Dans le mythe de la fondation romaine, la louve romaine ( en latin) était une louve d'Italie, qui a nourri et hébergé les jumeaux légendaires Romulus et Remus.
Présentation de la légende Généralement présentés comme fils de la vestale Rhéa Silvia (aussi appelée Ilia) et du dieu Mars, ces frères furent abandonnés à leur naissance dans la nature par décret d'Amulius. Ce roi usurpateur d'Albe la Longue voulait éliminer les petits-enfants héritiers de son frère Numitor, le roi légitime. L'animal prit alors soin des nourrissons dans sa tanière, une grotte connue sous le nom de Lupercal, jusqu'à ce qu'ils soient découverts par le berger Faustulus et sa femme Larentia. Romulus deviendra plus tard le fondateur et le premier roi de Rome. L'image de la louve allaitant les jumeaux est un symbole de Rome depuis l'Antiquité et est l'une des icônes les plus reconnaissables de la mythologie antiqueWiseman Remus preface p. xiii..
Cependant, certaines sources qui rapportent cette histoire, présentées ci-dessous (Histoire de Rome depuis sa fondation, Vie de Romulus et Origo gentis Romanae), soulignent que Larentia était une prostituée. Comme la louve, elle était désignée sous le nom de (qui a donné le mot « lupanar »), ce qui serait l'origine de la légendehttps://www.europe1.fr/emissions/Au-coeur-de-l-histoire/romulus-et-remus-le-mythe-de-la-naissance-de-rome-760797.
Sources littéraires Les différentes versions de ce mythe se basent sur des travaux d'historiens dont les travaux sont perdus ou subsistent sous forme de fragments.
Tite-Live, Histoire de Rome depuis sa fondation Tite-Live, historien romain, dans son Histoire de Rome depuis sa fondationTite-Live, Histoire de Rome depuis sa fondation, livre I, IV. (lire en ligne). (), raconte :
Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines Denys d'Halicarnasse, historien grec, cite plusieurs historiens dans ses Antiquités romainesDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre I, LXXIX., 4. à 9. (lire en ligne). () pour livrer sa version de la légende :
Ovide, Fastes Ovide, poète romain, évoque la légende brièvement dans ses FastesOvide, Fastes, livre III (lire en ligne). (parues vers l'an 15) :
Plutarque Plutarque, biographe grec, dans sa Vie de Romulus (publiés dans ses Vies parallèles, composées entre 100 et 120)Plutarque, Vies parallèles, Vie de Romulus (lire en ligne)., raconte cette légende, qu'il lie à la fête des Lupercales :
L'helléniste français Alexis Pierron, dans sa traduction de l'ouvrage, souligne dans une note que Picus, un des anciens rois du Latium, que les Romains adoraient comme des dieux, passait pour avoir été changé en pivert.
Origo gentis Romanae Origo gentis Romanae, ouvrage anonyme du Origo gentis Romanae, XX, 2. à XXI, 2. (lire en ligne)., narre ceci :
Comparaison avec d'autres mythes Le loup occupa une place particulière auprès d'autres peuples italiques que les Romains. Une légende rapportée par l'historien grec Strabon dans sa GéographieStrabon, Géographie, livre V, chapitre IV, 12. (lire en ligne). (écrite entre et ) raconte que le peuple Hirpin doit son nom au loup :
Dans la mythologie grecque, il existe aussi l'histoire d'une mère louve, comme le raconte Aristote dans son Histoire des animaux (vers ). Léto, la mère d'Apollon, aurait donné naissance à ce dernier sous la forme de cet animal, pour échapper à HéraAristote, Histoire des animaux, livre VI, chapitre XXIX (lire en ligne). :
Plusieurs autres figures de l'Antiquité auraient été nourries par un animal : Cyrus le Grand, fondateur de l'Empire perse, allaité par une chienne ; , roi de Tartessos, nourri par des bêtes sauvages, ainsi que par une chienne, une truie et une biche ; Télèphe, allaité par une biche..
Postérité artistique
Antiquité Le « Miroir de Bolsena » étrusque présente une représentation de la louve et des jumeaux entourés de figures humaines et animales. Les différences d’interprétation ont empêché pratiquement tout consensus sur bon nombre de ses caractéristiquesMazzoni .. Cela inclut son âge. Cependant, il est cohérent avec d'autres miroirs de ce type, fabriqués comme cadeaux de mariage, au av. J.-C. en Eurythrée, peut-être vers 330-340. La célèbre Louve du Capitole pourrait être d'origine étrusque ou latine ancienneTennant .. Mais, une découverte lors de sa restauration en 2000 et une datation au radiocarbone ont jeté le doute sur une origine ancienneAdriano La Regina,Roma, l'inganno della Lupa è "nata" nel Medioevo, La Republica, 17 novembre 2007, consulté le décembre 2016..
Une stèle étrusque de Bologne, datée d'entre 350 et 400 av. J.-C., représente un animal, peut-être un loup, allaitant un seul nourrisson. En 269 av. J.-C., le didrachme en argent est la plus ancienne représentation de l'icône complète, avec la caractéristique « rotation de la tête de la louve » vers l'arrière et vers le bas chez les jumeauxRissanen ..
La louve et ses jumeaux apparaissent sur ce qui pourrait être la première pièce d'argent jamais frappée à Rome..
L'imagerie distinctive de la louve et des jumeaux la rendait plus reconnaissable que d'autres symboles de la ville, tels que Roma, la divinité protectrice de la ville, ou l'aigle romaine. Cela s'est avéré utile à mesure que le monde romain s'est développé et que les symboles de Rome sont devenus plus importants pour maintenir l'unité. Au après J.-C., la louve était courante à Rome et dans les provinces. Elle et les jumeaux ont été représentés sur l'élaboré Ara Pacis, construit en l'honneur d'Auguste et dédié à Pax, la déesse de la paixRissanen ..
Des pièces de monnaie avec leur représentation ont été frappées et largement diffusées. Elles ont également été produites dans les colonies romaines comme un moyen d'exprimer leur propre « romanité »Rissanen .. On a retrouvé la représentation de la louve et des jumeaux sur des objets personnels tels que des épées, des boucles, des lampes et des statuettes, ainsi que sur des monuments, des sols en mosaïque et des pierres funéraires datant du au Rissanen ..
Sur le site romain d'Isurium Brigantum à Aldborough, a été découvert une mosaïque réalisée vers 300-400 ; elle est actuellement conservée au .
Moyen Âge Le coffret d'Auzon, un coffre anglo-saxon richement sculpté du , probablement fabriqué en Northumbrie, présente la louve et les jumeaux, ainsi qu'un récit runique de l'histoire de Romulus et RemusRassanen , fn.148.. Un bractéate anglo-saxon de la même période les figurent égalementRassanen .. Les Byzantins ont continué à utiliser cette image, et des pièces de monnaie qui leur sont attribuées ont été retrouvées à divers endroits en Asie centrale, sur des sites situés dans l'actuel Tadjikistan et en Ouzbékistan, ainsi qu'une peinture murale sogdienne du représentant une louve, la tête tournée vers l'arrière et vers le bas, allaitant deux nourrissonsCompareti ..
Au , Jean Miélot traduit le Romuleon livre écrit en latin par Benvenuto da Imola entre 1361 et 1364., relatant l'histoire de la Rome antique. Un exemplaire enluminé de 1480 illustre notamment l'épisode de la louve.
Époque moderne
Époque contemporaine Solann chanteuse et compositrice française néo-folk, a sorti en 2023 sa chanson Rome (présente dans l'album EP Monstrueuse).. Dans ses paroles, elle dit :
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Usage comme emblème
Sportif Les clubs de football italiens AS Roma. et ACN Sienne 1904 (jusqu'en 2020) utilisent l'imagerie dans leurs logos d'équipe respectifs.
Louve de Sienne vignette|La Louve siennoise entourée des symboles des villes alliées, sur le pavement intérieur de la cathédrale de Sienne (vers 1372). Les Siennois ont une légende traditionnelle selon laquelle la ville aurait été fondée par , un autre couple de jumeaux qui auraient également été allaités par une louve, la Lupa senese. Fils de Rémus, ils avaient fui Rome après sa mort des mains de leur oncle Romulus.
Fascisme Le gouvernement fasciste de Benito Mussolini a utilisé la louve comme symbole pendant qu'il était au pouvoir. Ainsi, les , une des structures de l'Opera Nazionale Balilla, organisation de jeunesse mise en place en 1926, était réservée aux enfants de six à huit ans.
Armoiries
Références
Bibliographie
PMW Tennant (1988). "The Lupercalia and the Romulus and Remus Legend" (PDF). Acta Classica. XXXI: 81–93. ISSN 0065-1141. Archived from the original (PDF) on 10 May 2017. Consulté le 19 novembre 2016. , (25 août 1995), Remus: A Roman Myth, Cambridge University Press, Cristina Mazzoni (29 March 2010). She-Wolf: The Story of a Roman Icon. Cambridge University Press. . Consulté le 2 décembre 2016. Matteo Compareti (2012), "Classical Elements in Sogdian Art:Aesop's Fables Represented in the Mural Paintings at Penjikent", Iranica Antiqua, XLVII: 303–316, doi:10.2143/IA.47.0.2141966. Consulté le 13 décembre 2016 , (2014), "The Lupa Romana in the Roman provinces", Acta Archaeologica, 65 (2): 335–360, doi:10.1556/AArch.65.2014.2.4 Francesca Prescendi, « Romulus et Rémus, la louve et la prostituée », Anthropozoologica (publication scientifique du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris), vol. 52, 30 juin 2017, p. 45 à 51 (lire en ligne)
Liens externes
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