Les thermes antiques d' constituent un ensemble thermal gallo-romain situé dans la commune française de Valognes dans le nord de la Manche.

Au nord de l'agglomération antique d' recouverte au par les pâturages et les haies du bocage normand, les thermes sont situés à proximité d'une voie assimilée au . Probablement construits dans la seconde moitié du , ils sont désaffectés deux siècles plus tard. Leurs maçonneries sont récupérées jusqu'à l'époque contemporaine, mais le site est partiellement réinvesti vers la fin du Moyen Âge. L'architecture symétrique du complexe, avec des pièces identiques se retrouvant de part et d'autre d'un axe, fait entrer les thermes d' dans la catégorie des thermes de plan symétrique à l'image des thermes de Néron, bien qu'ils soient de taille modeste ().

Leurs vestiges, toujours partiellement en élévation sur une douzaine de mètres de haut, sont restés présents dans le paysage depuis l'Antiquité, mais ce n'est qu'à la fin du qu'ils sont formellement identifiés comme les ruines d'un établissement thermal antique. Son plan a pu être totalement restitué après des fouilles complètes au début des années 1990, avant l'aménagement du site en jardin archéologique. Les plus récentes études révèlent peu à peu de probables bâtiments annexes dans l'environnement immédiat du complexe.

Les thermes d' sont protégés comme monument historique par la liste de 1862.

Géographie et contexte archéologique Les thermes dans le paysage contemporain vignette|gauche|alt=Carte en couleurs schématisant les courbes de niveau d'un territoire.|Carte du relief d'. Le site d' est situé à au sud-est du bourg moderne d'Alleaume (commune de Valognes, département de la Manche) sur le rebord nord-ouest d'un plateau entre deux talwegs parallèles et orientés nord-ouest — sud-est qui la limitent à l'est et à l'ouest.. Le complexe thermal se trouve à l'extrémité orientale de la rue du Balnéaire, hors de la zone la plus densément construite d'Alleaume et au sud-est de cette agglomération. Il occupe le flanc de la rive gauche de la vallée du Merderet. La ville de Valognes et Alleaume sont implantées sur l'autre rive de la rivière.

La dépression dans laquelle coule le Merderet se comble partiellement à l'Hettangien (Jurassique inférieur) à la faveur d'une transgression marine qui envahit la frange occidentale du Bassin parisien. Les ressources géologiques locales sont mises à profit pour construire les bâtiments d', dont les thermes..

Les thermes au sein d' vignette|redresse=1.2|alt=Carte en couleurs schématisant le plan d'une ville antique.|Plan hypothétique d'. Les thermes sont situés près de la limite nord-ouest de l'agglomération antique d'. Si une grande partie du site d' se trouve à une altitude supérieure à atteignant même à proximité du théâtre antique, l'autre partie épouse le relief du flanc de la vallée sur des pentes descendant vers le Merderet et atteignant parfois 10 %. Les thermes sont construits presque au pied du plateau ; à une altitude de , ils occupent le point bas de la ville antique. Il semble que la principale voie qui traverse du sud au nord () desserve les thermes puis se dirige vers le nord de la presqu'île du Cotentin jusqu'à Fermanville et/ou Cherbourg..

Ces thermes constituent, avec l'édifice de spectacles à l'est, la parure monumentale connue et attestée par des fouilles de la cité antique, mais la présence d'un forum au centre et de plusieurs sanctuaires est certaine. Des secteurs habités denses occupent également le centre de l'agglomération alors qu'à sa périphérie l'artisanat est bien présent. L'évolution des connaissances sur suggère donc une cité plus importante que les premiers indices ne le laissaient entrevoir et dont la population pourrait atteindre .. Dans ces conditions, l'existence ainsi que le statut d'un seul établissement thermal au nord de la ville et de taille assez modeste posent question, et l'hypothèse d'un autre complexe plus central, à l'angle nord-est du et du est d'actualité, d'autant qu'un tel aménagement est suggéré par des fouilles réalisées en 1695 puis en 1981 (mise en évidence de et d'une portion de sol recouvert de mortier étanche au tuileau ayant manifestement appartenu à un balnéaire, privé ou public)..

Historique Le site dans l'Antiquité et au Moyen Âge vignette|gauche|alt=Aquarelle représentant une ville antique.|Évocation d' au , avec les thermes à l'extrême gauche. Les thermes sont implantés sur une parcelle initialement bordée de fossés partiellement comblés pour l'occasion. Un four de briquetier, un puits ainsi qu'une autre construction maçonnée dont la destination est inconnue y sont identifiés, mais tous ces indices semblent se rattacher au début de l'époque romaine et sont peut-être liés au chantier de construction des thermes ; aucune preuve d'une occupation antérieure n'est apportée.

L'édification paraît se dérouler dans la seconde moitié du , probablement entre 60 et 80, ce qui correspond à la période où se développe et s'étend et où ses principaux monuments sont édifiés. Il s'agit donc d'une construction précoce dans la mesure où le grand développement des thermes en Gaule date de la première partie de la dynastie antonine (98 à 192). Par la suite et au contraire d'autres établissements thermaux, le complexe d' ne semble pas faire l'objet de modifications profondes : des latrines sont aménagées contre le mur occidental près du point d'arrivée d'eau dans l'édifice et une piscine est peut-être accolée extérieurement à la même salle, mais ces constructions ne peuvent être datées. Vers la fin du , les thermes sont désaffectés, leurs maçonneries sont démontées durant plusieurs siècles et remployées dans l'édification de nouvelles constructions. Cette désaffectation suit le déclin général de la ville d' à cette époque.

Le site ne connaît plus d'activité jusqu'à la fin du Moyen Âge où un hameau s'y construit ; certains de ses bâtiments prennent appui sur les murs les plus occidentaux des thermes tandis que la récupération des pierres se poursuit sur le reste de l'édifice, jusqu'à l'extraction des blocs de fondation ; ces matériaux de démolition sont réutilisés sur place pour les nouvelles constructions. Cette phase de « réutilisation différenciée » explique la répartition des vestiges conservés en élévation à l'époque contemporaine, protégés de la destruction par leur inclusion dans d'autres édifices pourtant détruits ultérieurement..

Mentions historiques et études à l'époque contemporaine vignette|redresse|alt=Dessins et plan en noir et blanc de maçonneries ruinées.|Dessins de René Cevet. vignette|redresse|alt=Dessins et plan en noir et blanc de maçonneries ruinées.|Dessin de Jean-Baptiste Charles Carbonneau. En 1688, la tradition d'une ville antique sur le site d'Alleaume est rapportée par Louis Le Vavasseur de Masseville qui cite le « vieux château de Vallongnes ». bien que sa construction soit parfois attribuée à Clovis. En 1695, l'intendant de la généralité de Caen Nicolas-Joseph Foucault commandite des fouilles sur le site et le jésuite Pierre-Joseph Dunod, qui encadre ces travaux, attribue les ruines de ce « château » à un balnéaire antique. Toutefois, le plan qui en est publié par Bernard de Montfaucon en 1722 est erroné : il représente en réalité les thermes de Vieux-la-Romaine. Malgré un correctif rapidement apporté par de Montfaucon, il est repris par plusieurs auteurs dont Jean-Louis Adam en 1905.. C'est Albert Grenier qui, en 1953, souligne l'importance de cette rectification passée jusque-là inaperçue..

Dans le septième tome de son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises, Anne Claude de Caylus publie en 1765 des dessins et des plans partiels des thermes, conformes cette fois, réalisés par l'ingénieur René Cevet.. En 1772 et 1773, le propriétaire de la parcelle des thermes engage des travaux de destruction des vestiges, utilisant pour cela des explosifs et même une pièce d'artillerie ; seuls les murs encore en grande élévation résistent et sont pour la plupart préservés, au détriment des autres maçonneries (sols et hypocaustes des salles et de la piscine chauffées, premières assises des murs mal conservés, voire leurs fondations). vignette|gauche|alt=Carte postale en noir et blanc représentant des murs ruinés et envahis par la végétation.|Le « Château » (v. 1900). Au , il semble que les ruines n'évoquent plus, pour beaucoup d'habitants, d'anciens thermes romains ; seule la dénomination de « Vieux-Château » perdure. Charles de Gerville reprend les fouilles au début des années 1840 et détaille les destructions du siècle précédent sur le site en confrontant ses observations aux plans anciens. Il indique cependant avoir retrouvé des traces de l'aqueduc alimentant les thermes. La société des antiquaires de Normandie poursuit les travaux de Gerville à Alleaume en 1845, mais ne peut intervenir sur les thermes, le propriétaire du terrain en interdisant l'accès. Toutefois, deux ans après que la XXVII session du Congrès archéologique de France s'est tenue à Valognes, les vestiges de l'établissement thermal sont protégés au titre des monuments historiques depuis leur classement en 1862.

Les thermes, comme l'ensemble du site archéologique, sont épargnés par les bombardements intensifs qui détruisent largement Valognes en pendant la bataille de Normandie.. Ce n'est qu'entre 1954 et 1968 que de nouveaux sondages sont effectués sur le monument dont les vestiges sont alors consolidés. Entre 1989 et 1992, sur une demande de la municipalité de Valognes en prévision d'une mise en valeur du site, les thermes sont intégralement fouillés, leur plan définitivement établi et leur chronologie précisée.

En 2020, dans le cadre du programme d'études pluriannuel et pluridisciplinaire d' initié en 2012 sous la coordination du centre national de la recherche scientifique, de l'université de Caen-Normandie et de l'institut national de recherches archéologiques préventives, l'environnement proche des thermes fait l'objet d'une prospection par géoradar.

Vestiges et mise en valeur Les vestiges encore visibles en élévation, sur pour les plus hauts, appartiennent à trois salles situées au sud-ouest de l'édifice, un , un et le , mais la base de nombreux autres murs et la trace des tranchées creusées pour en récupérer les fondations permettent de restituer au sol le plan du complexe. Les thermes d' constituent, avec le théâtre antique de Lillebonne, les seuls vestiges de l'époque romaine conservés en élévation en Normandie..

Au , le site des thermes restaurés est aménagé en jardin archéologique ouvert au public.. Il est le point de départ de visites organisées par l'association Agglomération antique d'Alauna (AAA) en partenariat avec le pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, notamment dans le cadre des journées européennes du patrimoine..

Description vignette|redresse=1.3|alt=Plan légendé et en couleurs d'un édifice thermal antique.|Plan des thermes dans leur état d'origine.

L' Les thermes occupent une surface de et s'inscrivent dans un carré de de côté, ce qui correspond très exactement à un ( de côté). Cette surface est divisée en trois modules du nord au sud et quatre modules de l'est à l'ouest. La hauteur de thermes est estimée à , soit un tiers d' . La largeur des murs extérieurs du complexe thermal est également régie par ce principe puisqu'elle est de , soit , c'est-à-dire une ou un trentième d'.

Thermes de plan symétrique vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs de la base d'un mur semi-circulaire.|Piscine du .