Les Tamouls sont un groupe ethnolinguistique originaire du sud du sous-continent indien ou Asie du Sud, vivant majoritairement dans la partie méridionale de l'Inde, essentiellement dans l'État du Tamil Nadu (signifiant littéralement ), et minoritairement au Sri Lanka. Leur langue est le tamoul, dont l'histoire remonte à deux millénaires. On trouve des communautés d'origine tamoule dans plusieurs parties du globe. Les Tamouls sont principalement hindous, mais comptent d'importantes minorités chrétiennes et musulmanes.
En 1997, la population tamoule dans le monde s'élevait à un total de 86 millions de personnes, dont 61,5 millions en Inde, essentiellement au Tamil NaduPopulation d'origine tamoule, en Inde et dans le monde sur ehtnologue.com (consulté le 24 juin 2009). En 2009, elle est de l'ordre de 85 millions de personnesSree Chidambaram.I, Tamil Nadu (A report), GITAM Institute of Foreign Trade, sur scribd.com (consulté le 24 juin 2009). Le tamoul est reconnu comme une langue officielle au Sri Lanka, à Singapour et dans l’État du Tamil Nadu en Inde.
Historiquement, la langue tamoule a été la première langue d'Inde à pouvoir être considérée comme une langue classique. L'art et l'architecture du peuple tamoul comprennent quelques-unes des plus notables contributions de l'Asie du Sud en général à l'art mondial.
La musique tamoule, l'architecture des temples dravidiens et les sculptures stylisées appréciées des Tamouls sont toujours apprises et pratiquées. La langue tamoule classique peut se targuer aujourd'hui d'avoir la littérature la plus importante parmi les différentes langues dravidiennes.
L'écriture pallava, une variante d'écriture brahmi du sud utilisée par la dynastie tamoule des Pallava, a servi de base à plusieurs des systèmes d'écriture d'Asie du Sud-Est, parmi lesquels le birman, le khmer, le thaï, le laotien et le javanais. Les Tamouls sont considérés comme un peuple dravidien.
Origine du terme
On ne sait pas si le terme Tamilar et ses équivalents en prakrit, tels que Damela, Dameda, Dhamila et Damila étaient employés par les Tamils eux-mêmes pour se désigner, ou si le terme était utilisé par les étrangers. On a trouvé des traces épigraphiques d'un groupe ethnique de ce nom dans l'ancien Sri Lanka, où un certain nombre d'inscriptions, que l'on a pu dater du , et qui mentionnent des personnes appelées Damela ou Dameda ont été mises au jour. Dans l'inscription bien connue, dite Hathigumpha, du souverain indien kalinga connu sous le nom de Kharavela, on trouve la référence à une Tramira samghata (Confédération des chefs tamouls) datée de 150 Elle mentionne également que la Ligue des royaumes tamouls existait depuis 113 ans à ce moment-là. À Amaravati, dans l’Andhra Pradesh d'aujourd'hui, il existe une inscription qui fait allusion à un Dhamila vaniya (un commerçant tamoul), qui a pu être datée du . Une autre inscription datant sensiblement de la même époque, à Nagarjunakonda, semble parler d'un Damila. Une troisième inscription, dans les grottes de Kanheri se réfère à un Damila gharini (un chef de famille tamoul). Dans le conte populaire jātaka bouddhiste connue sous le nom de Akiti Jakata, il est fait mention du Damila rattha, le pays tamoul. Par conséquent, il est clair que, au moins dès le , l'identité ethnique des Tamouls les constituait déjà comme un groupe distinctK. Indrapala, The Evolution of an ethnic identity: The Tamils of Sri Lanka, p. 155-156.
Le terme Tamilar est étymologiquement lié au tamoul, le langage parlé par les Tamouls. Southworth suggère que le mot viendrait de tam-miz, tam-iz, « sa propre parole ». Zvelebil suggère une étymologie de tam-iz, selon laquelle tam signifierait « soi-même » et -iz aurait la connotation « d'un son qui se déroule ». Il suggère une autre piste, dérivée de tamiz < tam-iz < *tav-iz < *tak-iz, ayant pour signification originelle « la manière correcte (de parler) ».
Histoire
En Inde
Période antique Des urnes funéraires datant d'environ 1500 ans av. J.–C. ont été découvertes dans divers lieux du Tamil Nadu, en particulier à Adichanallur, dans le district de TirunelveliComparative excavations carried out in Adichanallur in Thirunelveli district and in Northern India have provided evidence of a southward migration of the Megalithic culture - K.A.N. Sastri, A History of South India, p. 49–51. Ce sont peut-être des témoignages indiquant la présence précoce du peuple tamoul dans ce qui est aujourd'hui le Tamil Nadu.
Diverses légendes se sont répandues après le dixième siècle ap. J.-C. concernant l'ancienneté du peuple Tamoul. Selon l’Iraiyanar Agapporul, une annotation du sur la littérature sangam, le pays tamoul s'étendait vers le sud au-delà des frontières naturelles de la péninsule indienne. Toute cette terre, disait-on, avait été ultérieurement submergée par un déluge. Les légendes sangam renforçaient l'antiquité présumée du peuple tamoul en affirmant qu'il y avait eu des dizaines de milliers d'années d'activité littéraire continue, au cours de trois sangamNilakanta Sastri, A history of South India, .
Période classique thumb|Poterie grise ornée de gravures, Arikamedu, .
À compter du environ, trois dynasties royales — les Chola, les Chera et les Pândya — émergèrent, pour régner sur l'ancien pays tamoul. Chacune de ces dynasties s'était taillé son propre royaume dans les régions de langue tamoule. La littérature classique sangam, ainsi que des inscriptions, décrivent également un certain nombre de velir, c'est-à-dire des roitelets, des souverains mineurs qui gouvernaient ensemble de larges zones de la partie centrale du Tamil Nadu.
Les guerres entre les rois et les petits souverains locaux étaient fréquentes, de même que les conflits avec l'ancien Sri LankaC. R. de Silva, Sri Lanka — A History, G. C. Mendis, Ceylon Today and Yesterday, .
Il semble que ces guerres aient été menées plus pour affirmer une hégémonie ou exiger un tribut que pour annexer des territoires. Les rois et roitelets protégeaient les arts, et il existe une quantité importante de documents littéraires datant de cette époqueK. Sivathamby (December 1974). Early South Indian Society and Economy: The Tinai Concept. Social Scientist 3 (5): 20–37. doi:10.2307/3516448. Consulté le 3 mai 2007. Ceux qui gouvernent de petits territoires étaient appelés Kurunilamannar. La zone gouvernée par un roitelet de ce genre correspond généralement à une unité géographique. Un certain nombre de ces roitelets sont mentionnés dans le Purananuru.. Cette littérature montre que de nombreuses pratiques culturelles considérées aujourd'hui comme typiquement tamoules remontent à la période classique.
L'agriculture était importante à cette époque : il y a des traces montrant que des réseaux d'irrigation ont été construits dès le .. Le commerce intérieur, aussi bien que le commerce extérieur, étaient florissants, et l'on a trouvé des témoignages de l'existence de contacts avec la Rome antique. D'importantes quantités de pièces de monnaie romaines, et des marques de la présence de commerçants romains ont été découvertes à Karur et Arikamedu. Il existe également des indices montrant qu'au moins deux ambassades furent envoyées à Rome par les rois pandyas pour y rencontrer l'empereur Auguste. Des tessons de poterie portant des caractères tamouls ont également été trouvés dans des excavations de la mer Rouge, suggérant la présence de marchands tamouls à cet endroit. Le compte-rendu, écrit en grec par un voyageur anonyme du (Periplus Maris Erytraei, le Périple de la mer Érythrée) décrit avec force détails les ports des royaumes Pandya et Chera à Damirica, ainsi que leurs activités commerciales. Il indique également que les principales exportations des anciens Tamouls étaient le poivre, la cannelle, les perles, l'ivoire, la soie, le nard, les diamants, les saphirs, et l'écaille de tortueCette description s'applique à la région côtière orientale de l'Inde du sud connue sous le nom de Damirica - ..
La période classique se termina aux alentours du avec les invasions menées par les Kalabhra, appelés Kalappirar dans la littérature et les inscriptions tamoules. Ces envahisseurs étaient décrits comme des rois mauvais et barbares, venus des régions situées au nord du pays tamoul'Kalabhraas étaient dénoncés comme de « mauvais rois » (kaliararar) - K.A.N. Sastri, A History of South India, p. 130. Cette période, communément appelée les Temps Obscurs (Dark Ages) du pays tamoul, s'acheva par l'ascension de la dynastie PallavaK.A.N. Sastri, A History of South India. Selon Clarence Malloney, les Tamouls s'établirent également aux Maldives pendant la période classique.
Période impériale et post-impériale
Bien que les chroniques des Pallava existent à partir du , les Pallava eux-mêmes ne parvinrent pas à la plénitude de leur développement en tant que dynastie impériale avant le . La dynastie ne semble pas avoir été d'origine tamoule, bien qu'elle ait rapidement adopté la culture locale ainsi que la langue. Les Pallava cherchaient à prendre exemple sur les grandes dynasties du nord, telles que celles des Mauryas et des Guptas. C'est pourquoi ils transformèrent la royauté en empire, en cherchant à rassembler de vastes territoires sous leur contrôle direct. Les Pallava avaient adopté la religion hindoue, bien que, pendant une brève période, l'un de leurs souverains ait embrassé le jaïnisme, avant de se convertir plus tard à l'hindouismeSource- K.A.Nilakanta Sastri's "History of South India". Le mouvement Bakhti de l'hindouisme fut fondé à cette époque par de saints hommes d'origine tamoule, et se répandit à la faveur de l'influence croissante du jaïnisme et du bouddhisme. Les Pallavas initièrent la construction de vastes temples de pierre très ornés, qui formèrent la base de l'architecture des temples dravidiens.
Les Pallava furent renversés au par la montée en puissance des Chola. Ces Chola allaient dominer la région au et établir un empire couvrant l'essentiel de l'Inde du sud et du Sri Lanka Cet empire entretenait de forts liens commerciaux avec la Chine et l'Asie du Sud-Est. La marine chola conquit le royaume de Sri Vijaya à Sumatra et alla jusqu'en Thaïlande et en Birmanie. La puissance chola déclina au et au , et la dynastie Pandya connut ensuite une brève période de prospérité pendant le règne de Sundara Pandya. Cependant, des invasions musulmanes répétées éprouvèrent lourdement les ressources de l'empire à partir du , sonnant la fin de la dynastie au K.A.N. Sastri, Srinivasachari, Advanced History of India, .
Les régions tamoules de l'ouest devinrent de plus en plus distinctes politiquement du reste des terres tamoules après que les empires Chola et Pandya en eurent perdu le contrôle au à pages = 41-43.. Leur langue et leur littérature évolua de façon distincte également, se séparant de plus en plus du tamoul pour devenir le malayalam au « Le malayalam est apparu pour la première fois sous forme écrite dans l'inscription vajappali qui date de l'an 830 environ » ("Malayalam first appeared in writing in the vazhappalli inscription which dates from about 830 CE"). .
Il n'y eut plus de grands empires ensuite, et des parties du Tamil Nadu furent pour un temps gouvernées par des chefs locaux, comme les Nayaks du Maharashtra d'aujourd'hui (voir Serfoji II) et de certaines régions de l'Andhra Pradesh. À partir du , les puissances européennes commencèrent à établir des colonies et des avant-postes dans la région. Des batailles eurent lieu au entre les Britanniques, les Français et les Néerlandais, et, à la fin du , la majeure partie du Tamil Nadu était contrôlée par la Grande-Bretagne.
Au Sri Lanka