Aspasía (ou Aspasie) Mános ( / Aspasía Mánou), princesse de Grèce et de Danemark, est née le à Athènes, en Grèce et morte le à Venise, en Italie. Épouse du roi Alexandre de Grèce et mère de la reine Alexandra de Yougoslavie, ses origines non royales l'empêchent d'être titrée reine des Hellènes. Veuve, elle est toutefois intégrée à la famille royale de Grèce à la suite d’un décret daté du , ce qui fait d'elle et de sa fille les deux seuls membres de la dynastie à être de souche hellène.

Fille du colonel Pétros Mános, officier d’ordonnance du roi Constantin de Grèce, et de Maria Argyropoulou d'une famille phanariote, Aspasía grandit aux côtés de la famille souveraine. Après le divorce de ses parents, l'adolescente part étudier en France et en Suisse. Revenue dans son pays en 1915, elle y retrouve le prince Alexandre, qui ne tarde pas à la séduire. Épris l'un de l'autre mais conscients du refus de la famille royale de reconnaître la relation d'un des siens avec une femme n'appartenant pas au gotha européen, les deux jeunes gens se fiancent secrètement.

Pendant ce temps, la situation intérieure de la Grèce se complique du fait de la Première Guerre mondiale. Le roi Constantin  est contraint de renoncer au trône en 1917 et Alexandre doit ceindre la couronne. Séparé de sa famille et soumis à son Premier ministre, Elefthérios Venizélos, le nouveau souverain n'a pour seul réconfort qu'Aspasía. En dépit de l'opposition de ses parents (exilés en Suisse) et des vénizélistes (qui veulent le marier à une Windsor), le nouveau monarque épouse secrètement sa maîtresse le . Révélé au public peu de temps après, le mariage provoque un énorme scandale et Aspasía doit à son tour partir à l'étranger. Elle est cependant rejointe par son époux après quelques mois de séparation, puis autorisée à rentrer en Grèce, sans recevoir le titre de reine des Hellènes. Bientôt enceinte d'une fille, Alexandra, la jeune femme perd son époux après à peine un an de mariage, le .

Dans les mêmes moments, la situation de la Grèce se dégrade à nouveau. Tandis que le pays s'enlise dans un conflit meurtrier avec la Turquie, Constantin est restauré () puis à nouveau renversé (), en faveur du diadoque Georges. D'abord écartée de la famille royale, Aspasía est progressivement intégrée en son sein par un décret émis par son beau-père. La situation de la jeune femme reste néanmoins précaire, du fait du mépris que lui voue sa belle-sœur et surtout de l'instabilité politique que traverse le pays. Seuls membres de la famille royale à être autorisés à rester en Grèce après la proclamation de la république le , Aspasía et sa fille choisissent de s'installer à Florence, auprès de la mère d'Alexandre. Elles y restent jusqu'en 1927 puis partagent leur vie entre le Royaume-Uni et Venise.

La restauration de la monarchie grecque en 1935 n'amène pas de grand changement dans la vie d'Aspasía. Mise à l'écart par sa belle-famille, elle fait de sa villa vénitienne sa résidence principale, jusqu'au déclenchement de la guerre italo-grecque en 1940. Après un bref retour dans son pays, où elle travaille pour la Croix-Rouge, la princesse passe la Seconde Guerre mondiale en Grande-Bretagne. En 1944, elle y marie sa fille avec le roi exilé Pierre II de Yougoslavie et devient grand-mère avec la naissance du prince Alexandre en 1945. Une fois la paix restaurée, Aspasía retourne vivre à Venise. Ses vieux jours sont marqués par les difficultés économiques, la maladie et surtout par la dépression de sa fille, qui fait plusieurs tentatives de suicide. Aspasía meurt en 1972, mais ce n'est qu'en 1993 que sa dépouille est finalement transférée dans la nécropole royale de Tatoï.

Famille

Aspasía est la fille du colonel Pétros Mános (1871-1918), officier d’ordonnance du roi Constantin de Grèce, et de sa première épouse María Argyrópoulos (1874-1930)..

Issue de l'aristocratie phanariote par ses deux parents, Aspasía est la descendante de plusieurs voïvodes de Valachie et de Moldavie, parmi lesquels Nicolas Caradja (1737-1784), Michel II Soutzo (1784-1864), Serban Cantacuzène (1634-1688) et Jean-Théodore Kallimachis (v. 1690-1780).

Aspasía est par ailleurs apparentée à plusieurs personnalités grecques de premier ordre. Arrière-petite-fille d'Anárgyros Petrákis (d. 1892), premier maire d'Athènes et plusieurs fois ministre, elle est également la nièce du député et écrivain Konstantínos Mános (1869-1913) et du ministre et diplomate Periklís Argyrópoulos (1871-1953) ainsi que la petite-nièce du Premier ministre Kyriakoúlis Mavromichális (1849-1916).

Enfin, Aspasía a une sœur, Roxáni Mános (1898-????), épouse du député Chrístos Zalokóstas (1894-1975), et une demi-sœur, la chorégraphe Ralloú Mános (1915-1988)...

Le , Aspasía épouse secrètement, à Athènes, le roi Alexandre de Grèce (1893-1920), lui-même fils du roi Constantin de Grèce (1868-1923) et de la princesse Sophie de Prusse (1870-1932). De ce mariage inégalOn parle de « mariage inégal » pour qualifier l'union entre une personne issue d'une famille souveraine ou médiatisée avec un individu de rang « inférieur », qu'il soit noble ou roturier. Pour plus de détails, et même si ce statut n'existe pas, à proprement parler, en Grèce, voir l'article « mariage morganatique »., conclu en dehors des règles de succession grecques, naît une fille posthume : Alexandra de Grèce (1921-1993), princesse de Grèce et de Danemark (1922), qui épouse le roi Pierre II de Yougoslavie (1923-1970). Ce sont les parents du prince Alexandre de Yougoslavie (1945), actuel prétendant au trône de Serbie.

Biographie Jeunesse gauche|vignette|alt=Photographie montrant quatre enfants (une fille et trois garçons) entourant un bébé assis sur une chaise.|Les enfants du diadoque Constantin en 1905. De gauche à droite, on peut voir la princesse Hélène, la princesse Irène, le prince Georges, le prince Alexandre et le prince Paul. Premières années Fille du colonel Pétros Mános, officier d’ordonnance du diadoque Constantin, Aspasía côtoie, durant son enfance, les enfants du futur roi des Hellènes. Après le divorce de ses parents, l’adolescente quitte Athènes pour compléter ses études en France et en Suisse.

Revenue en Grèce en 1915, la jeune fille s’installe chez sa mère, Maria Argyropoulos. Peu de temps après, elle retrouve son ami d’enfance, Alexandre de Grèce, lors d’une fête donnée par Théodore Ypsilántis. Décrite par plusieurs de ses contemporains comme une femme très belleL’écrivain britannique Compton Mackenzie la décrit ainsi : . Quant au prince Christophe de Grèce, il considère que . Selon lui, ., Aspasía séduit immédiatement le prince hellène, qui n’a alors plus d’autre souhait que de la conquérir.

Des fiançailles secrètes Dans un premier temps, Aspasía se montre très réticente face aux assauts du prince. Réputé pour ses nombreuses conquêtes féminines, Alexandre lui semble d’autant peu digne de confiance que leur différence sociale rend improbable toute relation sérieuseLes Mános et les Argyrópoulos ont beau être issus de la haute aristocratie phanariote et compter, parmi leurs ancêtres, plusieurs voïvodes de principautés roumaines, leur rang est jugé insuffisant pour répondre, dans ces années, aux stratégies matrimoniales de dynasties royales européennes . La persévérance du jeune homme, qui se rend à Spetses durant l’été 1915 dans le seul but d’y retrouver Aspasía, finit cependant par vaincre ses appréhensions.

Très amoureux l’un de l’autre, les deux jeunes gens finissent même par se fiancer mais leur projet matrimonial reste cependant secret. De fait, les parents d’Alexandre, et surtout la reine Sophie, sont très attachés aux convenances sociales et il est pour eux impensable que leurs enfants épousent des personnes étrangères au gotha européen.

La Première Guerre mondiale et ses conséquences L'accession au trône d'Alexandre Pendant la Première Guerre mondiale, le roi Constantin (monté sur le trône en 1913) maintient la Grèce dans une politique de neutralité bienveillante envers l’Allemagne et les autres puissances de la Triplice. Beau-frère du Kaiser Guillaume II, le roi est accusé par les Alliés d'être germanophile parce qu'il a effectué une partie de sa formation militaire en Prusse. Cette situation aboutit à la rupture entre le souverain et son Premier ministre, Elefthérios Venizélos, qui est quant à lui convaincu de la nécessité de soutenir les pays de la Triple-Entente pour rattacher les minorités grecques de l'Empire ottoman et des Balkans au royaume hellène. Finalement, Constantin est destitué en 1917 et remplacé par le prince Alexandre, jugé plus malléable que son frère aîné par la Triple-Entente.

Le jour de son accession au trône, le , Alexandre révèle à son père sa liaison avec Aspasía et lui demande l’autorisation d’épouser la jeune fille. Très réticent vis-à-vis de ce qu'il considère comme une mésalliance, Constantin demande alors à son fils d’attendre la fin de la guerre pour s’engager. En contrepartie, le roi lui promet d’être son témoin le jour de ses noces. Dans ces circonstances, Alexandre accepte de repousser son projet matrimonial jusqu’au rétablissement de la paix. Deux jours plus tard, Constantin et sa parentèle gagnent le petit port d’Oropos et prennent le chemin de l’exil : c’est la toute dernière fois qu’Alexandre est en contact avec sa famille.

Une liaison mal considérée vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en buste portant un uniforme militaire.|Le roi Alexandre vers 1918. Une fois sa famille partie en exil, Alexandre se retrouve totalement isolé par Elefthérios Venizélos et ses partisans. L’ensemble du personnel de la monarchie est progressivement remplacé par les ennemis de Constantin et son fils est écarté de ses amis, quand ceux-ci ne sont pas tout simplement arrêtés. Même les portraits de la dynastie sont retirés des résidences d’Alexandre et il arrive aux nouveaux ministres de l’appeler en sa présence .

Prisonnier dans son propre royaume, le jeune roi supporte de plus en plus mal la séparation d’avec sa famille. Régulièrement, il écrit des lettres à ses parents mais ses courriers sont interceptés par le gouvernement et sa famille ne les reçoit pas. Dans ces conditions, le seul réconfort d’Alexandre reste Aspasía et il prend la décision de l’épouser malgré les recommandations de son père et l’opposition de son Premier ministre. De fait, Elefthérios Venizélos a beau avoir été l'ami de Pétros Mános, le père d’Aspasía, il craint que la jeune fille n'utilise ses liens familiaux pour servir d'intermédiaire entre lui et ses parents. Surtout, le Premier ministre préférerait que le monarque épouse une princesse britannique afin de consolider les liens qui unissent la Grèce à l'EntenteCependant, selon le prince Pierre de Grèce, . Voir ..

Cependant, la relation d’Alexandre et d’Aspasía n’a pas que des ennemis. La dynastie grecque est en effet d’origine germano-danoise et il faut remonter au Moyen Âge byzantin pour retrouver des ancêtres grecs chez les souverainsLa reine Olga, grand-mère d'Alexandre, descend ainsi d'Euphrosyne Doukaina Kamatera et d'Alexis III Ange en ligne matrilinéaire. Pour plus détail voir la filiation de la souveraine.. Dans ces circonstances, l’union du monarque et de sa fiancée permettrait d’helléniser la famille royale, ce qui ne serait pas pour déplaire à tous les Grecs.. Enfin, chez les puissances étrangères mêmes, et particulièrement à l’ambassade britannique, l’hypothèse de ce mariage est vue d’un bon œil. De fait, l'influence d’Aspasía est jugée positive sur le souverain, ne serait-ce que parce qu'elle lui donne la force de ne pas abdiquer. La visite officielle du prince Arthur, duc de Connaught et Strathearn, à Athènes en confirme d’ailleurs le soutien du Royaume-Uni au projet de mariage. Le fils de la reine Victoria demande en effet à rencontrer Aspasía et déclare ensuite à Alexandre que, s’il avait été plus jeune, lui aussi aurait cherché à épouser la jeune fille.

Un mariage scandaleux Un mariage secret