L’éco-anxiété ou écoanxiété, est une détresse psychologique, qui désigne l'« anxiété provoquée par les menaces environnementales qui pèsent sur notre planète ». ou une « forme d'anxiété liée à un sentiment d'impuissance face aux problématiques environnementales contemporaines (dérèglement climatique, destruction des écosystèmes, multiplication des catastrophes naturelles). Compris plus largement, c'est un néologisme désignant l'ensemble des émotions liées au sentiment de fatalité vis-à-vis des diverses crises écologiques (changement climatique et effondrement écologique notamment). Ces émotions sont principalement la peur, la tristesse et la colère, induites par le constat de l'inaction ou de l'insuffisance des actions prises en faveur de la planète, par les gouvernements et les populations. L'éco-anxiété, quand elle perdure et s'intensifie, peut conduire à des psychopathologies comme une dépression ou un trouble anxieux, voire à des manifestations somatiques typiques d’un stress prolongé.

Définitions De manière générale, l'éco-anxiété se traduit par l'expression de fortes émotions face à la dégradation de l'état de la planète, de la pollution, la régression et dégradation des sols, l'effondrement de la biodiversité, la gestion de l'eau, ou encore le changement climatique, associées à la conviction que pas assez n’est fait pour éviter les désastres en cours de réalisation. Le spectre émotionnel de l'éco-anxiété inclut l'anxiété, la frustration, la colère, le sentiment d'absence d'influence politique ou sociale, la culpabilité et dans les cas les plus aigus des angoisses existentielles. Parmi ces craintes, des idées comme la mort (angoisse de la finitude) et la fin du monde (angoisse eschatologique) sont prépondérantes. L'Association Américaine de Psychologie (APA) définit l'éco-anxiété comme "la peur chronique d'un cataclysme environnemental résultant de l'observation de l'impact apparemment irrévocable du changement climatique et de l'inquiétude qui en découle pour son propre avenir et celui des générations suivantes".

La différence principale entre l'éco-anxiété et la solastalgie est le positionnement temporel des événements ou des risques écologiques par rapport auxquels le ressenti de détresse se situe. Dans le cas de l'éco-anxiété, il s'agit surtout d'un ressenti par anticipation de futurs évènements catastrophiques environnementaux ou par rapport aux dégradations déjà clairement présentes, tandis que la solastagie est une réaction émotionnelle proche de la nostalgie, liée au constat de pertes déjà réalisées d’éléments présents dans le passé (le chant de certains oiseaux, des hivers neigeux, un paysage particulier, un paysage détruit du fait d'une crue catastrophique qui s'est déjà produite...).

La Revue du Praticien fait remonter le terme en langue français au travail de la médecin belgo-canadienne Véronique Lapaige, en 1997, mais considère que c’est devenu une préoccupation médicale à partir de 2010. Sutter et Chamberlin indiquent que l'année 2020 est une année charnière puisqu'il y aurait eu autant de publications académiques de 1997 à 2020 que de 2020 à 2025.

Le mot « éco-anxiété » est entré dans le dictionnaire Le Robert en 2023 avec la définition suivante : « Anxiété provoquée par les menaces environnementales qui pèsent sur notre planète »« Nouveau mot du dictionnaire : écoanxiété. Qu'évoque-t-il de notre société ? », Sciences Po Executive Education, 21 septembre 2023, lire en ligne, consulté le 22 février 2024.

Cette peur chronique d'une catastrophe écologique irréversible touche toutes les générations, contrairement à ce que véhicule certaines idées reçues.

En psychologie et en psychiatrie N’étant pas une maladie mentale, l'éco-anxiété ne figure pas dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux-(DSM).de l'Association Américaine de psychiatrie (American psychiatric Association (). L'APA décrit toutefois l'éco-anxiété comme une peur chronique d'une ou de catastrophes environnementales.. Pour Bhullar et al., l'Anxiété climatique ne doit pas être l’objet d’un diagnostic de trouble de santé mentale puisqu’il s’agit d’une réaction émotionnelle normale à une menace réelle.. De nombreux autres experts estiment qu'il faut apporter un soutien aux personnes en souffrance sans . En 2021, Stein et ses collègues soulignent le risque d’assimiler des variations de réaction individuelle à des maladies ou des troubles.. Des facteurs culturels influencent en outre le type de réaction émotionnelle. et on manque de critère pour décider à partir de quel seuil d’intensité cette anxiété devrait être qualifiée d’excessive, . Les travaux de recherche du psychologue-psychothérapeute Pierre-Eric Sutteront toutefois permis de fixer deux seuils au-delà desquels des risques voire des dangers sont associés à une anxiété chronique trop intense menaçant la santé mentale pour 10% des Français éco-anxieux. Ces travaux en revanche montrent qu'en deçà de ces seuils, l'intensité de l'éco-anxiété n'est pas menaçante pour la santé mentale de 75% des Français, pas du tout, très peu ou peu éco-anxieux ; 15% d'entre eux, moyennement éco-anxieux, sont dans une situation intermédiaire qu'il convient de surveiller pour éviter que leur santé mentale soit menacée. Plus récemment, la psychologue Hélene Jalin va plus loin dans cette dépathologisation de cette souffrance : .

Quoi qu’il en soit, de nombreux psychiatres et psychologues s'emparent de la question. C'est le cas notamment aux États-Unis de la Climate Psychology Alliance (CPA) — à l'origine du courant de la climate psychology — ou de la Climate psychiatry Alliance. La psychiatre américaine Lise Van Susteren s'avance ainsi dès 2016. à qualifier l'éco-anxiété non pas comme une maladie mais comme l'expérience d'un .. En France, les psychiatres Antoine Pelissolo et Célie Massini ont étudié les conséquences directes et indirectes du changement climatique sur la santé mentale.... Il en est de même pour Pierre-Eric Sutter, au chevet des éco-anxieux depuis 2016, fondateur de l'Observatoire des vécus du collapse (OBVECO) en 2018 avec Loïc Steffan, de l'Observatoire de l'éco-anxiété (OBSECA) en 2022 et de la Maison des éco-anxieux (MEA) avec Sylvie Chamberlin la même année. Dans la droite ligne des travaux de Hogg et al. (2021), les auteursparlent de l'éco-anxiété comme d'une "détresse psychologique" (communément appelée "mal-être"), état intermédiaire entre d'une part la santé mentale positive (ou bien-être psychologique) et d'autre part les psychopathologies ou les maladies mentales. En ce sens, Pierre-Eric Sutter indique que "l'éco-anxiété n'est pas une maladie mais peut rendre malade si l'on laisse cette détresse psychologique perdurer et s'intensifier". Il ajoute que pour les cas d'éco-anxiété les plus intenses, il est urgent d'agir par un traitement psychothérapeutique adapté pour prévenir la bascule vers une psychopathologie tierce comme une dépression réactionnelle ou un trouble anxieux généralisé, voire un stress post-traumatique.

Causes Les causes de ce mal-être sont principalement liées à la conscience de la dégradation constante de l'état de la biosphère et du climat, et surtout à la conscience de l'insuffisance et de l'inefficacité de la somme des actions visant à résoudre les crises environnementales. Certains estiment que la surinformation des individus, par le biais d'Internet notamment — très utilisé par les jeunes (14-) — contribue au fait qu'ils sont les principales victimes de l'éco-anxiété. Toutefois, l'étude de l'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) de 2025 sur l'état de lieux de l'éco-anxiété en France bat à froid l'idée reçue que plus on est jeune plus on est éco-anxieux: toutes les classes d'âges sont concernées, de 15 à 50 ans, seule la classe des 50 à 64 ans est significativement moins éco-anxieuse que les autres.

Le vocabulaire des discours écologiques encourage l'éco-anxiété, comme les termes d'effondrement et d'extinction. On a longtemps considéré que la manière dont les scientifiques formulent la problématique est aussi une cause d'éco-anxiété.

La psychiatre Laelia Benoit considère que le constat du changement climatique confronte les gens aux quatre préoccupations existentielles fondamentales : la mort (par le constat des pertes écologiques et la mortalité), la liberté (par les choix que nous prenons qui conditionnent nos impacts environnementaux), l'isolement (lorsque nous oscillons entre conscience de responsabilité individuelle et (ir)responsabilité collective), et l'absence de sens (dans l’interrogation sur ce qui peut être notre raison d'être et nos motivations d’agir au quotidien face à l’énormité de la crise environnementale). Pour elle, il n’est pas étonnant qu’une réaction commune soit de ne pas aborder ces questions du fait de l’incapacité de pouvoir y faire face. Ainsi, deux autres réactions possibles face à ce constat alarmant sont-elles la résignation et la fuite (déni), qui ne sont pas plus adaptatives par rapport à la menace.

Pierre-Eric Sutter et Sylvie Chamberlincomplètent l'approche de Laelia Benoit avec d'autres préoccupations existentielles, détectées au chevet de patients éco-anxieux . Aux quatre thématiques évoquées supra par la psychiatre, ils ajoutent celle de l'anxiété ou de l'angoisse existentielle de l'anthropocène (difficulté à supporter l'hubris du consumérisme excessif, l'individualisme matérialiste et l'oubli du "plus grand que soi"; sentiment que la plupart des contemporains ont perdu toute forme de sagesse et l'interdépendance avec le vivant), celle de l'incomplétude (difficulté ou impossibilité de se réaliser dans l'action) et celle de l'authenticité (difficulté à aligner ce à quoi on aspire à être et ce que l'on parvient à faire).

Manifestations et signes cliniques Antoine Pelissolo, dans une perspective de prise en charge clinique, considère qu’il y a trois classes de symptômes à relever:

Inquiétudes récurrentes, difficiles à contrôler, concernant l’avenir, la vie des proches, les catastrophes, les pénuries (eau, nourriture), migration, etc. Troubles du sommeil, anxiété, crises d’angoisse, irritabilité, difficultés de concentration, symptômes psychosomatiques. Comportements de recherche d’informations répétée, sentiment de responsabilité personnelle, culpabilité, parfois colère ou frustration.

Les questionnaires d’évaluation tel le Climate Change Anxiety Scale (CAS ou CCAS) et l’HEAS-FRs’intéressent à deux classes d’effets qu’ils quantifient :

Des altérations émotionnelles et cognitives (ex. cauchemars, tristesse) ; Des altérations fonctionnelles (ex. difficultés à se concentrer, à s’amuser). La consistance et les qualités psychométriques de ces échelles structurées en deux classe a toutefois été critiquée. Les chercheurs Hogg et al. ont développé deux échelles de mesures distinctes, une focalisée sur l’anxiété climatique, l’autre sur l’éco-anxiété. Ils critiquent la séparation en deux classes et considèrent préférable de distinguer les dimensions qui se rapportent à l’affect (inquiétude, sentiments de nervosité), au comportement (difficultés à dormir ou à socialiser), à la rumination (incapacité à cesser de penser aux problèmes environnementaux) et à la préoccupation concernant sa propre contribution aux problèmes environnementaux. En 2024, leurs travaux tendent à montrer que ces dimensions de l’éco-anxiété se révèlent avoir des effets différentiés sur le bien-être et les comportements pro-environnementaux.

Pierre-Eric Sutter, Sylvie Chamberlin et Léonie Messmer, dans le rapport sur l'état des lieux de l'éco-anxiété en France qu'ils ont rédigé pour l'Ademe en 2025, montrent, à partir de leurs travaux d'étalonnage de l'échelle diagnostique de Hogg (HEAS-FR), que l'éco-anxiété devient pathogène dès lors qu'elle franchit certains seuils d'intensité, rendant compte de la fréquence et de l'intensité des symptômes exposés dans le référentiel nosographique ci-dessus.

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