Le Trésor des contes est un recueil de près d'un millier de contes collectés en Auvergne par Henri Pourrat et publiés en treize volumes dans la collection Blanche aux éditions Gallimard entre 1948 () et 1962 ().
Historique La collecte thumb|Ambert, commune du parc naturel régional Livradois-Forez.
Depuis plusieurs années, Henri Pourrat collecte contes et chansons dans le pays d'Ambert, parfois en compagnie du félibre ambertois Régis Michalias . Pourrat n'est ni folkloriste ni ethnologue , aussi prend-il conseil auprès d'Arnold van Gennep, avec qui il entame une correspondance en 1912. Cependant la conception des deux hommes diffère radicalement : van Gennep est attaché à une stricte fidélité scientifique à la matière originale quand Pourrat prône une indispensable adaptation littéraire seule en mesure de rendre justice au naturel de l'oralité à l'écrit. Leur collaboration n'aboutit pas. Trente ans plus tard van Gennep publie cependant leur correspondance en préface de son Folklore de l'Auvergne et du Velay . En attendant, Pourrat poursuit sa quête et son idée. De 1908 à 1956 il recueille tout ce que l'on veut bien lui conter dans un cercle autour d'Ambert dont la circonférence est sa Ligne verte, la ligne de ses montagnes, distinctes du reste de l'Auvergne volcanique : dans les jasseries de Pierre-sur-Haute jusqu'au col des Supeyres dans les Monts du Forez, dans les fermes autour des Bois noirs dans le Livradois, dans les maisons et les hameaux isolés ou dans les échoppes d'Ambert, où il se rend chaque après-midiIl garde la chambre tous les matins depuis sa tuberculose., infatigable marcheur en guêtres et musette en bandoulière, à la rencontre des derniers détenteurs de ce précieux savoir populaire : les contes de fées, de sorcières, d'horreur, de brigands, facéties, hagiographies, miracles, qui émaillent déjà Gaspard des montagnes, . Au total quatre-cents chansons et plusieurs centaines de contes en regard desquels Pourrat consigne méthodiquement le nom, l'âge, la profession du conteur, la date et le lieu de la collecteS'il publie les contes qu'il adapte, il garde pour lui ces informations — récemment communiquées au Centre de recherche Henri Pourrat par les enfants de l'écrivain — ce qui conduit la critique de l'époque à douter de l'authenticité de sa collecte : .. Il a ses réseaux de correspondants, des prêtres, des instituteurs, qui l'orientent dans toute la région, des traducteurs pour les textes en dialecte qu'il comprend mais qu'il ne parle pasIl se met cependant à l'apprentissage de l'occitan à la mort de Régis Michalias en 1915 : Forêt 2004, .. Il n'enregistre pas et dans un premier temps ne prend pas de note pour ne pas gêner le travail de mémoire du conteur ou de la conteuse, pour ne pas rompre l'enchantement lorsque coulent enfin les mots .
Les notes de promenade Ses « notes de promenade » ou « cahiers d'expressions » en revanche sont emplis des images, des couleurs, des saveurs de la nature, des visions fugitives dont il s'imprègne lors de ses promenades en quête de ses conteurs. Après une première audition, Pourrat demande au conteur de dire à nouveau son conte. Il note alors les repères nécessaires à la mémorisation mais aussi les formules incantatoires, énigmatiques. Semblable à un jardin sauvage, le texte foisonnant des « cahiers de promenade » est parfois illisible, composé de mots inachevés, d'abréviations, de parties en friche. Le graphisme est tremblé en l'absence de support stable. La forme du texte traduit les hésitations, les pauses, les rires et les chuchotements. La légende côtoie le conte, la formulette rencontre la chanson dans un désordre apparent mais surtout vivant. Pourtant, isolés de leur contexte, ces mots ne sont que des débris de sens qui, dans une lecture à haute voix, ne pourraient être ponctués que par des silences.
Le travail d'écriture Après une nuit de décantation, les notes sont reprises dans un travail d'écriture répondant à l'exigence d'une fidélité absolue à la matière populaire. Le récit oral ne relève pas des normes scolaires, pour entendre l'autre il est nécessaire de mettre entre parenthèses stéréotypes et préjugés. Le conte est ajusté de près à la réalité de la narration dans une trame continue conforme aux enseignements d'Arnold van Gennep : ne rien omettre et ne rien oblitérer des détails qui ont chacun leur importance ; ne rien ajouter car tout matériau étranger à la narration même risque de l'altérer. Le texte oral se nourrit également du décor dans lequel il a été énoncé. L'ancrage du conte dans son contexte est aussi restitué. Pour Henri Pourrat, le cosmos est le berceau de la parole qui met l'homme en relation avec les forces du monde. Stylistiquement, aucun genre n'est considéré comme mineur : chansons, contes, légendes, proverbes, devinettes participent également de la tradition orale. La tâche que s'assigne Pourrat est de rassembler les fragments de ce trésor disséminé. C'est à cette fin qu'il s'affranchit de la version de ses conteurs pour composer sa propre variante qui est parfois la synthèse de plusieurs, comme c'est par exemple le cas pour Marie-Cendron (tome I ) récolté auprès de Marie Claustre en 1912, Antoine Rocher en 1936 et Alphonsine Dapzol en 1943.
Éditions Les éditions originales Les treize volumes originaux du Trésor des contesPourrat, Henri (1887-1959). Le trésor des contes. Recueil de contes en treize volumes. 1948-1962 sont édités par Gallimard sur papier Alfa ou, pour les vingt-cinq premiers exemplaires numérotés, sur chiffon Auvergne, dans la collection Blanche ; d'autres exemplaires sont reliés sous une couverture cartonnée en couleur réalisée sur une maquette de Paul Bonet. Les trois derniers tomes sont publiés à titre posthume. Pourrat en a lui-même envoyé le manuscrit à l'éditeur peu avant sa mort.
Tome I (1948), 323 pages :
Tome II (1949), 317 pages :
Tome III (1950) 287 pages :
Tome IV (1953), 288 pages :
Tome V (1954), 285 pages :
Tome VI (1955), 285 pages :
Tome VII (1956), 317 pages :
Tome VIII (1957), 279 pages :
Tome IX (1958), 272 pages :
Tome X (1959), 293 pages :
Tome XI (1961), 341 pages :
Tome XII (1962), 319 pages :
Tome XIII (1962), 381 pages :
Les éditions postérieures À partir de 1977, le Trésor des contes est publié, sous la forme de sept volumes thématiques illustrés, dans la collection hors-série « Beaux Livres » des éditions Gallimard, sous la direction de Claire Pourrat, belle-fille de l'écrivain :
Le Diable et ses diableries (1977), 428 pages Les Brigands (1978), 454 pages ; Au village (1979), 430 pages ; Les Amours (1981), 470 pages ; Les Fées (1983), 540 pages ; Les Fous et les sages (1986), 557 pages ; Le Bestiaire (1986), 398 pages.
Le Bestiaire présente un index alphabétique général du millier de contes rassemblés dans cette édition.
En 2003, toujours sous la direction de Claire Pourrat, les éditions Gallimard publient à nouveau Les Amours, cette fois dans la collection de poche « Folio ».
L'ensemble des contes est à nouveau rassemblé en 2009 et publié par les éditions Omnibus en deux tomes de respectivement et , préfacés par Michel Zink avec une introduction de Bernadette Bricout, comprenant les livres I à VI de la première édition pour le premier et VII à XIII pour le second.
La publication des sources Lors de l'édition originale des treize tomes du Trésor des Contes, Henri Pourrat se refuse à livrer la matière brute, son travail de défrichage et ses sources, revendiquant d'être non un ethnologue mais un conteur populaire à part entière sans pour autant daigner répondre à ses détracteurs qui lui reprochent de faire œuvre de lettré et mettent en doute l'authenticité de sa collecte : . Son projet de conteur, il l'a exposé dans les essais qui ont accompagné la publication de Gaspard des montagnes : La Ligne verte, Toucher terre, La Porte du verger, Le Blé de Noël.
À la fin des années 1970, Bernadette Bricout, spécialiste de l'œuvre conté de Pourrat auquel elle a consacré sa thèse de doctorat en 1987 , procède à l'étude des manuscrits mis à sa disposition par les enfants de l'écrivain, Annette Lauras et Claude Pourrat, insérés dans , constituant le fruit de de collecte jamais exploité avant son travail d'analyse. Elle recueille parallèlement auprès des conteurs de Pourrat survivants une trentaine de récits qui lui permettent de mesurer l'écart entre le récit oral enregistré au magnétophone et le texte transcrit par Pourrat. Elle publie, en 1989, dans les Récits et contes du Livradois, le texte de ceux qu'elle considère être les prototypes des contes, dans leur version brute, telle que les a entendus et retranscrits Pourrat, avant son travail de réécriture pour le Trésor. Elle publie dans le même ouvrage l'index des et chanteurs âgés de qui ont livré ce trésor à Pourrat : , , et . La personnalité et la quantité ou la particularité de la production de certains d'entre eux s'avèrent plus remarquables : Marie Claustre, dentellière à Marsac ; Jeanne Lebon, lavandière à Ambert ; Nanette Chapat, dentellière au Montel ; Mariette Desgeorges, bergère au Montel ; Étienne Vialatte, cordonnier à Ambert ; Jacques Pourreyron, tailleur et ménétrier à Saint-Martin-des Olmes ; Alphonsine Dapzol, couturière à Champétières (consigne ses contes par écrit à la demande de Pourrat) ; Marie Visseyrias, domestique à Champétières (livre les contes de Gaspard des Montagnes) ; Louise Bouvard, maîtresse de domaine (née à Chenerailles comme Anne-Marie Grange la cousine de Gaspard).
Bernadette Bricout consacre en 1992 un second ouvrage au Trésor des contes d'Henri Pourrat, Le Savoir et la saveur, dans lequel elle mentionne l'importance des lieux de transmission traditionnels de la parole. Elle évoque ainsi les lieux ouverts de l'oralité féminine que sont le lavoir et la fontaine, le pas de la porte, la clôture du jardin, l'épicerie ou la sortie de l'église mais aussi les assemblées de dentelières, lieux clos plus propices à la transmission des contes. Le café et l'auberge mais surtout le foirail où sont chantées les complaintes, celles de Mandrin, de Guilleri, de Cartouche, chères à Pourrat, sont les lieux privilégiés de la parole masculine. La veillée qui rassemble hommes, femmes et enfants autour du foyer de la cheminée est bien sûr le lieu et le temps symboliques de la transmission et la forme choisie par Pourrat pour structurer son Gaspard des montagnes, composé de quatre livres comportant chacun sept veillées, le temps d'une lunaison. Pourrat a également adopté une autre forme de collecte qui est celle de l'enquête menée à la fin des années 1920 auprès des écoliers par l'intermédiaire de leurs instituteurs. Sur le sujet de l'histoire ou de la légende d'Auvergne entendue conter par une personne âgée, il récolte . Le sujet des histoires de magie, de sorcellerie ou de guérison inexplicable lui offre une moisson de mais aussi un sujet d'étude sur la censure exercée par l'institution scolaire sur la spontanéité des enfants.
Discographie Peu de contes du Trésor ont fait l'objet d'un enregistrement discographique. C'est cependant le cas du Bateau qui allait tant sur terre que sur eau (tome II, ) enregistré en 1986 par Julos Beaucarne dans ses Contes comptines et balades (pour les petits et les grands) ; le texte du conte est imprimé sur un feuillet inséré à l'intérieur de la pochette.
Quelques contes Dans une communication publiée par la Fédération des Arts et Traditions populaires du Centre et du Massif Central, Jean Banière, ami d'Henri Pourrat et président du conseil scientifique de la fédération « Berry-Auvergne », donne quelques brefs récits extraits de l'édition originale du Trésor des contes :