granados puisèrent eux-aussi à la fois dans des traditions comme la zarzuela, dans le répertoire romantique de Franz Liszt et dans celui de la nouvelle génération des musiciens français. Célèbre violoniste virtuose, Pablo de Sarasate fut également un compositeur post-romantique parmi les plus connus..

En Hongrie