La maison Vaucanson, également connue sous le nom d'hôtel d'Ornacieux, famille à l'origine de l'édifice, est un monument historique, situé au , rue Chenoise, dans le centre piétonnier du quartier Notre-Dame de Grenoble.
Édifiée durant la seconde moitié du , elle est habitée brièvement au début du (1717) par l'ingénieur Jacques Vaucanson, natif de Grenoble, qui lui donne son nom.
Situation et accès Situation Cet édifice est situé au début de la rue Chenoise, au cœur du centre ancien de la ville de Grenoble, à proximité de la cathédrale Notre-Dame de Grenoble.
Accès À pied L'entrée du bâtiment, installé dans la zone piétonne du centre-ville, est accessible aux passants depuis n'importe quel point de l'agglomération. Il s'agit cependant d'une propriété privée ouverte au public en journée.
Transports publics L'édifice est desservi par les lignes B et C du réseau de tramway de l'agglomération grenobloise. La station la plus proche se dénomme Notre-Dame - Musée.
Historique Située entre le Parlement du Dauphiné et l'évêché, la maison est acquise le d'une Dame Rossignol, veuve du noble Pierre Romme, avocat originaire du milanais, par Claudine de Chissé., veuve de Félix II de la Croix, baron de Chevrières, conseiller du roi et maître des requêtes ordinaire à l'hôtel du Roi. La famille de Chissé est une famille originaire de Sallanches dont sont issus tous les évêques de Grenoble entre 1337 et 1450. Le beau-père de Claudine de Chissé, Jean de La Croix de Chevrières, seigneur d'Ornacieux, et de Pizançon, président à mortier du Parlement du Dauphiné, est lui-même évêque de Grenoble à son veuvage en 1607 jusqu'en 1619.
L'hôtel particulier est construit par le fils de Claudine de Chissé et de Félix II de la Croix de Chevrières, Jean III de La Croix de Chevrières, marquis d'Ornacieux (d'où le nom d'"Hôtel d'Ornacieux"), qui est également président à mortier du Parlement du Dauphiné. Il épouse en 1642 Marie de Sayve, héritière de Jacques de Sayve, conseiller du roi en ses conseils d'État et privé, président à mortier au parlement de Dijon, qui possédait une propriété voisine rue Chenoise. En raison de sa proximité avec le Parlement du Dauphiné, la rue Chenoise devient alors le "lieu de résidence privilégiée de gens de robe (parlementaires, greffiers,...) que côtoyaient marchands et artisans".. Cette rue, importante pour les voyageurs, permettait de rejoindre la porte Viennoise. vignette|300x300px|Quartier de l'île à Grenoble en 1536 (document Patrimoine & développement) L'hôtel se situe le long du Verderet (ou Verdaret), une petite rivière parallèle à la rue Chenoise qui traverse alors l'est de Grenoble avant de se jeter dans l'Isère au port de la Madeleine devant le Couvent de la Madeleine (actuelle place de Bérulle)., à proximité de la Tour de Sassenage, construite rue du Pont-Saint-Jaime de l’autre côté du Verderet par la famille Chaulnais (d'où le nom de Chenoise). Elle donne à l'arrière sur l'aumônerie Notre Dame créée par Aymond de Chissé - qui deviendra l'Hôpital Notre-Dame (actuel Evéché de Grenoble). La rue Chenoise est parallèle au tracé de l'ancienne voie romaine le long du mur d'enceinte de Cularo. L’arrière de la maison après le Verderet est alors composé essentiellement de potagers et vergers du quartier de l'île.
La partie du fond de la cour, qui date d'au moins 1605, repose "sur un large pilier de bois rond lui servant de base" car les terrains sont marécageux. Cette partie sert ensuite d’écurie..
Le parcellaire noble de 1642 de la ville de Grenoble atteste que le "noble Jean de la Croix, seigneur de Chevrières, conseiller du Roy de la cour" a édifié rue Chenoise un "nouveau bâtiment" à l'emplacement d'une "grande maison" acquise "du sieur Romme derrière dedit bâtiment un pont sur le ruisseau Verderet".. Ces immeubles de la rue Chenoise possédaient en général des boutiques ou des ateliers en rez-de-chaussée mais gardaient des jardins dans les cours assez vastes.
Les propriétaires des maisons voisines sont alors Francis Perrin, procureur, M. de Sautereau, conseiller à la cour, seigneur de Chasse - dont la belle demeure existe encore au 10 de la rue Chenoise. - ou encore le président de Vaux (hôtel de Vaux). et la Dame de Morges.. Au bout de la rue du Pont-Saint-James, au 4 de l'actuelle rue Abel Servien sera également édifié près de l'Arsenal l'hôtel de Pisançon, famille cousine des La Croix de Chevrières d'Ornacieux de Sayve.
Le parcellaire noble du 1700 confirme qu'une "maison avec bassecour sise rue Chenoise à partir des numéros 90-91-92-93 de l'ancien parcellaire, divisée entre [M. Pierre Félix de la Croix de Chevrières, seigneur comte de St Vallier] et M. le Procureur général [du Parlement du Dauphiné] VidauSur le parcellaire noble de 1700, Jean de Vidau, procureur général du Parlement du Dauphiné, est propriétaire, avec sa fille Antoinette de Vidau, veuve de François de la Croix de Chevirères d'Ornacieux de Sayve, président à mortier du Parlement, d'une "maison sur la rue de la Mulle, proche des fossés de l'arsenal, bassecour et jardin avec un passage sur le Verderet, procédant en partie de l'article de noble Jean de la Croix de Chevrières" (CC513) et dame Antoinette Vidau, veuve de M. le Président"Parcellaire noble 1700, Archives municipales CC513.
Passage de Jacques Vaucanson comme locataire (1717) vignette|163x163px|gauche|Jacques Vaucanson Jacques Vaucanson, créateur des premiers automates, y séjourne à l'âge de comme simple locataire après la mort de son père en 1717Site grenoble-patrimoine.fr, page sur l'hôtel Ornacieux, consulté le 6 février 2021.
En 1794, sous la Révolution, alors que la rue Chenoise porte brièvement (jusqu'en 1800) le nom de rue Vaucanson, une plaque est apposée sur l'immeuble à l'emplacement du blason des La Croix de Chevrières.. portant l’inscription suivante :
« A la mémoire de Vaucanson Jacques, né dans cette maison le »..
Cette plaque est apposée sur le fronton sur l'ancien blason sculpté de la famille de la Croix de Chevrières.. Jacques Vaucanson n’est pourtant pas né dans cette maison, mais, dans une rue à proximité, au de la rue Brocherie. Cette plaque est retirée lors de la rénovation de l'immeuble..
Mais encore aujourd'hui, comme en témoigne la plaque apposée par les monuments historiques., le bâtiment conserve le nom de « maison Vaucanson ».
Embellissement de l'hôtel d'Ornacieux au
Différents travaux et embellissements donnent à l'hôtel d'Ornacieux l'ampleur d'une villa romaine. C'est vers 1760, qu'est construit le grand escalier d'honneur à loggia, fréquent dans le Languedoc et en Savoie, d'influence italienne, avec ses arcades extérieures et sa rampe à balustres avec une belle ouverture en arrondi à chaque palier.
C'est à cette même époque, en 1764, que le président à mortier Joseph Arthus de La Croix de Sayve d’Ornacieux (1713-1800) s'installe dans un autre hôtel particulier, également appelé « Hôtel d'Ornacieux »., rue Neuve (future rue Voltaire)., à côté de l'hôtel de la première présidence. Le président d'Ornacieux a épousé en 1744 Anne Pupil de Mions. Leur fils Barthélemy Arthus, dit comte de Sayve (1746 - 1821), avocat général puis président à mortier du Parlement du Dauphiné, est-il le dernier d'Ornacieux à occuper l'hôtel du 8 rue Chenoise? La famille d'Ornacieux a un lien du sangLeur aïeul François de la Croix de Chevrières de Sayve (1647-1695), qui a hérité en 1678 de son grand-père maternel, Jacques de Sayve, le marquisat d'Ornacieux, a épousé en 1680, Antoinette de Vidaud de la Tour, fille de Jean de Vidaud, baron d'Anthon, seigneur de la Tour, procureur-général au parlement du Dauphiné. avec Jean-Jacques Vidaud de La Tour, avocat général puis premier président du Parlement du Dauphiné (1771) lors de la mise en œuvre de la réforme Maupéou mettant en cause les prérogatives et suspendant les parlements.. vignette|320x320px À la suite de l'échec de cette réforme et du rétablissement des parlements en 1775, ces « revenants » sont toujours influents - le président d’Ornacieux assure même l’intérim de la première présidence avant d’être destinataire de lettres de cachet du roi l’intimant de se rendre à Versailles en . malgré son état de santé défaillant.. Redevient alors premier président Amable-Pierre-Thomas de Bérulle (1725-1797) puis, à partir de 1785, de son fils Albert de Bérulle, acteur de la journée des Tuiles le qui se déroule notamment devant l'hôtel de la première présidenceLe président d'Ornacieux comme son fils le comte de Sayve émigrèrent durant la Révolution. Le premier décéda à Vérone le 2 mai 1800. Le second retrouva une fonction de magistrat dans la cour impériale sous Napoléon.. La rue Chenoise fait d’ailleurs partie des rues illuminées en l'honneur des parlementaires le (voir carte).
Époque révolutionnaire : de nouveaux propriétaires (Bourcet de la Saigne, Baratier, Heurard de Fontgalland) Avant la Révolution, la maison passe dans la famille de Bourcet de La Saigne. Dans le rôle de capitation de 1770, l’hôtel apparaît comme la « maison de M. de la Saigne » avec « 4 feux » (Vve Bontemps, fripière; Guillomet fils coutelier ; Dame Magnan et M. Allemand, procureur au Parlement[probablement Allemand-Dulauron, procureur du roi]). Par un acte du , elle est vendue par Jean Bourcet de la Saigne., un colonel d'infanterie, qui en 1761 était ingénieur en chef à Grenoble, mort en 1771 à Corte et qui joua un rôle dans la réalisation de la carte des Alpes par son frère Pierre Joseph de Bourcet, et Marguerite-Victoire Lovat, fille de François Lovat, conseiller du roi et correcteur de la Chambre des Comptes de Paris, et de Geneviève Delespine, à Louis-Henri de Baratier, seigneur de Pommeaux et les Robins, capitaine d'infanterie, ingénieur ordinaire du roi dans le corps du génie, et fils de Joseph-François de Baratier, maître à la Chambre des comptes du Dauphiné et de Marie Thérèse de Pétichet. Louis de Baratier a épousé en 1770 à Fontaine Acte de mariage de Marie-Victoire Bourcet de la Saigne et de Louis-Henri de Baratier, « Fontaine. baptêmes,mariages,sépultures. Coll. départementale : 9NUM/5E170/2 1737-1792. » Archives départementales de l'Isère, 1770. leur fille, Victoire de Bourcet de la SaigneSon frère Pierre-Jean Bourcet, né à Grenoble en 1752, est reçu en 1788 conseiller du Parlement du Dauphiné en présence du président Joseph Arthus d'Ornacieux et de son fils Barthelémy Arthus comte de Sayve.. Elle décède à Grenoble le à l'âge de 80 ans comme "rentière".
En 1808, leur fille, Geneviève Henriette de Baratier de St Auban. (1775 - 1852) épouse Jean-Baptiste Victor Heurard de Fontgalland (1765 - 1845)Etat civil de Grenoble, acte de mariages. Coll. départementale 9NUM/5E186/24/731808, archives départementales de l'Isère, 1808, ., garde du corps du roi Louis XVI (compagnie écossaise) jusqu'en 1791 et adjoint au maire de St Quentin en Isère. Dans le cadastre de 1810., un "M. de Barathier" est mentionné comme propriétaire de la maison, même si les boutiques du rez-de-chaussée et un appartement ont été cédés à M. Vallet, un officier en retraite et M. Chamazet, un droguiste.
Dans le cadastre de 1864., un Monsieur Fontgalland, rentier à St Marcellin, est toujours propriétaire d'une maison au rez-de-chaussée, 1er et 2ème étage du 8 rue Chenoise. Mais on y trouve aussi comme copropriétaires Grégoire Roux Fouillet, Jean-Pierre Peyrin et Jules Cherias, juge de paix à Gap.. Au musée de Grenoble, un tableau représente Germaine Bizalion., épouse d'Eusèbe Heurard de Fontgalland, Il est le fils de Louis Eugène Antoine Heurard de Fontgalland, receveur de l'enregistrement et des domaines et petit-fils de Jean-Baptiste Victor Heurard de Fontgalland.
Vie sociale de la maison