Lors de la pandémie de Covid-19, il est progressivement apparu qu'il existait des caractéristiques cliniques et épidémiologiques de la Covid-19 distinctes chez les enfants et les adultes. Le Covid long pédiatrique est le nom communément donné au « Covid long » (parfois appelé « Covid longue ») chez l'enfant, c'est-à-dire aux séquelles à long terme parfois engendrés par la Covid-19 chez l'enfant après la période de convalescence typique. Les deux symptômes les plus fréquents en sont l'asthénie (fatigue très anormale, avec difficulté d'apprentissage et généralement des maux de tête) et une dyspnée (essoufflement). Mais une parésie (faiblesse musculaire), une anosmie (perte d'odorat), une agueusie (perte du goût) et une obnubilation (terme médical désignant des dysfonctionnements cognitifs) sont possibles, en lien avec un schéma d'hypométabolisme cérébral. (observé au scanner et suggéré comme biomarqueur).
On ne parle de Covid long que quand les symptômes durent plus de 4 semaines ; il peut survenir chez des jeunes sans comorbidités et chez des patients n'ayant pas développé une forme grave.. Environ 1 à 6 % des enfants infectés par le virus pourraient être touchés par des formes - plus ou moins handicapantes, au moins marquées par une fatigue anormale - durant plusieurs mois. La forme grave (PIMS) est rare (520 cas répertoriés au en France, dont un décès). Elle est sévère : 2/3 de ces enfants ont du être transférés en soins intensifs. La réactivation du Virus d'Epstein-Barr (de la mononucléose) dormant serait une cause possible de ces symptômes.
En France, une résolution adoptée le reconnait la forme longue de la maladie, mais sans évoquer clairement le cas des enfants et adolescents, de même pour les recommandations de la Haute autorité de santé sur le diagnostic et la prise en charge des cas de Covid long. Hormis pour le cas particulier du PIMS, fin , aucun document informatif sur le Covid long pédiatrique n'était publié par le ministère de la santé ou les agences de santé.
Histoire et statistiques Dans un premier temps, à Wuhan comme ailleurs, le nombre d'enfants réellement infectés par le virus a été sous-estimé, en raison de symptômes absents ou souvent bien plus discrets et non spécifiques (symptômes gastro-intestinaux seuls parfois) que chez l'adulte. De plus, .. Ces difficultés ont pu faire sous-estimer le rôle des enfants dans la transmission du virus.
En , l'IHU de Marseille lance un suivi de jeunes patients infectés par le SARS-CoV-2. Ce suivi montrera que certains enfants ont des symptômes qui perdurent, apparaissent tardivement ou parfois s'aggravent. Dans un premier temps, faute de lésions observable, de nombreux médecins ont estimé qu'il s'agit d'une réaction « psychologique » induite par le stress du confinement, la fermeture des écoles ou d'autres phénomènes psychosociaux issus du contexte pandémique, et non d'une réaction au virus lui-même. Un dépistage plus proactif a permis de détecter de nombreux cas asymptomatiques et des patients pédiatriques modérément malades, notamment dans le contexte des clusters familiaux ou scolaires..
Les enfants présentent une sensibilité réduite à l'infection, comme le montre le taux d'attaque statistiquement plus faible chez les enfants que les adultes vis à vis de cas contacts dans les ménages. On a néanmoins trouvé une faible part des enfants touchés par un syndrome multisystémique inflammatoire pédiatrique parfois mortel, et peu à peu, les études ont décrit des Covid pédiatriques longues à persistantes de 4 semaines ou plus à compter du début de la maladie, avec notamment fatigue, faiblesse musculaire, dyspnée, douleurs thoraciques, toux et anosmie..... Jusqu'en 2021, les informations sur la Covid longue pédiatrique étaient rares et concernaient essentiellement les enfants hospitalisés, 3 ; ainsi sur les 201 premiers patients pédiatriques de moins de 16 ans testés positifs dans les hôpitaux publics de Marseille, 1/6ème environ présentaient ensuite des symptômes persistants et/ou récurrents post-Covid-19,2-5 mais sans complications inflammatoires. L'asthénie est le symptôme persistant le plus évident et fréquent. Les enfants atteints de Covid-19 aigu symptomatique ont significativement plus de risque de symptômes à long terme.
En , deux études publiées dans The Lancet décrivent dans la Covid-19 des effets neurologiques et vasculaires délétères, rares, mais possibles chez l'enfant et l'adolescents. Mais on ne sais pas encore pourquoi la Covid pédiatrique est presque toujours bénigne (par rapport aux adultes) chez l'enfant, ni si et comment les enfants d'âges différents contribuent ou non à la transmission communautaire asymptomatique du virus ; ni quelle sont la physiopathologie et les stratégies d'investigation et de traitement les plus appropriées pour le nouveau syndrome hyperinflammatoire décrit..
En , Simba , en étudiant le cas du Kenya se demandent si les effets directs et indirects de la Covid-19 chez l'enfant pourraient avoir été sous-estimés dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, notamment en Afrique subsaharienne. Parmi les effets indirects, ils citent ..
En , l'OMS, par la voix de son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus confirme la présence de cas de Covid Longue pédiatrique et 4 mois plus tard (), la Janet Diaz (responsable de la Covid longue à l'OMS) alertait la communauté internationale en précisant que la forme longue de la maladie touchait environ 10 % des malades ; sans lien statistiquement significatif avec le degré de gravité de la primo-infection ni avec l'âge du patient (soulignant que les jeunes enfants pouvaient aussi être concernés par cette forme longue de la Covid-19).
En , alors que dans le monde, on admet peu à peu qu'existe des formes longues de la maladie chez l'adulte, et alors que l'on pensait que les enfants étaient peu vulnérables à la Covid-19, l'Office of National Statistics (ONS) du Royaume-Uni estime que enfants (de 2 à 11 ans), adolescents (de 12 à 16 ans) et jeunes (de 17 à 24 ans) manifestaient encore des symptômes persistants quatre semaines après le début de la maladie ; à douze semaines, ces taux diminuaient mais en restant significatifs (, et cas respectivement pour ces tranches d'âge). On ignore encore l'importance relative éventuelle du type de souche ou variant du virus dans ce phénomène.
La cellule pédiatrique Covid Longue de l'Hôpital Germans Trias en Espagne confirmait aussi des cas de symptômes persistant durant au moins 6 mois ; dans une cohorte de 70 jeunes de 5 à 17 ans (13 ans de moyenne d'âge) suivis après avoir contracté le virus SARS-CoV-2, 30 % avaient encore des symptômes après 6 mois, 43 % ne pouvant pas suivre une scolarité normale et 90 % ne pouvant plus avoir d'activité extrascolaire.
Au Royaume-Uni, l'ONS (Office national des statistiques) notait en que 7,4 %, 8,2 % et 11,5 % de patients souffrant de Covid Longue pédiatrique présentaient encore des symptômes prolongés au moins 3 mois après le début de la maladie.
À Marseille (France, Aurélie Morand et ses collègues pédiatres de à l'Hôpital de la Timone (AP-HM) suivent depuis l'été 2020 un panel d'enfants souffrant de symptômes prolongés du Covid. Une étude publiée dans Acta Paediatrica estimait que 16,8 % de ces enfants manifestaient de tels symptômes persistants environ un an après leur primo infection. En moyenne les symptômes apparaissent 5 mois environ après la primo-infection (entre 36 et 345 jours après la phase aiguë de la Covid).
En , le Conseil scientifique mis en place par le gouvernement introduit le concept de Covid longue pédiatrique en se basant sur des taux publiés à l'étranger (4 % à 13 % des enfants testés positifs, selon l'âge des enfants, les méthodes et critères retenus). L'utilisation du TEP-scan chez 7 cas pédiatriques à l'Hôpital de la Timone montre chez ces enfants (comme chez l'adulte) que dans le cerveau le bulbe olfactif et les régions limbiques, le tronc cérébral, et le cervelet sont touchés. ; or ces zones du cerveau sont impliqués dans la mémoire, la régulation des émotions, les fonctions autonomes du corps (rythme cardiaque, rythme respiratoire, sommeil…), le goût, la nociception. Ceci pourrait expliquerait la diversité des symptômes du Covid long, même sans lésions physiques apparentes d'organes.
Mi-2021, en France et dans le monde, le taux de Covid Longue pédiatrique (prévalence) est encore mal évalué, de même que la durée moyenne ou maximale des symptômes.
The Lancet publie une étude évaluant la prévalence à 2 % pour un suivi sur 56 jours de suivi de jeunes patients via une application mobile (méthode susceptible d'avoir induit des biais statistiques).
Tableau clinique, diagnostic Comme chez l'adulte les symptômes varient beaucoup pour la nature des atteintes et leur gravité, d'une simple fatigue inhabituelle à la nécessité d'utiliser un fauteuil roulant et/ou d'une sonde pour nourrir l'enfant qui est alors déscolarisés plusieurs mois.
Les symptômes prolongés observés chez l'enfant et l'adolescent, décrits par les groupes de soutien et la littérature médicales (émergente mais abondante sur la Covid-19) sont comparables à ceux relevés chez l'adulte : asthénie marquée (avec insomnie dans 18,6 % des cas pédiatriques aux Etats-Unis), difficultés de concentration, dyspnée, toux, maux de tête, douleurs abdominales et musculaires, tachycardie (syndromes POTS). Ces effets sont parfois élargis à des symptômes d'atteintes multi-systémiques affectant le système nerveux, digestif et musculaire : anosmie, agueusie, douleurs oculaires, troubles du sommeil (hypersomnie ou insomnie), difficultés motrices, intolérance à l'effort, dysautonomie, vomissement persistants, déglutition difficile, amaigrissement, perte de cheveux, éruption cutanée, pseudo-engelures aux orteils Certains enfants développent une angoisse, mais pas systématiquement.
Comme chez la plupart des cas de Covid Longue adulte, les examens de premier recours classiques ne révèlent généralement rien d'anormal. Seuls le TEP-scanner cérébral, l'IRM cardiaque, le tilt-test, la scintigraphie pulmonaire VP, la biopsie du muscle permettent de montrer une inflammation anormale, un dysfonctionnement cérébral et/ou des atteintes multisystémiques caractéristiques de la Covid longue. Mais tout comme la recherche d'auto-anticorps spécifiques, ce sont des examens presque jamais prescrites en pédiatrie.
Selon le Pr Guedj (chef du service de médecine nucléaire de l'hôpital de la Timone) .
Le diagnostic différentiel doit éliminer la maladie auto-immune, une autre pathologie post-infectieuse ou des troubles d'origine psychogène.
Évolution de la maladie L'amélioration de l'état des enfants est progressive, parfois avec des rechutes pouvant durer plusieurs mois, voire une tendance à l'aggravation (à la suite d'efforts cognitifs ou physiques évoquant un syndrome de fatigue post-virale). Le repos et à l'évaluation de la tolérance à l'effort sont recommandés avant toute reprise d'activité ou programme de rééducation.
Il n'y a pas en France de reconnaissance officielle et précise de cette forme maladie dont les tableaux cliniques sont déconcertants et non-répertoriés, et mal révélée par les examens de routine. Ceci fait que certains médecins évoquent un trouble somatique fonctionnel, ce qui selon les organisations de parents concernés n'est pas une réponse adéquate.
Données scientifiques Comme pour la Covid longue de l'adulte, la littérature est encore émergente et la recherche en cours.
En 2019, les bébés, enfants et adolescentes semblent épargnés par les formes graves de la maladie.