Élie Gintrac est un médecin français, professeur de clinique interne, né le à Bordeaux, et mort le dans la même ville. Directeur de l'école de médecine de Bordeaux de 1846 à 1871, il a joué un rôle déterminant dans la transformation de cette école en faculté mixte de médecine et pharmacie en 1874. Grâce à son action, l'école de médecine est devenu un véritable centre scientifique et intellectuel, et il a posé les bases de l'école de neuropsychiatrie bordelaise. Gintrac a également contribué à d'importantes réformes hospitalières à Bordeaux, en initiant la création de l'hôpital des enfants et la transformation de l'hôpital Saint-André en lieu dédié à l'enseignement médical.
Biographie
Famille Élie Gintrac est né à Bordeaux (Gironde) le . Il est issu d'une famille de riches commerçants bordelais, son père est Arnaud Joseph Gintrac, libraire, et sa mère Margueritte Dignac-Vignon. Il épouse le 22 mai 1819 Marguerite Céline Mossion (1803-1873), le couple a quatre enfants. La famille habite 22 rue du Parlement-Sainte-Catherine à Bordeaux. Après le décès de ses parents, l'héritage de Gintrac lui permet d'acquérir en 1827 une résidence de campagne à Mérignac, le Château de Peychotte ou Maison carré d'Arlac. Il décède le , à l'âge de 86 ans, à son domicile rue du parlement Saint-Pierre, et est enterré au cimetière de la Chartreuse.
Formation à Bordeaux et Paris Bachelier ès-lettre après des études dans des écoles religieuses tenues par les jésuites, Gintrac intègre en 1808 l'École élémentaire de médecine de Saint-Côme, située 42 rue de Lalande à Bordeaux. Il est lauréat de l'école en 1810. Ses enseignants conseillent à cet étudiant brillant de poursuivre ses études à la Faculté de médecine de Paris. Il est l'élève du François Broussais, dont il adopte la théorie physiologique dite « système de Broussais », reposant sur l'hypothèse que les maladies chroniques sont causées par une inflammation intestinale. Gintrac est lauréat de la faculté de Paris en 1811, 1812 et 1813. Il soutient en 1814 à Paris une thèse consacrée aux cardiopathies congénitales, intitulée Recherches analytiques sur diverses affections dans lesquelles la peau présente une coloration bleue, et en particulier sur celles que l'on a désignées sous les noms de cyanose ou maladie bleue.
Carrière médicale à Bordeaux Après l'obtention de son doctorat, Gintrac revient en 1814 à Bordeaux, où il ouvre un cabinet médical. Son arrive coïncide avec l'accession au trône de Louis XVIII, dont il est un fervent soutien. Après des débuts d'installation difficile, sa clientère privée se développe rapidement du fait de ses compétences et de ses titres universitaires. D'après un contemporain, Gintrac est « de taille moyenne, mais de prestance bourgeoise. Sa voix douce et sonore posséd[e] un accent gascon : ses yeux bleus pétill[ent] derrière de vastes lunettes ». Formé à une observation clinique précise par son maître parisien Broussais, il tient à jour un fichier détaillé des pathologies de ses patients, constituant ainsi une source de matériel d'étude clinique pour ses travaux académiques. gauche|vignette|Thèse de doctorat en médecine d'Élie Gintrac (1814)|281x281px Gintrac s'investit rapidement après son retour de Paris dans des missions de santé publique. Il obtient en 1819 le poste de médecin des épidémies, à une époque où celles-ci étaient fréquentes et meurtrières à Bordeaux, notamment celles de choléra, typhoïde et paludisme, du fait de l'insalubrité de nombreux quartiers construits sur des terrains marécageux. En 1824, Gintrac postule avec succès sur les fonctions de médecin-adjoint de l'hôpital général de la Manufacture et des enfants trouvés, situé quai de Palutade. Tout en poursuivant son activité libérale, Gintrac assure jusqu'en 1830 des vacations dans cet hospice, qui accueille environ 400 nourrissons, enfants et adolescents. En 1830, il devient médecin-adjoint de l'hôpital Saint-Jean, hospice des aliénés de Bordeaux situé sur le cours Saint-Jean (actuel cours de la Marne).
En 1833, il est le médecin la duchesse de Berry, belle-fille de Charles X, emprisonnée à la Citadelle de Blaye, après avoir tenté en 1832 de soulever la province contre son oncle le roi Louis-Philippe Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, veuve de Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, second fils du roi Charles X de France et mère du comte de Chambord, prétendant légitimiste au trône de France sous le nom de « Henri V ». Emprisonnée sur ordre de Louis-Philippe, elle souffre d'une grossesse tenue secrète. Elle accouchera le 10 mai 1833 d'une fille qui mourra quelques mois plus tard.. Gintrac, connu pour ses opinions légitimistes, est sollicité pour donner des soins à la duchesse dont la grossesse est tenue secrète. Même si Gintrac effectue ses soins en toute discrétion, cet épisode contribue à sa notoriété nationale. Cette notoriété lui vaut aussi l'animosité des légitimistes bordelais. Il est accusé d'avoir trahi la cause, de s'être vendu à la monarchie de juillet, et sa famille subit des représailles : sa femme est insultée dans la rue, la tombe de sa mère est vandalisée. Il parvient à apaiser cette situation conflictuelle en sollicitant l'avis des médecins les plus réputés et influents de Bordeaux sur les soins à donner à la duchesse, qui sont priés par lettre personnelle du préfét de se rendre à Blaye. Après son accouchement, la duchesse pose à la demande de Gintrac pour un portrait qu'elle lui offre, et qu'il expose à la place d'honneur dans son salon.
En 1834, Gintrac devient médecin adjoint de l'hôpital Saint-André, dont les nouveaux bâtiments, construits par l'architecture Bourget, étaient ouverts depuis 1829 et pouvaient accueillir 620 patients. Gintrac est élu « médecin ordinaire » de cet hôpital en 1838, après une sélection sur une liste de trois candidats présentés par la commission des hospices. En 1854, Gintrac est nommé membre de la commission administrative des hospices civils de Bordeaux, jusqu'à sa retraite en 1871.
Carrière académique à l'école de médecine de Bordeaux vignette|354x354px|Bâtiment de l'ancienne école de médecine Saint-Côme de Bordeaux Dès son retour de Paris en 1814, Gintrac devient adjoint de son maître le Moulinié, fondateur et directeur de l'école Saint-Côme, et professeur d'anatomie et de physiologie. Gintrac enseigne l’anatomie à l’école, renommée en 1814 École royale de médecine de Bordeaux par le duc d'Angoulême. Après le décès du Moulinié en 1819, Gintrac devient titulaire de la chaire d’anatomie et de physiologie. Le , Gintrac démissionne de son poste de professeur, refusant par légitimisme de prêter serment au roi Louis-Philippe. Il ne réintègre l'école royale de médecine que huit ans plus tard, en étant nommé en 1838 professeur de clinique interne en remplacement du Dutrouilh. En 1840, l'école change de statut et devient lÉcole préparatoire de médecine et pharmacie. En 1846, Gintrac succède au Mabit en tant que directeur de l'école de médecine, fonction qu'il conserve jusqu'à sa retraite en 1871.
En tant qu'enseignant, Gintrac a une réputation de rigueur et de clarté : . Il prend sa retraite d'enseignant en 1863, son fils ainé Henri Gintrac (1820–1878) lui succède sur le poste de professeur de clinique interne.
Gintrac a été membre de très nombreuses sociétés savantes bordelaises, nationales et internationales. Il est membre de la société royale de médecine de Bordeaux en 1820, adjoint correspondant de l'Académie nationale de médecine en 1825, et élu associé national en 1877. Il est président de l'Académie des Sciences et des Belles Lettres et Arts de Bordeaux en 1854, et membre correspondant de l'Académie des sciences de 1864 à 1877.
Œuvre et travaux scientifiques Gintrac est considéré au XIX° siècle. Grâce à sa la continuité de son action en tant que directeur de l'école de médecine de Bordeaux pendant 25 ans, et sa détermination à la transformer en faculté, l'école de médecine bordelaise devient au siècle un véritable centre scientifique et intellectuel.
Structuration de l'enseignement médical à Bordeaux En 1821, le Brulatour devient directeur de l'''École royale de médecine de Bordeaux, et propose à son ami Gintrac d'en devenir le secrétaire. Gintrac est chargé d'aller négocier à Paris de nouveaux statuts pour l'école, instaurant notamment le paiement de frais d'inscription, ainsi qu'un projet de fusion des deux écoles de médecine qui co-existent alors à Bordeaux : l'école royale où l'enseignement est essentiellement théorique, et l'école de l'hôpital Saint-André fondée en 1797, où l'enseignement est essentiellement clinique. En 1829, ce projet de fusion porté par Brulatour et Gintrac est acté par une ordonnance royale, la nouvelle école est nommée École royale secondaire de médecine. gauche|vignette|354x354px|Faculté mixte de médecine et pharmacie de Bordeaux inaugurée en 1888 place d'Aquitaine (actuelle place de la Victoire) Pendant les 25 ans (1846-1871) où Gintrac assure la direction de l'école de médecine, son principal objectif est d'obtenir sa transformation en faculté de médecine, au même titre que celles existant à Paris, Lyon et Montpellier. Pour atteindre , il instaure des règles pédagogiques rigoureuses pour les étudiants et les enseignants, avec un contrôle de l'assiduité, et des examens validant l'acquisition des connaissances. Pour faire face à un nombre croissant d'étudiants, il obtient des crédits pour agrandir les locaux de l'école par l'architecte Burguet. Il créé un musée et une bibliothèque médicale, à laquelle son fils lègue 1200 livres après son décès.
La décision de transformation de l'école en faculté ne sera prise qu'après le départ à la retraite de Gintrac. La Faculté mixte de médecine et pharmacie de Bordeaux est créée en 1874, avec une ouverture effective en 1878. Son fils Henri Gintrac est brièvement le doyen de cette faculté, de juillet à décembre 1878, date à laquelle il décède à 58 ans, un an après son père. Albert Pitres (1848-1928) titulaire de la chaire de clinique interne, poursuit l'œuvre de Gintrac lorsqu'il devient à son tour doyen (1885-1898 puis 1904-1915). Pitres obtient la construction d'un campus universitaire pour la Faculté de Médecine et Pharmacie, situé sur la place d'Aquitaine (actuelle place de la Victoire).
Réformes hospitalières et structuration de l'organisation des soins vignette|362x362px|Hôpital de la Manufacture et des enfants trouvés de Bordeaux (1830) Gintrac est le seul médecin de la commission administrative des hospices civils de Bordeaux, dont il est membre depuis 1854, ce qui lui permet d'avoir une influence importante sur les décisions administratives concernant les hôpitaux de Bordeaux. Il met rapidement en œuvre un programme de réformes, en s'appuyant sur son expérience d'exercice médical dans plusieurs de ces hôpitaux, ainsi que sur des visites où il procède à une évaluation détaillée de leur organisation et fonctionnement. Il dénonce l'insalubrité de l'hôpital de la Manufacture et des enfants trouvés, et l'inadéquation de son fonctionnement, et préconise sa fermeture et la création d'un hôpital-hospice centré sur les soins, et non plus sur l'éducation. Le rapport soumis par Gintrac le 17 août 1855 aux membres de la commission administrative est adopté à l'unanimité. Gintrac permet ainsi d'initier les décisions qui aboutiront à la création de lhôpital des enfants malades cours de l'Argonne à Bordeaux, dont la construction débute en 1882, et qui est inauguré en 1888.