Basile-Paul Mirat, est né le à Pau et mort le à Meillon. Propriétaire d'un important haras de pur-sang, instructeur militaire aux États-Unis, président de la chambre d'agriculture des Basses-Pyrénées, journaliste, maire de Meillon, il est également flûtiste, dessinateur, caricaturiste, peintre mais aussi poète. Sportif accompli, il est cavalier, champion de boxe du Sud-Ouest et bobeur.

Famille et jeunesse Le premier recensement du Béarn, ordonné par Gaston Febus en 1386, indique la présence de la famille Mirat à Meillon. Vers 1830, son grand-père, Jean Mirat (1817-1893), est propriétaire de l'auberge relais de poste et élève des chevaux de remonte.

Le père de Paul Mirat, Lambert Mirat (1841-1921), épouse Lucie Lacaze (1859-1940) ; il crée son haras à Meillon en 1890. Doublé d'un entrepreneur, il fonde une marbrerie sur le Néez, à Gan. Associé au brasseur Octave Heid, ils créent la première centrale hydroélectrique sur le Gave de Pau qui fournira l'électricité du Pau de la Belle Époque. Également associé avec Raphaël Milliès-Lacroix, ils fonderont quatre magasins d'ameublement à l'enseigne "A la Ville de Londres", à Dax, Mont-de-Marsan, Biarritz et Pau. À Meillon, Lambert veille attentivement sur ses élevages de vaches béarnaises et de chevaux de sport qui lui vaudront de multiples récompenses. Il occupe également le poste d'adjoint au maire de Pau, Henri Faisans. gauche|vignette|273x273px|Lucie Lacaze, la mère de Paul Mirat Paul Mirat a deux frères : Gaston (1881-1955) qui prendra le relais du magasin familial de Pau. Musicien et musicologue, il arpentera les vallées pyrénéennes pour collecter les musiques et paroles des chants béarnais traditionnels. Adjoint au maire de Pau, Gaston Lacoste, Gaston Mirat fonde en 1921 l'École de Musique de Pau, et participe en 1923 à la création de l'Académie de Béarn aux côtés du docteur Georges Sabatier. Le dernier de la fratrie est Jean Mirat (1899-1959), Chevalier de la Légion d’Honneur, docteur en droit, avocat à la Cour d'appel de Paris, membre du Conseil de l’Ordre, bâtonnier désigné, prix Horace Helbronner (1925), et auteur de : L’obligation alimentaire entre époux en cas de divorce (1930).vignette|297x297px|Paul Mirat, 1895En 1898, exclu du lycée de Pau pour indiscipline, Paul Mirat est envoyé à Paris pour poursuivre ses études au Collège Stanislas, où il retrouve son frère Gaston, étudiant en médecine. Les deux frères s'installent au cœur de Montmartre de 1898 à 1902 où ils suivent l'enseignement de la Schola Cantorum : Gaston est inscrit en composition, Paul prend des cours de flûte. De retour à Pau, Paul Mirat effectue son service militaire au 18e Régiment d'Infanterie entre 1903 et 1906. Il reçoit les félicitations du Préfet pour avoir courageusement stoppé un attelage emballé rue Serviez. Avant l'âge de 20 ans, il remporte le concours hippique de Toulouse, sur une jument dérobée au haras paternel.

Pau est à l'époque une des plus prestigieuses villégiatures hivernales du monde, la ville est surnommée "La Reine des Sports". Les courses de chevaux, le Pau Hunt, l'école d'aviation fondée par les frères Wright, le Cercle anglais, le Palais d'Hiver, le Petit Casino attirent le jeune artiste en herbe qui croque les étrangers en villégiature, mais aussi le quotidien des Palois et les petits métiers. Avec Henri de Montebello et Louis Sallenave, Paul Mirat crée une troupe de théâtre, "Le Carillon", qui connaîtra de beaux succès de Bordeaux à Biarritz. Ses caricatures à l'encre de Chine circulent dans la presse locale. Il immortalise les visiteurs prestigieux du Pau de la Belle Époque, ainsi que leurs attelages : mail-coaches, tilburies, fiacres, victorias, landaus, et les premières automobiles.

En 1906, libéré des obligations militaires, Paul Mirat se rend au Mexique où son oncle Maurice Lacaze, polytechnicien, est responsable de la sécurité des Chemins de fer à Veracruz (Mexique). Il en profite pour sillonner le continent américain pendant deux ans, visitant Paraiso Novillero, Tampico, l'Arizona, la basse Californie et New York. Il séjourne en Écosse et en Irlande avant de s'installer à Londres, de 1908 à 1914, comme dessinateur de mode pour le célèbre magasin Swan and Edgar sur Piccadily Circus.

Première guerre mondiale

En guerre au RI et au RIP Dès la déclaration de guerre, Mirat quitte Londres et revient à Pau. Le , il incorpore le 83e RI (Régiment d'Infanterie) stationné à Toulouse et Saint-Gaudens et fait mouvement vers le front. Composé de Basques, de Landais et de Toulousains, c’est sous le commandement du colonel Breton qu’il participe le 22 aux combats de Bertrix, dans les Ardennes belges, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Charleville-Mézières. Le RI perd en quelques heures 15 officiers et 654 hommes. Les effectifs des bataillons sont alors complétés par les hommes du dépôt. Du 5 au , le RI participe à la bataille de la Marne et se bat à Sompuis, Omey avant d’occuper le village de Perthe-lès-Hurlus. Le , il subit de plein fouet la contre-attaque allemande sans rien céder. Mirat, nommé caporal le , est de tous les combats. Engagé en Champagne durant l’hiver 1914-1915 puis en Artois jusqu’en , le RI reçoit alors pour mission de renforcer le réduit d’Avocourt à l’Ouest de Verdun. C’est à cette époque que Mirat est versé au 156e Régiment d'Infanterie (RI) au sein duquel il est blessé à l’épaule gauche lors des terribles offensives allemandes d’ sur le Mort-Homme et les approches de la cote 304Centre des archives du personnel militaire, feuillet matricule du sergent Paul Mirat..

Les corps francs Nommé sergent le , Paul Mirat intègre les corps-francs du régiment à sa demande. Ces unités d'élite, fortes de quelques dizaines d'hommes, sont chargées de missions de "petite guerre". Les nombreuses missions périlleuses qu’il effectue en liaison avec les troupes britanniques lui permettent de faire preuve des plus belles qualités militaires et lui valent une citation à l’ordre de la brigade.

Instructeur de l'armée américaine Le , au retour d'une patrouille de nuit au sud de Nomeny, le sergent Mirat, apprend qu’il est désigné pour faire partie de la Mission militaire française envoyée aux États-Unis, entrés en guerre en avril dernier. L’armée américaine, pas préparée, est alors incapable d’être rapidement opérationnelle et de combattre en Europe. Paul Mirat rejoint dans le courant du mois d’octobre le camp Lewis situé dans l’État de Washington où, placé sous les ordres du capitaine J. Camille Champion ( RI/23e Cie), il doit former les cadres de la 91e division d'infanterie des États-Unis conformément aux accords Joffre-Baker. À peine installés, les Français mettent au point la meilleure méthode pour instruire rapidement environ 40 000 hommes, tout en cohabitant avec une délégation britannique chargée de « l’instruction de tranchées, de la guerre chimique et de l’emploi des mitrailleuses ». Dans un premier temps, le sergent Mirat se voit confier 200 sous-officiers puis une centaine d'officiers, avant de prendre la responsabilité de la formation des corps francs. Afin de parfaire l’instruction, un champ de bataille est reconstitué « avec ses réseaux de barbelés […] ses tranchées, […] ses boyaux de communication, […] ses abris et noyaux de résistance de toutes sortes ». Après dix mois d’efforts, la USDI est considérée comme suffisamment aguerrie pour aller combattre en France. gauche|vignette|450x450px|Camp Lewis 1917 Désigné à l’issue comme conférencier pour combattre « la propagande ennemie » dans le nord-ouest des États-Unis et au Canada, Paul Mirat est reçu par de nombreuses universités et par les Clubs industriels et commerciaux les plus influents. Devant des foules approchant parfois les 10 000 personnes, il explique sans relâche les arguments de la France face à l’Allemagne, tout en expliquant ce qu’est la Grande Guerre. . Au début de l’année 1918, Paul Mirat est confronté à une situation inédite. Face à la grève d’une partie des dockers des chantiers navals de Tacoma, au sud de Seattle, ce qui retarde les livraisons de matériels à l’armée française, il prend la parole, debout sur un simple conteneur en bois. Grâce à sa fougue, il s’attire la sympathie des grévistes qui décident, dès le lendemain, de reprendre le travail.

Retour en France En , une partie de la délégation reçoit l’ordre de se joindre à la USDI, en partance pour la France. À peine débarquée, cette grande unité est engagée dans l’offensive contre le saillant de Saint-Mihiel puis dans les derniers combats de Champagne. Paul Mirat, quant à lui, retrouve les corps francs du RI avec lesquels il multiplie les missions. Muté au 19e escadron du Train peu après l’armistice, il est démobilisé le . Admis dans la réserve de l’armée territoriale le , il est dégagé de toutes obligations militaires le , à l’âge de 43 ans. Titulaire de la Croix de guerre 1914-1918 avec étoile de bronze, il se voit décerner la Médaille Militaire quelques années plus tard.

Entre-deux guerres gauche|vignette|Léla Mirat|319x319px Le , au cours d'une permission, Paul épouse Maria Elisa Larrague (Léla pour ses proches), (Bahía Blanca 1895 - Meillon 1968). Ils auront quatre enfants, Jacques (1919-1993), Claude (1920-1930), Yves (1931-1995) et Michel (1928-2015). De retour du front, le jeune couple s'installe à Meillon où Paul reprend l'élevage de chevaux créé par son père. Les cracks de Meillon brillent sur les hippodromes les plus prestigieux, Newmarket, Auteuil, Chantilly, Saint-Cloud, Maison-Laffitte, Nice, Cannes, Deauville et Pau. L'Yser, Radiola, Radis-rose, Radis Noir, remportent les grands classiques tandis que Volga pulvérise le record du monde de vitesse. Élu président du Syndicat hippique des Basses-Pyrénées, Paul Mirat écrit de nombreux articles pour les revues Auteuil Longchamp et Le Jockey. vignette|330x330px|Maison Paul Mirat, 1946, Meillon Plus que son œuvre de poète, son œuvre de peintre et son œuvre de dessinateur suscitent l'admiration de ses compatriotes et de plusieurs collectionneurs étrangers. Sa première exposition a lieu en 1920 au Palais des Pyrénées. Durant cette période, il produit essentiellement des peintures à l'huile inspirées notamment par ses nombreux séjours en Espagne et en Italie.

Le , la banque Dutournier, sise à Pau, est déclarée en faillite. Du jour au lendemain, Paul Mirat est ruiné ; meubles, tableaux, bronzes, livres, sont vendus à l'encan dans la cour du haras de Meillon pendant que la famille bridge dans le jardin.

En , il intègre la rédaction de l'hebdomadaire "Vu" fondé par Lucien Vogel, dans lequel il signe une enquête sur la montée du fascisme en Italie, Mussolini lui ayant accordé un entretien d'une heure, reproduit dans son intégralité.

Président de la Chambre d'agriculture des Basses-Pyrénées, il multiplie les études sur l'élevage, la protection de l'eau et des sols, la conservation des haies et, fort de sa bonne connaissance des États-Unis et de l'Argentine, en visionnaire, il avertit ses concitoyens des dangers du « tout maïs » et prône une agriculture raisonnée.

Maire de Meillon 1935-1945 gauche|vignette|233x233px Le , Paul Mirat est élu maire de Meillon. Il voit une nouvelle guerre s'annoncer : « Aujourd'hui tout est emporté par un torrent de feu qui déferle sur notre misérable planète. Pas un cri n'ose s'élever aux lueurs de l'orage. Les yeux sont taris de larmes. La folie destructrice domine le débat et embrase le cœur des hommes ».

En , en pleine guerre civile espagnole, il effectue une mission à Irun (Guipuscoa) où il négocie l'échange de l'aviateur Pelletier, incarcéré dans les geôles franquistes. Il note : « Je reconnais ces regards où le passé s'est éteint, où le présent devient une tragique réalité, où l'avenir allume la flamme imprécise des possibles espérances... Je les reconnais, ce sont bien eux, ceux de la Somme, ceux de Verdun... ».