Benoît-Marie Langénieux, né le à Villefranche-sur-Saône et mort le à Reims, est un ecclésiastique français, archevêque de Reims et cardinal. Le cardinal Langénieux jouit de l'amitié de , qui le consulte sur toutes les questions concernant l'Église de France.
Ordonné prêtre le pour le diocèse de Paris, il est nommé évêque de Tarbes le , et consacré le . Le , il est nommé archevêque de Reims. Il est élevé au cardinalat par Léon XIII lors du consistoire du avec le titre de cardinal-prêtre de Saint Jean de la Porte Latine. Il meurt le .
Biographie Benoît Langénieux naît, à Villefranche-sur-Saône, le de Claude Langénieux et de Aimée Charles. Il a huit ans seulement quand sa famille vient se fixer à Paris. Son père meurt peu de temps après, laissant la lourde charge de l'éducation de trois enfants en bas âgeSilhouettes Caladoises et Beaujolaises () de Joseph Balloffet, à sa mère, « ma mère à laquelle je dois tout, » dit-il plus tard. Il fait sa première communion le .
En , obéissant à un attrait de plus en plus puissant, il entre au petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Cet établissement va être placé sous la direction de l'abbé Dupanloup. À cette époque, les familles les plus distinguées, séduites par le prestige du jeune supérieur, n'hésitent pas à lui confier leurs enfants, en les soumettant à toutes les exigences du règlement d'une école ecclésiastique. Le duc de Noailles (Jules Charles Victurnien), le marquis de Dreux-Brézé (Henri-Scipion-Charles), le futur général de Galliffet et Ernest Renan sont alors les condisciples du futur cardinal ; comme aussi les cardinaux Lavigerie et Foulon, de La Tour-d'Auvergne, Hugonin, Soubiranne, de Gabriac, etc. Il est un séminariste exemplaire, et ses succès constants le désignent déjà pour les destinées les plus hautes.
Pour une cause inconnue, il doit accepter, en et , un préceptorat à Saint-Servan en Bretagne. En , Benoit Langénieux entre au séminaire Saint-Sulpice à Paris. Il est ordonné diacre le .
Prêtre à Paris Le , l'abbé Langénieux reçoit l'ordination sacerdotale, des mains de Marie Dominique Auguste Sibour. Au lendemain de son ordination, il est nommé vicaire à Saint-Roch. Le vicaire de Saint-Roch fonde bientôt un patronage de jeunes filles et le confie aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Après neuf années de vicariat, l'abbé Langénieux se voit confier, par le choix du cardinal Morlot, les fonctions de promoteur diocésain.
En , Darboy envoie l'abbé Langénieux diriger l'immense paroisse de Saint-Ambroise. Elle compte soixante-quinze mille habitants, dont les deux tiers sont des « indigents », et où tout est à créer. En trois ans, il fait bâtir de vastes écoles, qui ne lui coûteront pas moins de huit cent mille francs, et que, par un libéralisme digne d'être noté, il confie, les unes, à des congréganistes, et les autres à des laïques ; il jette les fondements de la belle église actuelle ; il crée la société des Petits Enfants de Marie ; l'œuvre du Pain dit vendredi ; celle de la Doctrine chrétienne ; il établit des fourneaux économiques, une crèche, une maison de retraite pour les vieillards, un patronage de jeunes filles, une bibliothèque paroissiale.
Au mois de , le pasteur qui a fait ses preuves à Saint-Ambroise est transféré à la cure de Saint-Augustin. Bien différent de celui qu'il quitte, ce quartier neuf de la capitale voit s'élever sur ses larges boulevards, autour de l'église, de style original, alors en construction, les luxueuses demeures d'une société aristocratique. Il accélère la marche des travaux de l'église, fait construire le vaste presbytère où le curé et vingt vicaires trouvent une habitation simple, mais commode et bien aménagée ; il édifie la Maison des Œuvres, destinée à abriter tout à la fois une crèche, un patronage, un asile de vieillards, une pharmacie, une bibliothèque populaire et un fourneau économique. Les résultats obtenus par l'action pastorale de l'abbé Langénieux dans ses deux paroisses ayant attiré sur lui, l'attention de l'empereur, désire entendre la parole qui savait captiver, chaque dimanche, un nombreux auditoire d'hommes au pied de la chaire de Saint-Augustin. Déférant au désir du souverain, Darboy charge M. Langénieux de la prédication du carême de dans la chapelle des Tuileries.
Pendant la guerre, le curé de Saint-Augustin transforme en ambulances son presbytère, ses écoles de frères et de sœurs, où se pressent bientôt jusqu'à trois cents blessés ; sa Maison des Œuvres devient un ouvroir et les paroissiens viennent y faire de la charpie ; il installe un lavoir sur la Seine pour procurer de l'ouvrage à des femmes. Un de ses anciens paroissiens de Saint-Ambroise lui procure un passeport lui permettant d'échapper aux communards lancés à sa recherche ; pendant plus d'un mois, il doit se tenir caché, dans une maison amie, pour éviter la prison et la mort.
Quand Guibert vient s'asseoir sur le siège de Darboy, il appelle le curé de Saint-Augustin à ses côtés, comme vicaire général, pour y tenir la place de Surat, archidiacre de Notre-Dame, exécuté avec son archevêque, victime du conflit entre communards et versaillais. Les talents d'administrateur que Langénieux avait déployés dans ses postes précédents vont se dépenser au profit du diocèse entier. Il inaugure le premier cercle catholique, fondé par le comte Albert de Mun. C'est lui qui prononce l'éloge funèbre de DeguerryL'abbé Deguerry a été fusillé le 24 mai 1871, par les Fédérés à la prison de la Roquette en même temps que Georges Darboy, archevêque de Paris, et Auguste-Alexis Surat, archidiacre de Notre-Dame, pris eux-aussi en otages pendant la Semaine sanglante, curé de l'Église de la Madeleine, otage de la Commune, dont il a failli partager le sort.
Évêque de Tarbes Tout désigne le vicaire général de Paris pour un siège épiscopal. Un décret du président de la République le nomme à celui de Tarbes, le , il est préconisé dans le consistoire du et sacré, le de la même année, à Notre-Dame de Paris. Il prend pour armes la Croix de Jérusalem, souvenir d'un pèlerinage fait en Terre-Sainte en , et il inscrit au bas de son blason épiscopal la devise qui marquait, dès l'aurore de sa vie, le but unique de ses efforts : « »
Langénieux vient à Tarbes mais à peine a-t-il le temps de parcourir son diocèse, d'obtenir pour l'église de Lourdes le titre de basilique et de jeter les plans d'une transformation du territoire de la grotte, reconnue indispensable pour permettre l'extension du pèlerinage appelé à un si prodigieux développement.
Archevêque de Reims Reims vient de perdre Landriot, son archevêque. Le maréchal Mac Mahon, président de la république, qui se rappelle l'ancien curé de Saint-Augustin, désire pour lui cette succession. L’évêque de Tarbes est nommé en Champagne dans la vieille métropole de la Gaule-Belgique, nommé par décret du , il est institué le et date de la Ville Éternelle la première lettre pastorale adressée à sa nouvelle famille diocésaine, le ; Il arrive à Reims le .
Langénieux préside le congrès de l'Union des Œuvres, dirigé par son ami Louis-Gaston de Ségur.
En , Langénieux assiste à l'inauguration de l'Institut catholique de Paris, auquel reste attaché le nom de Maurice d'Hulst, son ancien vicaire de Saint-Ambroise ; il institue l'Adoration perpétuelle dans le diocèse ; il installe, en grande solennité, les trappistes dans l'abbaye d'Igny déjà relevée de ses ruines.
En , les synodes diocésains, interrompus par le concile, la guerre et la maladie de Landriot, sont repris, et l'archevêque, pour encourager le goût de l'étude chez ses jeunes prêtres, inaugure la coutume d'envoyer, chaque année, quelques-uns d'entre eux se préparer aux grades universitaires, à l'Institut catholique de Paris. Au début de cette même année, il établit l'usage des prônesInstruction chrétienne que le curé ou un vicaire fait tous les dimanches en chaire, à la messe paroissiale à la messe capitulaire dominicale.
Le , l'archevêque de Reims adresse au chef de l'État une lettre où il lui exprime ses craintes au sujet des projets de loi sur l'enseignement ; l'année suivante, Langénieux écrit au ministre des cultes au sujet des décrets du .
Quelques mois plus tard, le , au cours d'un voyage à Rome, il présente à la célèbre bibliothèque de la bulle , couronnée par ses soins d'une statue d'argent de Notre-Dame de Lourdes, et qui figure, aujourd'hui, à la place d'honneur, à l'exposition mariale du Latran. On appelle aussi cette bibliothèque du nom de l’Immaculée Conception. Le bruit se répand dans le monde populaire rémois, que c’est au moyen d’un don de fait à l’archevêque par M. Félix Boisseau, des champagnes, que le pontife romain a pu bénéficier d’un cadeau aussi somptueux. Le meuble en question a en réalité été donné à par l’abbé Sire, supérieur de Saint-Sulpice pour qu’y soit déposée et gardée la collection des volumes contenant la traduction de la bulle en toutes les langues parlées et connues. Le rôle de l’évêque Langénieux, alors à Tarbes, s’était borné à faire don de la statue d’argent, d’ivoire et émail, qui surmonte le meuble, et représente la Vierge à Lourdes. C’est une souscription publique qui fait les frais de cette merveille, et M. Félix Boisseau est l’un des principaux souscripteurs. La collection comporte manuscrits à miniatures. L’archevêque de Reims est représenté sur l’une des faces du meuble, auprès de l’abbé Sire, offrant à les manuscrits et la bibliothèque de la bulle de l’Immaculée Conception. Les armes de Reims sont insérées dans un médaillon représentant le sacre de , Jeanne d’Arc présente, avec son oriflamme. Un autre médaillon est aux armes de l’archevêque Langénieux, et représente le baptême de ], tous deux sont en émail de Limoges, œuvre du peintre Frédéric de Courcy. La statue en argent fut modelée par Jules Lafrance, le monogramme par Lucien Falize et la couronne par J.-F. Melleris.
vignette|Statue d'Urbain II à Châtillon-sur-Marne. Dès , l'archevêque de Reims, reprenant pour son compte une idée émise au congrès de Malines, met à l'étude le projet d'un monument destiné à la glorification d', le grand pape des croisades. Cinq années plus tard, le , proclame la légitimité du culte immémorial rendu à Urbain ; un solennel est célébré en l'honneur du bienheureux à la cathédrale, les , et , le cardinal Guibert, revêtu du titre de légat apostolique, les préside au nom du souverain pontife ; le cardinal de Bonnechose, Besson, Duquesnay, d'Hulst et Joseph Lémann en commentent les leçons.
Il prend une part active à la béatification de Jeanne d'Arc et prononce un panégyrique à Orléans, en .
Le , l'inauguration de la statue gigantesque d', sur le plateau de Châtillon-sur-Marne, où il est né, donne lieu à des solennités non moins imposantes : Freppel y chante les gloires de l'illustre pontife devant le cardinal Langénieux qu'entourent vingt évêques et une foule immense. Mêmes honneurs sont décernés, l'année suivante, à l'humble instituteur des Frères des écoles chrétiennes, lorsque son nom est inscrit au catalogue des bienheureux ; un triduum, au cours duquel se font entendre les voix éloquentes de Péchenard, de d'Hulst, de Freppel, renouvelle toutes les splendeurs de celui d'. Enfin, douze années plus tard, il est donné au cardinal de célébrer, une fois encore, la gloire de saint Jean-Baptiste de La Salle, en .
Cardinal vignette|Le cardinal.