Manuel Romerales Quintero (Madrid, 1875 - Melilla, 1936) était un militaire espagnol, exécuté par les nationalistes au début de la Guerre civile pour avoir refusé de se rallier à la rébellion de .

Après diverses affectations dans l’armée, tant au sein d’unités combattantes (guerre hispano-américaine et guerre du Rif) qu’à des postes de commandement ou d’enseignement dans la métropole, il fut nommé commandant en chef de la circonscription militaire orientale du Maroc espagnol, avec siège à Melilla. C’est à ce titre qu’il fut témoin de l’agitation sociale consécutive à la victoire électorale du Front populaire de et qu’il assista — candide et imprévoyant — aux préparatifs de coup d’État menés dans son entourage.

Lorsque eut éclaté à Melilla le soulèvement militaire de , un groupe d’officiers et de hauts gradés rebelles investit le bâtiment de commandement où se trouvaient le général Romerales, resté fidèle à la République et attaché à la légalité, et son état-major, dont la plus grande partie avait d’ores et déjà rejoint l’insurrection ; Romerales fut contraint sous la menace de se rendre et de céder le commandement, puis mis en détention. Une procédure judiciaire dite sumarísimo (accélérée), entachée de partialité et de vices de forme, fut alors engagée contre lui, parodie de justice culminant le par sa comparution, sur l’accusation de rébellion militaire et de trahison, devant le conseil de guerre, qui prononça le verdict de mort.

Biographie

Formation et carrière militaire

Manuel Romerales Quintero fut inscrit à l’âge de dix-huit ans à l’ de Tolède, dont il sortit diplômé et doté du grade de lieutenant en second. Il prit part à la guerre hispano-américaine sur l’île de Cuba, où il resta jusqu’à la fin du conflit. De 1901 à 1903, il fut attaché à l’Académie d’infanterie, où, après son ascension au grade de capitaine en , il était chargé de remplir quelques missions d’enseignement. En 1909, il passa au Collège des orphelins, puis, l’année suivante, fut muté à la sous-inspection de la région militaire, où il demeura jusqu’en 1913, date à laquelle, ayant été destiné au bataillon de chasseurs Las Navas, il vint à participer, dans le cadre de la guerre du Rif, aux opérations militaires aux alentours de Larache, dans le protectorat du Maroc.. Promu commandant en , il reçut différentes destinations, telles que la Commission mixte de Ciudad Real, le bataillon de chasseurs d’Estella et le Collège des orphelins Marie-Christine. Entre et , il occupa à nouveau un poste à l’Académie d’infanterie, puis, monté au rang de lieutenant-colonel, fut chargé du commandement du bataillon de chasseurs de montagne Alphonse XII, au sein duquel il participa en à la campagne du Maroc, à nouveau dans la zone de Larache. Décoré à de multiples reprises, promu colonel en pour mérites de guerre, il fut par la suite affecté à la maison d’arrêt militaire de Port Mahon, puis chargé de commander la Première Brigade de la deuxième division de montagne. À partir de la fin de 1933 jusqu’au ., il exerça une première fois comme commandant en chef de la circonscription militaire orientale du protectorat du Maroc, dont le siège était situé à Melilla, et alla occuper une seconde fois le même poste le .

Insurrection militaire de juillet 1936

La rébellion militaire au Maroc et à Melilla

En , le sommet de la structure hiérarchique militaire au Maroc espagnol se composait du commandant en chef des forces armées du Maroc, le général Agustín Gómez Morato, et des commandants des circonscriptions Occidental et Oriental, resp. les généraux Oswaldo Capaz Montes et Manuel Romerales Quintero. Le haut commandement militaire, qui relevait hiérarchiquement du haut-commissaire Arturo Álvarez Buylla, avait ses quartiers à Tétouan et était assisté d’un état-major confié au colonel Francisco Martín Moreno. Le poste de commandement de Ceuta, avec pour chef d’état-major le lieutenant-colonel José Reigada, et celui de Melilla, avec pour chef d’état-major le lieutenant-colonel Emilio Peñuelas, étaient subordonnés au commandement suprême. Si le haut commandement, c’est-à-dire les généraux Gómez Morato, Capaz et Romerales, était loyal au gouvernement républicain en place, la plupart des gradés ayant des troupes sous leur commandement se trouvaient impliqués dans la conspiration et la rébellion, plus particulièrement les lieutenants-colonels Juan Yagüe, alors à la tête de la Deuxième Légion à Ceuta, et Carlos Asensio Cabanillas, qui avait sous ses ordres les Regulares de Tétouan. C’est pourquoi le soulèvement, une fois déclenché à Melilla, l’emporta aisément ensuite dans le reste du Protectorat..

vignette|270px|La ville de Melilla, siège du commandement de la circonscription militaire orientale. À Melilla, un groupe d’officiers d’état-major, emmené par le lieutenant-colonel à la retraite Juan Seguí Almuzara, étaient les animateurs de la conspiration, et dans la suite, les auteurs de la mise en détention de Romerales. Faisaient partie des putschistes à Melilla, outre Seguí, les lieutenants-colonels Gazapo et Maximino Bartomeu (les deux premiers cités officiers d’état-major, le dernier officier d’infanterie) et le commandant d’état-major Luis Zanón, qui figurait de fait comme le personnage clef de la conspiration au sein de l’état-major de Romerales. L’officier appelé à remplacer Romerales une fois le coup d’État consommé était le colonel d’infanterie Luis Solans Labedán..

Quelques gradés de la garnison de Melilla n’appartenaient pas au noyau du complot, mais étaient considérés comme des éléments sûrs, de qui il était escompté qu’ils se joindraient au soulèvement ; il s’agissait principalement de Solans et du chef d’état-major de Romerales, le lieutenant-colonel Emilio Peñuelas, qui ne devait pas être informé de la conspiration avant le .. Ce même , lors du rapport de service dont Peñuelas s’acquitta auprès du général Romerales, le premier après qu’il eut été mis au courant de ce qui se tramait, Peñuelas eut soin, en concertation avec le commandant Zanón, de ne pas faire état de la liste des permissions d’été déjà accordées par le ministère, afin d’éviter que beaucoup de ces permissionnaires, ignorant les préparatifs de l’insurrection, s'embarquent pour la métropole dans l’après-midi, ce qui aurait privé le mouvement de l’apport de nombreux gradés..

Il était prévu à l’origine que le mouvement militaire soit mis en marche à Ceuta, cependant, à la suite de l’incident survenu après qu’eut été éventée la constitution d’une provision d’armes dans le bâtiment de la Commission des frontières le , c’est à Melilla que l’insurrection militaire fut enclenchée. Le lendemain commença ainsi la Guerre civile, après que se fut rebellée l’armée d’Afrique, sans aucun doute la force militaire la mieux entraînée et équipée de la République espagnole. En un peu plus de seize heures, tout le Protectorat ainsi que les places de souveraineté espagnole se retrouvèrent aux mains des insurgés.. Du reste, le soulèvement à Ceuta, sous le contrôle direct de Yagüe, se déroula sans que soit tiré le moindre coup de feu.

Refus de Romerales de rallier le soulèvement

Dans la matinée du , un chargement de pistolets destiné à armer les phalangistes de Melilla fut déposé dans le bâtiment de la Commission géographique des frontières d’Afrique, lieu placé sous la tutelle des officiers du corps d’état-major, nommément le lieutenant-colonel Darío Gazapo et le capitaine Carmelo Medrano. Un des agents de liaison chargés de répartir les armes vendit la mèche, ce qui porta la Commission des frontières à émettre une demande de procès-verbal. Cependant, les conspirateurs réunis dans le bâtiment, assistés par des soldats du casernement de la Légion, situé non loin de là, réussirent à maîtriser les gardes d’assaut chargés du procès-verbal. Cet incident marqua le début de l’insurrection et représente de fait le premier acte violent de la Guerre civile, quoiqu’il ait été commis sans effusion de sang..

Mis au fait de l’incident à la Commission des frontières et ayant eu communication d’indices sur l’état de rébellion de plusieurs unités, Romerales s’empressa de convoquer les hauts gradés dans son office du haut commandement. À cette réunion assistaient notamment, outre le chef d’état-major Peñuelas, le subordonné de celui-ci, le capitaine d’état-major Emilio Bonaplata, et les commandants d’infanterie Seco et Ferrer, loyaux au général. Plus tard, on vit pénétrer dans le bureau le commandant Zanón, l’un des meneurs du mouvement, qui en des termes vifs fit part à Romerales du soulèvement de la garnison tout entière, et le colonel Solans, futur remplaçant de Romerales. Selon la déposition de Peñuelas, consignée dans les actes du procès de Romerales, le premier aurait tenté de persuader le second de se dessaisir du commandement. L’aide de camp de Romerales, le capitaine Rotger, aurait alors demandé des explications sur la nature et le sens du mouvement en cours, afin que son supérieur et lui-même puissent prendre une résolution ; en effet, Rotger se serait dirigé au capitaine Bonaplata, un sien camarade de l’École supérieure de guerre, « qu’il exhorta, au nom de la camaraderie incarnée par l’écharpe bleue, de s’expliquer sur la portée du mouvement ». Puis Rotger, dans son rôle de loyal assistant du général, frappant rageusement la table, aurait conseillé à celui-ci de ne pas se démettre. Romerales aurait cependant fini par se résigner à l’inexorable et à remettre le commandement au colonel Solans, peu avant que le lieutenant-colonel Seguí, chef de l’insurrection, ne fasse irruption dans le bureau pistolet au poing et escorté d’un peloton de Regulares.... Romerales fut contraint, sous la menace d’être exécuté sur-le-champ, de se rendre et de céder le commandement, après quoi il fut mis, ainsi que ceux qui l’accompagnaient, en détention.. La seule résistance armée dans la zone de Melilla allait être celle menée par le capitaine Virgilio Leret, commandant de la base d’hydravions de l’Atalayón, fusillé dès le lendemain ..

Passage en conseil de guerre

Le , sur la foi de la déclaration de l’enseigne Gutiérrez Lanzas à propos d’une prétendue conspiration révolutionnaire de gauche visant à « provoquer un soulèvement contre le régime républicain », et considérant que le fait pour Romerales de n’avoir adopté aucune mesure face à un « ennemi aussi contraire à la civilisation comme l’est le communisme », ainsi que son soutien verbal au manifeste communiste rédigé à l’occasion du , constituaient un délit défini à l’article 255 du Code de justice militaire, un acte d’inculpation fut dressé contre lui et son procès mis en branle. Le même jour, Romerales choisit pour son défenseur, parmi les noms qui s’offraient à lui, le colonel Andrés Arce Llevada..

Instruction judiciaire

La procédure d’instruction contre le général Romerales fut lancée le , c’est-à-dire vingt-quatre jours après l’insurrection militaire dans la place de Melilla, et un jour après que se fut tenu le premier conseil de guerre côté républicain, en l’occurrence contre le général Goded, à l’issue duquel celui-ci fut condamné à mort. Ce même jour encore, le lieutenant-colonel d’infanterie Maximino Bartomeu, l’un des chefs de file de la conspiration dans le Protectorat, fut désigné juge chargé d’instruire l’affaire..