Le bureau 610 ou bureau 6-10 (chinois : 610 办公室) doit son nom à son jour de création, le . Il a été créé par Jiang Zemin pour combattre, en Chine et à l'étranger, le Falun Gong. Du fait qu’il s’agit d’un bureau du Parti communiste dirigé sans mandat juridique officiel, on le qualifie parfois d’organisation extrajudiciaire. Le bureau 610 est le bras qui accomplit ce qu’ordonne le groupe central de direction chargé du Falun Gong, également connu comme le groupe central de direction chargé des religions hérétiques.

Le bureau 610 central est dirigé par un membre de haut rang du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois, et contrôle fréquemment d'autres organes de l'État et du Parti dans sa campagne anti-Falun Gong. Il est étroitement associé au puissant Comité des Affaires politiques et législatives (CAPL) du PCC. Des bureaux 610 locaux ont également été établis à tous les niveaux, provinces, districts, municipalités, quartiers, on estime qu’il y en a un millier environ dans tout le pays.

Les principales fonctions des bureaux 610 sont de coordonner la propagande anti-Falun Gong, de surveiller et de collecter des renseignements, et de punir et « rééduquer » les pratiquants de Falun Gong. Selon les sources, le bureau est impliqué dans des condamnations extrajudiciaires, la rééducation coercitive, la torture et parfois l’élimination des pratiquants de Falun Gong.

Depuis 2003, la mission du bureau 610 a été élargie, elle inclut désormais d'autres groupes religieux ou groupe de Qigong jugés hérétiques ou nuisibles pour le PCC, tout particulièrement l'Église du Dieu Tout-Puissant, bien que le Falun Gong reste sa priorité numéro un.

Contexte de sa création

vignette|Les pratiquants de Falun Gong manifestent devant l’enceinte du gouvernement de Zhongnanhai en avril 1999 pour demander la reconnaissance officielle.

Le Falun Gong, aussi appelé Falun Dafa, est une forme de pratique spirituelle de Qi gong impliquant la méditation, des exercices énergétiques et une philosophie morale ancrée dans la tradition bouddhiste. La pratique a été introduite par Li Hongzhi en Chine du Nord au printemps 1992, vers la fin du «boom du Qi gong» en Chine.

Pendant les premières années de son développement, le Falun Gong a bénéficié d'un soutien officiel considérable, il a été suivi par des millions de personnes. Vers le milieu des années 1990, cependant, les autorités chinoises ont tenté de maîtriser l'influence des pratiques de Qi gong, en adoptant des exigences plus strictes sur diverses confessions Qi gong du pays. En 1996, probablement face à la pression croissante pour formaliser ses liens avec le parti-État, le Falun Gong s’est retiré de l'association nationale de Qi gong. Après s’être délié de l'État, le groupe est devenu de plus en plus critiqué jusqu’à se voir surveillé par l’appareil de sécurité du pays et par le département de la propagande. Les livres de Falun Gong ont été interdits à la publication en , et les informations gérées par l'État ont commencé à critiquer le groupe en l’accusant de « superstition féodale », dont l'orientation « théiste » serait en contradiction avec l'idéologie officielle et le programme national.

Le , plus de 10 000 pratiquants de Falun Gong ont fait une démonstration paisible près de l’enceinte du gouvernement de Zhongnanhai demandant la reconnaissance officielle, mais aussi que cesse l’escalade du harcèlement à leur encontreGutmann, Ethan (13 juillet 2009). "An Occurrence on Fuyou Street". National Review. Consulté le 24 novembre 2012.. Le pape de la sécurité de l’époque et membre du bureau politique, Luo Gan, a été le premier à attirer l'attention sur ce rassemblement. Luo aurait appelé le Secrétaire général du PCC, Jiang Zemin, pour exiger une solution concrète face au problème du Falun Gong.

Un groupe de cinq représentants du Falun Gong a adressé ses demandes au Premier ministre d’alors, Zhu Rongji, et apparemment satisfait de sa réponse, le groupe s’est dispersé pacifiquement. Cependant, Jiang Zemin a déclaré avoir été profondément irrité par l'événement et s'est déclaré préoccupé par le fait qu'un certain nombre de fonctionnaires de haut rang, appartenant au Parti communiste, ainsi que des membres de l'establishment militaire aient adopté le Falun GongJiang Zemin, “Letter to Party cadres on the evening of April 25, 1999” republié dans Beijing Zhichun (Le printemps de Pékin) no. 97, Juin 2001.. Le soir même, Jiang a diffusé une lettre dans les rangs communistes pour ordonner que le Falun Gong soit écrasé.

Historique

Son responsable est Li Lanqing, secondé par Luo Guan et Ding Guangen et il dépendrait du ministère de la Sécurité publique de la république populaire de Chine. Le gouvernement chinois n'a jamais reconnu son existence.

La mission de Luo Guan était à l'époque décrite comme une étude, une enquête, et le développement d’une « approche unifiée... pour résoudre le problème du Falun Gong ». Le bureau a été créé sans aucune législation, et il n'existe rien de disponible pour décrire précisément ses fonctions. Néanmoins, il a été autorisé « à impliquer les organismes d’État locaux et centraux du Parti, appelés à agir d’une manière très coordonnée au bureau », selon le professeur de l’UCLA (University of California, Los Angeles) James Tong.

En juillet 2005, des Chinois ayant travaillé pour cet organisme ou en collaboration avec lui, dont Chen Yonglin, ancien diplomate en Australie et Hao Fengjun demandent l'asile politique en Australie et révèlent les activités du bureau 610, déjà dénoncées par certains organismes de défense des droits de l'HommeAFP, Sydney Australia gives Chinese ex-cop a protection visa Tapei Times, 2 août 2005.

Selon Roger Faligot, pour protéger les Jeux olympiques de Pékin, entre 150 000 à 200 000 agents sont mobilisés dont des membres du bureau 610Les services secrets chinois, Marianne, .

Organisation

Après sa création en 1999, le bureau 610 a étendu la gamme de ses fonctions en particulier au fichage des journalistes Roger Faligot, JO: La médaille d'or de l'espionnage Politique Internationale - La Revue n°120, Été 2008.

Des membres du bureau 610 sont présents dans l'ensemble des ambassades chinoises à travers le monde.

La structure Le bureau 610 est géré par les dirigeants du Parti communiste de Chine tout en haut de l’échelle, et le groupe central de direction qui supervise le bureau 610 s’est toujours, depuis sa création, trouvé sous la tutelle d’un membre important du Comité permanent du bureau politique, à commencer par Li Lanqing (1999-2003) puis Luo Gan (2003-2007), ensuite Zhou Yongkang (2007- 2012).

Cette habitude de désigner une personne d’autorité au sein du Parti pour gérer le groupe central de direction et le bureau 610 a été conçue afin de s'assurer qu’on serait en mesure de devancer les autres fonctionnaires du ministère. Selon James Tong, le bureau 610 fonctionne sur « plusieurs strates administratives » au-dessus des organisations telles que l’Administration générale de la presse, de l'édition, de la radiodiffusion, du cinéma et de la télévision (SARFT), l’agence de presse Xinhua, la Télévision centrale de Chine (CCTV) et le bureau des publications et des nouvelles. Le bureau 610 a pour rôle de coordonner la couverture médiatique anti-Falun Gong dans la presse officielle, influençant alors d’autres parties et entités de l’État, notamment les agences de sécurité, à pendre part dans la campagne anti-Falun Gong.

Cook et Lemish pensent que le bureau 610 a été créé en dehors du système traditionnel de sécurité d’État pour plusieurs raisons : d'abord, un certain nombre de fonctionnaires au sein des institutions militaires et celles de la sécurité pratiquaient le Falun Gong, ce qui a conduit Jiang et d'autres dirigeants importants du PCC à craindre que les organismes à leurs charges soient déjà compromis, deuxièmement, il fallait une organisation à la fois agile et puissante pour coordonner la campagne anti-Falun Gong, troisièmement, le fait de créer une organisation du Parti à un haut niveau fonctionnait comme le signal clair que la campagne anti-Falun Gong était une priorité et, enfin, les dirigeants du PCC ne voulaient pas la campagne anti-Falun Gong soit entravée par des restrictions juridiques ou bureaucratiques, créant donc l’extrajudiciaire bureau 610.

Peu de temps après la création du bureau 610 central, les bureaux 610 parallèles ont été établis à chaque niveau administratif où les populations de pratiquants de Falun Gong étaient présents, ce qui incluait les provinces, les districts, les municipalités, et parfois les quartiers. Dans certains cas, des bureaux 610 ont été ouverts dans des grandes entreprises et des universités. Chaque bureau 610 suit les ordres du bureau 610 au-dessus de lui administrativement, ou alors des autorités du Parti communiste au même niveau. À leur tour, les bureaux 610 locaux influencent les dirigeants d’autres organes de l'État et du Parti tels que les organisations médiatiques, les bureaux de sécurité publique locale, et les tribunaux.

La structure du bureau 610 et le Comité des affaires politiques et législatives, (CAPL) se chevauchent. Les deux, Luo Gan et Zhou Yongkang, ont supervisé simultanément CAPL et bureau 610. Le fait qu’ils se croisent se reflète également au niveau local, où le bureau 610 s’aligne régulièrement au CAPL local, parfois même on partage les mêmes locaux.

Les bureaux 610 individuels au niveau local n’offrent que des variations mineures concernant la structure de l’organisation. La ville de Leiyang dans la province du Hunan fournit un exemple sur la façon dont sont organisés les bureaux locaux. Là, le bureau 610 était constitué en 2008 d'un « groupe composite » et d’un « groupe d'éducation ». Le groupe d'éducation était chargé du « travail de propagande » et la « transformation par la rééducation » des pratiquants de Falun Gong. Le groupe composite était chargé des tâches administratives et logistiques, la collecte de renseignements et la protection des informations confidentielles.

Selon James Tong la décision du Parti pour mener la campagne anti-Falun Gong au moyen du groupe central de direction et du bureau 610 reflète « un exemple des choix institutionnels du système », on utilise « des comités ad hoc plutôt que des organismes permanents, et le pouvoir investi revient à des membres au sommet plutôt qu’aux bureaucraties gouvernementales en fonction ».

Le recrutement On sait relativement peu de choses sur le processus de recrutement concernant les bureaux 610 locaux. Dans les rares cas où ces informations sont disponibles, les agents 610 semblent avoir été récupérés dans d’autres organismes du Parti ou de l'État (par exemple le personnel du CAPL ou des bureaux de la sécurité publique). Quelques bureaux 610 ont fourni des efforts par eux-mêmes pour faire participer du personnel diplômé.

Une responsabilisation systématisée vignette|droite|Les pratiquants de Falun Gong arrêtés sur la place Tiananmen après l'interdiction. Le bureau 610 a mis en œuvre des amendes punitives destinées aux autorités locales pour empêcher les manifestations du Falun Gong sur la place.

Afin d'assurer la conformité avec les directives du Parti contre le Falun Gong, les bureaux 610 ont mis en place un système de responsabilisation qui s'étendait jusqu’aux niveaux les plus bas de la population. Dans ce système, les mandataires locaux étaient tenus pour responsables de tous les résultats liés au Falun Gong sous leur juridiction, et un système d'amendes punitives fut mis en place dans les régions et pour les fonctionnaires qui ne réprimaient pas efficacement le Falun Gong Ian Johnson,Wild Grass: Three Portraits of Change in Modern China pp 251–253 et pp 283–287 Vintage, New York NY, 2004, . « Cela a provoqué le fait que le gouvernement a toujours invoqué un patchwork ad hoc d'édits, d’ordres et de connexions personnelles, au lieu d’initier un système moderne pour diriger la Chine », écrit Johnson.