thumb|350px|L'expansion territoriale de la Grèce (1832-1947).
Cet article traite de l’histoire de la Grèce contemporaine, depuis le .
L'accession à l'Indépendance
thumb|left|La Bataille de Navarin Le congrès de Vienne avait instauré un statu quo géopolitique en Europe. Cependant, il n'avait pas tenu compte des aspirations nationales. Diverses nationalités, incluses dans des États multiethniques et conscientes de leur différence avec la nationalité dominante, cherchaient à obtenir leur indépendance. Ce fut le cas des Grecs, inclus dans l’Empire ottoman depuis le début du .
Au moment où une première vague de protestation traversait l'Europe, au tournant des années 1820, la Grèce se souleva contre les Turcs. Le (fête nationale grecque de nos jours) 1821, l'archevêque de Patras, Germanos leva l'étendard de la liberté. Ce fut le début de la guerre d'indépendance grecque.
Après une série de premières victoires, une première Assemblée nationale se réunit à Épidaure et proclama l'indépendance le . Cette Assemblée vote une Constitution démocratique qui crée le premier gouvernement général de la Grèce, mais sans supprimer les gouvernements locaux. Elle justifie la révolution, qu’elle qualifie de « révolution nationale ». La contre-attaque ottomane fut sans pitié : massacre de Chios et destruction de Psara. Surtout, le sultan fit appel à son vassal égyptien, Mehmet Ali qui dépêcha son fils Ibrahim Pacha. Ce dernier reprit aux Grecs insurgés la quasi-totalité du pays.
En 1827, la Grèce indépendante se réduisait à Hydra et Nauplie. Cependant, les Russes, non sans arrière-pensées politiques et géostratégiques, ne voulaient pas abandonner leurs frères orthodoxes grecs. Dans les pays occidentaux, le sort des Grecs, exposé par les écrits de François Pouqueville dès 1805, avait ému les philhellènes, tels que lord Byron ou Chateaubriand. La France, le Royaume-Uni et la Russie intervinrent en faveur des Grecs, ce qui donna lieu à la bataille navale de Navarin (). Elle est le prélude d’une guerre russo-turque qui éclate quelques mois plus tard. La Turquie est vaincue et obligée par le traité d’Andrinople () de reconnaître l’autonomie de la Grèce. Il y a une conférence de Londres (1830), qui décide d’un État grec indépendant. La Grèce fut déclarée indépendante. L'Empire ottoman ne reconnut cet état de fait qu'en 1832, alors que les frontières du nouvel État ne sont pas encore tracées.
La monarchie grecque
thumb|La Grèce en 1834 Les puissances qui avaient apporté leur aide à la Grèce dans la lutte pour son indépendance (la France, le Royaume-Uni et la Russie) tenaient à retirer des bénéfices de leur intervention. La vie politique et économique du pays passa très vite sous le contrôle des États qui s'autoproclamèrent « Puissances protectrices ».
Une de leurs premières décisions fut de refuser aux Grecs le libre choix de leur régime et de leur chef d'État. Alors que la Troisième Assemblée nationale réunie à Trézène avait opté pour une République, dirigée par Ioánnis Kapodístrias, les Puissances protectrices imposèrent la monarchie et le second fils du roi Louis de Bavière, Othon, comme souverain.
Celui-ci arriva en Grèce à bord d'un navire de guerre britannique. Il était accompagné de soldats bavarois, d'un Conseil de Régence (il était mineur) bavarois et d'architectes bavarois qui entreprirent de redessiner Athènes, choisie comme nouvelle capitale. Commença alors la période de la xénocratie. Le chef du gouvernement, Ludwig von Armansperg, un Bavarois, est plus particulièrement détesté.
Othon gouverna d'abord de façon autoritaire, instaurant une monarchie absolue de droit divin, et refusant d'accorder la constitution promise. Le pays fut malgré tout modernisé : réorganisation (voire organisation tout court) de l'administration, de la justice, d'une armée régulière, de l'Église et de l'enseignement (création de la première université de Grèce (1837)). Cette politique était facilitée par les prêts nombreux et importants que les Puissances protectrices accordaient à la Grèce. Ces prêts, ainsi que l'intervention directe des Ambassades dans la vie politique (création de partis politiques dits parti français, parti anglais ou parti russe), faisaient que la Grèce était surtout gouvernée depuis Londres, Paris ou Saint-Pétersbourg. Mais, si les Puissances protectrices avaient su se mettre d'accord pour aider à l'indépendance de la Grèce, elles divergeaient quant à la direction à lui faire prendre ensuite. Surtout, la Russie cherchait à utiliser la Grèce dans sa tentative de démantèlement de l'Empire ottoman (visant à garantir à la Russie un accès aux mers chaudes), alors que le Royaume-Uni voulait maintenir l'intégrité de celui-ci (au moins jusqu'au moment où il serait prêt à le remplacer).
La Grèce s'engagea dans la guerre turco-égyptienne, aux côtés de Mehmet Ali, le Pacha d'Égypte, qui voulait se séparer définitivement d'Istanbul. Les dépenses militaires ruinèrent littéralement le pays. Les Puissances protectrices imposèrent des conditions plus qu'humiliantes au règlement de la dette extérieure.
De la première à la deuxième Constitution (1843-1862) thumb|La Grèce en 1843 Les défaites militaires dans la guerre turco-égyptienne, les conditions imposées par les puissances protectrices ainsi que le mécontentement des vétérans de la guerre d'indépendance écartés du pouvoir par la xénocratie amenèrent au coup d'État du 3 septembre 1843.
Cette insurrection, pacifique, se résuma pratiquement à la demande respectueuse adressée au souverain Othon d'avoir la magnanimité d'accorder une Constitution. Le général Dimitrios Kallergis, commandant de la garnison d'Athènes, accompagné d'une foule compacte se rendit au palais royal déposer la demande de la constitution promise par Othon lorsqu'il était monté sur son trône. Le roi céda.
Si la Grèce était dotée d'une constitution (dite de 1844), elle ne fonctionna cependant pas de façon parlementaire. Le roi, soutenu par Ioannis Kolettis, son Premier Ministre, gouverna la plupart du temps contre la majorité élue à la chambre.
De plus, le jeu des Puissances protectrices ne s'était pas arrêté. Leurs divisions allèrent même en s'accentuant (guerre de Crimée 1854-1855). Par ailleurs, le problème de la dette extérieure n'était toujours pas réglé et servait de prétexte aux interventions étrangères. En 1850, le Royaume-Uni entama un blocus maritime de la Grèce. Ce blocus fut accentué pendant la guerre de Crimée. De même, France et Royaume-Uni occupèrent le Pirée pendant ce conflit. L'occupation dura jusque 1859, c'est-à-dire jusqu'à la mise en place d'une commission de contrôle des finances du Royaume.
En , un étudiant, Aristidis Dosios, tenta d'assassiner la reine Amalia. Il fut condamné à mort, mais sa peine fut commuée en détention perpétuelle sur intervention de la souveraine. Si Dosios devint dans certains milieux un héros national, sa tentative d'assassinat fit renaître une certaine sympathie pour la reine et le couple royal.
L'année suivante, un coup d'État eut lieu à Athènes alors que les souverains étaient en visite royale dans le Péloponnèse. Othon et Amalia, sur les conseils des ambassadeurs des Puissances protectrices, durent fuir la Grèce à bord d'un navire de guerre britannique.
Un référendum, non officiel, eut lieu. Il demandait aux Grecs quel nouveau souverain ils désiraient se donner. Ils choisirent le second fils de la reine Victoria du Royaume-Uni, le prince Alfred, qui reçut voix sur suffrages exprimés. Guillaume de Schleswig-Holstein-Sonderburg-Glücksbourg, second fils du futur Christian IX de Danemark, ne recueillit quant à lui que 6 voix. Le prince Alfred fut cependant écarté par les Puissances protectrices : il faisait en effet partie de la famille régnante de l'une d'elles. Elles choisirent donc, après maintes tergiversations (le nom de Philippe de Belgique, comte de Flandre, second fils du roi Léopold a également été évoqué dans les chancelleriesDamien Bilteryst, Philippe Comte de Flandre, Frère de Léopold II, Bruxelles, 2014, ), le prince danois qui fut finalement élu par l'Assemblée nationale grecque sous le nom de Georges .
En compensation, le Royaume-Uni rétrocéda la République des Îles Ioniennes à la Grèce.
Modernisation à pas lents, poids de la fonction publique et dette thumb|150px|La Grèce en 1890
Le coup d'État de 1862 et l'élection de Georges s'accompagnèrent de la mise en place d'une nouvelle constitution en 1864. Elle étendait les libertés accordées en 1844, mais le roi conservait un immense pouvoir, en partie parce que la constitution restait très vague à ce sujet, principalement en politique étrangère. La vie politique sous Georges resta pratiquement la même que durant le règne d'Othon.
La situation économique et sociale particulière de la Grèce (agriculture dominante et industrialisation faible) fit que la fonction publique, grâce au développement de l'État, devint le principal employeur. Le nombre de fonctionnaires par habitant était alors le plus élevé d'Europe. Comme dans la plupart des pays du monde (France ou États-Unis par exemple) au , ces postes n'étaient pas accessibles par concours, mais par protection. Ils étaient souvent distribués par les élus (le Parlement grec avait aussi proportionnellement un très grand nombre de députés) en échange de voix et/ou de services politiques rendus. Les élections étaient alors très âprement disputées, puisqu'au-delà du pouvoir politique, se jouaient aussi des emplois. Un gouvernement stable ne pouvait non plus exister dans ces conditions : entre 1870 et 1875, on assista à 4 élections législatives et 9 changements de gouvernements (et donc d'administration). Au début du , la Grèce comptera près de pour Yves Morel, « 1829-2015. Pourquoi le désastre grec ? », La Nouvelle Revue d'histoire, n°82 de janvier-février 2016, p. 25-28.
La Grèce durant le ne connaît guère de développement industriel. L'agriculture dépend de grandes exploitations aux techniques archaïques dans lesquelles est employée une main d'œuvre misérable. Seule la finance, grâce aux prêts des puissances protectrices, et l'armement naval se développent sans profiter à la majorité de la population.
La Grèce reste sous la coupe de ses créanciers durant la seconde moitié du . En 1893, l'État est en faillite complète. Cette situation est la conséquence de la corruption de la classe politique qui détourne emprunts et fonds publics. Les créanciers imposeront néanmoins un contrôle rigoureux des finances publiques et obtinrent le remboursement de 40 % de la dette.
« Grande Idée », « Schisme national » et « Grande Catastrophe »
left|thumb|La situation à l'issue de la Première Guerre mondiale et par rapport à la « Grande Idée » : en pointillé jaune pâle les revendications, en jaune vif et orange les territoires acquis au traité de Sèvres, en orange celui conservé à celui de Lausanne. La « Grande Idée » (Megáli Idéa) est la volonté d'aboutir à un État grec qui aurait récupéré Constantinople, capitale byzantine et de l'orthodoxie, et aurait regroupé tous les orthodoxes hellénophones d'Anatolie (Micrasiates, Pontiques…) quitte à les échanger contre les musulmans turcophones ou autres de la future Grèce agrandie.
Le « Schisme national » désigne la rupture politique entre le roi Constantin , favorable aux empires centraux, et son Premier Ministre Elefthérios Venizélos, favorable aux Alliés de la Première Guerre mondiale. Il en résulta d'abord la création d'un second gouvernement installé à Thessalonique par Venizélos. Ensuite, il fut procédé à un changement de souverain : Constantin fut remplacé par son deuxième fils Alexandre en 1917. À la mort de ce dernier, Constantin remonta sur le trône en 1920. Il en fut chassé en 1922 par un coup d'État. Son fils aîné Georges lui succéda. Il régna un peu plus d'un an avant de prendre un congé à durée indéterminée. En 1924, la Première République grecque fut proclamée.