Le terme dynatoi (en grec : δυνατοί, « puissants ») était, dans l’Empire byzantin, un terme juridique utilisé à partir du pour décrire les couches supérieures de la hiérarchie civile, militaire et ecclésiastique, lesquelles de façon générale jouissaient de revenus ou de propriétés foncières considérables. Même si l’appartenance à ces fonctions n’était généralement pas héréditaire, on voit se constituer à partir de la fin du et le début du un nombre restreint de familles qui, en les accaparant, finiront par former vers le milieu du une aristocratie héréditaireCappel (1991) .
Historique
Même si la composition exacte de cette couche sociale a fait l’objet de nombreux débats académiquesvoir Lemerle (1979), sur le plan économique elle regroupait les grands propriétaires terriens par opposition aux « penètes » (en grec : πένητες), les petits et moyens propriétairesMorris (1976) . Ces « puissants » appartenaient généralement à des familles de militaires qui avaient pu utiliser leur influence pour prendre possession de terres abandonnées, particulièrement en Asie mineure, à la suite des invasions des . À partir du siècle suivant, alors que l’empire recouvrait sa puissance, ces terres redevinrent profitables et l’on voit apparaitre de grandes familles provinciales. Parmi elles, les familles Phocas et MaleïnosMorris (1976) qui eurent pratiquement le monopole des hautes fonctions civiles et militaires en Asie mineure au début et au milieu du . Ces « dynatoi » furent en mesure d’utiliser leur influence politique et financière pour s’enrichir aux dépens des « penètes » qui avaient jusqu’alors formé le principal pilier de la société et de l’économie byzantineOstrogorsky (1966) . Par la suite, plusieurs empereurs comme Romain Lécapène (r. 920-944) et Basile II (r. 976-1025) promulgueront des édits visant à restreindre le pouvoir des dynatoiToynbee (1973) et à empêcher leur acquisition des terres dites « stratiotika ktemata », terres concédées aux stratiotes qui constituaient l’essentiel de l’armée byzantineMcGeer (2000) . L’empereur espérait ainsi s'appuyer sur les petits propriétaires escomptant que leur motivation à défendre leurs terres stimulerait leur ardeur à repousser les invasions.
Ainsi Basile II (r. 976–1025) généralisera au niveau de l’empire en 1004 une ancienne taxe que l’on appela allelengyon (litt : garantie mutuelle) et qui consistait à faire payer par les puissants les impôts que ne pouvaient pas payer leurs voisins moins fortunés Rosser (2011) Sur l’allèlengyon et les interprétations différentes que l’on peut en faire, voir Michel Kaplan, « Chapitre VIII. La fuite des faibles et la réaction des macédoniens », dans Les hommes et la terre à Byzance, du VIe au XIe siècle, Publications de la Sorbonne, 1992, paragraphes 192 à 195.. Cette taxe fut, on s’en doute, extrêmement impopulaire parmi les grands propriétaires terriens, au nombre desquels l’Église qui obtint son annulation en 1028, peu après la mort de Basile et l’accession au trône de Romain III Argyros (r. 1028–1034)Cutler (1991), .
Sous la dynastie des Comnènes (1081 à 1185) on assiste à une extension des grandes propriétés tant civiles qu’ecclésiastiques quels que soient les efforts des empereurs pour maintenir la survie des petits propriétaires et des communautés villageoises Kazhdans & Epstein (1985) Ostrogorsky (1966) . Cette influence économique et sociale des puissants au détriment de l’autorité de l’État central ne fera que croître sous la dynastie des Paléologue (1261-1453) alors que périclitera inexorablement l’autorité du gouvernement de ConstantinopleRosser (2011) .
Notes et références
Notes
Références
Bibliographie
Cappel, Andrew J. "Dynatoi". (In) Kazhdan, Alexander (ed.). The Oxford Dictionary of Byzantium. Oxford and New York, Oxford University Press, 1991. . Cheynet, Jean-Claude. Pouvoir et contestations à Byzance (963-1210), Paris, Publications de la Sorbonne, 1990. Cheynet, Jean-Claude (dir.), Le Monde byzantin, tome II : L'Empire byzantin (641-1204), PUF, coll. « Nouvelle Clio », 2007, . Cutler, Anthony J. "Allelengyon". (In) Kazhdan, Alexander (ed.). The Oxford Dictionary of Byzantium. Oxford and New York, Oxford University Press. 1991. . Kazhdan, Alexander & Ann Wharton Epstein. Change in Byzantine Culture in the Eleventh and Twelfth Centuries. University of California Press, 1985 . Laiou, Angeliki E., ed.The Economic History of Byzantium: From the Seventh through the Fifteenth Century. Dumbarton Oaks, . Lemerle, Paul. The Agrarian History of Byzantium from the Origins to the Twelfth Century: The Sources and Problems. Galway University Press, 1979. McGeer, Eric. The land legislation of the Macedonian emperors, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 2000. . Morris, Rosemary. "The Powerful and the Poor in Tenth-Century Byzantium: Law and Reality", Past and Present, 73, 1976. . Ostrogorsky, George. "V. Agrarian Conditions in the Byzantine Empire in the Middle Ages]", Cambridge Economic History of Europe, Volume Ι (2nd ed.), Cambridge University Press, 1966. Rosser, John H. "Dynatoi", Historical Dictionary of Byzantium, Scarecrow Press, , 2011. . Toynbee, Arnold. "The Encroachments of the Δυνατοί on the Land-holdings of the Πένητες and the Emperors' Agrarian Legislation", Constantine Porphyrogenitus and His World, Oxford University Press, 1973. , .
Voir aussi
Liens internes
Économie byzantine Société byzantine Allèlengyon Argyre (Famille byzantine) Defensor civitatis
Économie byzantine|Institutions de l'Empire byzantin