Les mots Indien et Amérindien sont des termes désignant les peuples autochtones des Amériques. Le mot Indien a été utilisé par les Européens à partir de la fin du après que les explorateurs, dont Christophe Colomb, qui pensaient avoir atteint les Indes. L'expression Indien d'Amérique puis le mot Amérindien ont été introduits ultérieurement pour distinguer ces populations des habitants de l'Inde.

L'identification des Amérindiens varie considérablement selon les époques, les lieux, les locuteurs. Les critères permettant de déterminer qui est « amérindien » sont jugés par plusieurs sociologues comme incertains, changeants et difficiles à définir, et le mot lui-même, très utilisé en français, pose des problèmes lexicographiques liés à l'inclusion ou l'exclusion de certains peuples arctiques (dont les Inuits, les Yupiks et les Aléoutes) et, souvent, à sa connotation.

Les personnes ainsi catégorisées préfèrent généralement employer pour s'autodésigner le nom spécifique de leur groupe d'appartenance ; elles se qualifient de plus en plus par le terme « autochtone », associé à des revendications juridiques, dans un contexte de lutte pour la reconnaissance de leurs droits qui a commencé dans les années 1970. Les institutions internationales comme l'ONU ont consacré depuis la Déclaration de Vienne en 1993 l'expression « peuples autochtones » (en anglais « », en espagnol « »), qui suppose une auto-identification, et a des implications politiques. L'anthropologie qui s'est longtemps vouée à l'étude des ethnies a accompagné ces évolutions en accordant de plus en plus d'attention aux différentes formes de domination subies par les autochtones, et aux moyens de mobiliser les énergies dans le but de créer un rapport de forces plus favorable à ces peuples.

Usage et connotation

« Indien » « Indien » préserve de manière littérale une erreur d'identification commise par des colonisateurs espagnols de la fin du , qui croyaient avoir atteint l'Inde. C'est la raison pour laquelle il peut être perçu au comme ethnocentrique«Le terme « Indien » pose évidemment un problème majeur d’ethnocentrisme (et fondé sur une erreur radicale d’appréciation !)», Jean-Marc Serme, « Études amérindiennes : le poids des plumes », Amnis, lire en ligne ; DOI : https://doi.org/10.4000/amnis.158. Le mot a pris, dans certains contextes, une connotation offensante ou négative, voire péjorative : selon L'Encyclopédie canadienne, . ; en anglais américain, « Indian » est associé selon à des stéréotypes stigmatisants comme la sauvagerie, la cruauté (« wild Indians ») ; en Amérique latine, « Indio » peut être utilisé comme un terme injurieux. Le journaliste et écrivain Christian Rudel, , note dans l'introduction de son ouvrage Réveils amérindiens. du Mexique à la Patagonie (2009) : . C'est la raison pour laquelle certains mouvements qui veulent réhabiliter les cultures autochtones en Amérique se disent « indiens », manière de retourner le stigmate, et d'assumer fièrement une identité méprisée« De nombreux mouvements indiens de revendication culturelle qui ont émergé de nos jours sur tout le continent américain demandent à être appelés Indiens. C'est un mouvement semblable à celui des Noirs aux États-Unis qui réclamaient d'être appelés Nègres, ou à celui des premiers chrétiens qui s'assumaient comme tels pour contrer le mépris dont ce mot était teinté. On assiste ici à la prétention à se nommer, exprimée dans un environnement où la parole de l'autre est toujours prépondérante : la seule solution consiste alors à se réapproprier délibérément les termes qui lui étaient jusqu'alors imposés. Cet acte linguistique volontaire et indépendant met fin aux connotations négatives provenant d'un équilibre social ainsi remis en cause», Sybille de Pury-Toumi, « Capítulo 1. ¿Indios para quién? Historia de una palabra» In: De palabras y maravillas: Ensayo sobre la lengua y la cultura de los nahuas, Sierra Norte de Puebla . Mexico: Centro de estudios mexicanos y centroamericanos, 1997, . DOI: https://doi.org/10.4000/books.cemca.1749..

relève que le problème est désormais compliqué par l'existence aux États-Unis d'une importante population originaire d'Inde dont les membres, qui utilisent la même combinaison des termes Indian et American , peuvent revendiquer le statut de communauté indienne. Il note, par ailleurs : .

« Amérindien » « Amérindien » dérive de l'anglais américain , qui était à l'origine la forme adjectivale du substantif , contraction de forgée par des anthropologues américains à la fin du et renvoyant de manière générique à tout membre des peuples autochtones d'Amérique, Inuits inclusBase de données lexicographiques panfrancophone, .

Le terme est proposé au congrès de la société anthropologique de Washington en 1899 pour désigner ce qu'un compte-rendu américain d'époque appelle les . et un compte-rendu français, tantôt les et tantôt les .. Les tenants de cette proposition estiment que le terme Américain , que le terme Indien et que les expressions Sauvages d'Amérique et Peaux-Rouges ne sont pas . Ils jugent en particulier ces dernières comme connotées et non adaptées à une utilisation . Ce néologisme suscite toutefois une controverse au Congrès des Américanistes à New York en 1902, l'anthropologue Franz Boas le qualifiant notamment de ...

Les mots anglais et ne se sont guère imposés dans l'usage. En français, « Amérindien » entre dans les dictionnaires dans les années 1960 (Robert, Larousse, etc.), il y est donné comme synonyme d'« Indien d'Amérique » ; cette relation d'équivalence explique le fait que « Amérindien » en français a un sens étroit qui exclut les Inuits : en effet, selon la Base de données lexicographiques panfrancophone, , « Indiens » ne renvoie jamais aux Inuits, peuple issu d'un mouvement migratoire distinct et plus récent. La situation est identique au Québec même si, à la suite de l'anthropologue Jacques Rousseau, dans les années 1950-1960, le terme est employé au sens large (comprenant les Inuits). « Amérindien » tendant à l'emporter sur « Indien » dans l'usage« Amérindiens ou Indiens », article de l'encyclopédie Larousse en ligne., il se trouve encore aujourd'hui dans les dictionnaires sans mention de rareté ni de désuétude, et généralement sans mention d'un caractère péjoratif.

Des remaniements terminologiques importants sont intervenus au Canada ces dernières décennies, affectant les désignations des peuples premiers. « Amérindien » se substitue à « Indien » mais à son tour, il est parfois mal perçu et tend à être écarté dans les années 2010Office québécois de la langue française, . La Base de données lexicographiques panfrancophone et la Banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada le présentent comme « vieilli » au Canada. Au sens étroit, qui exclut les Inuits et les Métis, « Amérindien » tend à être remplacé depuis les années 1980«En 1980, des centaines de chefs se réunissent à Ottawa et utilisent pour la première fois le terme « Premières Nations » dans la Déclaration des Premières Nations. En 1982, la Fraternité nationale des Indiens devient l’Assemblée des Premières Nations, la voix politique des membres des Premières Nations au Canada», par « Premières Nations »« Les membres des Premières Nations sont souvent désignés par d’autres noms tels qu’Indiens ou Amérindiens. Ces appellations peuvent être problématiques, car certaines ont une connotation négative », , sauf dans un contexte administratif, où « Indiens » a un sens technique bien précis. « Amérindiens » au sens large, incluant les Inuits et les Métis, est supplanté par « Autochtones »« Le mot Indien tend à être remplacé par Amérindien, puis, plus récemment, par membre d'une Première Nation ou par le générique Autochtone », . Indépendamment des extensions qu'elle peut prendre, la désignation « Amérindiens » est controversée en raison des possibles connotations qui lui sont associées : pour le dictionnaire de l'Université de Sherbrooke, elle est « considérée inexacte, voire péjorative » dans certains contextes ; le terme est retiré de certains manuels scolaires à la suite d'une décision gouvernementale en 2018. Cette dernière mesure s'inspire des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, créée en 2008 dans le but de faire la lumière sur les torts subis par les Autochtones du Canada, et de sensibiliser l'opinion à ce sujet. La Banque de dépannage linguistique du Québec inscrit l'abandon progressif de « Amérindien » dans une évolution générale de la terminologie relative aux Autochtones du Canada :

Controverse canadienne sur la refonte des manuels d'histoire Dans le contexte de la refonte des manuels d'histoire canadiens, le Conseil en éducation des Premières Nations (CÉPN) argue dans un mémoire publié en 2016 que Dans un second mémoire sur le même sujet, le CEPN ajoute : Ce point de vue est exprimé le lors d'une réunion avec les représentants du Ministère de l'éducation chargés de la refonte des manuels scolaires, .. Dans plusieurs courriels internes au ministère du , une responsable fait état de l'arbitrage du ministre : Elle note toutefois qu'il y a lieu de Toutefois, les demandes du CEPN sur ces aspects terminologiques sont entérinés dans le compte-rendu d'une réunion de travail avec le Ministère en date du dont le compte-rendu fait référence aux recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation et précise :

L'article consacré à l'affaire par Le Devoir du rapporte la réaction de l'historien Denys Delâge : En revanche, une lettre ouverte publiée le par seize universitaires québécois affirme :

Exonymie « Indien d'Amérique » et « Amérindien » sont des exonymes, des noms qui, au début, n'étaient donnés à des populations que par des étrangers. Selon le chercheur en études postcoloniales Michael Yellow Bird de l'université du Manitoba, Indian, American Indian, et Native American sont de ce fait des « appellations oppressives », des « identités colonisées », « contrefaites ». Les personnes désignées comme amérindiennes se sont considérées historiquement comme appartenant à des peuples divers, non à un groupe ayant une unité ethnique, même si l'expérience de la domination coloniale a établi entre elles des liens de solidarité.. Pour Michael Yellow Bird, qui appelle à « décoloniser » le savoir, les Européens ont construit de vastes catégories raciales afin de légitimer leur supériorité et l'exclusion des non-BlancsCarmen Salazar-Soler propose la même analyse dans une étude sur le Pérou : « la catégorie d'Indien est une construction coloniale créée en réponse aux besoins du processus de colonisation pour conserver l'opposition entre les indigènes et les colonisateurs. », Carmen Salazar-Soler, « ¿Qué significa ser indio o indígena? Reflexiones sobre estas categorías sociales en el Perú andino », Nuevo Mundo Mundos Nuevos, Débats, lire en ligne ; DOI : https://doi.org/10.4000/nuevomundo.66106Selon Juan-Carlon, qui s'intéresse au cas du Pérou, l'Église a joué un rôle prépondérant dans le maintien de l'appellation « Indien », qui aurait pu être remplacée par celle de « chrétien » ; une telle substitution aurait impliqué une remise en cause de l'ordre colonial, perspective que l'Église rejetait. « La catégorie d'Indien est une construction proprement coloniale qui n'a aucun sens sans le regard et les rapports de pouvoir colonisateurs », écrit Juan Carlos Estenssoro dans « El simio de Dios. Los indígenas y la iglesia frente a la evangelización del Perú , siglos XVI-XVII », Bulletin de l’Institut français d’études andines, 30, 3, 2001, .

De même selon l'historien américain , auteur de The White Man’s Indian : Images of the American Indian from Columbus to the Present (1978) le concept d’« Indien » forgé par les Européens réunit des personnes extrêmement diverses qui, au moment de la conquête espagnole, ne s'identifiaient pas elles-mêmes comme membres d'un groupe continental.