Le Séminaire de Lausanne est une école de théologie qui accueille à Lausanne, en Suisse, des proposants français, futurs pasteurs, après la révocation de l'édit de Nantes en France. Il est fondé par le pasteur Antoine Court en 1729 et fonctionne jusqu'en 1812. Il disparaît au profit de la faculté de théologie protestante de Montauban qui forme les pasteurs français à partir de 1809.

Histoire Dès le , les protestants français fondent plusieurs académies pour former les théologiens et pasteurs : l'académie de Nîmes en 1539, l'académie protestante du Béarn en 1562, l'académie de La Rochelle en 1571, l'académie d'Orange en 1573. Elles se développent après la signature de l'édit de Nantes par le roi Henri IV en 1598 : académie de Montauban et de Puylaurens en 1598, académie de Saumur en 1599, académie de Die en 1604. Toutes ferment entre 1681 et 1685, avant même la révocation de l'édit de Nantes.

La nécessité de former de nouveaux pasteurs se ressent. Les comme sont appelées les Églises protestantes qui continuent leurs activités cultuelles clandestines, n'ont en 1718 que trois pasteurs consacrés, Antoine Court (consacré en 1718), Jacques Roger et Pierre Corteiz (consacré en 1717), et une dizaine de prédicants. Seuls les pasteurs consacrés peuvent célébrer la sainte-cène, procéder aux mariages et baptêmes, et surtout, consacrer à leur tour de nouveaux pasteurs. L'autorisation pour les « proposants », c'est-à-dire les candidats pasteurs reconnus par leurs Églises et souvent déjà à l’œuvre, de se former à l'étranger est prise en 1729 : . Il s'agit d'étudiants envoyés par les autorités de leur Église et non de candidats individuels.

Depuis sa fondation en 1537, l'Académie de Lausanne forme les futurs pasteurs vaudois, au terme d'une scolarité au collège, puis d'études de philosophie et d'éloquence, avant d'étudier la théologie pendant quatre ans. Des étudiants étrangers suivent cette filière, notamment des Vaudois du Piémont et des étudiants du Refuge. Les proposants français pour la plupart ne peuvent suivre une formation qui se fait en latin, depuis les cours jusqu'aux devoirs et examens et dont la longueur ne convient pas aux attentes des Églises françaises.

Lorsque Antoine Court arrive à Lausanne en 1729, trois proposants français y étudient déjà : Jean Gabriel Fauriel, dit Lassagne (originaire du Vivarais), Jean Combes (Languedoc) et Paul Faure dit Dubuis (Dauphiné). Un quatrième, Barthélémy Claris dit Jonquières (Languedoc) arrive à Lausanne avec Court. Ces étudiants sont pris en charge par les professeurs de l'Académie, mais ils ne sont pas en mesure de suivre les cours qui sont en latin. Antoine Court organise donc un séminaire français à Lausanne. La formation proposée a pour but . Antoine Court mentionne que, dès 1744, vingt-huit pasteurs exercent leur ministère en France. Ils sont soixante-deux en 1763, lors du dernier « synode du désert » et 180 à la veille de la Révolution françaiseDaniel Robert, « Note provisoire sur la situation des Églises réformées à la fin de la période révolutionnaire », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, , octobre-, , ..

Financement du séminaire Origine des fonds C'est à Benjamin du Plan, réfugié à Genève en 1724, qu'il revient de collecter des fonds, d'abord destinés aux Églises réformées qui l'ont nommé en 1725. Il sollicite les protestants genevois, puis se rend à Zurich où l'argent remis finance la scolarité de deux étudiants, puis visite Lausanne, Berne, Bâle. Il se tourne ensuite vers d'autres pays, notamment l'Angleterre à partir de 1731. Il y obtient la promesse d'un don annuel du roi George II. Le roi de Suède fait un don, la Hollande s'engage à payer durant cinq ans la pension d'étudiants et renouvelle durant une cinquantaine d'années ses dons. Du Plan obtient quelques subsides en Prusse et au Danemark. Ces sommes récoltées assure le fonctionnement du séminaire de Lausanne et permettent au comité de Genève de prendre des engagements sur plusieurs années. Le capital constitué avec les fonds anglais restent placés en Angleterre durant la durée du fonctionnement du séminaire, ce qui permettra en 1783 au comité de Genève de renoncer à la contribution anglaise.

Deux comités, à Genève et Lausanne Deux comités gèrent le séminaire, celui de LausanneComposition du Comité de Lausanne (1726-1811), Annexe 1, Lasserre, 1997, . et celui de GenèveComposition du Comité de Genève (1727-1811), Annexe 2, Lasserre, 1997, ., dont les attributions sont distinctes. Le comité de Genève est détenteur et distributeur de fonds dont . Les sommes gérées le sont au nom des Églises de France.

Le comité de Lausanne, constitué vers 1730, est d'abord informel, jusqu'en 1759. Il est constitué de Georges Polier de Bottens, professeur à l'Académie, de Jacques de Montrond, de Paul Loys de Cheseaux et d'Antoine Court. Polier est à la fois président, trésorier et caissier du comité. Le comité est constitué de professeurs du séminaire et de l'Académie. Il est plus spécifiquement chargé de loger les étudiants, de leur verser chaque mois leur pension et leur indemnité, et durant une période où la ville est sous domination bernoise, de veiller à éviter ce qui aurait pu mettre en danger l'existence du séminaire, Berne étant très déterminée à fermer les yeux sur l'existence du séminaire, mais tout autant déterminée à ne pas altérer ses relations avec le royaume de France.

Les deux conseils tiennent des séances communes en , à Genève. En 1758, Polier laisse ses fonctions à son neveu, Antoine-Noé Polier de Bottens (1713-1783), celui-ci devient président du comité l'année suivant. À la mort de ce dernier, le comité de Lausanne se dote d'un règlement et les fonctions de président, trésorier, secrétaire sont désormais distinctes.

Les comités de Lausanne et Genève se trouvent parfois sollicités pour résoudre des différends au sein des Églises française, ou des arbitrages, notamment lors du schisme Boyer (1731-1744), voire pour des conseils en matière doctrinale.

Organisation des études Durée de la formation La durée de la formation est contrainte par deux volontés, celles des synodes qui répugnent à laisser se prolonger l'absence de leurs proposants et n'envisagent , et celles des professeurs de Lausanne qui demandent un séjour suffisamment long pour mener les proposants à la consécration.

La durée est initialement d'une année. Les premiers étudiants font les frais de ce désaccord. Jean Bétrine qui prolonge son séjour et reste vingt-sept mois à Lausanne est censuré à son retour, mais réintégré ensuite. Un autre étudiant, François Roux, demande une prolongation d'un an qui lui est accordée par Lausanne mais refusée par son Église. Il passe outre et reste à Lausanne, se faisant consacrer à Zurich, sans autorisation synodale. Mal accueilli à son retour en France, il bénéficie de l'intervention en sa faveur des Suisses. Les synodes acceptent dès un allongement de la formation et suppriment la limite de séjour. Après quelques années de réflexion, la formation habituelle est établie à partir de 1745 à deux ans, durée confirmée lors du synode national de 1748, avec des possibilités de prolongation. La durée est allongée à trois ans à partir de 1758, sans possibilité de prolongation, puis portée à cinq ans en 1789, par l'introduction d'un cycle préparatoire, l', destiné à compléter la formation de base des proposants, notamment par un apprentissage renforcé du latin.

Il n'y a pas d'année scolaire : le candidat vient lorsqu'il a obtenu l'autorisation de son Église et du comité de Lausanne, et qu'une place est vacante au séminaire. Les étudiants sont accueillis à Lausanne par Antoine Court qui les aide à s'installer en ville, tandis que le comité organise une réception solennelle, avec lecture des autorisations et témoignages et des exhortations. Ils commencent leurs études dès leur arrivée, tandis que leur bourse ne leur est versée par le comité de Genève que lorsque leur situation est régularisée. Après 1668, les étudiants doivent de plus prendre l'engagement écrit d'assiduité aux études, de bonne conduite, de retour dans leur province d'origine et de remboursement de la bourse s'ils renoncent au ministère. Plusieurs tentatives d'organisation des étudiants, des , en 1747, en 1790 . La Société de l'Étoile, créée en 1742, de tendance maçonnique sans affiliation formelle au mouvement maçonnique, est quant à elle dirigée successivement par Polier de Bottens, François Louis de Bons et Antoine Besson. Elle a des membres dans plusieurs villes de France, et Court de Gébelin en est le principal animateur, elle disparaît après 1763, lorsque celui-ci quitte la Suisse. Plusieurs étudiants adhèrent à titre personnel à des loges francs-maçonnes.

Sélection des candidats Les Églises françaises désignent les candidats autorisée à étudier à Lausanne. Cependant, dans la mesure où elles exigent que les proposants reviennent exercer leur ministère dans leur province d'origine, cela crée un déséquilibre : les provinces les moins pourvues en Églises resteraient défavorisées. C'est le cas pour la première promotion : cinq étudiants sont originaires du Languedoc, un du Dauphiné et un du Vivarais. Les synodes sont donc invités à se coordonner. Les comités gardent un droit de regard sur les candidatures, pour continuer à financer les études avec des moyens financiers qui restent limités , d'autre part, le comité de Lausanne souhaite conserver la possibilité accueillir des étudiants qui ne sont pas présentés par leur Église. En 1748, la décision est prise concernant cette double filière : les Églises envoient selon leur , tandis qu'Antoine Court, avec du comité de Lausanne, peut faire admettre et financer la formation de plusieurs autres candidats. Ainsi, il est réaffirmé que les Églises françaises ne sont pas seules décideuses de décisions qui concernent la restauration du protestantisme dans toute la France.

Les candidats doivent être français, pour éviter les accusations d'ingérence de puissances étrangères lorsqu'ils reviennent en France. La question de leur âge minimal est débattue, notamment du fait de la candidature de plusieurs fils de pasteurs du Désert qu'il faut préserver en raison de la clandestinité de leurs pères. En 1789, la décision est prise de créer pour les candidats les plus jeunes un accessible à ( à partir de 1904), suivi d'une admission à l'auditoire supérieur à , décisions qui fait l'objet de certaines dérogations. Les candidats doivent s'engager à retourner dans leur province, jusqu'en 1802 et le Concordat. Un certain nombre d'entre eux n'y retournent cependant pas, qu'ils aient renoncé au ministère ou qu'ils l'exercent ailleurs. Les candidats d'origine catholique et convertis ne sont en principe pas acceptés, ou doivent attendre un délai important après leur abjuration, de l'ordre de deux ans, bien que, là encore, des exceptions existent. Tous les étudiants doivent fournir l'autorisation de leur synode, un témoignage sur leur état de service en tant que proposants et se soumettre en ce qui concerne la discipline à l'autorité du comité de Lausanne durant leur séjour. Des règles de circonstances sont ajoutées, notamment après la Révolution, demandant que les candidats ne soient pas émigrés, et, plus tard, qu'ils justifient d'une exemption de service militaire durant les guerres napoléoniennes.