Genève connaît à la fin du et au début du une période de progrès que la mémoire collective a qualifiée, comme en France, de « Belle Époque ». À l'exemple d'autres centres urbains européens, la ville-canton profite de son dynamisme économique pour se moderniser et s'embellir.
Si la bourgeoisie genevoise vit alors une période faste, les conditions de vie des couches populaires ne s'améliorent que lentement. Des conflits sociaux marquent le début du , comme la grève générale de 1902, la première de ce genre en Suisse.
Économie
La deuxième révolution industrielle à Genève Durant la seconde révolution industrielle (1870-1910), Genève voit la création de nouveaux secteurs économiques tels que l’automobile, et le développement d’autres secteurs comme celui de la chimie, des produits pharmaceutiques et des machines. Les biens non durables (l’agro-alimentaire et le textile) voient également leur production augmenter durant cette période. La structure de l’emploi change, de nouvelles méthodes de fabrication permettent aux entreprises genevoises de produire et d’exporter plus sur les plans national et international.
Pic-Pic Dans le secteur de l’automobile, plusieurs sociétés telles que les Ateliers de Sécheron et Motosacoche ont construit des voitures. Mais le plus notable est celle de la compagnie “Pic-Pic” qui construit dès 1905 des automobiles (de luxe), vendu plus de vingt mille francs suisses, qui atteint lors d’une course automobile, battant ainsi le record du monde de vitesse. Après la première guerre mondiale, la baisse de la demande, ainsi qu’une mauvaise gestion du capital de la part de la compagnie, provoque son rachat par la Société de banque suisse (SBS), qui fonde une nouvelle société en 1921 produisant des turbines et deux voitures par jour. La production des Pic-Pic cesse définitivement en 1925.
Tourisme Genève à la belle époque est marquée par le tourisme, non seulement national mais également international. Genève désire devenir une ville-séjour. L'hôtellerie de luxe prend une grande ampleur après la construction de plusieurs établissements au milieu du . Le tennis club des Eaux-Vives est agrandi pour accueillir des tournois internationaux et attirer des touristes. En 1906, Genève accueille près de . En honneur au Comité International, Genève invite Théodore Roosevelt, président des États-Unis, ce qui met en avant la ville au cœur du tourisme. Les mouettes de Genève transportent sur la rade près de . En 1914, l’Association des intérêts de Genève prennent peur des conséquences que cet essor pourrait avoir sur le paysage de cette belle ville et met en priorité la conservation des traditions et des mœurs du pays. Cependant l’industrie du tourisme produit entre 250 et de francs par an à l’économie et l'expansion hôtelière ne cesse de croître. Un touriste qui dépense pour une chambre, va en dépenser deux à quatre fois plus en repas, achats de montre ou de cigares. Ce qui fait vivre plusieurs secteurs économiques de la ville.
Banque En 1857, Genève créa sa propre bourse mais elle sera cependant dépassée quelques années plus tard par Bâle et Zurich dans l’importance des transactions gérées. La ville reste pourtant une place bancaire florissante ayant la capacité jusqu’en 1899 d’imprimer ses propres billets. La prospérité des banques privées, le tourisme de luxe et sa réputation internationale provoquent l'installation à Genève de nombreuses banques suisses et étrangères telles que la Banque Fédérale en 1872, la Banque Populaire Suisse en 1896 ou Le Crédit Lyonnais en 1876. De 1850 environ jusqu’à la fin de la belle époque en 1914 la ville connaît donc un essor bancaire remarquable qui peut se remarquer par les sommes toujours plus élevées qui sont accordées : La Caisse Hypothécaire passe de en 1875 à en 1914 ou encore la Banque d'Épargne avec de dépôt en 1870 puis en 1914. Cet essor sera cependant accompagné de nombreuses faillites et crashs due à des développements trop rapides, des problèmes de structure internes, une mauvaise organisation ou encore des ambitions trop grandes. Empiétant les uns sur les autres, les banquiers durent mener une concurrence acharnée qui mena à la création en 1872 d’une association financière devenant en 1890 l’Union Financière de Genève qui au fur et à mesure du temps déborda de ses activités surtout dans des affaires et entreprises internationales. Enfin, la Banque genevoise de prêts et de dépôts créée en 1881 agit principalement comme “banque des banquiers” et devient en 1902 la Banque de Dépôts et de Crédit.
Démographie La ville de Genève va quintupler sa population en un siècle, passant de en 1814 à en 1914 et le canton passera de à . Cette croissance est due à une forte et constante immigration notamment à cause de raisons économiques.
En 1843, avant la belle époque, la démographie du canton de Genève se déploie lentement mais plutôt régulièrement. La main-d'œuvre domestique se répartit équitablement tout autour de la ville ce qui va amener à une augmentation de catholiques. Alors, l’Union protestante demandera à ne plus engager de domestiques catholiques, mais malgré tout, la ville deviendra finalement mixte.
Dès 1860, le rapport catholiques-protestants va finalement basculer au profit des catholiques : pour et fera passer la proportion des étrangers de 24 % à environ 42 % entre 1850 et 1914.
Durant la belle époque, en 1914, Genève attire beaucoup de travailleurs, de réfugiés, des communautés françaises, italiennes et russes. Genève attire également les immigrants venant d’autres cantons suisses. Le canton de Genève compte alors 41,2 % d'étrangers.
Un peu plus tard, le taux d’étrangers baissera à un taux de 30,2 % puis pendant l’entre deux guerres, Genève connaîtra une période très difficile et sa population baissera car le canton n’aura pas assez de ressources naturelles et de potentiel agricole pour la population. Cela marquera un temps mort dans les rapports frontaliers alors que jusqu’en 1914 Genève ne cessait d’attirer les frontaliers jusqu’à devenir une agglomération à forte population française. +Évolution de la démographie de 1850 à 1950.Année:1850188019001950Habitants:% dans la Suisse:2,7 %3,5 %4 %4,3 %Langues:FrançaisAllemandItalienRomanche5089218AutresReligion, Confession:ProtestantCatholiqueNationalité:SuissesÉtrangers
Politique À Genève, durant la Belle Époque de nombreux changements vont s’opérer, notamment dans le domaine politique. À titre d’exemple, le référendum va être introduit en 1879, le vote à la commune en 1886 et l’initiative populaire en 1891. Dès 1892/1893 , les citoyens peuvent voter pour leurs conseillers aux États (décisions prises au niveau national) et dès 1904 ils peuvent élire leurs juges. De ce fait, les patriotes genevois ont la possibilité de mieux exprimer leurs opinions politiques, car ils peuvent, notamment, modifier des lois en vigueur, même si le suffrage universel est déjà présent depuis plusieurs dizaines d’années. Durant la Belle Époque, la fonction de conseiller d’État (décisions prises au niveau cantonal) est compatible avec celle de député du Grand Conseil" et le nombre de députés est augmenté à 100, dès 1882, peu importe la variation de la population. À partir de 1892 est introduite la représentation proportionnelle (systèmes électoraux) et un quorum de 7 % est fixé dès 1912.
Le parti majoritaire à Genève est le parti radical, ce qui engendre des grèves en 1892 et 1902. La grève de 1902 est mise en place par des syndicats et par des employés de tramway. Le mouvement dégénère en grève générale, la première de ce genre en Suisse. La politique genevoise est dominée par quelques grandes figures: le libéral Gustave Ador (qui prend fin en 1897) et les radicaux Georges Favon et Henry Fazy. Ce dernier est à la tête du combat pour séparer l’Église de l’État durant le “Kulturkampf”.
À la fin du , Genève accueille de nombreux opposants politiques (révolutionnaires, démocrates, socialistes) tels que Becker, Patek et Lénine, ce dernier vécut à Genève de 1903 à 1904 puis de 1907 à 1908. À titre d’exemple, Genève, au cours de l’an 1893 vit une guerre douanière avec la France, l’année d’après (1894) est qualifiée de tragique dû au fait de nombreux attentats, assassinats et bombes. En 1898, ce fut au tour de l'impératrice d'Autriche d'être assassinée, à Genève, par un anarchiste, un Italien nommé Luigi Lucheni et en 1902, un attentat touche la cathédrale (la porte, fermée, est endommagée par une bombe).
Système électoral En 1894, Genève se dote d'un système électoral proportionnel. L’émiettement de la scène politique genevoise pousse toutefois à l’établissement d’un quorum électoral à 7 % des voix pour siéger au Grand Conseil, dès 1910. Après les premières élections cantonales soumises à un quorum de 7 %, le Grand Conseil compte 27 radicaux, 38 démocrates, 17 indépendants, 10 socialistes et jeunes radicaux. Le canton de Genève voit, dans son organisation politique, les principaux partis qui jouent un rôle important au déjà établi
Montée du socialisme En 1892, l’actuel Parti socialiste genevois est fondé, son nom est le Parti ouvrier socialiste, le parti obtient huit sièges à la première élection au Grand Conseil. De 1897 à 1904 Genève vit sous un régime très radical, mais certains siègent tout de même au conseil d'État, comme Fritz Thiébaud, le premier, en 1897. Comme les questions sociales gagnent en importance à cette époque, les socialistes passent de 7 à 14 sièges au Grand Conseil. Le Parti socialiste réussit aussi à imposer des référendums populaires obligeant la question de gestion du pouvoir politique. Entre 1875 et 1899, l’endettement du canton est très présent dans le débat politique. L’utilisation de la fiscalité permet de reflouer les caisses d'État.
Séparation de l'Église et de l'État En 1906, un troisième projet de séparation des budgets des cultes est présenté par le Conseil d'État. Sous la volonté séparatiste se trouve une question financière. Ce n'est pas l'entretien des bâtiments qui coûte cher à l'État, puisque ce dernier est financé via un fonds de la Caisse Hypothécaire à disposition des communes, mais bien l'entretien des cultes, particulièrement ceux de l'Église catholique chrétienne, qui n'a que peu de fidèles. Néanmoins, alors que l'Église catholique romaine s'est organisée depuis plus de trente ans sans le soutien de l'État, c'est l'Église protestante qui serait, en cas de séparation, la plus grandement affectée. Il faut toute l'habileté d’Henri Fazy, conseiller d'État, et de Gustave Ador, redevenu député, pour convaincre les élus. Alors que les Genevois s'attendent à un refus du peuple de cette loi qui fédère les oppositions, dont celle des protestants, le texte passe à la surprise générale en votation populaire le . Si le vote de la loi de séparation ouvre la porte à une restitution des derniers biens confisqués, les communes conservent pour elles le fonds d'entretien à disposition à la Caisse Hypothécaire. De ce fonds, elles tireront notamment une part du capital nécessaire à la création du nouvel établissement de la Banque cantonale par fusion de la Caisse d'Épargne et de la Caisse Hypothécaire en 1994. L’adoption de la loi de séparation provoque également des divisions politiques au sein des partis, qui affectent particulièrement le parti radical. Les anti-séparatistes (vieux radicaux ou radicaux nationaux) et les radicaux opposés à toute alliance avec les socialistes quittent le parti. C'est ainsi qu’une coalition surnommée «union des gauches » et formée des indépendants, des radicaux, des jeunes radicaux et des socialistes, se retrouve majoritaire au gouvernement et au parlement de 1907 à 1918. Aux élections de 1910, les partis se morcellent. Il y a trois listes radicales.
L'Affaire Dreyfus dans la presse genevoise