vignette|Cavalier portant un casque béotien, détail du sarcophage d'Alexandre.
Un Compagnon ou hétaire (en grec ancien ) est à l'époque de la dynastie argéade un cavalier d'élite de l'armée macédonienne, réorganisée au par Philippe II. À l'origine les Compagnons appartiennent à l'aristocratie macédonienne. Sous le règne d'Alexandre le Grand, ils jouent un rôle décisif dans les batailles remportées contre les Perses. À l'époque hellénistique, les régiments de Compagnons ne subsistent explicitement que dans l'armée séleucide. Les Compagnons à pied (pezhétaires) sont quant eux les fantassins, d'origine non noble, formant la phalange.
Équipés d'une cuirasse et d'une longue lance, les Compagnons sont considérés parmi les premiers cavaliers de choc utilisés en Occident.
Origines redresse=1.3|vignette|Monnaie de montrant un cavalier portant deux javelines.
Le terme désigne en Grèce antique les hommes qui forment la garde rapprochée des rois. Le terme est présent chez Homère à propos des guerriers entourant Achille, , 81 ; , 69.. Chez les Doriens, en Macédoine, à Sparte et en Crète, il existe différentes institutions guerrières relatives aux hétaires. Selon la tradition, les hétaires macédoniens sont les descendants des guerriers doriens qui ont suivi les Héraclides de la famille des Argéades. Autour de et de ses deux frères commencent à se grouper les guerriers et les chefs des familles nobles de la Macédoine.
Ce qui distingue l'aristocratie des hétaires du reste des Macédoniens, c'est la possession de grands domaines territoriaux et le droit d'approcher le roi, qui récompense par des honneurs et des présents la fidélité à son service. L'aristocratie des Compagnons ne constituent pas une noblesse héréditaire tenue au roi par des liens vassaliques ou disposant de fiefs comme dans les sociétés féodales : les Compagnons disposent de leurs terres en toute propriété.
La première mention par les sources littéraires dhétaires en Macédoine concerne le règne d' (-)Élien, Histoire variée, , 4.. Thucydide considère que sous son règne la cavalerie forme le point fort de l'armée macédonienne du fait de son instruction et de son armement, , 100, 1.. D'après Anaximène, le corps des Compagnons aurait été formé par Alexandre , le frère aîné de Philippe , en y intégrant les fils de la noblesse, tandis que les pezhétaires (Compagnons à pieds) regroupent les Macédoniens non nobles. Mais il est probable que cette création soit plus ancienne. La cavalerie forme le noyau primitif de l'armée macédonienne, avant que Philippe II ne la réforme en créant la phalange de sarissophores . Alexandre le Grand dispose d'une cavalerie bien entraînée et efficace, et c'est lui qui aurait étendu le nom de Compagnons à l'ensemble de la cavalerie lourde.
Les Compagnons sont membres de droit de l'Assemblée des Macédoniens qui valide l'avènement du roi par acclamation. Ils forment autour du roi et de ses Amis l'« État » macédonienOlivier Battistini, « Hétaires », dans ..
Recrutement
À l'origine les Compagnons sont des membres de l'aristocratie foncière, voire parfois des « roturiers » qui jouissent de la confiance et de l'amitié du roi. Euripide a par exemple été honoré du titre de Compagnon par . La relation sacrée qui unit le roi et ses compagnons est symbolisée par la fête de l'hétairideia sur laquelle nous disposons de très peu de renseignements. Les rangs des Compagnons ont été considérablement augmentés par Philippe qui étend cette institution à l'ensemble de l'aristocratie macédonienne mais aussi à certains Grecs.
Il convient de distinguer parmi pour les hétaires les guerriers constituant le corps de la cavalerie lourde et les Compagnons du roi (basilikoi hétairoi), ou Amis (philoi), nommés à vie et appelés à remplir les plus hautes fonctions militaires et administratives. Pour le règne de Philippe , nous disposons à propos des Compagnons du témoignage de Théopompe cité par Polybe, , 9, 9-10.. Celui-ci affirme que les hétaires sont au nombre de , et que ces ceux-ci possèdent plus de biens territoriaux que des Grecs les plus riches. Ces richesses proviennent des terres prises aux cités et aux peuples vaincus par Philippe qui entend s'assurer de la loyauté de ses Compagnons en usant de telles libéralités. Théopompe écrit que les Compagnons sont recrutés dans toute la Grèce, et pas seulement en Macédoine, à l'image de ce que fera Alexandre. L'historien critique vivement leurs mœurs « barbares » en évoquant la débauche et les scandales à la cour de Pella.
À partir de Philippe, le titre de Compagnon n'est pas réservé aux seuls Macédoniens. Parmi ces non macédoniens de haut rang on peut notamment citer, pour le règne d'Alexandre, plusieurs Grecs : Eumène, Néoptolème, Néarque, Médios, Érigyios, Laomédon, Stasanor et Stasandre. Par ailleurs, les Compagnons n'appartiennent pas tous à la cavalerie macédonienne, comme Eumène le chancelier, Néarque le pilote de la flotte d'Inde, Harpale le trésorier ou Alexandre le Lynceste le commandant de la cavalerie thessalienne au départ de l'expédition, alors que certains officiers de la phalange portent le titre de Compagnons, comme Cratère, Perdiccas ou Coénos. Il est probable que des non Macédoniens peuvent servir dans la cavalerie des Compagnons comme l'atteste la présence du Corinthien Démératos dans la garde équestre (agéma) d'Alexandre au Granique.
À la fin du règne d'Alexandre, la solde mensuelle des Compagnons de la cavalerie est estimée à 600 drachmes, en comptant en plus ce qui est donné pour assurer leur subsistance ; à titre de comparaison le pezhétaire touche lui 200 drachmes. À cette solde, déjà élevée, il faut ajouter la part considérable du butin distribué par le roi.
Équipement Armement vignette|Détail de la mosaïque d'Alexandre montrant Alexandre le Grand et un compagnon en arrière plan.
Les Compagnons sont propriétaires de leur cheval et reçoivent à leur enrôlement un pécule leur permettant d'en acheter un de qualité idoine. Chaque Compagnon dispose d'un valet chargé de veiller à son cheval et à son équipement. Une ordonnance de Philippe II stipule qu'un Compagnon ne peut pas avoir plus d'un valet pour des raisons budgétaires.
En termes d'armements défensifs, le Compagnon est doté d'un casque, d'abord du modèle phrygien, peint aux couleurs de l'escadron, avant qu'Alexandre n'impose le modèle béotien, plus simple à produire et permettant une meilleure vision. Le casque comporte les marques du rang de son porteur. Le Compagnon porte également une cuirasse en bronze ou un linothorax, un manteau coloré (pourpre, rouge ou jaune), soulignant son appartenance aristocratique, des cnémides et des bottes. À cheval il n'utilise pas de bouclier mais cela peut être le cas pour le combat à terre.
Philippe apporte quelques nouveautés dans l'armement offensif : en plus d'une épée courte (machaira ou kopis) portée sur le côté gauche, le Compagnon est armée d'un xyston, une lance mesurant environ, plus longue et robuste que la simple dóry, et munie d'une double pointe de façon à pouvoir être toujours utilisée même si elle vient à se rompre. Faite de bois de cornouiller, cette lance, souple et solide, permet d'assurer des charges efficaces. C'est Xénophon, de retour d'Asie après son anabase, qui aurait introduit à Athènes l'usage du cornouiller, un bois très dense, à la place du bois de roseau ; cet usage se serait ensuite étendu en Macédoine. Les Compagnons abandonnent néanmoins l'usage des javelots introduits par les réformes de Xénophon, laissant aux javeliniers montés (ou hippacontistes), souvent thraces ou péoniens, le soin d'utiliser les armes de traits pour se concentrer sur la charge. Les Compagnons sont parfois amenés à s'armer de sarisses, comme les prodromoi / sarissophores, quand la situation le commande. C'est visiblement le cas des cavaliers représentés sur le sarcophage de SidonOlivier Battistini, « Sarissophore », dans ..
L'usage des étriers et du ferrage des chevaux est alors inconnu, ce qui induit que la cavalerie doit être combinée avec d'autres armes pour permettre la victoire.
Usage du bouclier Comme le montrent les monuments et les données archéologiques (mosaïque et sarcophage d'Alexandre), les Compagnons n'utilisent pas de boucliers à l'époque de Philippe II et d'Alexandre le Grand. Cependant certains historiensDont Johann Gustav Droysen, Paul Faure, Alan B. Bosworth et Bezabel Bar-Kochva. soutiennent que les Compagnons utilisent des boucliers à cette époque. Cette hypothèse provient d'Arrien qui décrit la campagne d'Alexandre contre les Illyriens durant laquelle le roi a ordonné à ses gardes du corps et à ses Compagnons de prendre leurs boucliers, de monter à cheval et de gravir une colline ; une fois le sommet atteint les soldats ont dû mettre pied à terre et combattre à pied, , 6, 5. Il est toutefois probable qu'Alexandre, cherchant à capturer la colline aussi rapidement que possible, ait ordonné à ses cavaliers de gravir la colline à cheval pour ensuite combattre à pied car la cavalerie ne peut pas combattre efficacement dans une pente. Arrien semble indiquer une situation inhabituelle, car les manœuvres standards ne sont généralement pas spécifiquement ordonnées. Plutarque indique qu'en 285 av. J.-C. Séleucos s'arme d'un bouclier à sa descente de cheval, Démétrios, 49, 4.. Plutarque évoque ici une peltè mais ce terme désigne à l'époque hellénistique le bouclier en usage dans les phalanges ; il s'agit plus probablement d'un aspis.
Selon PlutarquePlutarque, Alexandre, 16, 7., durant la bataille du Granique le casque et le bouclier (peltè) d'Alexandre ont été reconnus par la troupe. Dans la bataille, la lance du satrape Spithridatès a percé le bouclier et le corselet du roi, selon le manuscrit F du livre de Diodore, , 20, 3. . Cependant, le codex R ne mentionne que l'armure d'Alexandre. Le deuxième manuscrit parait plus précis car DiodoreDiodore, , 21, 2. raconte que le bouclier de Troie a été percé trois fois dans la bataille. ArrienArrien, Anabase, , 11, 8. note qu'il s'agit du même bouclier que celui porté au combat par les hypaspistes devant le roi. Dans sa description de la bataille, Arrien ne mentionne pas de bouclier porté par Alexandre. Le bouclier rond richement décoré de la tombe de Philippe à Vergina appartient sans doute à la panoplie d'apparat d'un roi qui peut combattre aussi bien à pied qu'à cheval.
On peut donc supposer que le bouclier n'est pas utilisé par la cavalerie grecque avant le L'utilisation d'un bouclier au sein de la cavalerie lourde, comparable aux Compagnons macédoniens, aurait été introduit soit par Pyrrhos en s'inspirant des cavaliers romains, soit par les Galates au moment de leur Grande Expédition en Grèce (281-277). Ces boucliers sont visibles sur certaines pièces (camées, bijoux, figurines en terre cuite, etc.). Un inventaire du trésor de Délos stipule la présence d'un bouclier de cavalerie portant une dédicace à Ptolémée de Telmessos, fils de Lysimaque prétendant au trône de Macédoine entre 279 et 277.
Selon l'iconographie, à l'époque hellénistique la majorité des cavaliers gréco-macédoniens porteurs de boucliers sont armés de grands boucliers ronds, dérivés de l'aspis, et quelques-uns portent des boucliers oblongs, communément appelés thuréos. Le bouclier rond étant atypique dans le monde celte, les Grecs l'auraient donc emprunté aux Romains. Les cavaliers gréco-macédoniens utilisent également des boucliers oblongs de type celtique depuis les années 270. Cependant, en l'état actuel des connaissances, ce type de bouclier n'apparait pas être répandu parmi la cavalerie séleucide ou lagide.
Effectifs et organisation vignette|redresse=1.5|Dispositif traditionnel de l'armée macédonienne du temps de Philippe II et d'Alexandre, avec les Compagnons (hétairoi) placés à droite.