En géopolitique et en relations internationales, l'Indo-Pacifique ou l’Indopacifique est l’espace des pays riverains de l'océan Indien et de l'océan Pacifique, où les trois plus grandes puissances mondiales actuelles ou en devenir, les États-Unis, la Chine et l'Inde exercent une influence prédominante. Tous les autres acteurs de cette méta-région se positionnent en fonction des stratégies géopolitiques de ces puissances dominantes, dans une partie du monde où les enjeux sont multiples : commerciaux, sécuritaires et climatiques notamment..

Les quatre États à l'origine du concept géopolitique d'Indo-Pacifique durant les années 2000 sont le Japon, l'Australie, les États-Unis et l'Inde. Début 2025, plus d’une douzaine de pays ou d’organisations internationales avaient adopté des documents de référence sur leur stratégie indo-pacifique. Ce nouveau concept a supplanté celui d'Asie-Pacifique, dérivé du forum de Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) créé en 1989.

L’espace géographique couvert dans ces documents est variable. Dans sa définition la plus extensive, des côtes est-africaines aux côtes américaines, s'étendant sur quatre continents, l'Indo-Pacifique inclut plusieurs dizaines d'États qui représentent près des deux-tiers de la population mondiale et dont les rivalités géopolitiques sont multiples et souvent sans rapports directs avec les relations entre les trois grandes puissances. A contrario l'évolution de la Chine, passée en quelques années du statut de puissance commerciale à celui de grande puissance, très active dans tout cet espace indo-pacifique appelle ses rivaux à y définir et y mettre en œuvre une stratégie globale. L'action de Pékin est intrinsèquement indo-pacifique, qu'il s'agisse de son rôle dans les principales organisations multilatérales dans la zone, de sa Belt and Road initiative, de ses revendications en mer de Chine méridionale, de ses relations conflictuelles avec l'Inde, du déploiement de la Marine chinoise sur les routes maritimes actuelles ou en devenir dans l'Arctique. Enfin, le devenir de Taïwan est un déterminant fort des politiques de Pékin et de Washington.

L'Indo-Pacifique est un concept géopolitique et n'est donc ni purement descriptif sur le plan géographique ni neutre sur le plan des relations internationales. Du point de vue de Washington, il s'agit de mobiliser le plus grand nombre possible de pays alliés ou amicaux pour contrer la puissance croissante de Pékin. La Chine ne reconnaît pas la validité de ce concept et considère qu'il s'agit d'une tentative des États-Unis de mettre en place une alliance hostile du type de l'OTAN. D'autres acteurs, comme l'ASEAN ou l'Inde, mettent l'accent sur des aspects tels que la prospérité économique, la connectivité et la coopération multilatérale dans leurs concepts indo-pacifiques...

Identité de l'Indo-Pacifique L'Indo-Pacifique est un concept géopolitique récemment apparu. Son émergence est attribuée au Premier ministre japonais Shinzō Abe à l'occasion d'un discours prononcé devant le Parlement indien en 2007 intitulé La confluence des deux océans. Il y prône la convergence géopolitique entre l'Inde et le Japon, entre les océans Indien et Pacifique. Abe revient à plusieurs reprises sur cette idée jusqu'à ce qu'en 2016 il emploie l'expression d'Indo-Pacifique libre et ouvert (en anglais Free and Open Indo-Pacific, FOIP). Elle traduit l'inquiétude du Japon face à la montée en puissance de la Chine, également partagée par l'Inde. Elle signifie leur volonté de défendre la paix entre les pays riverains de ces deux océans et la liberté de navigation dans leurs eaux par lesquelles transite la majeure partie du commerce mondial. D'autres pays vont rapidement reprendre à leur compte cette analyse que ces deux océans ne peuvent être dissociés sur le plan géostratégique. En 2017, Donald Trump présente, dans un discours prononcé à Da Nang, sa vision d’un Indo-Pacifique libre et ouvert.

S'il est récent, le concept d'Indo-Pacifique a de très anciennes racines historiques. Le commerce maritime s'est développé depuis l'Antiquité le long des côtes de l'océan Indien et de la mer de Chine. Depuis la période des Grandes découvertes, les Européens développent à leur tour ces voies maritimes en même temps qu'ils implantent des possessions coloniales sur tout le pourtour du sous-continent indien et de l'Asie. Ces échanges multiséculaires ont entrainé un large brassage de cultures et de religions faisant de l'Indo-Pacifique une région très diverse sans unité.

+ Liste des États de l'Indo-Pacifique selon le Canada(classés d'après la nomenclature de l'ONU)Asie duSud-Est(11 États)Asieméridionale(7 États)Asieorientale(5 +1 États)Océanie(14 États)BruneiCambodgeIndonésieMalaisieMyanmarPhilippinesLaosSingapourThaïlandeTimor-LesteVietnamBangladeshBhoutanIndeMaldivesNépalPakistanSri LankaChineJaponCorée du N.Corée du S.MongolieAustralieNouvelle-ZélandeMélanésieMicronésiePolynésieFidjiSalomonPapouasie- Nlle. GuinéeVanuatuÎles MarshallKiribatiÉtats fédérésde MicronésieNauruPalaosSamoaTongaTuvaluTaïwan Dans sa définition la plus extensive, l'Indo-Pacifique désigne un espace allant des rivages de l’Afrique et de l'Asie à ceux de l'Océanie et des États-Unis, organisé autour du pivot chinois et indien, avec Singapour et Malacca en nœud central et Suez et Panama comme verrous d’accès.. Le périmètre géographique du Commandement des forces armées des États-Unis pour l'Indo-Pacifique exclut les pays d'Afrique et d'Amérique, y compris eux-mêmes, ainsi que la Russie, rattachée au Commandement pour l'Europe. Le Canada reprend ce périmètre géographique en y ajoutant le Pakistan. Dans cette définition, l'Indo-Pacifique compte 23 États d'Asie membres de l'ONU, les 14 États de l'Océanie et Taïwan en Asie orientale mais non membre de l'ONU. En 2025, seuls 12 États membres de l'ONU reconnaissent officiellement Taïwan et n'ont par conséquent pas de relations diplomatiques formelles avec la république populaire de Chine. En 2023, ces 38 États comptent pour 42 % du PIB PPA mondial.

Dans une optique davantage politique que géographique, les États-Unis et la Russie sont aussi des acteurs incontournables de l'Indo-Pacifique comme le montre le classement des principales puissances en Asie établi chaque année depuis 2018 par le Lowy Institute de Sydney. Dénommé , ce classement multicritère mesure à la fois les ressources, les capacités économiques et militaires (le « hard power ») ainsi que l'influence diplomatique, sécuritaire et culturelle (le « soft power ») d'une trentaine d'États en Asie. Les États-Unis et la Chine y occupent de loin les deux premiers rangs. En 2025, l'Inde, le Japon, la Russie, l'Australie et la Corée du Sud occupent les places suivantes dans cet ordre, avec un score très inférieur à celui des deux superpuissances américaine et chinoise. Une douzaine d'États sont, à leur suite, classés comme « puissance moyenne ».

Enjeux globaux de l'Indo-Pacifique Les cinq pays les plus peuplés et les cinq plus grandes puissances économiques mondiales sur la base du PIB PPA sont riveraines de l'Indo-PacifiqueLes cinq pays les plus peuplés sont l'Inde, la Chine, les États-Unis, l'Indonésie et le Pakistan. Les cinq pays ayant le PIB PPA le plus élevé sont la Chine, les États-Unis, l'Inde, la Russie et le Japon.. Les rivalités qui les opposent sont nombreuses. La Chine et les États-Unis rivalisent pour être la première puissance mondiale. Nombreux sont ceux en Occident qui voient dans la promotion de la multipolarité par la Chine une couverture rhétorique pour conduire sa compétition avec les États-Unis, son unique grande rivale dans le monde. La Chine et l'Inde d'une part, le Pakistan et l'Inde d'autre part s'affrontent régulièrement en raison de désaccords sur leurs frontières terrestres. La question du devenir de Taïwan demeure un facteur de risque susceptible d'engager la Chine, les États-Unis et leurs alliés respectifs dans un conflit de haute intensité. Des disputes au sujet d'îles minuscules mais situées dans des lieux stratégiques opposent plusieurs de ces grands pays. Toutes les grandes et moyennes puissances de l'Indo-Pacifique entretiennent des relations complexes qui reflètent la multipolarité croissante du monde durant le premier quart du , loin du monde bipolaire des années de guerre froide de la seconde moitié du .

Rivalité sino-américaine : vers un nouveau monde bipolaire ? vignette|Rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping en Corée le 30 octobre 2025.

La rivalité entre la Chine et les États-Unis domine la géopolitique mondiale et donc a fortiori de l'Indo-Pacifique. Pour autant aucune de ces deux puissances n'exerce une hégémonie suffisant forte pour que la géopolitique de la région puisse être résumée à un affrontement entre deux blocs. Les géopolitistes expriment des points de vue différents sur l'état du rapport de force actuel entre ces deux grandes puissances et sur son évolution prévisible. Stephen Brooks et considèrent que le monde n'est ni bipolaire ni multipolaire, et qu'il ne le deviendra pas : la domination des États-Unis a diminué ces vingt dernières années, mais ils demeurent au sommet de la hiérarchie des puissances mondiales, largement au-dessus de la Chine et de tous les autres pays. soutient que le monde est en 2026 encore largement unipolaire en ce sens que seuls les États-Unis disposent d'une vaste zone d'influence, d'un réseau d'alliances et peuvent encore imposer leur point de vue partout dans le monde.

vignette|upright=1.2|Asia Power Index 2025Comparaison multicritère de la puissancedes États-Unis et de la Chine A contrario, John Mearsheimer considère que la Chine est en passe d'atteindre voire de surpasser les États-Unis dans de nombreux domaines et que les deux puissances sont engagées sur la voie d'une rivalité inévitable. Théoricien du réalisme offensif, Mearsheimer pense que la rivalité sino-américaine est plus susceptible de dégénérer en conflit armé que ne le fut la rivalité sino-américaine. Depuis la première présidence de Donald Trump de 2017 à 2021, les États-Unis ont pris acte de ce que le monde était entré dans une nouvelle ère de compétition entre grandes puissances. Graham Allison observe qu'au début du , les États-Unis ne se souciaient guère de rivaliser avec la Chine, alors largement distancée sur les plans économique, militaire et technologique, alors qu'en 2026 la Chine a rattrapé, voire dépassé, les États-Unis dans de nombreux domaines, notamment le commerce, l'industrie et les technologies vertes, et progresse rapidement dans d'autres. Dans un article paru en dans la revue Foreign Affairs, Jennifer Lind soutient que le monde est bipolaire : des puissances moyennes exercent une influence considérable dans leurs régions respectives, mais seuls les États-Unis et la Chine atteignent le statut de grande puissance. Cette situation explique la montée des tensions dans les relations sino-américaines et laisse présager que les autres pays auront de plus en plus de mal à rester à l'écart de cette rivalité. Bien que l'Asie-Pacifique compte de nombreuses puissances moyennes, la question clé est de savoir si l'Asie deviendra une région essentiellement bipolaire et non multipolaire en raison de l'intensification de la rivalité sino-américaine dans tous les secteurs.

Tensions géopolitiques régionales croissantes vignette|upright=2.5|Carte géopolitique de l'Indo-Pacifiquemontrant les principales alliances des États-Unis et des grands pays rivaux des Occidentaux.