L'affaire Vincent Voulant est une affaire criminelle française non résolue qui débute le à Marseille par la mort par balles d'un jeune ouvrier âgé de 19 ans des Aciéries du Nord.
Quatre autres manifestants sont gravement blessés, victimes de tirs partis du même bar de nuit, à la tombée de la nuit, dont deux toujours en situation critique le surlendemain. Les cinq victimes étaient venues dénoncer, avec 150 autres militants de la CGT, les compromissions entre la pègre et certains hommes politiques, qui causaient le captage par le marché noir des produits alimentaires en pénurie, dans le cadre de manifestations contre la hausse du prix du ticket de tramway, qui se prolongent tard dans la soitée, dans le quartier des bars de nuit proches de l'opéra.
La presse communiste accuse du meurtre les hommes de main de truands marseillais, le clan des Guérini, bénéficiant de Les Rois du crime par Alexandre Bonny aux Editions First ., car les coups de feu sont partis d'un boite de nuit, appelée Le Colibri, qui leur appartient.
Selon le livre-enquête publié en 2019 par Bruno Aubry, journaliste aux agences de presse AFP et Reuters, et aux quotidiens Le Monde et Var-Matin, les manifestants de la CGT sont tombés ce jour-là dans un piège visant à affaiblir l'influence communiste chez les dockers, par le biais d'Les Parrains du siècle par Bruno Aubry, aux Éditions Ecailler du Sud, en 2019 .Site administré par Philippe Poisson et Camille Lazare, membres de l'association Criminocorpus ., nouveaux parrains de la pègre marseillaiseLes Guérini ont-ils tué Vincent Voulant ? (Marseille, 1947), numéro spécial du magazine La Provence - Histoire 11 octobre 2019..
Lors des obsèques de Vincent Voulant, trois-quarts des salariés de la ville sont en grève. Le mouvement hivernal des grèves de 1947 en France, après une première partie au printemps, commence ainsi à Marseille et s'étend les autres jours à d'autres villes. Contexte Situation politique à Marseille À Marseille, la Libération avait en 1944 pris la forme d'une grève insurrectionnelle déclenchée par le comité départemental de libération, le 18 août 1944. Dans le port, une lutte violente oppose SFIO et PCF, les numérique.
Le socialiste Gaston Defferre se dit convaincu que le Rassemblement du peuple français (RPF), fondé par De Gaulle en avril, est d'abord né de la crainte inspirée par le PCF à une partie de la population. Sa liste municipale, largement issue des milieux collaborationnistes et de la se présente aux élections , et . , dit un tract du PCFL'Année où le monde a tremblé, 1947 par Dominique Desanti aux Editions Albin Michel en 1976 ..
En 1947, le RPF a gagné les municipales d'octobre dans les grandes villes aux dépens de la SFIO, qui conserve cependant quelques villes en s'alliant avec lui.
L'avocat gaulliste Michel Carlini prend la mairie de Marseille au communiste Jean Cristofol Rémy Kaufer, Cheminots, mineurs, métallos… : Les grèves insurrectionnelles de 1947, Historia, 01/01/2008 - .. Le PCF recule légèrement (35,8 %) tandis que le RPF obtient 38,6 %. La SFIO de Gaston Defferre, arrivée loin derrière avec 15,2 %, décide de s’abstenir lors du vote au Conseil municipal qui élit maire Michel Carlini, alors qu'elle le soutenait à l'élection précédente.
S'étant présenté en mais s'étant , Carlini souffre rapidement de la venue d'une droite locale . Ainsi dépourvus face aux responsabilités locales, les dirigeants gaullistes marseillais, . Le 11 janvier 1949, une lettre de Louis Gence au général de Gaulle accuse Carlini de pratiquer un « sabianisme à étiquette RPF » en référence à Simon Sabiani, leader du Parti populaire français marseillais à partir de 1936, qui avait dirigé dans les années 1930 Marseille avant sa mise sous tutelle en 1938, et qui utilisait comme agents de la fraude électorale ses amis du milieu marseillais : les gangsters Paul Carbone, François Spirito et Antoine Guérini à la tête de milices armées, les « bandes de Carbone et ses comparses »Jean-Paul Brunet, « Un fascisme français : le Parti populaire français de Doriot (1936-1939) », Revue française de science politique, 1983, volume 33, numéro 2, .. En 1945, condamné à mort par contumace pour « collaboration », il avait fui à Sigmaringen (auprès du gouvernement en exil du régime de Vichy), puis en Italie, Argentine et enfin en Espagne, sous le nom de Pedro Multedo.
Les frères Antoine et Mémé Guérini, nouveaux « parrains » du milieu, côtoient leur comparse corse Marcel Francisci, chef du service d'ordre RPF de Marseille"Compromissions" par Pierre Péan en 2015 Marseille, les années Defferre par Gilbert Rochu, en 1983 "Le juge Michel" par Alain Laville, en 1982 aux Presses de la Cité , qui devient après avoir participé en 1942 au débarquement en Afrique du Nord, puis à celui en Provence en 1944 et à la libération de Marseille en tant que FFI. Il est à la tête depuis 1946, à Tanger, d'une société d'exploitation maritime. Il ne sera jamais poursuivi dans aucune affaire de drogueUn gros bonnet, le 18 janvier 1982 dans Le Monde ., bien que mis en garde à vue dans des affaires de meurtre et cité dans un rapport sur la drogue d'élus à la Chambre des représentants américains ou par John Cusack, ancien directeur en France du Bureau américain des narcotiques, puis assassiné en 1982 après avoir échappé en décembre 1967 à deux Corses déposant une bombe chez lui.
Les Guérini aussi ont au nouveau maire. Ils sont amis avec Robert Blémant, patron de la DST pour le sud-est, qui sera assassiné le , et qui a passé en 1945 un marché avec eux, proposant de détruire tous les dossiers les compromettant et de leur transmettre ceux des collaborateurs de Vichy"Les Parrains de la Côte : de caïdat en Provence", par Bruno Aubry, aux Éditions :Ecailler du Sud, en 2005, en échange de l'acquisition d'établissements de nuit du quartier de l’Opéra, comme le Drap d’Or, rue Haxo, dont une succursale va ouvrir à Paris. Les Guérini lui ont permis surtout de s'associer avec Dominique Paoleschi, ex-proxénète, pour ouvrir le plus grand cabaret de Marseille : le Paris-Montmartre, où joueront Mistinguett et Édith PiafSelon le journaliste d'investigation Frédéric Guilledoux, dans le quotidien La Provence, cité dans "Les Parrains du siècle", par Bruno Aubry, aux Éditions Ecailler du Sud, en 2019 ..
La CIA, fondée au printemps 1947, a tissé elle aussi des liens avec Robert Blémant, qui présente à ses agents Antoine Guérini et les frères Renucci, via des émissaires d'Irving Brown opérant pour le contre-espionnage américain. Les frères Guérini sont aussi réputés proches de Gaston Defferre, pour le compte de qui ils ont vidé la mairie de Marseille, lorsque ce dernier l'a perdue en 1946.
Situation alimentaire en France
La première affaire Alfred Puzzuoli Dès le 10 novembre 1947, Raymond Guyot, député communiste de la Seine, annonce son intention d'interpeller le gouvernement sur un autre affaire de décès pendant une manifestation, mais elle élucidée. C'est l'affaire Alfred Puzzuoli, à laquelle est consacrée une dizaine d'articles en octobre et novembre 1947 dans Le Monde. Il s'agit du militant communiste et cheminot Alfred Puzzuoli, ancien résistant FTPLA TRANSFORMATION D'UN AMI EN ENNEMI: L'URSS, LE QUAI D'ORSAY, WASHINGTON ET LA PRESSE ENTRE L'ALLIANCE DE GUERRE ET LA GUERRE FROIDE, 1941-1948" par Annie LACROIX-RIZ, professeur d'Histoire contemporaine à l’université Paris 7 , blessé par la police lors d'une manifestation le 29 octobre devant la salle Wagram, puis décédé à son domicile à Vitry, comme l'annonce L'Humanité du 7 novembre 1947, mais d'une autre cause selon l'autopsie.
Le 29 octobre à Paris, un meeting avait été organisé salle Wagram, par des représentants de pays , sous la présidence de Gustave Gautherot, ancien sénateur, que le PCF soupçonne d'être téléguidé par l'Ambassade américaine mais qu'il avait échoué à empêcher, au terme d'une violente manifestation devant la salle pour . La manifestation, annoncée dans L'Humanité, quotidien national du PCF, avait réuni aux abords de la place de l'Étoile et de la place des Ternes environ . Vers 19 h 30 de premières violences avaient éclaté et pris à , selon Le Monde, causant plusieurs centaines de blessés, dont environ 150 côté police, des reporters cinéastes et photographes matraquésArticle le 30 octobre 1947 dans Le Monde Article le 29 octobre 1947 dans Le Monde .
Lors d'un meeting au Vélodrome d'Hiver, le numéro deux du PCF Jacques Duclos voit dans le décès du militant communiste la . L'Humanitéaccuse le 9 novembre sur trois colonnes de vouloirArticle le 10 novembre 1947 dans Le Monde . Le procureur de la République ordonné une autopsie qui décèle , mais les médecins n'ont relevé aucune lésion crânienne ou cérébrale et considéré que la mort était due à un œdème aigu du poumon consécutif à une intoxication par l'oxyde de carbone. Le surlendemain, une analyse complémentaire le confirmeArticle le 12 novembre 1947 dans Le Monde
L'Humanité lance ensuite le 13 novembre 1947, qui est aussi le lendemain du décès de Vincent Voulant, un appel à ses lecteurs pour qu'ils participent aux obsèques solennelles d'Alfred Puzzuoli à Vitry. Refusant de se rendre aux conclusions des premiers experts, le journal communiste demande même: Article 13 novembre 1947 dans Le Monde .
Déroulement Boycott de la hausse du prix des tramways Le nouveau maire de de Marseille Michel Carlini, à peine investi le 27 octobre"Les journées de novembre 1947", Témoignage de Charles Biancheri, dans la revue Promeo , annonce une augmentation du tarif des tramways de 42 %, qui prendra effet dès le 10 novembre"Les journées de novembre 1947", Témoignage de Charles Biancheri, militant CGT chargé des négociations des tarifs de tramway, dans la revue Promeo .
Les métallos des Aciéries du Nord (ADN), où travaillent Vincent Voulant, décident son boycott. Les traminots CGT, qui bénéficient de la gratuité des transports, décident eux .
Le 10 novembre, Charles Biancheri, militant CGT, est chargé d'entamer à la mairie des négociations sur ces tarifs. Avec d'autres, il prend un tramway, en n'acceptant de payer que l'ancien tarif. Quand ils en descendent devant la mairie, ils sont arrêtés, menottés, puis libérés car le maire les reçoit, les menace, puis ils rentrent chez eux.
Suit une échauffourée, où Léon David, résistant rescapé de Dachau surnommé "Dani", et quatre autres personnes ne travaillant pas aux ADN sont arrêtées, "Dani" étant sévèrement brutalisé puis relâché car il est sénateur et adjoint au maire.
Léon David est une des figures communistes locales: candidat dès 1927 à diverses élections, animateur des grèves des métallos et dockers sous le Front populaire, puis de la « grève patriotique des mineurs en 1942 » et représentant du PCF au Comité départemental de Libération des Bouches-du-Rhône.
En septembre 1945, le quotidien Rouge-Midi avait affirmé qu'il avait été battu par la fraude aux législatives de 1936..
Incidents au tribunal Le surlendemain 12 novembre à 9 heures du matin au palais de justice, quelques dizaines de jeunes militants PCF entrent dans la salle d'audience loin d’être pleine. Le président demande l'expulsion de la majorité d'entre eux.
Aux approches de midi, un petit bout de papier descend le long du mur du palais de justice, à l’angle des rues Fortia et Autran, où sont réunies quelques centaines de militants PCFSelon des photos publiées par le magazine Regard représentant la situation exacte à la fin de la matinée, d'après le témoignage de Charles Biancheri, annonçant que les prévenus « sont condamnés à trois mois ferme » ce qui va s'avérer inexact.