Les élections législatives hongroises de 2022 ont lieu le afin de renouveler pour quatre ans les de l'Assemblée nationale de la Hongrie. Un référendum est organisé simultanément.
Les élections se déroulent dans un contexte inédit avec la pandémie de Covid-19 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie, tandis que l'opposition au gouvernement Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán s’unit en formant la coalition Unis pour la Hongrie menée par Péter Márki-Zay.
Le Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán remporte largement les élections avec plus de 54 % des voix et conserve sa majorité des deux tiers au parlement, assurant à Orbán un quatrième mandat consécutif.
La coalition de six partis d'opposition Unis pour la Hongrie remporte environ 35 % des voix, un résultat bien en deçà des attentes et des résultats combinés des partis membres de la coalition en 2018. En troisième position, le Mouvement Notre patrie remporte 6 % des voix et fait son entrée à l'Assemblée nationale.
Contexte vignette|gauche|120px|Viktor Orbán, le Premier ministre sortant. Le Premier ministre sortant Viktor Orbán est au pouvoir depuis la victoire de son parti, le Fidesz, aux législatives de 2010, un succès renouvelé en 2014 et en 2018. Ces mandats interviennent après un premier effectué de 1998 à 2002 en coalition avec deux autres partis de centre droit.
Les précédentes élections en 2018 ont lieu dans le contexte de la crise migratoire en Europe, au cours de laquelle le Premier ministre s'oppose de façon virulente à l'accueil de migrants, ce qui lui assure le soutien d'une partie de la population. Pendant toute la législature, le Fidesz est donné en tête des intentions de vote. Le scrutin connait une participation au plus haut depuis vingt ans, tandis que la coalition Fidesz-KDNP, donnée grande favorite du scrutin, conserve la majorité absolue ainsi que la majorité qualifiée des deux tiers des sièges.... Le scrutin est un échec important pour les principaux partis d'opposition , dont les chefs démissionnent dans la foulée..
Les six principaux partis d'opposition décident finalement de s'unir au sein d'une liste commune en 2021 afin de contrer le Fidesz à la suite de l'expérience concluante d'une telle alliance au cours des élections municipales de 2019, qui permet à l'opposition de remporter dix des vingt trois principales villes du pays.. Le Jobbik, le Parti socialiste hongrois (MSZP), le Parti du dialogue pour la Hongrie (PM), Coalition démocratique (DK), La politique peut être différente (LMP) et Mouvement Momentum (MM) forment ainsi la coalition Unis pour la Hongrie. Courant septembre 2021, les six partis organisent une primaire à l'issue de laquelle le conservateur indépendant Péter Márki-Zay est choisi pour tête de liste de la coalition..
À la suite de tensions opposant le gouvernement hongrois et l'Union européenne sur une nouvelle législation hongroise concernant les droits LGBT, un référendum à questions multiples est organisé le même jour que les élections. Les quatre questions mises au vote portent sur l'éducation sexuelle des mineurs, notamment en matière d'homosexualité et de transidentité...
Les législatives sont précédées de moins d'un mois par une élection présidentielle, organisée le .. Le Fidesz-Union civique hongroise y présente la candidature de la ministre sans portefeuille aux affaires familiales, Katalin Novák.. Unis pour la Hongrie lui oppose la candidature de l'avocat et économiste Péter Róna.. Comme attendu, Katalin Novák l'emporte dès le premier tour de scrutin, la coalition Fidesz-Union civique hongroise détenant à elle seule la majorité des deux tiers nécessaire. La passation de pouvoir a lieu le 10 mai 2022. Elle devient à 44 ans la première femme et la plus jeune personne à accéder à la présidence de la république hongroise....
La pandémie de Covid-19, qui a débuté en mars 2020 en Hongrie, cause plus de 40 000 décès. Une campagne de vaccination est lancée par le gouvernement hongrois en 2021. Des mesures de confinement, le port du masque obligatoire dans plusieurs lieux publics, un passeport sanitaire (retiré depuis) et la vaccination obligatoire des soignants sont mis en œuvre. Le Mouvement Notre patrie organise des manifestations contre le confinement et les mesures sanitaires en 2021 et 2022...
Mode de scrutin L'Assemblée nationale est un parlement monocaméral composée de pourvus pour quatre ans selon un mode de scrutin parallèle. Sont ainsi à pourvoir au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions électorales, auxquels s’ajoutent pourvus au scrutin proportionnel plurinominal de liste avec seuil électoral de 5 % dans une unique circonscription nationale. Ce seuil passe à 10 % pour les listes présentées conjointement par deux partis et à 15 % pour les listes présentées par des coalitions de trois partis ou plus..
Le scrutin à la proportionnelle est dit car l'on ajoute aux suffrages recueillis sur les listes nationales les suffrages « fragmentaires » () du scrutin uninominal, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas permis aux différentes forces de remporter des sièges dans les circonscriptions ainsi que toutes les voix des partis ayant remporté un siège qui ont dépassé le seuil nécessaire pour l'emporter, on effectue alors la répartition selon le scrutin proportionnel d'Hondt Loi CCIII. de 2011, Journal officiel hongrois (site Nemzeti Jogszabálytár, Magyar Közlöny Lap- és Könyvkiadó Kft.) : loi électorale hongroise..
Depuis 2014, chacune des minorités ethniques de Hongrie a la possibilité de faire élire un député de manière facilitée grâce à un abaissement du seuil électoral, à la condition qu'ils s'enregistrent préalablement sur des listes électorales distinctes. Le siège est prélevé sur les 93 dédiés à la représentation proportionnelle si la liste en question franchit un seuil spécifique établit au quart du quotient inverse de ce total, soit du total des suffrages au scrutin de listeNemzeti Választási Iroda National Election Office.. Treize minorités sont concernées : les Arméniens, Bulgares, Croates, Allemands, Grecs, Polonais, Roms, Roumains, Ruthènes, Serbes, Slovaques, Slovènes et Ukrainiens. En pratique, seules les communautés allemandes et roms sont suffisamment nombreuses pour espérer pouvoir atteindre ce seuil et obtenir un siège, si tant est qu'une part suffisante de leurs membres s'inscrivent sur les listes dédiées.
Forces en présence PartisPositionnement et idéologieChef de fileRésultats en 2018Pourcentages obtenus à la proportionnelle. Fidesz-Union civique hongroise Droite à extrême droiteNational-conservatisme, démocratie chrétienne, conservatisme social Viktor Orbán(Premier ministre) En coalition Parti populaire démocrate-chrétien (KDNP) DroiteDroite chrétienne, national-conservatisme, conservatisme social Zsolt Semjén En coalition Jobbik Centre droitNationalisme, conservatisme social, agrarisme Péter Jakab19,06 % des voix Parti socialiste (MSZP) Centre gaucheSocial-démocratie, social-libéralisme Bertalan Tóth et Ágnes Kunhalmi11,91 % des voix LMP – Parti vert de la Hongrie (LMP) Centre gaucheÉcologie politique Máté Kanász-Nagy et Erzsébet Schmuck7,06 % des voix Coalition démocratique (DK) Centre gaucheSocial-libéralisme, europhilie Ferenc Gyurcsány5,37 % des voix Dialogue – Le Parti des Verts (LMP) Centre gaucheÉcologie politique, social-démocratie, féminisme, europhilie Gergely Karácsony et Tímea SzabóEn coalition Mouvement Momentum (MM) CentreLibéralisme, conservatisme, europhilieAnna Orosz 3,06 % des voix Mouvement Notre patrie (MHM)Mi Hazánk Mozgalom Extrême droiteNationalisme, réactionnarisme, euroscepticisme, opposition aux mesures sanitairesLászló ToroczkaiNouveau parti Parti hongrois du chien à deux queues (MKKP) Parti parodiqueAbsurdisme, satire Gergely Kovács1,73 % des voixCoalitions Composantes Chef de file Résultats cumulésen 2018 Fidesz-KDNP Fidesz, KDNP Viktor Orbán 49,27 % des voix Unis pour la Hongrie (EM)Jobbik, MSZP, PM, DK, LMP, MMPéter Márki-Zay46,46 % des voix
Campagne Fort de son bon bilan économique et d'une politique de largesses fiscales envers les classes moyennes et les familles, l'alliance du Fidesz et du Parti populaire démocrate-chrétien (KDNP) est jugée favorite du scrutin, ce qui permet au Premier ministre sortant Viktor Orbán d'espérer un quatrième mandat consécutif. Début 2022, il met en œuvre plusieurs mesures sociales dont une hausse de 20 % du salaire minimum , des hausses similaires des salaires des fonctionnaires, un treizième mois pour les retraités et un allègement de l'impôt sur le revenu pour les ménages ayant des enfants à charge.. Quelques semaines avant le scrutin, dans un contexte de forte montée de l'inflation qui s'élève à 7,4 % sur un an, le premier ministre bloque les prix de six produits de base. Tous les supermarchés et épiceries du pays se voient notamment obligés de placarder une affiche officielle informant les clients que le gel des prix a été décidé par le gouvernement..
Confrontée en 2022 à une large coalition d'opposition allant du centre gauche à l’extrême droite, Unis pour la Hongrie, le gouvernement fait face à des élections serrées. Si Viktor Orbán bénéficie toujours d'une bonne popularité dans les sondages d'opinions , la perte de la majorité qualifiée des deux tiers qui permettait à l'alliance Fidesz-KDNP de procéder seule à des modifications de la constitution est jugée probable.
Comme lors des précédents scrutins, le gouvernement hongrois est fortement critiqué pour l'absence de neutralité des médias publics sous son contrôle, les médias privés étant quant à eux passés aux mains de ses alliés. Qualifiée de du gouvernement, l'essentiel de la presse relaie ainsi le seul point de vue du gouvernement, notamment via de larges campagnes d'affichage. Sur internet, Facebook fait également l'objet d'investissements en faveur des programmes gouvernementaux de la part d'alliés conservateurs dont principalement la fondation , qui y consacre plus d'un milliard de Forints (environ 2,7 millions d'euros).. Deux semaines avant les élections, en pleine campagne électorale, le dirigeant de l'opposition Péter Márki-Zay ne dispose ainsi que de quelques minutes de temps de parole sur la télévision publique. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) décide quant à elle l'envoi de plus de 200 observateurs, un dispositif rarement mis en place pour un pays de l'Union européenne qui témoigne des doutes sur la régularité du scrutin.
vignette|120px|Le candidat de l'opposition, Péter Márki-Zay.