Guillaume-Joseph Saige, né à Bordeaux le , mort dans la même ville le , est un avocat bordelais, auteur, en 1775, du « Catéchisme du citoyen… », publié anonymement, ainsi que de divers essais politiques relatifs au contrat social et aux fondements du droit constitutionnel.
Biographie Issu d'un illustre famille de commerçants et d'armateurs bordelais, fils de François-Armand Saige (1713-1762) François-Armand Saige roglo.euMort à l'ile Bourbon en 1762 (Note pour servir à L'histoire de la famille Saige 1874, 39 p.) et d'Élisabeth Mitchell (née en Irlande, sœur du fondateur de la verrerie de Bordeaux), il est cousin de François-Armand Saige et de Joseph Saige, avocat à Bazas et député du bailliage de Bazas à l'Assemblée nationale constituante. Le père de Guillaume-Joseph vit à l'ile Bourbon où il est membre du Conseil supérieur de l'île. Il y meurt en 1762À cette date, Élisabeth Mitchell, vit à Paris, rue de Richelieu, et possède un esclave, arrivé à Paris en 1761 depuis Bourbon. Alors qu'il veut se marier, elle s'oppose à sa demande judiciaire d'affranchissement. Elle se plaint de ce que François a été induit en erreur « par les conseils de certaines personnes qui l’ont persuadé qu’il n’y avait pas d’esclaves en France et que, par conséquent, il était libre de ses actes ». Elle demande contre lui une lettre de cachet et tente de le faire renvoyer à Bourbon (cf. Slaves in Paris: A Digital Mapping Project)..
Admis au barreau en 1768, à 23 ans, Guillaume-Joseph devient l'un des trois cents avocats de Bordeaux. qui exercent dans les années qui précèdent la Révolution. Moins fortuné que son cousin François-Armand, il demeure dans le quartier populaire de Saint-Seurin, rue de la Grande Taupe.
Le musée de Bordeaux En 1784, il fonde, avec d'autres avocatsArmand Gensonné et Pierre Victurnien Vergniaud, selon Pierre Bernadau, (extrait des tablettes, année 1791) et l'abbé Dupont des Jumeaux, le premier « musée » de Bordeaux., dont il devient le secrétaire. Concurrent de l'Académie de Bordeaux, ancêtre de la Société Philomathique, société savante composée de 150 membresListe de « Messieurs les associés du Musée » in : Recueil des ouvrages du musée de Bordeaux dédié à la Reine, p. 395, en ligne., le Musée a le soutien de l'intendant Nicolas Dupré de Saint-Maur. Ses membres versent une cotisation (48 livres) qui finance ses activités. Si la société est réservée aux hommes, ils peuvent inviter des femmes.. Sont organisés des expositions et des cours de formation.. Saige rédige notamment le « Discours préliminaire »Élie Fréron, qui chronique l'ouvrage dans le , daté du , de L'Année littéraire, p. 104, juge « fort bien écrit » le Discours préliminaire. du « Recueil des ouvrages du Musée de Bordeaux, dédié à la Reine », publié en 1787.. L'institution disparaît avec la dissolution de toutes les académies, par décret du ..
Saige se marie le , à 47 ans, avec Catherine de Miramont.
Il se consacre essentiellement à des activités de publiciste dans la période qui précède la Révolution française.
Publications Autodafé vignette|alt=Première édition de 1775 (BNF).|Première édition de 1775 (BnF). La première édition du Catéchisme du citoyen., son ouvrage le plus connu, mais publié sous anonymat, est condamnée à la destruction par le feu par arrêt du . du Parlement de Bordeaux, puis par un arrêt du . du Parlement de Paris qui qualifie le texte de « séditieux, attentatoire à la souveraineté du Roi et contraire aux lois fondamentales du Royaume ».
Le livre est republié en 1787 à Genève, puis en 1788, au moins à quatre reprises, connaissant une large diffusion au moment de la réunion des États Généraux.. Son contenu est augmenté de « Fragmens politiques » réunissant plusieurs textes d'actualité et portant la pagination de 113 à 300.
En , Calonne cite le Catéchisme du Citoyen au premier rang parmi les « écrits incendiaires ». Cet ouvrage fait partie de la mutitude de pamphlets diffusés anonymement et clandestinement jusqu'à la veille de Révolution française.
Le Manuel de l'homme libre (1787), le Code national et L'ami des trois ordres (1787), se réclament aussi, en page de garde, de l'auteur, toujours anonyme, du Catéchisme du citoyen.
Pour combattre ces thèses et défendre le pouvoir royal, un pamphlet anonyme, publié en riposte en 1789 sous le titre Nouveau catéchisme du citoyen déclare « Le gouvernement monarchique est le meilleur de tous »..
En 1803, Saige publie une utopie champêtre d'une centaine de pages, à la manière de celle de Thomas More, intitulée Voyage à la Nouvelle Philadelphie dans un recueil de textes intitulé Opuscules d'un solitaire.
Attribution Si Guillaume-Joseph Saige publie sous anonymat, le dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes lui restitue la paternité de ses publications...
Saige est aussi l'auteur d'une autre série de publications anonymes intitulées « Le moniteur 1788 ». Longtemps attribuée à d'illustres plumes (Brissot, Clavière), la brochure a été aussi attribuée à Condorcet par l'historien Philippe Sagnac en 1911.. Publié en quatre livraisons d'un accès difficile, ces textes sont en réalité l’œuvre de Guillaume-Joseph Saige selon le professeur Clarke W. Garrett. Bernadau, chroniqueur bordelais de son temps, avait déjà confirmé explicitement cette attribution par un commentaire manuscrit accompagnant la publication du premier numéro, en première. et dernière page, indiquant, en outre, l'existence de quatre livraisons. Il confirmait cette attribution en première page du deuxième numéro..
Le , Guillaume-Joseph Saige rédige le discours, lu à Bordeaux dans l'église des Jacobins, par le journaliste H.E. Gaufreteau de la Gorce (1744-1820) sur le rétablissement des états de la province.
Le « Code National ou Manuel françois à l'usage des trois ordres, et principalement des députés aux prochains États généraux, par l'auteur du catéchisme du citoyen », publié en 1789, pourrait, cependant, ne pas être de Guillaume-Joseph Saige. Une première édition intitulée « Code National dédié aux États Généraux » puliée à Genève en 1788 est en effet attribuée à Charles-Pierre Bosquillon par le Dictionnaire des ouvrages anonymes de Barbier. Or, l'édition suivante de 1789 est identique à la première, hormis son titre modifié, qui fait référence à l'auteur de Catéchisme du citoyen. L'historien Clarke William Garrett refuse l'attribution de cet ouvrage à Guillaume-Joseph Saige. Le contenu et la style de l'ouvrage sont en effet éloignés du propos de Saige.
Le Plan de constitution municipale, rédigé à la fin de l'année 1789, où l'auteur se dit natif de Bordeaux, doit être attribué à Guillaume-Joseph Saige et constitue son dernier écrit politique.
Idées Saige s'inscrit dans le courant de contestation de la réforme judiciaire du chancelier Maupéou, au sein du parti « patriote » dont il est un des plus vifs pamphlétaires, sans toutefois soutenir les parlementaires exilés ni les partisans du parlementarisme à l'anglaise. Son affirmation de la souveraineté nationale annonce les débats de la Constituante en 1789..
Décrit par Camille Jullian comme « le plus hardi des commentateurs bordelais de Rousseau », Guillaume-Joseph Saige s'inspire largement, mais pas exclusivement., des idées du philosophe genevois et se réfère, comme beaucoup d'autres publicistes de son temps, à la théorie du contrat social évoquée en Angleterre par Locke et Sidney, p. 45..
Saige écrit, dans le Catéchisme du citoyen : .
Avant la brochure de l'abbé Sieyès, il privilégie le rôle du tiers état, reléguant les autres ordres au statut d' « associations particulières ».. Il estime que « quand une force oppressive a sapé tous les fondements de la constitution […] alors cesse toute autorité publique, et chacun devient son propre juge, légitime interprète et ministre des lois naturelles », adoptant ainsi, au nom du droit naturel, la théorie de la résistance à l'oppression.
Postérité Saige est recensé comme « avocat au Parlement » en par François de Lamontaigne dans son Dictionnaire biographique des écrivains bordelais.
Pierre Bernadau évoque ainsi l'avocat Saige : « publiciste... a laissé des ouvrages de morale et de droit public brillamment écrits, mais remplis d'utopies et d'idées exagérées ».. Il le voit comme « un homme austère », « plein d'idées chimériques qui l'ont conduit à une misanthropie fatale pour sa propre paix et son bonheur ».
Le « Dictionnaire des ouvrages anonymes » de 1823 décrit ainsi son Manuel de l'homme libre : « Dans cet ouvrage, l'auteur conseille le partage général des terres entre les hommes actifs et les fainéans »..
Lors du discours de rentrée de la conférence des avocats de Bordeaux, en 1902, l'avocat Paul Péquignot décrit le « républicain Saige » comme « plus violent dans ses livres qu'éloquent dans ses paroles »..
À la fin du , la Statistique générale... d'Édouard Feret. l'évoque comme « un esprit hardi et paradoxal » préconisant, dans son Manuel de l'homme libre, « une sorte de loi agraire ordonnant un partage général des terres ».
Les historiens Peter R. Campbell et Arnault Skornicki considèrent le Catéchisme du citoyen de Saige, au sein de la littérature prérévolutionnaire, comme « bien plus cohérent que la plupart des pamphlets ». Pour l'historien Robert Darnton, « c'est avec ce texte que le rousseauisme radical fait son introduction dans le débat politique ».
Œuvres vignette|alt=Exemplaire du Moniteur 1788 (n° 1) annoté par Pierre Bernadau.|Exemplaire du Moniteur 1788 (n° 1) annoté par Pierre Bernadau. . . et lire en ligne sur Google livres. Un fac-similé de cette édition a été publié en par l'EDHIS (éditions d'histoire sociale). . . . L'ouvrage est traduit en anglais, en 1799, sous le titre : « The manual of a free man, or Reasonable exposition of the fundamental points of universal political right » par Philippo Mazzei et publié à Richmond, en Virginie. .
. Le Moniteur de 1788 est conservé à la Bibliothèque nationaleB. N. Lb 39 626. La publication comporte quatre numéros (1 & 2 et les quatre n° en micropfilm à BNF Tolbiac ; 1 & 2 à l'Arsenal). Les n° 1 et n° 2 sont en ligne sur la bibliothèque numérique de Bordeaux : Séléné. Le n° 4 est conservé à la bibliothèque Mériadeck de Bordeaux dans le « Recueil sur les États généraux »6 H9629 (46-56) (50 p.). Clarke W. Garret doute de l'attribution de l'ouvrage à Saige (cf. The Moniteur of 1788, note 14) sans plus en justifier et ce malgré la mention « par l'auteur du catéchisme du citoyen » figurant sous le titre de l'ouvrage. Les thèses exposées dans le livre sont identiques à celles développées dans les autres ouvrages de Saige..
Bibliographie Articles . . L'auteur n'a pas réalisé son souhait : « I hope shortly to offer a fuller account of the life and writings of this forgotten publicist [ = Guillaume Joseph Saige] ».
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Ouvrages .
. L'auteur, spécialiste de la réception de l'oeuvre de J. J. Rousseau, analyse des différents ouvrages de Saige et son abondon progressif de la doctrine rousseauiste. Mais il se trompe sur le prénom de Saige, justement identifié comme avocat bordelais, mais qu'il confond avec son cousin, l'avocat de Bazas Robert Saige. .
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Notes et références
Articles connexes Avocat René-Nicolas de Maupeou Gabriel Bonnot de Mably
Liens externes
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