André Marty, né le à Perpignan (Pyrénées-Orientales) et mort le à Toulouse (Haute-Garonne), est un homme politique français, dirigeant du Parti communiste français. Il est député de 1924 à 1955, avec quelques interruptions, et secrétaire de l'Internationale communiste de 1935 à 1943.
Il est particulièrement connu pour sa participation à la guerre d'Espagne. Stalinien actif, il est exclu du Parti communiste en 1952 et réhabilité en 1998.
Biographie
Jeunesse et débuts politiques André Pierre Marty est le fils d'Isidore Bonaventure Marty., négociant en vins, qui a participé à la Commune de Narbonne en 1871 et professait des opinions libertaires et de son épouse, Angélique Clotilde Marie. Il échoue au concours d'entrée de l'École navale et apprend le métier de chaudronnier sur cuivre. Il fait son apprentissage chez un mécanicien travaillant à son compte à Perpignan. Il est introduit à la loge maçonnique Saint-Jean des Arts et de la Régularité de Perpignan, affiliée à la Grande loge de France, par son patron et par un ingénieur des Travaux Publics, MognierArticle André Marty de Jean Maitron et Claude Pennetier in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier..
Chaudronnier, Marty s'engage en dans la Marine nationale comme matelot mécanicien. Basé à Toulon, ses missions le conduisent au large de la Chine, de l'Indochine, des Balkans et du Maroc. Scaphandrier, il participe en 1911 au renflouement du torpilleur Takou. Il a affirmé avoir collaboré en 1912-1913 à l'hebdomadaire Le Cri du marin, dont les directeurs légaux étaient membres de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) et dont les articles étaient rédigés par des marins de la Marine nationale. Marty aurait également participé à une société secrète de mécaniciens de la flotte, organisation centralisée disposant de cellules dans plusieurs bâtiments. Marty a affirmé avoir été alors influencé par les idées syndicalistes révolutionnaires et hervéistes des ouvriers de l'arsenal. Il participe également aux travaux de la loge l'Action écossaise, toujours affiliée à la Grande loge de France. En fait, à partir d', il ne fréquente guère les milieux maçonniques ; il prononce pourtant une conférence sur « La guerre en mer » à la loge 162 du Grand Orient de France, Saint-Jean des Arts et de la Régularité, de Perpignan dont il fait partie.. Il quitte la Marine nationale en 1919. En , il quitte le Grand Orient de France..
Première Guerre mondiale et mutineries de la mer Noire vignette|upright|gauche|Marty, dit « le mutin de la mer Noire », lorsqu'il était second maître mécanicien dans la Marine nationale. Alors second maître, en , Marty est reçu premier au concours des élèves officiers mécaniciens. Promu ingénieur mécanicien de , il est affecté en , comme chef du service « machines » du torpilleur d'escadre Protet.
Après l'armistice du 11 novembre 1918, ce bâtiment fait partie de l'escadre envoyée en mer Noire, devant Odessa, pour combattre la révolution russe. Un groupe proche des anarchistes, ou comprenant des anarchistes, existe dans l’équipage du Protet et dans celui du cuirassé France, de cette même escadre française de la mer Noire. Des mouvements de désobéissance apparaissent en , à la fois en raison de la mauvaise nourriture, de la déconvenue de ne pas être démobilisés alors que la guerre était terminée et aussi par solidarité avec les « rouges ».
Marty est au cœur de la mutinerie de matelots en fomentant un complot pour s'emparer du Protet, y hisser le pavillon rouge en place du pavillon français tricolore et pour entrer dans le port d'Odessa. Son arrestation le précède la révolte qui éclate trois jours plus tard. D'abord emprisonné à terre, à Galați (en Roumanie), il est transféré le à bord du croiseur cuirassé Waldeck-Rousseau. Un nouveau transfert sur le Protet provoque une révolte des marins du Waldeck-Rousseau qui ajoutent à leurs revendications la volonté de sauver la vie de l'ingénieur mécanicien. Un conseil de guerre réuni en rade de Constantinople en juillet condamne Marty à vingt années de travaux forcés.
Campagne de soutien communiste et militantisme communiste thumb|left|Discours de Paul Vaillant-Couturier au Pré-Saint-Gervais, lors d'une manifestation en l'honneur de Marty (1922).
Le jeune parti communiste (SFIC) issu du congrès de Tours (1920) le soutient d’abord par l’organe des Jeunesses communistes, Avant-garde, puis la campagne prend de l’ampleur. Le Comité de défense sociale et le Comité des marins prennent sa défense et celle de son frère, Jean. Son nom devient un symbole, et il est élu au Soviet de Moscou par les ouvriers de l'usine Dynamo. Il est présenté sur les listes communistes et est élu conseiller municipal de Paris, puis conseiller général, tout en étant emprisonné. thumb|Marty à la sortie de la prison de Clairvaux, avec son frère (1923). Gracié en 1923, grâce à l'intervention des députés francs-maçons, il ne tarde pas à adhérer au Parti communiste, ce qui achève de donner le bénéfice de la mutinerie au parti. Il quitte la franc-maçonnerie, est élu député de Seine-et-Oise en 1924 et devient membre du Comité central de la SFIC en 1926. Il prend la défense de Cheikou Cissé (1890-1933), un tirailleur condamné en 1919 à la déportation en Nouvelle-Calédonie pour activités anticolonialistes.
Le , à l'instar de nombreux autres dirigeants communistes, Marty est condamné et incarcéré à la prison de la Santé pour action antimilitariste. Il est libéré le . À partir de 1931, il est de plus en plus impliqué dans l'appareil de l'Internationale communiste (Komintern), représentant la section française. En 1935, il est nommé au présidium et au secrétariat, devenant ainsi le Français le plus gradé du Komintern. Il entre également au bureau politique du PCF en 1932. Vers 1933-1934, il est responsable au journal L'Humanité, sans que son nom soit officiellement mentionné.
Candidat d'amnistie, puis élu du peuple À partir d', le Parti communiste (SFIC), dans le cadre de la campagne pour la libération des « mutins de la mer Noire », présente André Marty lors d'élections partielles. Il est élu 42 fois conseiller municipal, conseiller général ou conseiller d'arrondissementArlette Schweitz, Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République, tome 2, Publications de la Sorbonne, Paris 2001, , notice « André Marty ». jusqu'en Les électeurs de Perpignan, d'Hyères, d'Asnières, d'Aubervilliers, de Villejuif, de Vanves, de Noisy-le-Sec, de Prats-de-Mollo en font un élu départemental ou d'arrondissement.. Ces élections sont invalidées, mais elles popularisent l'homme.
Aux élections générales de , il conduit la liste du « Bloc ouvrier paysan » dans le département de Seine-et-Oise. Arrivée en seconde place, la liste a trois élus. André Marty obtient près de de plus que ses colistiersMarty recueille , l'élu suivant en obtient . La moyenne des voix de la liste s'établit à soit 28 % des suffrages exprimés ce qui situe ces résultats parmi les meilleurs scores départementaux du Parti communiste.. Le changement du mode de scrutin en 1928 pénalise nationalement les communistes. André Marty est battu, au second tour dans la première circonscription de VersaillesLes électeurs de cette circonscription (Argenteuil-Bezons) élisent, quatre années plus tard Gabriel Péri. Pour lors, Marty arrivé largement premier au est battu de près de mille voix au second tour..
Après l’invalidation de Georges Ménétrier..., une élection partielle dans la onzième circonscription de Saint-Denis. (Seine) en lui permet de retrouver un siège de députéLa de Saint-Denis inclut principalement la ville de Puteaux. Au second tour il recueille , son concurrent de droite en rassemble .. Mais le scrutin législatif général de 1932 lui est défavorable et il est battu par Georges Barthélémy, maire socialiste de PuteauxMarty devancé de près de au , est battu au second tour de plus de ..
Il dispose alors d'un autre mandat. Depuis l'automne 1929, il siège au conseil municipal de Paris. Élu lors d'une élection partielle, dans le arrondissement (quartier de la Gare), il est, entre 1930 et 1935, le seul élu communiste à l'hôtel de ville de Paris en raison de la « purge » que subissent les six autres élus de 1929, exclus du PCF pour réformisme. Il acquiert dans le Paris populaire du treizième arrondissement une audience forte.
Le , lors du septième congrès de l'Internationale communiste, il devient secrétaire du comité exécutif.....
Candidat dans cet arrondissement aux élections de 1936, il emporte le siège de député dès le premier tour du scrutin. Il figure dans le petit nombre (9) des élus communistes qui dépassent les 50 % des suffrages le Georges Lachapelle, « Élections législatives, 28 avril & 3 mai 1936 », Le Temps, 1936. à savoir Maurice Thorez, Renaud Jean, Gaston Monmousseau, Paul Vaillant-Couturier, Arthur Ramette, Marcel Capron, Georges Lévy, Jean Cristofol et lui. En , il démissionne de son mandat de conseiller municipal de Paris.
En 1945, les électeurs de Paris envoient de nouveau André Marty aux Assemblées constituantes puis à la Chambre des députés. Exclu du Parti communiste français en 1952, il conserve son mandat de député jusqu'aux élections de 1956.
Actes criminels pendant la guerre d'Espagne, pour le compte de la Russie Pendant la guerre d'Espagne, le Komintern le nomme inspecteur général des Brigades internationales (en 1936) et il reste en Espagne jusqu'à la fin de la guerre, en 1939. En France, il est violemment pris à partie par le journal anarchiste Le Libertaire pour sa brutalité et pour ses assassinats.
André Marty est envoyé par l'Internationale communiste en auprès du gouvernement républicain espagnol pour organiser ce qui va devenir les Brigades internationales. Il porte le titre d'« inspecteur général des Brigades internationales ». Il peut justifier cette responsabilité, outre par son grade élevé dans le Komintern, par sa connaissance de l'espagnol et du catalan et par son passé d'officier de la Marine. Il est lié au Grupo de información, un service de renseignements mis en place par les Soviétiques sous la direction de Marcel Rosenberg, ambassadeur de l'Union soviétique en Espagne. Cet organisme, qui reçoit ses ordres de Iagoda, chef du NKVD, fait la chasse aux trotskistes et aux anarchistesOlivier Todd, André Malraux, Une vie, éd. Gallimard, 2001, ..
Les Brigades internationales sont basées à Albacete. Assez vite, les rapports de Marty avec le gouvernement espagnol se dégradent et il est rappelé à Moscou, où Dimitrov le charge des affaires d'Amérique latine. Marty proteste, insiste pour retourner en Espagne et se fait passer pour l'homme de la situation après l'intégration des Brigades dans l'armée populaire espagnole. Lorsqu'il revient à Albacete en , il est sous le contrôle de Palmiro Togliatti.
La presse libertaire française dénonça André Marty comme le « boucher d'Albacete ». Hemingway en fait un portrait peu flatteur dans Pour qui sonne le glas, où il apparaît sous son vrai nom dans l'œuvre originale ; dans la traduction française, le traducteur a changé son nom en "André Massart"https://research-repository.st-andrews.ac.uk/bitstream/handle/10023/20652/Bowd_2017_FMLS_Marty_Hemingway_AAM.pdf.. Dans ses souvenirs de la guerre d'Espagne, publiés primitivement en yiddish en 1956 et parus dans une traduction française de Marina Alexeevna-Antipov en 2012, le brigadiste polonais Sygmunt Stein, qui a connu Marty à Albacete, le présente sous le jour d'un stalinien sanguinaire qui inspirait la terreur à ses camarades de combat.