vignette|250px|La Hongrie en 1920 et en 1941 La Shoah en Hongrie recouvre les persécutions, les déportations et l'extermination subies par les Juifs de Hongrie durant la Seconde Guerre mondiale. Peu après l'invasion allemande de la Hongrie, le , les Juifs sont victimes de restrictions. L'armée d'invasion comprend un SS-Sonderkommando dirigé par Adolf Eichmann, qui arrive à Budapest pour superviser la déportation des Juifs du pays vers le camp d'Auschwitz en Pologne occupée. Entre le et le , plus de juives sont déportées dans et la majorité est envoyée à Auschwitz, où environ 80 % sont tués dans les chambres à gaz dès l'arrivée.

Au moment de l'invasion, la population hongroise compte , la plus importante qui existe encore en Europe, à laquelle s'ajoutent des réfugiés juifs venus d'autres régions pour trouver une sécurité relative en Hongrie. Le Premier ministre de Hongrie, Miklós Kállay, s'était montré réticent à les déporter. Adolf Hitler, craignant que la Hongrie ne veuille conclure des accords de paix avec les Alliés, ordonne l'invasion du pays.

En , des éléments du rapport Vrba-Wetzler (rédigé en avril par deux évadés d'Auschwitz qui décrivent en détail l'extermination des Juifs dans les chambres à gaz) sont diffusés et la pression diplomatique ainsi que le bombardement des Alliés sur Budapest convainquent Miklós Horthy, , d'ordonner l'arrêt des déportations le . Les convois s'arrêtent trois jours plus tard et, à ce moment-là, la quasi-totalité des Juifs vivant dans les campagnes hongroises ont été emmenés.

Ces assassinats de masse déconcertent les historiens car ils sont perpétrés au moment où la Seconde Guerre touche à sa fin. Les Alliés ont déjà commencé la libération de l'Europe (le débarquement de Normandie a lieu le ) et, dans le monde, les gouvernements savent depuis des mois que les Juifs sont assassinés dans des chambres à gaz. La perplexité des historiens se reflète dans les longs débats sur les motivations du Troisième Reich à poursuivre ses opérations et pour déterminer si les gouvernements, journalistes et chefs de communautés auraient dû se mobiliser davantage pour diffuser l'information et désorganiser les massacres Also see .

Population juive en Hongrie

vignette|Liste des objectifs de la conférence de Wannsee D'après le recensement de 1941, la Hongrie compte , dont se considèrent comme Juifs (soit 4,94 %) et sont des « Juifs ethniques » qui se considèrent comme chrétiens. Après le traité de Trianon, plus de vivent en Hongrie et vivent dans les territoires acquis par la Hongrie en 1938 : en Transylvanie du Nord (obtenue de la Roumanie), en Haute-Hongrie (obtenue de la Tchécoslovaquie), de la Ruthénie subcarpathique, ainsi que dans la Bačka et d'autres territoires de la Yougoslavie.

Budapest Provinces Total Territoires acquis Total Source Juifs 184,453 216,528 400,981 324,026 725,007 , citing Hungarian Jewry Before and After the Persecutions. Budapest: Hungarian Section of the World Jewish Congress, 1949, p. 2. Chrétiens juifs 62,350 27,290 89,640 10,360 100,000 Total 246,803 243,818 490,621 334,386 825,007

Occupation allemande Chronologie 4 juin 1920 : avec la signature du traité de Trianon, la Hongrie perd les deux tiers de son territoire. 21 septembre 1920 : l'Assemblée nationale hongroise adopte la loi du numerus clausus, limitant l'accès aux études supérieures aux personnes de religion juive. Cette loi est abrogée en 1928. 29 mai 1938 : proclamation de la première loi antijuive. 5 mai 1939 : proclamation de la deuxième loi antijuive . 8 août 1941 : László Bárdossy promulgue la troisième loi antijuive . 27-28 août 1941 : À Kamianets-Podilskyï, la gendarmerie, la police et l'armée hongroise déportent entre et originaires de Hongrie, qui sont tous massacré par les einsatzgruppen allemands lors du massacre de Kamenets-Podolski. Janvier 1942 : la gendarmerie et les forces armées hongroises massacrent des partisans juifs et serbes dans la région de Novi Sad. 2 décembre 1942 : malgré les pressions allemandes, le gouvernement Kállay refuse de déporter les Juifs de nationalité hongroise. 16-17 avril 1943 : lors de l'entrevue au Château de Klessheim, en Autriche, entre l'amiral Horthy et Hitler10 photos for Schloss Klessheim, ce dernier critique violemment le gouvernement Kállay et réclame une à la question juive. 19 mars 1944 : Opération Margarethe, consistant en l'invasion de la Hongrie par les troupes allemandes et l'installation, à partir du 22 mars, du gouvernement collaborationniste dirigé par Döme Sztójay. 31 mars 1944 : les Juifs sont exclus de la fonction publique et des comités artistiques ; les professions d'avocat et de journaliste leur sont également interdites. 5 avril 1944 : tous les Juifs de plus de 6 ans doivent porter l'étoile jaune. 15 mai 1944 : début de la déportation massive des Juifs hongrois vers Auschwitz, orchestrée par Adolf Eichmann avec l'aide active de l'administration hongroise. En seulement 56 jours et 147 convois, sont déportés de Hongrie, dans ce qui devient l'opération d’extermination la plus intense de la Seconde Guerre mondiale. 2 juillet 1944 : l'aviation américaine bombarde Budapest. 6 juillet 1944 : l'amiral Horthy met fin aux déportations, mais les violences antisémites continuent dans la capitale. 9 juillet 1944 : Raoul Wallenberg rejoint la délégation suédoise à Budapest et, aux côtés d'autres diplomates étrangers, contribue au sauvetage de milliers de Juifs. 29 août 1944 : l'amiral Horthy démet de ses fonctions le gouvernement de Sztójay. 15 octobre 1944 : Horthy annonce sa décision de signer un armistice, mais les Allemands réagissent par l'opération Panzerfaust puis provoquent un coup d'État en plaçant au pouvoir Ferenc Szálasi, chef du parti fasciste des Croix fléchées. 6 novembre 1944 : début des marches de la mort vers la frontière allemande, au cours desquelles plusieurs milliers de Juifs de Budapest perdent la vie. 17 novembre 1944 : Szálasi publie un décret concernant . 29 novembre 1944 : création du ghetto de Budapest. 24 décembre 1944 : l'Armée rouge encercle Budapest, marquant le début de la bataille de Budapest. 18 janvier 1945-13 février 1945 : libération de Budapest et démantèlement du ghetto. mars-août 1946 : exécution des principaux criminels de guerre, parmi lesquels les anciens premiers ministres Szálasi et Sztójay.

Invasion

Le , Adolf Hitler convoque Miklós Horthy à une conférence en Autriche, où il exige une adhésion plus forte de la Hongrie. Horthy résiste mais ses efforts restent vains. Pendant qu'il est à la conférence, les chars allemands foncent vers Budapest et, le , le gouvernement de Döme Sztójay s'installe. Sztójay, parmi les premières mesures, autorise le Parti des Croix fléchées, qui ne tarde pas à s'organiser. Pendant les quatre journées d'interrègne après l'occupation allemande, le ministère de l'Intérieur est confié à Andor Jaross, secondé par László Endre et László Baky, politiciens d'extrême-droite dont l'hostilité aux Juifs est notoire.

Adolf Eichmann

Adolf Eichmann, envoyé en Hongrie pour superviser les déportations, s'installe avec son personnel à l'hôtel Majestic de Budapest. En moins de huit semaines sont imposés le port de l'étoile jaune, la ghettoïsation et la déportation contre les Juifs, avec l'appui enthousiaste des autorités hongroises, notamment la gendarmerie (csendőrség). Leur programme prévoit d'utiliser quatre trains par jour, composés chacun de à bétail, pour déporter chaque jour vivant dans les campagnes, à partir de mi-mai ; puis, selon le plan, s'ensuivrait la déportation des Juifs de Budapest. Rudolf Höss, premier commandant d'Auschwitz, retourne au camp entre le et le pour surveiller l'arrivée et l'exécution des Hongrois. Les nazis appellent donc ces assassinats ().

Déportations à Auschwitz vignette|droite|Juifs hongrois arrivant à Auschwitz et subissant la « sélection ». Premiers convois

Le premier convoi quitte Budapest le avec, à son bord, et femmes âgés de 16 à et considérés comme valides pour le travail forcé. Un deuxième train quitte Topoly, le , avec à bord. Les déportés subissent la « sélection » à Auschwitz : et sont retenus pour le travail forcé, sont envoyés en chambre à gaz.

Déportations de masse

Les déportations de masse (dont la première est organisée par le ) commencent à quitter la Hongrie vers la Pologne le . Le gouvernement hongrois est responsable des convois jusqu'à la frontière Nord. Le chef de la station à Košice tient un registre des trains. Le premier train de marchandises passe à Košice le . Sur une journée ordinaire, il y a trois ou quatre convois avec, chacun, entre à bord. Pendant , jusqu'au , sont envoyés. Plusieurs fois, six trains sont envoyés dans la même journée.

Les premiers trains, qui comprennent chacun entre 40 et , arrivent à Auschwitz le . Après avoir retiré leurs affaires, les déportés sont rassemblés par groupes de cinq et emmenés aux fours crématoires. D'après Danuta Czech, dès la première nuit les fours crématoires émettent de la fumée.

D'après la résistance intérieure du camp d'extermination le , de Hongrie sont arrivés au camp, à bord de , entre le et le . Le , d'après László Ferenczy, avaient déporté . D'après Edmund Veesenmayer, le nombre s'élève à . Environ 80 % des arrivants sont assassinés dès leur arrivée. Comme les fours crématoires ne peuvent pas brûler les corps à cette cadence, des charniers sont creusés. Des photographies prises à Auschwitz (L'Album d'Auschwitz) trouvées après la guerre montrent l'arrivée des Hongrois au camp.

Sélections

Dans les prisonniers arrivant de Hongrie, 20 % sont gardés en vie pour être exploités soit en tant que travailleurs forcés soit pour des expérimentations médicales. Le , puis le , sont choisies pour être admises dans le camp. Le , sont transférées d' vers le camp de concentration de Mauthausen en Autriche ; le , hongrois sont envoyés à Buchenwald en Allemagne. Le jour suivant, les détenus hongrois dont le numéro commence par A sont déportés à , camp de travail exploité par IG Farben et sont envoyés à Mauthausen le même jour et le .

Le , Miklós Nyiszli, qui travaille par la suite pour Josef Mengele, est admis avec son épouse et leur fille, même s'ils sont dispersés dans des parties différentes du même camp. Tous les jumeaux présents dans les convois sont sélectionnés : Mengele est connu pour ses expériences sur les jumeaux. Le , tous les garçons hongrois nés avec un jumeau sont admis. Le , vingt filles et femmes ayant des jumelles sont sélectionnées.

Rapport Vrba–Wetzler

Juste avant le début des déportations, le rapport Vrba–Wetzler parvient aux Alliés. Ce rapport contient des descriptions détaillées des chambres à gaz et des exactions perpétrées dans les camps. Il est transmis à l'Ústredňa Židov par deux évadés d'Auschwitz, Rudolf Vrba et Alfred Wetzler. Le fils et la belle-fille de Horthy reçoivent tous deux des exemplaires du rapport début mai, avant que ne commencent les déportations en masse. Les renseignements fournis dans le rapport sur l'assassinat des Juifs tchèques à Auschwitz sont diffusés en Allemagne grâce au à midi le , assorti de l'avertissement que les Allemands devront en répondre après la guerre. Se fondant sur ce rapport, les différents gouvernements occidentaux, notamment le , Franklin D. Roosevelt le et le , demandent à Horty de mettre fin aux déportations. Roosevelt émet des menaces de représailles armées et, le , Horthy ordonne d'arrêter l'envoi des trains.

Initiatives de sauvetage Comité d'aide et de sauvetage

Joel Brand