Cnaeus Domitius Corbulo (en français Corbulon), né vers l'an 7 à Peltuinum en Italie et mort en 67 à Cenchreæ (port de Corinthe), est un général et consul romain.
Proconsul, il s'illustre contre les Parthes de 58 à 64 dans les guerres pour le contrôle de l'Arménie. Il se suicide sur ordre de Néron, jaloux de ses succès.
Il entre dans l'histoire comme un chef militaire respecté et un dirigeant puissant des provinces romaines en Asie.
Biographie Généalogie et famille vignette|120px|Buste de Domitia Longina, , musée du Louvre.
Corbulon naquit à Peltuinum, dans les Apennins centraux en Italie, dans la famille des Domitii ou gens Domitia, une famille plébéienne de Rome qui avait fourni un grand nombre de consuls et de magistrats à la République. Sa mère était une Vistilia. Son père entra au sénat comme préteur sous le règne de Tibère.
Il épousa Cassia Longina et fut le père de Domitia Longina qui épousera le futur empereur Domitien vers 71.
Carrière Les débuts de la carrière de Corbulon sont mal connus. Il est consul sous Caligula en 39. L'empereur était son beau-frère car il était marié avec Milonia Cæsonia, demi-sœur de Corbulon.
En 41, après l'assassinat de Caligula, sa carrière est interrompue.
Un premier commandement en Germanie En 47, l'empereur Claude lui donne le commandement des armées de Germanie inférieure. Il s'installe dans la cité de Cologne.
Il est responsable des légions V Alaudæ et XV Primigenia stationnées à Xanten, dans le camp nommé Castra Vetera érigé par les Romains comme base arrière pour les campagnes en Germanie et base de la flotte qui contrôlait le Rhin, de la XVI Gallica de Neuss et de la I Germanica de Bonn, capitale de la Germanie supérieure.
La mission est difficile : Corbulon a affaire à des rébellions majeures et aux manifestations violentes des chérusques dans la région du Weser et chauquesDion Cassius, Histoire romaine, XL, 30 ., sur le littoral nord-ouest.
Pline l'Ancien sert sous les ordres de Corbulon en 47, participant à la conquête romaine du territoire des Chauques. En tant que jeune commandant d'un corps de cavalerie (præfectus alæ), il rédige dans ses quartiers d'hiver un essai sur l'art de lancer le javelot à cheval (de jaculatione equestri).
Corbulon est à l'origine de la construction d'un canal entre les embouchures du Rhin et de la MeuseTacite, Annales, XI 20. (dans les actuels Pays-Bas). Une partie de cet ouvrage d'art, connu sous le nom de Fossa Corbulonis ou « canal de Corbulon », a été retrouvée lors de fouilles archéologiques à Leidschendam, près du castellum Matilo près de la ville de Leyde. Son cheminement longe le canal « Vliet » qui fut construit quelques siècles plus tard.
Les archéologues néerlandais s'accordent pour voir en Corbulon le père du limes rhénan : la plupart des castellum du Vieux Rhin datent de la première moitié du .
La guerre contre les Parthes
Corbulo retourne à Rome et y reste jusqu'en 52, date à laquelle il est nommé gouverneur de la province d'Asie.
Le contexte de l'affrontement vignette|Carte de l'Empire parthe montrant la situation de l'Arménie, État tampon avec l'Empire romain.
Dès le milieu du , la République romaine et l'Empire parthe s'opposaient pour le contrôle des divers États orientaux les séparant. Le plus important d'entre eux était le royaume d'Arménie. En , Auguste en avait fait un protectorat lorsque Tigrane III était monté sur le trône. En 37, un candidat soutenu par les Parthes revendique le trône. Jusqu'en 54, coups de force et luttes d'influence se succèdent pour le contrôle de l'Arménie. À cette date, le nouveau roi des Parthes, Vologèse de Parthie, conquiert les deux capitales, Artaxate et Tigranocerte et met sur le trône son jeune frère TiridateTacite, Annales, XII.50-51.. Au même moment, Claude meurt et Néron devient empereur. L'implantation des Parthes dans une zone que les Romains considéraient comme faisant partie de leur sphère d'influence fut considérée comme un test majeur des capacités du nouvel empereur. Aussi, Néron réagit-il vigoureusement, nomma Corbulon commandant suprême en Orient et l'envoya dans les provinces orientales régler le problème de l'ArménieTacite, Annales, XIII.6..
Manœuvres diplomatiques et préparation militaire Corbulo se voit confier le contrôle de deux provinces, la Cappadoce et la Galatie, avec autorité proprétoriale puis proconsulaire (imperium)Goldsworthy (2007), .. Bien que la Galatie soit considérée comme un bon terrain de recrutement (région d'origine de la Legio XXII Deiotariana) et que la Cappadoce fournissait quelques unités d'auxiliaires romains, l'essentiel des forces disponibles provenait de Syrie, dont la moitié de la garnison de quatre légions et leurs auxiliaires furent placés sous son commandementTacite, Annales, XIII.8..
Initialement, les Romains espérèrent résoudre la situation par des moyens diplomatiques : Corbulo et , le gouverneur de Syrie, envoyèrent des ambassades à Vologèse, lui proposant d'envoyer quelques otages, comme le voulait la coutumeTacite, Annales, XIII.9. Vologèse, lui-même préoccupé par la révolte de son fils Vardanès, et forcé de retirer ses troupes d'Arménie, les constitua prisonniers.
Une période d'inactivité s'ensuivit, bien que la question arménienne restât en suspens. Corbulo utilisa ce calme pour restaurer la discipline et améliorer la préparation au combat de ses troupes qui vivaient depuis longtemps dans les garnisons tranquilles de l'OrientGoldsworthy (2007), .. D'après Tacite, Corbulo démobilisa tous les légionnaires trop âgés ou affaiblis, maintint l'armée entière sous des tentes pendant l'hiver rude du plateau anatolien pour les préparer à la neige d'Arménie, et fit respecter une discipline sévère, punissant de mort les déserteurs. Mais, il prit soin de rester présent au milieu des troupes et d'en partager la dure vieTacite, Annales, XIII.35..
Cependant, Tiridate, appuyé par son frère, refusa de se rendre à Rome, et lança même des opérations contre les Arméniens qu'il soupçonnait de loyauté à RomeTacite, Annales, XIII.37.. La tension monta, et finalement, au début du printemps 58, la guerre éclata.
Offensive en Arménie vignette|250px|Royaume arménien en 150.
Après un certain délai, il passa à l'offensive. Corbulo avait positionné un grand nombre de ses auxiliaires dans une ligne de forts proche de la frontière arménienne sous le commandement d'un primus pilus expérimenté, Paccius Orfitus. Désobéissant aux ordres de Corbulo, ce dernier utilisa certains éléments de la cavalerie auxiliaire alæ récemment arrivés pour lancer un raid contre les Arméniens, qui semblaient non préparés. Son raid fut un échec, et les troupes en retraite semèrent la panique dans les autres garnisonsTacite, Annales, XIII.36.. Ce n'était pas un début heureux pour la campagne, et Corbulo punit sévèrement les survivants et leurs commandants.
Malgré ce mauvais début de campagne, Corbulo était cependant prêt, ayant entraîné son armée pendant deux ans. Il avait trois légions à disposition, les III Gallica et VI Ferrata de Syrie et la IV ScythicaGoldsworthy (2007), ., leurs auxiliaires et les contingents alliés des rois orientaux comme Aristobule d'Arménie Mineure et Polémon II du Pont. La situation fut favorable pour les Romains car Vologèse faisait face à une grave révolte des Hyrcaniens dans la région de la mer Caspienne et aux incursions des nomades Dahæ et Sacæ d'Asie centrale ; il fut incapable de venir en aide à son frère.
La guerre, jusqu'alors, avait simplement donné lieu à des escarmouches le long de la frontière. Corbulo essaya de protéger les implantations arméniennes pro-romaines de toute agression, et en retour, lançait des représailles sur les alliés des Parthes. Comme Tiridate évitait toute confrontation directe, Corbulo divisa ses forces, afin d'attaquer simultanément plusieurs places, et ordonna à ses alliés, les rois Antioche IV de Commagène et Pharsman d'Ibérie, l'actuelle Géorgie, de lancer des attaques sur l'Arménie à partir de leurs propres territoires. Une alliance fut aussi conclue avec les Moschoi, un peuple d'Arménie orientale.
Tiridate réagit en envoyant des émissaires pour demander les raisons de cette attaque alors que des otages avaient été échangés. Corbulo renouvela son exigence que Tiridate sollicite la reconnaissance de sa couronne auprès de l'empereur. Finalement, les deux camps s'accordèrent sur une rencontre. Tous deux étaient supposés s'y rendre avec seulement , mais Corbulo, ne se fiant pas à Tiridate, décida de prendre avec lui non seulement la VI Ferrata, mais aussi la moitié de la III Gallica. Tiridate se rendit au lieu convenu, mais apercevant les Romains en ordre de bataille, et lui aussi méfiant, ne s'approcha pas et s'enfuit pendant la nuitTacite, Annales, XIII.38-39.. Il lança des raids sur les équipements de l'armée qui parvenaient de Trapezus sur la mer Noire, mais sans effet car les Romains avaient barré les routes de montagnes avec des fortinsGoldsworthy (2007), ..
La chute d'Artaxate vignette|La campagne de Gnæus Domitius Corbulo en 58-60.
Corbulo était décidé à s'en prendre directement aux places fortes de Tiridate. Cette stratégie n'était pas seulement fondamentale pour le contrôle des environs et pour fournir des ressources financières et des soldats, mais constituait une menace poussant Tiridate à risquer une bataille rangée, car « un roi ne défendant pas les territoires qui lui sont loyaux […] perdrait tout prestige »Goldsworthy (2007), .. Corbulo et ses subordonnés réussirent à prendre par surprise trois de ses forts, dont Volandum, « le plus puissant de tous dans la province », en moins d'un jour au prix de pertes légères, massacrant leurs garnisons. Terrifiés par cette réussite, plusieurs villes et villages se rendirentTacite, Annales, XIII.39..
Tiridate fut contraint d'affronter les Romains avec son armée quand ils s'approchèrent de la capitale Artaxate. La colonne romaine, renforcée par un vexillation de la X Fretensis, marcha en « carré », supportée par les cavaliers et les archers auxiliaires. Les Romains avançaient sous l'ordre strict de ne pas rompre la formation, et malgré des attaques répétées et retraites feintes des archers parthes à cheval, ils tinrent jusqu'à la tombée de la nuitTacite, Annales, XIII.40.. Pendant la nuit, Tiridate retira son armée et abandonna sa capitale. Les habitants se rendirent sans délai et purent s'enfuir sans mal. La ville fut incendiée, les Romains ne pouvant y laisser une garnisonTacite, Annales, XIII.41..
La chute de Tigranocerte En 59, les Romains marchèrent en direction de Tigranocerte, la seconde capitale de l'ArménieTacite, Annales, XIV.23.. L'armée souffrait du manque de provisions, particulièrement d'eau, dans les terres arides du nord de la Mésopotamie, jusqu'à ce qu'ils atteignent une zone plus hospitalière près de Tiganocerte. Au même moment, un complot pour assassiner Corbulo fut découvert, dans lequel des notables arméniens ralliés étaient impliquésTacite, Annales, XIV.24.. Frontin décrit l'épisode dans ses Stratagèmes : quand les Romains arrivèrent à Tigranocerte, ils lancèrent la tête tranchée de l'un des conspirateurs au-dessus des murailles. Par hasard, elle tomba au milieu de l'assemblée des notables de la ville qui décidèrent une reddition immédiate, sauvant ainsi leur villeFrontin, Strategemata, II.9.5 sur le site LacusCurtius.. Peu après, une tentative de l'armée parthe, commandée par Vologèse, de pénétrer en Arménie fut bloquée par les auxiliaires, sous le commandement de Verulanus SeverusTacite, Annales, XIV.26..
Les Romains contrôlaient maintenant l'Arménie et ils installèrent un nouveau roi, Tigrane VI, dernier descendant des rois de Cappadoce. Certaines parties de la province furent aussi cédées à des vassaux romains. Corbulo laissa , trois cohortes d'auxiliaires et deux alæ de cavaliers (environ ) pour soutenir le nouveau monarque, et rentra avec le reste de l'armée en Syrie dont il avait reçu le gouvernorat (en 60) en récompense de ses succès.