Les derniers jours de Benito Mussolini se déroulent près de la frontière suisse alors qu'il tente de fuir dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale en Europe, entouré de ses derniers fidèles et Clara Petacci. Mussolini quitte Milan le , avant d'être démasqué le et sommairement exécuté le lendemain par un partisan communiste italien dans le petit village de Giulino di Mezzegra, en Italie du nord. Selon la version officielle, Mussolini est abattu par Walter Audisio, cependant, depuis la fin de la guerre, les circonstances de la mort de Mussolini et l'identité de son assassin font l'objet d'une controverse continue en Italie.
En 1940, Mussolini fait entrer l'Italie dans la Seconde Guerre mondiale aux côtés de l'Allemagne nazie, mais connaît rapidement des échecs militaires. Renversé par son propre parti, il est réinstallé à l'automne 1943 par les Allemands, à la tête d'un État fantoche sous strict contrôle allemand, la République sociale italienne (dite république de Salo) dans le nord et le centre de l'Italie. Il y fait face à l'avance alliée par le sud de la péninsule et à une guerre civile de plus en plus violente avec les partisans antifascistes. En , avec la percée des Alliés dans les dernières défenses allemandes dans le nord de l'Italie et un soulèvement général des partisans s'installant dans les villes, la situation de Mussolini devient intenable. Il décide de fuir Milan, et se dirige vers la frontière suisse. Il est arrêté avec sa maîtresse Claretta Petacci le , par des partisans locaux, près du village de Dongo sur les rives du lac de Côme. Mussolini et Petacci sont exécutés l'après-midi suivant, deux jours avant le suicide d'Adolf Hitler.
Les corps de Mussolini, Petacci et des seize autres personnes sont transportés à Milan. Les corps subissent des outrages. On les pend par les pieds à la balustrade d'un distributeur d'essence sur la place Piazzale Loreto où, l'année précédente, quinze partisans avaient été fusillés et exposés en représailles d'un attentat contre les Allemands ; ensuite, Mussolini est défiguré. Son corps est transféré dans une tombe anonyme au Cimitero Maggiore de Milan. Sa dépouille est dérobée par des militants néo-fascistes du Parti fasciste démocratique en , puis retrouvée en août, cachée pendant les onze années suivantes dans une malle dans la basilique de la Chartreuse de Pavie. Finalement, en 1957, le gouvernement italien rend la dépouille à la famille Mussolini qui l'inhume dans la crypte de la chapelle familiale, au cimetière de San Cassiano de Predappio. Chaque année à l'anniversaire de sa mort, les nostalgiques du fascisme italien se retrouvent autour de son tombeau, son village accueillant de 80 000 à 100 000 visiteurs par an.
Les circonstances exactes de la mort de Mussolini restent discutées. Dans les années d'après-guerre, la version « officielle » de la mort de Mussolini est remise en question en Italie (mais, en général, pas à l'étranger), et de nombreuses versions émergent, comparées aux théories du complot sur l'assassinat de John F. Kennedy. Des journalistes, des politiciens et des historiens, doutant de la véracité du récit d'Audisio, avancent diverses théories et spéculations sur la mort de Mussolini et sur l'auteur de la fusillade. Selon ces théories, au moins douze individus ont été identifiés aux exécuteurs, notamment Luigi Longo et Sandro Pertini qui deviendront respectivement secrétaire général du Parti communiste italien et président de la République italienne.
Certains auteurs pensent que la mort de Mussolini fait partie d'une opération des forces spéciales britanniques, dans le but supposé de récupérer des « accords secrets » compromettants et la correspondance avec Winston Churchill que Mussolini aurait transportée lors de sa capture. Cependant, la thèse « officielle » attribuant la mort de Mussolini à Walter Audisio reste la plus crédible.
Événements précédents
droite|vignette|La République sociale italienne :
Contexte Mussolini est le dirigeant fasciste italien depuis 1922, d'abord en tant que Premier ministre et, après sa prise des pouvoirs dictatoriaux en 1925, s'attribue le titre Il Duce de la République sociale italienne en 1943. En , il entraîne son pays dans la Seconde Guerre mondiale aux côtés de l'Allemagne nazie dirigée par Adolf Hitler. À la suite de l'invasion alliée de la Sicile en , Mussolini est destitué et arrêté par ordre du roi ; l'Italie signe alors l'armistice de Cassibile avec les Alliés en septembre suivant.
Peu de temps après l'armistice, Mussolini est libéré de prison lors du raid du Gran Sasso par les forces spéciales allemandes et Hitler le place à la tête de la République sociale italienne, un État fantoche allemand créé dans le nord de l'Italie et basé dans la ville de Salò près du lac de Garde. En 1944, la , comme elle est surnommée, est menacée non seulement par les Alliés avançant du sud, mais aussi de l'intérieur par les partisans antifascistes italiens, dans un conflit brutal qui deviendra connu sous le nom de guerre civile italienne.
En remontant lentement la péninsule italienne, les Alliés prennent Rome puis Florence à l'été 1944 et plus tard cette année-là, commencent leur percée vers le nord de l'Italie. Avec l'effondrement final de la ligne gothique de l'armée allemande en , la défaite totale de la république de Salò et de ses protecteurs allemands devint imminente.
Le , Mussolini quitte Gargnano, un village près de Salò où il réside, et s'installe, avec tout son gouvernement, à Milan, dans la préfecture de la ville. Le but de cette décision semble avoir été de se préparer à la défaite finale. Son nouvel emplacement serait mieux placé pour une évasion jusqu'à la frontière suisse. De plus, cela le rapprocherait de l'archevêque de Milan, le cardinal Schuster, qu'il espérait utiliser comme intermédiaire pour négocier avec les Alliés et les partisans.
Cache à Milan Au cours de la semaine qui suit son arrivée à Milan, et avec la détérioration de la situation militaire, Mussolini hésite entre un certain nombre d'options, notamment une ultime résistance dans le fantomatique « réduit de la Valteline », une vallée des Alpes italiennes (le plan dit du Ridotto Alpino Repubblicano), fuir en Suisse, ou tenter de négocier une passation pacifique à la direction des partisans, le CLNAI (Comité de libération nationale Nord Italie) ou aux Alliés. Alors que les forces allemandes se replient, le CLNAI déclare un soulèvement général dans les principales villes du nord, publiant un décret instituant des tribunaux populaires dont les dispositions dans la pratique, constituent une condamnation à mort pour Mussolini:
Dans l'après-midi du , le cardinal Schuster tenant le rôle de médiateur auprès du CLNAI, accueille dans sa résidence les négociations de paix entre Mussolini et des représentants de la CLNAI. L'indécision de Mussolini et l'intransigeance des partis rendent impossible le moindre accord. Ce soir-là, alors que l'armée allemande dans le nord de l'Italie est sur le point de se rendre, Mussolini décide de fuir Milan juste avant la libération de la ville par le CLNAI. À 20 heures, il se dirige vers le nord en direction du lac de Côme. Personne ne sait si son objectif est de tenter de traverser la frontière suisse ou de se rendre dans la Valteline ; dans l'optique de cette deuxième option, il quitta la ville sans les milliers de partisans rassemblés à Milan destinés à l'escorter jusqu'à la dernière forteresse des Alpes.
Selon certains témoignages, le , rejoint par sa maîtresse Clara Petacci, il tente à plusieurs reprises de traverser la frontière vers la Suisse. Certains notent que si l'intention était seulement de fuir, Mussolini aurait pu utiliser le trimoteur SM79 prêt à l'aéroport de Bresso aux portes de Milan. Certains personnages mineurs de la RSI et une partie de la famille Petacci l'utilisent pour réapparaître en Espagne le . Renonçant à cet objectif, il rejoint une colonne allemande de la Luftwaffe (troupes anti-aériennes) en retraite et la colonne Pavolini qui, arrivée à Côme le matin, a immédiatement poursuivi le long du lac.
Fuite, capture et arrestation Le , la colonne est arrêtée une première fois à Musso où le lieutenant SS Birzer, chargé peu avant son départ de Gargnano de protéger Mussolini par sa hiérarchie, le convainc de se cacher dans un camion de la colonne allemande en endossant un manteau de sergent de l'aviation allemande. Quelques kilomètres plus loin, la colonne est de nouveau arrêtée à Dongo par un petit groupe de partisans de la brigade Garibaldi. Les partisans, menés par Pier Luigi Bellini delle Stelle et Urbano Lazzaro, reconnaissent l'un des fascistes, mais pas Mussolini à ce stade. Ils obligent les Allemands à remettre tous les Italiens, clause qui leur permet de continuer leur route. Finalement, Mussolini est découvert affalé dans l'un des véhicules du convoi. Lazzaro dira plus tard : Arrêté par les partisans, il est d'abord retenu à Germasino, dans une caserne de la Garde des finances. Vers 2 h 30 du matin le , il retrouve sa compagne Petacci, qui avait demandé à le rejoindre. Au total, plus de cinquante dirigeants fascistes et leurs familles seront retrouvés dans le convoi et arrêtés par les partisans. Mis à part Mussolini et Petacci, seize des plus éminents d'entre eux seront sommairement fusillés à Dongo le lendemain et dix autres tués au cours de deux nuits successives. vignette|Clara Petacci, la maîtresse de Mussolini, sera capturée et exécutée à ses côtés. Les combats se poursuivent toujours dans les environs de Dongo. Craignant que Mussolini et Petacci ne soient sauvés par des partisans fascistes, les partisans les conduisent au milieu de la nuit à Bonzanigo di Mezzegra, dans la ferme d'une famille de paysans nommée De Maria ; estimant l'endroit sûr pour leur captivité. Mussolini et Petacci y passèrent le reste de la nuit et la majeure partie du lendemain.
Le soir de la capture de Mussolini, Sandro Pertini, le leader des partisans socialistes du nord de l'Italie, annonce sur Radio Milan :
Ordre d'exécution Il existe différents comptes rendus quant à la décision d'exécuter sommairement Mussolini. Palmiro Togliatti, le secrétaire général du Parti communiste, affirme qu'il avait ordonné l'exécution de Mussolini avant sa capture. Togliatti déclare l'avoir annoncé par message radio le avec ces quelques mots : Il affirme également qu'il avait donné l'ordre en tant que vice-premier ministre du gouvernement de Rome et en tant que chef du Parti communiste. Ivanoe Bonomi, Premier ministre, nia plus tard que cela avait été dit avec l'autorité ou l'approbation de son gouvernement. droite|vignette|Luigi Longo (à gauche) et Palmiro Togliatti lors d'un congrès du Parti communiste après la guerre. Un haut responsable communiste à Milan, Luigi Longo, déclare que l'ordre émanait du commandement général des unités militaires partisanes « en application d'une décision du CLNAI». Cependant, il raconta ensuite une histoire différente : lorsqu'il apprend la nouvelle de la capture de Mussolini, il convient avec Fermo Solari, membre du Parti d'action (qui faisait partie du CLNAI), qu'il doit être sommairement exécuté ; c'est d'ailleurs lui qui donne l'ordre d'exécution. Selon Leo Valiani, le représentant du Parti d'action au CLNAI, la décision d'exécuter Mussolini est prise dans la nuit du 27 au par un groupe agissant au nom du CLNAI comprenant lui-même, Sandro Pertini, et les communistes Emilio Sereni et Luigi Longo. Le CLNAI annonce par la suite, au lendemain de sa mort, que Mussolini avait été exécuté sur ses ordres.
En tout état de cause, Longo charge un partisan communiste du Commandement général, Walter Audisio, de se rendre immédiatement à Dongo pour exécuter l'ordre. Selon Longo, il l'annonce par ces mots : . L'estimant trop , Longo décide d'envoyer par sécurité un autre partisan, Aldo Lampredi.
Exécution