SA80 est une famille d’armes à feu développée par le Royaume-Uni à partir de 1972, comprenant le fusil d’assaut , la mitrailleuse légère et la carabine L22, ainsi que le L98, une variante du L85 destinée à la formation des cadets. Entrés en service en 1985, les L85 et L86 visent à remplacer le fusil d’assaut L1A1, le pistolet-mitrailleur Sterling, la mitrailleuse légère L4A4 et la mitrailleuse au sein des forces armées britanniques. L’objectif est de faire des économies d’échelle en maximisant le nombre de pièces communes entre différents modèles d’armes, et par là même de faciliter aussi l’entraînement des soldats. Par ailleurs, les Britanniques espèrent en exporter de grandes quantités, voire en faire un standard de l’OTAN.

Il s’agit toutefois d’un échec en raison de défauts de conception et de qualité de production affectant gravement la fiabilité des armes du système SA80. Ainsi, non seulement celles-ci s’enrayent bien plus souvent que leurs concurrentes en conditions normales, mais elles sont également considérablement plus sensibles à la saleté et à la poussière. Bien que les programmes d’amélioration ayant donné naissance aux versions SA80A2 et SA80A3 en 2000 et 2018 aient beaucoup atténué ces problèmes, ils ne sont pas parvenus à améliorer l’image de ces armes généralement vues comme peu fiables par leurs utilisateurs. Ces progrès arrivent en effet tardivement, le ministère de la Défense ayant longtemps refusé d’admettre l’existence de problèmes afin de ne pas remettre en cause les décisions politiques qui en sont à l’origine. Pour ces raisons, la production s’arrête définitivement en 1994 après que seulement ont été produits, tandis que les seuls utilisateurs hors Royaume-Uni sont des pays l’ayant reçu au titre de l’aide militaire.

Comme le FAMAS français, le système SA80 repose sur une conception : le chargeur est placé en arrière de la queue de détente. Cette disposition présente l’avantage de raccourcir la longueur totale de l’arme sans réduire pour autant celle du canon, ce qui affecterait la précision. À ce titre, le SA80 est réputé pour sa précision, mais critiqué pour sa mauvaise ergonomie, notamment l’impossibilité totale de l’utiliser du bras gauche.

Dénomination Le nom provient de celui du programme de développement, appelé et abrégé SA80. En principe, ce nom s’applique uniquement à la famille complète, chaque arme individuelle la composant ayant ensuite sa propre désignation, par exemple L85 pour le fusil d’assaut ou L86 pour la mitrailleuse légère. En pratique, il est fréquent dans le langage courant que le nom SA80 soit utilisé pour désigner spécifiquement le fusil d’assaut, à savoir le L85, ou que les appellations soient mélangées, par exemple pour parler du L85.

Du fait de leur mauvaise réputation, les armes de la série SA80, et en particulier le L85, sont également surnommées de manière peu flatteuse par les soldats britanniques. Le L85 est ainsi souvent appelé , « le fonctionnaire », parce que, selon les soldats, il est inutile et on ne peut pas s'en débarrasser.

Développement Contexte Dans l’immédiat après-guerre, les Britanniques prévoient le remplacement du fusil Lee–Enfield et des divers pistolets-mitrailleurs utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale par une arme unique, un fusil d’assaut utilisant une cartouche de . Les recherches qui s’ensuivent donnent naissance à la fin des années 1940 à l’EM-2, première arme adoptée par une armée à disposer d’une conception . Toutefois, quelques mois après son adoption, le nouveau gouvernement élu en cède à l’exigence des États-Unis d’utiliser leur propre cartouche de , ce qui met prématurément fin à la carrière de l’EM-2. Ayant besoin d’une arme rapidement, les Britanniques se reportent sur une variante du belge, qui entre en service en 1954 sous le nom de .

Définition du cahier des charges vignette|De droite à gauche : EM-2, XL64 et L85A2.|alt=photographie en couleur montrant trois fusils d’assaut accrochés côte à côte à la verticale sur un mur en bois Le remplacement du SLR est envisagé à la fin des années 1960. La possibilité d’acheter un fusil étranger, en particulier le M16, est immédiatement écartée, les responsables politiques souhaitant une arme britannique. Le travail débute en 1969 à la avec les études préliminaires. La munition retenue est une cartouche intermédiaire de , différente donc de la cartouche de utilisée par les États-Unis et plusieurs autres pays de l’OTAN.

En ce qui concerne la configuration générale de l’arme, les dispositions traditionnelles, c’est-à-dire avec le mécanisme et le chargeur en avant de la queue de détente comme le SLR et le M16, sont écartées au profit d’une configuration . L’inconvénient de ce choix est que cela nécessite de concevoir une arme complète plutôt que d’adapter un modèle déjà existant. Afin de réduire les coûts, tant en développement qu’en production et en maintenance, la décision est donc prise d’utiliser également l’arme dans le rôle de mitrailleuse légère, en dépit des compromis qu’impose l’emploi d’une même plateforme dans deux rôles aussi différents.

Afin de valider ces choix, une étude de faisabilité débute à partir de 1972 avec douze prototypes ayant différentes configurations. À l’issue de cette étude, le ministère de la Défense publie en 1974 le précisant les spécifications attendues. L’objectif est de disposer d’un prototype pleinement fonctionnel pour 1977, année où sont prévus les essais de munitions de l’OTAN, dans l’espoir de faire adopter le comme standard de l’alliance.

Des problèmes récurrents alt=Photographie couleur montrant deux cartouches de fusil côte à côte, celle de gauche étant plus longue et effilée, mais moins large|vignette|upright|Une cartouche de (à gauche) comparée à une cartouche de .223 Remington (à droite), presque identique à une cartouche de . Douze nouveaux prototypes sont produits afin de tester différentes configurations. Ils aboutissent à plusieurs modèles expérimentaux au sein d’une série baptisée XL60 : d’une part le fusil d’assaut XL64 et, d’autre part, la mitrailleuse légère XL65, chacun ayant un modèle équivalent pour les tireurs gauchers, les XL68 et XL69. Pressés par le temps et convaincus que leur concept est le meilleur, les Britanniques ne réalisent toutefois pas de tests intensifs avant 1977. Les essais de munitions de l’OTAN qui se déroulent cette année-là se passent mal pour les Britanniques : leur cartouche de est rejetée, les autres pays ne souhaitant pas totalement changer leur armement pour une cartouche dont les performances ne sont pas particulièrement meilleures que celles de leurs propres munitions de , mais surtout les essais intensifs de l’arme montrent de sérieuses faiblesses dans sa conception. Le XL64 subit ainsi en moyenne un incident de tir tous les quatre-vingt-dix-sept coups, principalement des problèmes d’éjection des étuis usagés bloquant le mécanisme, mais aussi des passages inopinés du mode automatique au mode semi-automatique et inversement.

Afin d’éviter que la date cible initiale de mise en service en 1983 ne soit repoussée, les principaux changements entrepris sont la conversion au OTAN et la simplification de la conception afin de réduire les coûts de production. Une série de préproduction est lancée pour le fusil d’assaut XL70 et la mitrailleuse légère XL73 afin de disposer de suffisamment d’exemplaires pour les tests opérationnels. Ceux-ci, réalisés à partir d’, imposent un objectif minimal d’au moins entre deux incidents. Ils sont toutefois entachés par des protocoles inadaptés et des méthodes proches de la manipulation. Ainsi, seuls les incidents classés comme , c’est-à-dire ne pouvant pas être réparés par l’utilisateur, sont pris en compte. La manière dont sont classés certains incidents peut par ailleurs laisser dubitatif : une rupture de culasse n’est par exemple pas considérée comme critique car, pour la durée du test, une culasse de rechange est livrée avec le fusil, qui permet donc théoriquement à l’utilisateur de réparer lui-même. Celle-ci sera d’ailleurs retirée du kit standard dès la fin des essais.

Malgré ces dispositions, le XL70 ne parvient à atteindre qu’un écart moyen de entre deux incidents. Le chiffre est alors afin d’éliminer les incidents liés à des problèmes considérés comme faciles à résoudre, ce qui permet d’atteindre la cible minimale fixée. Une mise à jour est encore effectuée, aboutissant au fusil d’assaut XL85 et à la mitrailleuse légère XL86. Le changement le plus important de ces nouveaux modèles est la suppression de la version pour gaucher afin de réduire les coûts. Le développement initial est finalement achevé en 1985, avec deux ans de retard sur la date prévue.

Production alt=photographie en couleur montrant un fusil bullpup canon pointé vers la droite, il est en métal sombre avec des garnitures vert olive|vignette|Fusil d’assaut L85A1. Afin de réaliser des économies, la série SA80 est en grande partie réalisée avec des pièces en tôle emboutie plutôt qu’usinées dans un bloc de métal. L’inconvénient de cette méthode est qu’il est considérablement plus difficile de produire des pièces avec une tolérance étroite. En outre, la privatisation de l’industrie de l’armement britannique, qui était évoquée depuis le début des années 1980, devient une réalité plus tangible lorsque la (RSAF) devient en 1984 une division de la (ROF) dans le but de préparer la vente des deux groupes. Cette annonce a un impact fortement négatif sur la qualité du travail des employés de la RSAF, qui sont certains de voir leurs postes supprimés à l’issue de l’opération et ne s’impliquent plus dans leur travail. Par conséquent, les problèmes de qualité émergent dès le début de la production du premier lot de à l’usine de la de Londres en .

Les difficultés de production sont encore aggravées par les manœuvres du gouvernement : en 1987, juste avant de mettre la ROF en vente, le gouvernement britannique lui commande un second lot de SA80 dans le but de faire monter la valeur de l’entreprise en lui donnant un carnet de commande bien rempli et, bien que cela viole les règles des marchés publics, pour empêcher des entreprises étrangères de candidater à la fabrication de cette deuxième tranche. British Aerospace (BAe) achète ainsi la RSAF, mais découvre cependant rapidement que l’affaire n’est pas rentable : du fait des invendables liés aux problèmes de qualité, le coût de production est en réalité supérieur au prix de vente contractuel. Afin de préserver une marge, BAe décide donc de fermer l’usine en et de transférer la production à Nottingham. Cela ne résout toutefois en rien les problèmes de qualité, le personnel de la nouvelle usine n’ayant aucune expérience dans la production des armes et la majorité des pièces étant fabriquées par des sous-traitants plus préoccupés par leurs bénéfices que par la qualité de leur production.

Du fait du manque de clientèle, la production des armes de la famille SA80 prend définitivement fin en 1994 après que seulement ont été produits. Après la fermeture de la ligne de production, les activités de maintenance sont transférées à Heckler & Koch, qui prend également en charge le développement et la mise au niveau A2 à partir de l’an 2000. Initialement auraient dû être concernés, mais ce nombre est ramené rapidement à en raison du coût élevé de la conversion. Les armes non converties sont utilisées comme source de pièces détachées ou vendues à des gouvernements étrangers.