vignette|Rue nocturne dans le Marais (Paris), en 2013. vignette| Marche des fiertés à Paris en 2011.

La communauté LGBTQ à Paris est plus importante que dans le reste de la France.

En 2004, Paris compte 140 bars, restaurants, clubs, librairies et autres commerces LGBT, dont 40 % dans le quartier du Marais., qui est le quartier gay de Paris.

Histoire

Du Moyen Âge à la Révolution française vignette| Caricature du Chevalier d'Éon vêtue à moitié d'habits de femmes, à moitié d'habits d'hommes.

Au Moyen Âge, à Paris comme dans tout le royaume, l'homosexualité est passible de la peine de mort. De nombreux Parisiens sont régulièrement arrêtés, condamnés et parfois exécutés pour s'être livrés à la sodomie et à d'autres activités homosexuelles.

Parmi l'aristocratie masculine du , Philippe d'Orléans et Louis Joseph de Vendôme sont connus pour avoir des relations avec les hommes. Les écrivains Henri-Lambert de Thibouville et Charles de Villette, tous deux des amis de Voltaire, sont homosexuels. Mademoiselle Raucourt est une actrice populaire du , jusqu'à ce que ses liaisons homosexuelles scandalisent Paris et marquent la fin de sa carrièreChisholm, Hugh, ed. (1911). "Raucourt, Mlle". Encyclopædia Britannica (11th ed.). Cambridge University Press..

L'historien Maurice Lever note qu'au , diverses sous-cultures s'étaient développées en un « monde homosexuel » à Paris, « avec sa propre langue, ses règles, ses codes, ses rivalités et ses clans ». Il existe également des preuves historiques que des relations lesbiennes ont eu lieu parmi des aristocrates et des prostituées de la ville.

Jean Diot et Bruno Lenoir sont brûlés place de Grève en 1750 pour être homosexuels ; ils sont les derniers Français condamnés à mort pour homosexualité. Ils sont commémorés par une pierre à l'intersection de la rue Montorgueil et de la rue Bachaumont, là où ils ont été arrêtés.

Le Chevalier d'Éon, diplomate et espion français, est connue sous sa forme masculine pendant 49 ans, tout en infiltrant la cour de l'impératrice Elisabeth de Russie sous apparence féminine. À partir de 1777 et pour les 33 ans qui suivent, il vit comme une femme. Son personnage fait l’objet de la chanson Sans contrefaçon de Mylène Farmer, qui fait également référence à la populaire icône lesbienne Eva Kotchever, qui se travestit en homme au Dôme Café avant la Seconde Guerre mondiale et meurt à Auschwitz.

Révolution française à la Seconde Guerre mondiale La Révolution française dépénalise la sodomie en 1791. L'essor économique de la Belle Époque à la fin du et au début du vaut à Paris une réputation de capitale bohème et érotique de l'Occident, ce qui a permis aux cultures queer de s'épanouir à Paris. Un réseau de lieux encore relativement souterrains pour les personnes LGBT émerge, notamment des salons, des bars, des cafés et des bains publics, en particulier à Montmartre et aux Halles. Les hommes gays se retrouvent également dans les jardins du Carrousel du Louvre, le long des Champs-Élysées ou encore près de la Bourse.

vignette|Natalie Barney (à gauche), ici avec Janet Flanner et Djuna Barnes, est l'une des lesbiennes qui ont accueilli des salons artistiques à Paris.

Les lesbiennes et les femmes bisexuelles en particulier gagnent en visibilité, à la fois dans la sphère publique et dans les œuvres culturelles. Paris contient des bars, des restaurants et des cafés fréquentés et détenus par des lesbiennes, tels que La Souris et le Palmyr's Bar tenus par Palmire Dumont, Le Hanneton et Le Rat Mort. Les salons privés du début du vingtième siècle, comme ceux organisés par les américaines Nathalie Barney et Gertrude Stein, attirent des artistes et écrivains de l'époque. La courtisane Liane de Pougy publie en 1901 un roman à succès basé sur son histoire avec Barney, intitulé L'Idylle Saphique. L’écrivaine Colette et son amante Mathilde de Morny jouent des scènes théâtrales lesbiennes dans des cabarets parisiens, finissant censurées. Les guides touristiques de l’époque mentionnent des salons, cafés et restaurants lesbiens, ainsi que des mentions de maisons de prostitution réservées aux lesbiennesNicole G. Albert, "De la topographie invisible à l'espace public et littéraire :les lieux de plaisir lesbien dans le Paris de la Belle Époque" Revue d’histoire moderne et contemporaine 2006 /4 (no 53-4). Toulouse-Lautrec dépeint des artistes lesbiennes et bisexuelles parisiennes dans plusieurs de ses peintures, telles que les danseuses Louise Weber, Jane Avril et May Milton, et le clown Cha-U-Kao.

Tamagne estime qu'à partir du , Paris devient un centre mondial de la culture LGBT. Oscar Wilde passe ses dernières années dans un hôtel à Paris, où il se lie d'amitié avec André Gide, lui aussi homosexuelOut of the past, Gay and Lesbian History from 1869 to the present (Miller 1995:87). Paul Verlaine, qui avait eu une relation intense avec le poète Arthur Rimbaud, fréquente les cafés parisiens à la fin de sa vie. Jean Cocteau est un membre important de la société intellectuelle et artistique de Paris au début du .

Le travestissement est mentionné dès la fin du dans des autobiographiques incluses dans des traités médicaux, telle que l'autobiographie d'Arthur Belorget, dit la Comtesse. Dans les années 1920, à l'ère du jazz, il devient un passe-temps reconnu. Le Monocle étant un endroit populaire pour les femmes en smoking et Clair de Lune, Chez Ma Cousine, La Petite Chaumière et d'autres clubs attirant des hommes en tenue masculine et féminine ; le bal des travestis de Magic City est également un lieu prisé.. Au début du , Paris est considérée comme une capitale LGBTQ, même si Amsterdam, Berlin et Londres ont plus de lieux de rencontre et d'organisations dédiées ; cela est dû à la visibilité des personnalités queer et de leurs quartiersTamagne, p. 240.. Lorsque les nazis répriment les homosexuels à Berlin dans les années 1930, Paris absorbe les réfugiés ; les populations LGBT de Paris se rapprochent des groupes de migrants, de certains groupes criminels et d'autres groupes marginalisésTamagne, p. 242..

Depuis la Seconde Guerre mondiale Pendant l'occupation nazie de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français augmente l’âge du consentement sexuel de 13 à 15 ans pour les personnes hétérosexuelles et à 21 ans pour les relations homosexuelles. Cette loi sur le consentement homosexuel est maintenue après la guerre, puis abaissée à 18 ans en 1974 et à 15 en 1982. Les sanctions pour la pratique « contre nature » d'actes homosexuels avec des mineurs sont une amende et une peine de prison allant de six mois à trois ansOrdonnance 45–190 du Gouvernement provisoire de la République française).S. Gunther Springer, The Elastic Closet: A History of Homosexuality in France, 1942-present, Nov 12, 2008, p. 28.

vignette| Jean Genet, dont les romans présentaient des thèmes homosexuels, a été largement acclamé sur la scène littéraire parisienne. Paris conserve son image de capitale LGBT après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1940, Jean Genet, vagabond, prostitué et petit criminel, publie cinq romans autobiographiques explicites, qui sont appréciés par des grands artistes français. Les artistes et écrivains LGBT étrangers continuent à visiter Paris, et le roman de 1956 de James Baldwin sur l'homosexualité, La Chambre de Giovanni, est basé sur le temps qu'il a passé à Paris. Dans les années 1950 et 1960, la police et les autorités tolèrent les homosexuels tant que leur comportement reste privé. L'Association Arcadie, première organisation homosexuelle en France, et la revue du même nom, sont créées à Paris en 1954 par André Baudry, avec l'aide de Jean Cocteau et Roger Peyrefitte. Baudry est arrêté et doit payer une amende pour en 1955. En 1960, une loi sur l'outrage public à la pudeur est instituée, ce qui augmente le harcèlement policier contre les personnes LGBT. Dans les années 1960, les hommes homosexuels sont plus harcelés par la police que les lesbiennes. Entre les années 1953 et 1978, le nombre annuel de femmes condamnées pour homosexualité varie entre un et douzeTamagne, p. 243.Tamagne, p. 244.. La répression policière ne se fait toutefois pas uniquement par le biais d'arrestations en raison de comportements homosexuels, mais aussi en ciblant d'autres pratiques fortement associés aux populations LGBT. Ainsi, lors des manifestations contre la destruction des Halles, à l'époque où celles-ci ne sont plus un marché mais un lieu de squat et de logement à bas prix, la répression policière se focalise majoritairement contre les personnes trans et travesties. Une autodéfense se met en place, menée par les Gazolines, qui bénéficie à l'ensemble du mouvement de gauche.

La police n'autorise pas les hommes cisgenres à se travestir, mais les femmes trans peuvent toujours participer aux cabarets. Des descentes dans des bars gays ont eu lieu dans les années 1950 et 1960, parfois avec la coopération des patrons. Les lesbiennes tendent à préférer les salons privés aux bars gay; celles qui fréquentent les bars sont souvent issues de la classe ouvrière, les autres ne souhaitant pas nuire à leur réputation. Chez Moune, ouvert en 1936, et New Moon sont des cabarets lesbiens du situés Place Pigalle ; tous deux se sont convertis en discothèques mixtes au Laurent Jézéquel, "New Moon : comment un cabaret de Pigalle est devenu le QG du rock alternatif", Telerama Publié le 05/10/2015. Mis à jour le 07/10/2015 à 18h59..

À la suite des soulèvements étudiants et ouvriers de mai 1968 et de la montée du féminisme, en 1971, le Front homosexuel d'action révolutionnaire est créé. L'historien Julian Jackson définit la création de ce groupe comme le « Stonewall » de l'histoire LGBT françaiseJulian Jackson, Living in Arcadia: Homosexuality, Politics, and Morality in France from the Liberation to AIDS, University of Chicago Press, Dec 15, 2009. Certaines lesbiennes, dont l'autrice Monique Wittig, ont fini par se séparer du Front pour former Les Gouines rouges.

Dans les années 1970, les dossiers de la police sur les personnes homosexuelles sont détruits et de nombreuses lois de répression des comportements des personnes LGBTQ sont abrogées. En 1979, le comité homosexuel d'arrondissement de Paris Les Halles organise un grand bal pour le à proximité du square Jean-XXIII, auquel participent 2000 personnes.

La montée du sida cause une nouvelle vague d'activisme à Paris à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Certains historiens estiment que la conception de l'universalisme républicain français traditionnelle est parfois en conflit avec la politique identitaire des mouvements politiques LGBT françaisBarry D. Adam, Jan Willem Duyvendak, Andre Krouwel, The Global Emergence of Gay and Lesbian Politics: National Imprints of a Worldwide Movement, Temple University Press, Mar 16, 2009, p. 186.

En 2011, une étude relève une forte inégalité, les lieux de socialisation lesbiens étant beaucoup moins nombreux que les lieux gays.

Lorsque le mariage entre personnes de même sexe en France est légalisé pour les couples LGBT français en 2013, il est accueilli avec hostilité par certains Parisiens, qui répliquent avec La Manif pour tous. Une majorité de Français soutiennent cependant le mariage homosexuel et en 2013, 77% des Français considèrent que l'homosexualité devrait être acceptée par la société, l'un des taux les plus élevés au monde.

Florence Tamagne écrit en 2014 que Paris « rivalise avec Berlin pour le titre de capitale LGBT de l'Europe, et se classe seulement deuxième derrière New York pour le titre de capitale LGBT du monde ». Paris compte les seuls quartiers gays officiels de France.