Les pronoms personnels neutres en français contemporain (ou néo-pronoms) sont des néologismes, ou des réactivations de formes archaïques ou régionales, utilisés pour faire référence à une ou plusieurs personnes non binaires (ne se reconnaissant pas dans la classification binaire homme/femme), pour des personnes dont on ne connaît pas le genre ou pour un de personnes. À la troisième personne du singulier, ces pronoms sont notamment iel, ille, ael, ul, ol et al ; ils prennent tous un s au pluriel.

Histoire

L'ancien français comportait un genre grammatical neutre tel que les formes el et al, employées principalement , jusqu'au .

En 1894 dans un article intitulé Le Pronom neutre de la personne en français, Gaston Paris note qu'en 1205 André de Coutances utilise le pronom aol de façon neutre.

Termes neutres Les personnes non binaires peuvent utiliser des néologismes (« néopronoms », pronoms non genrés, réactivations) pour se présenter.. Elles peuvent aussi alterner entre plusieurs pronoms classiques. : il s'agit d'un choix qui varie selon chaque personne non binaire.

+Tableau synthétique des néopronoms non binaires Masculin Féminin Formes non binairesPronom personnel singulier sujetilelleiel, yel, ielle, ael, æl, aël, ol, olle, ille, ul, ulle, al, i, imem, el., elli, yol , lo, lea, le.a, le-a, la-e, læ, ly, l'Pronoms toniqueslui / euxelle / ellesellui, elleux, euxes, euxi.eaccord avec néopronoms +Tableau des néopronoms non binaires proposés par Florence Ashley, adapté des travaux d'Alpheratz (2018) Catégorie Français genré Approche modulaire (termes apparemment les plus communs au Québec) Système proposéPronoms personnelselle, il, lui, elles, ils, euxiel, iels, ille, illes, ellui, elleuxal, lu, als, auzPronoms démonstratifscelle, celui, celles, ceuxcellui, celleux, ceuzescéal, çauzPronoms totalisantstoute, tout, toutes, toustout·e, tou·te·s, touztouxe, touze

Pronoms Certains pronoms sont déjà utilisés dans la communauté LGBTQ francophone, tandis que d'autres sont créés par les personnes elles-mêmes : ainsi, plusieurs pronoms ont été inventés pour pallier l'absence de pronom neutre en françaisLexie, Une histoire de genre, Marabout, 2021, p. 47-51.. Le pronom « iel ». (aussi écrit « yel ». ou « ielle ») est le plus utilisé selon une enquête menée en 2017 par le blog La vie en Queer sur la base de . Il existe cependant d'autres néo-pronoms, comme « ille », « ul », « ol », « ael », « æl », , ou « ele ».Un français plus neutre : utopie?, article sur Radio Canada le 3 décembre 2015, mis à jour le 18 juin 2019. Page consultée le 9 juillet 2021. et la forme tonique « ellui ».

Les pronoms totalisants comme « toustes », « touz »Florence Ashley, Les personnes non-binaires en français: une perspective concernée et militante, H-France Salon Volume 11, Issue 14, #5, 2019., et « tou-te-s » sont utilisés à la place de « tous » ou « toutes »..

Iel Le pronom iel est de loin le plus utilisé et généralement présenté comme faisant consensus. Forme condensée de il et elle., le Bureau de la traduction du gouvernement canadien recommande de l'utiliser pour traduire le they singulier anglais.. Il est mentionné en 2013 dans la revue Langue et Cité. et est introduit dans le Wiktionnaire en français en ., qui date son apparition de 2013, et qui illustre son emploi par une citation du roman Les Furtifs d'Alain Damasio (La Volte, 2019), tandis que des linguistes comme My Alpheratz considèrent que son apparition remonte aux années 2000.

Entrée dans le Robert en 2021 et controverses En 2017, le linguiste Alain Rey, rédacteur en chef des publications des dictionnaires Le Robert jusqu'à sa mort en 2020, considérait ce pronom comme une dont l'inclusion forcée serait . Ce pronom entre pourtant en dans l'édition en ligne du dictionnaire Le Robert ; il y est qualifié de et le pluriel iels et la forme alternative ielle (au pluriel ielles) sont aussi mentionnés....

Cet ajout, applaudi par les communautés LGBTQIA+...., suscite néanmoins une controverse soutenue principalement par des conservateurs et antiféministes.. qui porte en réalité sur ce que ces groupes appellent l'... Ainsi Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l'Éducation nationale, déclare : .. L'Office québécois de la langue française n'en recommande pas l'usage. Selon Nadine Vincent, membre du comité de rédaction du dictionnaire Usito, ce pronom n'est pas encore . Le linguiste Bernard Cerquiglini, conseiller scientifique du Petit Larousse, est du même avis, estimant qu'on ne rencontre le terme que dans les textes militants et qu'il n'est pas attesté dans la langue courante. Pour le Nouvel Observateur, qui se fonde sur les écrits de Jacques Derrida selon lequel , le mot « iel » qui commence par « i », masculin, qui précède le « e » initial de « elle », place le féminin au deuxième rang..

Malgré la controverse, le pronom rentre dans l'édition papier 2023 du Petit Robert, publiée en , où il est renseigné comme « rare »..

Évolutions récentes Dans une thèse soutenue en linguistique à Sorbonne Université en 2025, My Alpheratz retrace l'émergence du pronom et note qu'entre 1975 — année où Hélène Cixous fait apparaître le pronom illes dans Le Rire de la Méduse — et 2017, les attestations de pronoms non binaires dans des usages communs restent rares en dehors des espaces locutoires LGBTQIA+.

À partir de 2018, les choses changent sensiblement. Entre 2018 et 2020, iel apparaît dans des correspondances privées (Messenger, Gmail, courriels), des articles scientifiques — notamment dans La Revue des juristes de Sciences-Po dès le printemps 2018 —, des publications associatives (Bi'Cause, La Baffe), des communiqués militants et des espaces numériques semi-publics comme Discord, et iel est discuté dans des chroniques journalistiques (Bon pour la tête. ; Libération). Entre 2020 et 2025, iel investit des registres auxquels il n'avait guère accès auparavant. Iel est discuté dans des articles de revues académiques — notamment GLAD!, qui lui consacre en 2022 un article spécifique sur l'invariabilité et l'autodétermination pronominale, et Langage et société — mais aussi continue de s'imposer dans la presse grande diffusion, avec un pic d'intérêt en , au moment de la controverse autour du Robert.. L'analyse Googletrends montre qu'en 22 ans, entre 2004 et 2026, les recherches sur iel ont décuplé.

Il est important de noter qu'à partir de 2018, iel est également utilisé dans la prose même des articles ou des textes pour parler de personnes non-binaires, et non seulement pour parler de l'émergence du néopronom : dans des revues ou des ouvrages universitaires, mais aussi dans des traductions littérairescf. sur ce point Catherin·e Viens, "Traduire pour inclure : les personnages non binaires et la langue française", TTR: Traduction, terminologie, rédaction, 37(1), 2024 69–95. https://doi.org/10.7202/1114772ar, qui cite (entre autres) : La justice de l'Ancillaire d'Ann Leckie, trad. Patrick Marcel (2015), L'espace d'un an de Becky Chambers, trad. Marie Surgers (2016), Sous le vent d'acier d'Alastair Reynold, trad. Laurent Queyssi (2016), La gouvernante de Caroline O'Donoghue, trad. Christophe Rosson (2021), L'enfant de fourrure, de plume, d'écailles, de feuilles et de paillettes de Kai Cheng Thom, trad. Kama La Mackerel (2019), Dans un rayon de soleil de Tillie Walden, trad. Alice Marchand (2019), Genre Queer de Maia Kobabe, trad. Anne-Charlotte Husson (2022). Hello, monde cruel de Kate Bornstein, trad. Jayrôme C. Robinet (2018). et dans la pressePour des articles de Libération utilisant iel dans la prose de l'article, cf. par exemple : A Hongkong, Vincy Chan veut tout faire bouger, juin 2019 ; En Colombie, Ramiro en «guérilla pour le plaisir et le soin» des femmes, novembre 2023 ; Il y a les bagarreuses et les kiffeuses qui sont là pour regarder, avril 2026, etc. Pour une analyse plus systématique, cf. Nikita Kamblé-Bagal et Anaïs Tatossian, « L'impact des politiques linguistiques sur l'usage de l'écriture inclusive dans les articles publiés entre 2018 et 2021 dans Libération et dans La Presse », Linx, 90 | 2025, mis en ligne le 25 décembre 2025, .

Ille Le pronom ille est réactivé par Hélène Cixous (Partie (1974)., Le Rire de la Méduse (1975), Le sexe ou la tête (1976)). Il est utilisé dans la traduction française de l'Énigme de l'Univers de Greg Egan traduit par Bernard Sigaud (1997) pour désigner les humains asexes. Selon Télérama, le philosophe Thierry Hoquet, qui ne se réfère pas à Cixous, déclare l'avoir créé en 2011 (Cyborg Philosophie).. Il est utilisé notamment par Florence Ashley pour se désigner.

Al Le pronom neutre al est une réactivation proposée par Alpheratz avec le (accords neutres « an, aine, aire, al, x, z »).. Ce pronom présent en ancien et moyen français à l'Ouest, attesté dans une moindre mesure à l'Est, au Nord et au Sud-Ouest de la France pouvait être un pronom indéfini signifiant , une locution pronominale indéfinie signifiant , ou un pronom personnel sujet remplaçant il ou elle ; il réapparaît dans le parler parisien au .

Accords Les accords associés dépendent des personnes : accords féminins, accords masculins ou double flexion abrégée. pour laquelle n'existe pas de consensus (ex : « iel est content·e », , ), ou bien encore accords alternés. Des suffixes de neutre tels que ou ont été proposés, ainsi qu'un système d'accords neutres le d'Alpheratz, encore expérimentalMascarenhas, Elena. (2020). Quelle langue inclusive pour le droit ? Étude comparative des intérêts et enjeux de l’utilisation en droit de quatre formes linguistiques d’inclusivité : les termes épicènes, la parité linguistique, le point médian, le système al.... Certaines personnes préfèrent être genrées au masculin ou au féminin, avec un pronom de leur choix..

Réceptions

Santé mentale

Mégenrer les personnes non binaires est susceptible de contribuer à leur anxiété ou dépression........ Et il a été prouvé à de nombreuses reprises qu'employer les pronoms et accords qu'elles demandent est une condition nécessaire à leur bonne santé mentale.

Droit

Le droit québécois protège en principe les personnes trans et non binaires au moyen de la Charte québécoise depuis 2016. Ces dispositions contiennent une clause de respect de l'identité de genre et de l'orientation sexuelle, et peuvent suggérer l'obligation de respecter les pronoms et accords neutres demandés par une personne. Ces dispositions sont toutefois peu mises en œuvre de par . L'approche de la mise en place de politiques institutionnelles semble plus efficace pour l'application de la loi.

Usage et recommandations

Usage

L'usage des néologismes non binaires est rare en 2020. dans les discours dominants et se retrouve dans les milieux trans, non binaires et queersFlorence Ashley, Les personnes non-binaires en français: une perspective concernée et militante, H-France Salon Volume 11, Issue 14, #5, 2019.. En français, le langage est fortement genré au masculin ou au féminin, ce qui complique l’adoption d’un pronom neutre : les accords grammaticaux restent un problème. L'emploi des néopronoms fait l'objet de critiques et parfois de moqueries.

Recommandations

Au Québec, l'Office québécois de la langue française évoque, en matière de rédaction non binaire, le recours à la formulation neutre, c'est-à-dire . En revanche, il , considérant que ces néologismes Rédaction épicène, formulation neutre, rédaction non-binaire et écriture inclusive, page sur l'Office québécois de la langue française. Page consultée le 9 juillet 2021..

L'emploi des néopronoms n'est pas .

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Genre neutre en français moderne et contemporain Non-binarité They singulier

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