thumb|7 avions Ansaldo SVA ont pris des photographies aériennes stratégiques et lancé des tracts à une altitude de . On voit en haut à droite la Cathédrale Saint-Étienne de Vienne
Le vol au-dessus de Vienne du , également connu sous le nom de « vol fou », est un vol effectué par la d'avions Ansaldo SVA, baptisée « La Sérénissime », commandée par le célèbre poète italien Gabriele D'Annunzio, au cours duquel des milliers de tracts tricolores, aux couleurs de l'Italie, contenant une exhortation provocatrice à la capitulation et à la fin de la guerre, ont été lancés dans le ciel au-dessus de la ville de Vienne en Autriche.
Contexte thumb|250px|Le Lion de Saint-Marc, symbole de la composée d'avions Ansaldo SVA.5
Le vol avait été préparé par Gabriele D'Annunzio lui-même plus d'un an auparavant, mais des difficultés techniques et politiques, liées principalement au problème de l'autonomie de l'avion pour un vol de et au risque que le poète se retrouve aux mains de l'ennemi, avec des conséquences incommensurables en termes de propagande, avaient incité le commandement militaire suprême italien à d'abord refuser catégoriquement le projet puis, à prudemment ordonner des vols d'essai. Le , D'Annunzio effectue un vol de dix heures et de à bord d'un bombardier Caproni Ca.3 piloté par les lieutenants Pagliano et Gori sans rencontrer de problème particulier mais, juste avant son départ pour Vienne, l'autorisation lui est refusée. En réalité, D'Annunzio avait déjà envisagé le problème de l'autonomie de vol, en le soumettant aux techniciens du constructeur d'avions , l'usine turinoise associée à Ansaldo qui construisait aussi les avions S.V.A.. Le problème avait été brillamment résolu par une série de petites modifications aérodynamiques et structurelles, réalisées par , un jeune contremaître de Pomilio, destiné à devenir un protagoniste de l'histoire de l'automobile. avec l'entreprise qui porte son nom Carrozzeria Zagao.
thumb|250px|La "seggiola incendiaria" ("fauteuil incendiaire") : un réservoir supplémentaire intégré avec une chaise pour accueillir Gabriele D'Annunzio et lui permettre de réaliser l'exploit au-dessus de Vienne.
Comme D'Annunzio n'a pas de licence de pilote, il a fallu préparer une version biplace de l'Ansaldo SVA.9 ; mais l'avion modifié est détruit dans un banal accident quelques jours avant le vol. Le poète ne se décourage pas et réussit à faire modifier un deuxième appareil dans les ateliers Ansaldo-Pomilio (SVA est l'acronyme de et , le nom des 2 concepteurs et Ansaldo, celui du constructeur), préparé en un temps record par , en modifiant le réservoir de carburant en forme de siège (rebaptisé "seggiola incendiaria" - siège incendiaire). Le SVA modifié, piloté par le capitaine Natale Palli, a ainsi pu prendre part au "vol fou". Ainsi, l'autorisation nécessaire à l'exploit a pris la forme d'un message bizarre qui aurait été puisé dans le d'Annunzioanisme (la mode de l'époque)Guglielmo Gatti, Vita di Gabriele d'Annunzio (Vie de Gabriele d'Annunzio), éditions Sanconi, 1956, p. 325. :
thumb|250px|L'avion Ansaldo SVA de D'Annunzio conservé au Vittoriale.
« Il volo avrà carattere strettamente politico e dimostrativo; è quindi vietato di recare qualsiasi offesa alla città [...] Con questo raid l'ala d'Italia affermerà la sua potenza incontrastata sul cielo della capitale nemica. Sarà vostro Duce il Poeta, animatore di tutte le fortune della Patria, simbolo della potenza eternamente rinnovatrice della nostra razza. Questo annunzio sarà il fausto presagio della Vittoria »
Traduction : « Ce vol aura un caractère strictement politique et démonstratif ; il est donc interdit de provoquer une quelconque offense à la ville [...] Par ce raid, l'aile de l'Italie affirmera son pouvoir incontesté sur le ciel de la capitale ennemie. Votre Duce sera le Poète, animateur de toutes les fortunes de la Patrie, symbole de la puissance éternellement rénovatrice de notre race. Cette annonce sera de bon augure pour la victoire. »
Une première tentative a lieu le mais, en raison du brouillard rencontré dans les Alpes et la plaine du Pô, les 13 avions de la formation doivent abandonner la tentative. Sept avions réussissent à rentrer, tandis que les autres sont contraints d'atterrir en catastrophe dans les champs. Trois d'entre eux sont déclarés inutilisables. Une deuxième tentative est lancée le , mais le vent de face fait de nouveau échouer l'entreprise. Après ces deux échecs, le projet de D'Annunzio risquait fort d'être reporté à un avenir indéfini et de toute façon très lointain. D'Annunzio réussit toutefois à faire en sorte qu'un nouveau vol ait lieu le lendemain, également pour profiter pleinement de " l'effet de surprise ", déjà partiellement compromis après que le lieutenant Censi a dû déverser une énorme quantité de tracts en territoire autrichien pour alléger son avion..
Le vol fou au-dessus de Vienne Comme il avait reçu l'ordre de ne pas continuer si la formation était réduite à moins de 5 avions en vol, à l'aube du , D'Annunzio convoque ses pilotes les plus fiables : le capitaine Natale Palli, les lieutenants Antonio Locatelli, , Aldo Finzi, Piero Massoni, Giuseppe Sarti, , et le sous-lieutenant en leur faisant prêter un serment solennel : « Se non arriverò su Vienna, io non tornerò indietro. Se non arriverete su Vienna, voi non tornerete indietro. Questo è il mio comando. Questo è il vostro giuramento. I motori sono in moto. Bisogna andare. Ma io vi assicuro che arriveremo. Anche attraverso l'inferno. Alalà! »
Traduction : « Si je ne n'arrive pas à Vienne, je ne reviendrai pas. Si vous ne vous rendez pas à Vienne, vous ne reviendrez pas. C'est mon ordre. C'est votre serment. Les moteurs sont en marche. Nous devons partir. Mais je vous assure que nous y arriverons. Même en enfer. Hourra ! »
À 5h50, les 8 appareils (7 Ansaldo SVA.5 monoplaces et un SVA.9 biplace modifié, piloté par le capitaine Palli, dans lequel se trouvait D'Annunzio, décollent de l'aérodrome de San Pelagio.(sur la commune de Due Carrare, dans la Province de Padoue).
Le lieutenant Giuseppe Sarti, est contraint d'atterrir en raison d'un problème de moteur. Il se pose sur le terrain de Wiener Neustadt et met le feu à son appareil avant d'être fait prisonnier par des officiers autrichiens.
thumb|250px|D'Annunzio et Palli dans le Ansaldo SVA.10 modifié (Photographie d'Attilio Prevost, )
Les 7 avions survivants poursuivent leur vol vers la capitale autrichienne, organisés en formation en coin avec les pilotes suivants: le capitaine Natale Palli et le commandant Gabriele D'Annunzio, les lieutenants , Aldo Finzi, , Antonio Locatelli, Pietro Massoni et le sous-lieutenant , connu sous le nom de "Fra Ginepro" en raison de sa barbe épaisse. Après avoir survolé la vallée de la Drave, les montagnes de Carinthie et enfin les villes de Reichenfels, Kapfenberg et Neuberg, sans aucune embuscade de la part de l'aviation autrichienne (seuls deux chasseurs autrichiens qui avaient repéré la formation se sont précipités pour atterrir pour avertir le commandement, mais ils n'ont pas été crus), et en surmontant des formations orageuses, la formation italienne atteint Vienne en groupe compact à 9h20, tandis que dans les rues et sur les places en contrebas, une grande foule se rassemblait, craignant la présence des avions. Grâce à la clarté du ciel, la formation a pu descendre à moins de d'altitude et lancer d'un tract rédigé en italien, préparé par D'Annunzio, qui disaitAnnamaria Andreoli: D'Annunzio e Trieste: nel centenario del primo volo aereo (D'Annunzio et Trieste : à l'occasion du centenaire du premier vol en avion), , 2003, éditions De Luca. :
Ferdinando Martini avait jugé que le texte de D'Annunzio manquait d'efficacité et était impossible à rendre correctement en allemand. « Quando D'Annunzio fece le sue prime prove come soldato, la gente, poco fidando nel suo valore o nella sua bellica abilità, disse: "Scriva e non faccia". Ora io dico di lui, dopo altre molte prove: "Faccia e non scriva" » (Ferdinando MartiniAnnamaria Andreoli: Il vivere inimitabile: vita di Gabriele D'Annunzio p=556, année 2000 aux éditions Mondadori )
Traduction : Lorsque D'Annunzio a fait ses premiers essais comme soldat, les gens, n'ayant pas confiance en sa vaillance ou en ses capacités guerrières, lui ont dit : "Écrivez et ne faites pas". Maintenant, je dis de lui, après bien d'autres essais : "Faites et n'écrivez pas". (Ferdinando Martini).
C'est pourquoi exemplaires d'un , plus concis et direct, rédigé par Ugo Ojetti, éminent journaliste du quotidien Corriere della Sera, traduit en allemand, ont également été lancés : 300px|center|Texte du tract de propagande rédigé par Ugo Ojetti et lancé par le poète italien Gabriele d'Annunzio depuis son avion lors du survol de Vienne VIENNESI ! Imparate a conoscere gl'italiani. Noi voliamo su Vienna, potremmo lanciare bombe a tonnellate. Non vi lanciamo che un saluto a tre colori: i tre colori della libertà. Noi italiani non facciamo la guerra ai bambini, ai vecchi, alle donne. Noi facciamo la guerra al vostro governo nemico delle libertà nazionali, al vostro cieco testardo crudele governo che non sa darvi né pace né pane, e vi nutre d'odio e d'illusioni.
VIENNESI ! Voi avete fama di essere intelligenti. Ma perché vi siete messi l'uniforme prussiana? Ormai, lo vedete, tutto il mondo s'è volto contro di voi. Volete continuare la guerra? Continuatela, è il vostro suicidio. Che sperate? La vittoria decisiva promessavi dai generali prussiani? La loro vittoria decisiva è come il pane dell'Ucraina: si muore aspettandola. POPOLO DI VIENNA, pensa ai tuoi casi. Svegliati ! VIVA LA LIBERTÀ ! VIVA L'ITALIA ! VIVA L'INTESA ! Version en allemand : WIENER ! Lernt die Italiener kennen. Wenn wir wollten, wir könnten ganze Tonnen von Bomben auf eure Stadt hinabwerfen, aber wir senden euch nur einen Gruss der Trikolore, der Trikolore der Freiheit. Wir Italiener führen den Krieg nicht mit den Bürgern, Kindern, Greisen und Frauen. Wir führen den Krieg mit eurer Regierung, dem Feinde der nationalen Freiheit, mit euren blinden, starrköpfigen und grausamen Regierung, die euch weder Brot noch Frieden zu geben vermag und euch nur mit Hass und trügerischen Hoffnungen füttert.
WIENER ! Man sagt von euch, dass ihr intelligent seid, jedoch seitdem ihr die preussische Uniform angezogen habt ihr seid auf das Niveau eines Berliner-Grobians herabgesunken, und die ganze Welt hat sich gegen euch gewandt. Wollt ihr den Krieg fortführen? Tut es, wenn ihr Selbstmord begehen wollt. Was höfft ihr? Den Entscheidungssieg, den euch die preussische Generale versprochen haben? Ihr Entscheidungssieg ist wie das Brot aus der Ukraina: Man erwartet es und stirbt bevor es ankommt. Bürger Wiens! Bedenkt was euch erwartet und erwacht ! HOCH LEBE DIE FREIHEIT ! HOCH LEBE ITALIEN ! HOCH LEBE DIE ENTENTE !
Traduction en français : VIENNOIS ! Apprenez à connaître les Italiens. On survole Vienne, on pourrait larguer des bombes à la tonne. Nous ne pouvons que vous adresser un salut tricolore : les trois couleurs de la liberté. Nous, les Italiens, ne faisons pas la guerre aux enfants, aux vieillards, aux femmes. Nous faisons la guerre à votre gouvernement, l'ennemi des libertés nationales, votre gouvernement aveugle, têtu, cruel, qui ne sait vous donner ni la paix ni le pain, et vous nourrit de haine et d'illusions.
VIENNOIS ! Vous avez une réputation d'intelligence. Mais pourquoi avez-vous mis l'uniforme prussien ? Vous voyez, le monde entier s'est retourné contre vous. Voulez-vous continuer la guerre ? Vas-y, c'est ton suicide. Qu'est-ce que vous espérez ? La victoire décisive que vous ont promise les généraux prussiens ? Leur victoire décisive est comme le pain de l'Ukraine : on meurt en l'attendant. PEUPLES DE VIENNE, pensez à vos affaires. Réveillez-vous ! VIVE LA LIBERTÉ ! VIVE L'ITALIE ! VIVE L'ENTENTE !
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