Le théâtre antique d' est un édifice de spectacles de l'époque romaine situé dans la commune française de Valognes, dans le département de la Manche.

Le monument appartient au groupe des théâtres à arène dont le plan diffère de celui des théâtres romains classiques et permet la tenue de spectacles diversifiés. Construit en petits moellons de calcaire d'origine locale, son diamètre dépasse les . Sa semi-circulaire et son elliptique sont desservies par cinq vomitoires rayonnants et deux couloirs longeant le mur de scène. Le de l'agglomération antique d' passe au sommet de la , au prix d'un infléchissement de son tracé.

Implanté aux limites orientales de la ville, il est probablement construit dans la seconde moitié du et abandonné vers la fin du , après quoi ses maçonneries sont démontées et récupérées jusqu'à l'époque contemporaine. Ses vestiges se trouvent enfouis à faible profondeur sous des prés enclos de haies de bocage, une partie de son mur d'enceinte étant visible en élévation dans l'une de ces haies. Il est étudié à plusieurs reprises en 1695, au milieu des années 1840 puis, dans le cadre d'un programme complet d'investigations sur le site d', en 2015 et en 2020.

Géographie et contexte archéologique Le théâtre dans le paysage contemporain vignette|gauche|alt=Carte en couleurs schématisant les courbes de niveau d'un territoire.|Carte du relief d'. Le site d' se trouve à au sud-est du bourg moderne d'Alleaume (commune de Valognes, département de la Manche) sur le rebord nord-ouest d'un plateau entre deux talwegs parallèles et orientés nord-ouest — sud-est qui la limitent à l'est et à l'ouest. Le théâtre, au lieu-dit « les Buttes » et au sud-est du manoir du Castelet, tourne sa vers le nord-nord-est. Il occupe ainsi le versant sud du talweg le plus oriental dans un paysage de bocage : pâtures encloses de haies.

Ce plateau domine au sud-est la dépression dans laquelle coule le Merderet, près des sources de la rivière ; cette dépression se forme à l'Hettangien (Jurassique inférieur) à la faveur d'une transgression marine. Les ressources géologiques locales, argiles rouges, sables et cailloutis ou galets du Rhétien (Trias supérieur) du plateau et calcaire triasique sur les pentes, sont mises à profit pour construire les bâtiments d', dont l'édifice de spectacles.. Si une grande partie du site d' se trouve à une altitude supérieure à atteignant même à proximité de l'édifice de spectacles, l'autre partie épouse le relief du flanc de la vallée sur des pentes descendant vers le Merderet et atteignant parfois 10 %. La ville de Valognes, incluant Alleaume, est implantée sur l'autre rive de la rivière.

Le théâtre au sein d' vignette|alt=Carte en couleurs schématisant le plan d'une ville antique.|Suggestion de plan d'. Le théâtre est situé à la périphérie orientale de l'agglomération antique d', dont la superficie est estimée à . se trouve elle-même au sud-est du hameau moderne d'Alleaume, sur le territoire de la commune de Valognes, dans le département de la Manche. Ce théâtre constitue, avec les thermes au nord, la parure monumentale connue de la cité antique, mais la présence d'un au centre, de plusieurs sanctuaires et d' occupées par des habitations est certaine.

Les études de 2012 et des années suivantes mettent en évidence un réseau de voies quadrillant la cité antique, selon une orientation nord-nord-ouest ― est-nord-est. Un chemin moderne, à l'ouest du théâtre, semble reprendre le tracé du qui, après un infléchissement de son parcours, desservirait l'édifice.. Dans sa partie terminale à l'approche du théâtre, la voie antique apparaît revêtue de grandes dalles de pierres au lieu d'une couche de galets, comme pour s'accorder avec l'importance du monument qu'elle dessert.. Une autre voie contourne le théâtre par l'ouest et le nord. Il est possible que ces différentes voies débouchent, au niveau du théâtre, sur une esplanade revêtue de galets permettant d'accéder à ses différentes entrées.

L'orientation différente de la voirie urbaine et du théâtre peut s'expliquer par la volonté de profiter de la topographie naturelle du terrain, en pente générale vers le nord-nord-ouest pour la ville et le nord-nord-est pour le théâtre.

Historique Le monument à l'époque antique vignette|gauche|alt=Extrait d'une carte antique en couleurs.| sur la table de Peutinger. Le site d' est mentionné dans deux documents antiques, la table de Peutinger et l'itinéraire d'Antonin. C'est Nicolas Sanson qui, en 1627, assimile ce site à la localité d'Alleaume.

vignette|alt=Aquarelle représentant une ville antique.|Évocation d' au , avec le théâtre en arrière-plan. L'époque de construction du théâtre ne peut toutefois, en l'état des connaissances, être précisément déterminée, et l'éventuelle occupation de la parcelle avant sa construction n'est pas renseignée. connaissant son développement maximum entre la fin du et la fin du , il est probable que les monuments de la ville (théâtre, thermes…) soient édifiés à ce moment, peut-être au début de cette période. L'édifice de spectacles semble ne faire l'objet que d'une seule campagne de modification ou de réfection. Cette opération apparait, au regard des données disponibles, non datable, mais d'une portée limitée.

Le théâtre paraît fonctionner jusqu'à la fin du , mais probablement pas au-delà.. Le monument, abandonné, sert de carrière de pierres, sans doute sur une longue période, pour la construction des bâtiments proches où des moellons antiques de petit appareil sont retrouvés. Un four à chaux est installé au niveau de l' après la désaffectation du monument dans le but, sans doute, de retraiter les moellons extraits des ruines.

Mentions historiques et études à l'époque contemporaine vignette|gauche|alt=Plan en noir et blanc d'un théâtre antique.|Plan de 1695 (nord vers le bas).

Les premières fouilles sont commanditées par l'intendant de la généralité de Caen Nicolas-Joseph Foucault et, sur le terrain, l'archéologue jésuite Pierre-Joseph Dunod dégage le théâtre à l'automne 1695 ; il en publie le plan dans Le Mercure galant en décembre de la même année. ; à cette époque, le théâtre semble presque totalement enfoui . Un second plan, assez différent du premier, est publié en 1722 par Bernard de Montfaucon.. Dans le septième tome de son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises, Anne Claude de Caylus publie en 1765 un dessin et un plan du théâtre, réalisés par l'ingénieur René Cevet.. vignette|redresse|alt=Plan et dessins en noir et blanc d'un monument semi-circulaire.|Dessins de 1765. Au début des années 1840, Charles de Gerville reprend les fouilles à et complète les connaissances sur le théâtre. Il constate surtout, par rapport aux observations de 1695, que de nombreuses destructions ont affecté le théâtre, peut-être dues entre 1825 et 1835 à Jean Cardine, alors propriétaire du terrain.. La société des antiquaires de Normandie poursuit les travaux de Gerville en 1845 et constate en effet que, pour des raisons de redressement du sol (nivellement à des fins agricoles) et pour extraire de la chaux des pierres retirées., le bâtiment de scène et ses aménagements ainsi que les murs des vomitoires ont été arasés. L'établissement de fossés et de chemins démantèle une partie des vestiges existants tandis que la récupération des matériaux se poursuit pendant plusieurs décennies. Les recherches cessent alors et, jusqu'aux années 2000, toutes les publications concernant le théâtre reprennent, en les interprétant et souvent sans les vérifier, les résultats des fouilles anciennes et leurs comptes rendus.

Le théâtre, comme l'ensemble du site archéologique, est épargné par les bombardements intensifs qui détruisent largement Valognes en pendant la bataille de Normandie..

Une nouvelle campagne d'investigations d'envergure intéressant l'ensemble du site d' débute en 2012 : recensement et réexamen de la bibliographie, fouilles ou sondages archéologiques, collecte de mobilier, prospection électrique puis par géoradar . C'est dans ce cadre que le théâtre fait l'objet de sondages par tranchées en 2015 puis de prospections par géoradar en 2020. Ces travaux permettent de localiser les vestiges conservés, de préciser leur état de conservation, de réviser partiellement, mais sur des aspects fondamentaux, le plan publié par de Montfaucon et de réajuster l'orientation du monument.

Les vestiges étant rares et enfouis, aucune mise en valeur spécifique du théâtre n'est réalisée. Des visites pédestres de l'ensemble du site archéologique sont cependant organisées par l'association AAA en partenariat avec le pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, notamment dans le cadre des journées européennes du patrimoine, et elles font étape à l'emplacement du théâtre..

Description Premières esquisses vignette|gauche|alt=Plan en noir et blanc d'un théâtre antique.|Plan de 1722 (nord vers le bas). Les fouilles de 1695, le plan de 1722 et les sondages du milieu des années 1840 permettent d'offrir une première vision du monument.

Capacité estimée du théâtre (nombre de spectateurs)

: Pierre-Joseph Dunod (1695). ; : Pierre-Armand de Sainte-Marie (1695). ; : Pierre Mangon du Houguet (1697). ; au maximum : Anne-Claude de Caylus (1765). ; : Eugène Démazure (1959). ; : Jacques Macé (1959).. L'imprécision de certains rapports de fouilles et des plans publiés donne lieu à des estimations très variables de la capacité du monument : de selon les auteurs, les hypothèses les plus basses, les plus récentes, correspondant par ailleurs à la population estimée d' ()..

La , en forme d'arc outrepassé, mesure de diamètre. L', en forme de fer à cheval, mesure de diamètre et le , très réduit, de large. Ces caractéristiques permettent de ranger le théâtre d' parmi les amphithéâtres gallo-romains, édifices de spectacles mixtes pouvant accueillir des spectacles variés, jeux de cirque dans l' et représentations théâtrales sur la scène. Le dénivelé entre le sommet de la et la scène est estimé à .. Cinq vomitoires dont les murs sont, dans un premier temps, faussement interprétés par Bernard de Montfaucon comme , desservent l'ensemble des gradins, du mur périphérique jusqu'à l'.. Au moins deux précinctions divisent la ..

Nouvelles représentations Les travaux réalisés au (relevés micro-topographiques par drone et réalisation d'une dizaine de tranchées de sondages en 2015, prospection par géoradar sur la totalité de l'emprise supposée du monument en 2020) amènent à une révision substantielle du plan publié en 1722 et sur lequel se basaient jusque-là toutes les descriptions et interprétations.

De rares vestiges en élévation, beaucoup de remplois

Un pan de maçonnerie en élévation (petit appareil de moellons calcaires en assises régulières) dans une haie vive séparant deux parcelles peut avoir appartenu au mur annulaire du théâtre dont il constituerait le seul vestige encore visible hors-sol. Si le mur annulaire et le mur de scène paraissent assez bien conservés, du moins dans leurs soubassements, l'intérieur du théâtre est très largement détruit, surtout dans la partie orientale..

Les manoirs construits à proximité (le Castelet et la Dingouvillerie) ont certainement largement réutilisé les moellons de petit appareil du monument antique démoli, conformément à ce que rapporte une tradition locale, à l'image de plusieurs constructions modernes du site d' et de Valognes (bâtiments, murs de clôture) qui utilisent en remploi des pierres de petit appareil provenant d'édifices antiques.

Un monument de type « mixte » adossé au sol naturel Le théâtre exploite au mieux la topographie naturelle du terrain. Il est adossé au versant nord-ouest — sud-est d'un talweg en forme de demi-cuvette, ce qui limite au maximum les terrassements nécessaires pour implanter la , seule la partie basse de cette dernière étant établie sur des remblais d'argile et de limons compactés pour assurer la régularité de la pente de ses gradins.