Nicolas Chevassus-au-Louis, né à Paris le Notice de la BnF, est historien, journaliste et traducteur. Il s’intéresse en particulier aux questions de politique scientifique, à l’histoire et à la philosophie des sciences et aux relations sciences et société, sujets auxquels il a consacré quatre livres aux éditions du Seuil.
Biographie Nicolas Chevassus-au-Louis a soutenu une thèse de neurobiologie en 1998, portant sur les malformations corticales et l'épilepsie chez les rongeurs.
Il s'oriente ensuite vers le journalisme scientifique, notamment au sein du magazine La Recherche. Après avoir passé en 2001 une licence d’histoire à l’université Montpellier-III, il a développé, pour le site d’information Mediapart, une activité de journaliste historien, spécialisé dans la période contemporaine, en particulier la Seconde Guerre mondiale.
Il a également participé à plusieurs livres d’histoire d’institutions scientifiques, notamment l’Établissement français du sang, l’Institut de biologie physico-chimique de Paris et l’université Montpellier-I. Il intervient régulièrement comme conférencier, en France et à l'étranger, en particulier sur les problématiques de fraude scientifique, d'échec des politiques publiques en matière de recherche et de découvertes technologiques et scientifiques.
Il est l'auteur de nombreux articles publiés dans des magazines grand-public, concernant des thématiques scientifiques., notamment au sein du magazine Pour la Science, pour laquelle Nicolas Chevassus-au-Louis conduit des entretiens avec des chercheurs. Il rédige régulièrement des articles pour le journal de la Caisse centrale des activités sociales du groupe EDF, portant principalement sur le nucléaire et les enjeux énergétiques, comme son enquête sur l'EPR de Flamanville et l'avenir de la filière nucléaire française, publiée en 2025-2026.
Le prix Adrien Duvand lui est décerné par l'Académie des sciences morales et politiques en 2006 pour son ouvrage Les briseurs de machines : de Ned Ludd à José Bové..
Principaux ouvrages
Paru en 2016 aux éditions du Seuil, Malscience. De la fraude dans les labos est le premier ouvrage dans lequel Chevassus-au-Louis analyse de manière systématique les dérives de la production scientifique contemporaine. Plutôt que de s'attarder sur les grandes affaires médiatiques, il y décrit le fraudeur ordinaire : le chercheur qui « embellit » ses résultats, survend des données approximatives ou recycle ses propres publications pour tenir dans une compétition académique aux enjeux financiers croissants.. L'ouvrage s'appuie notamment sur le fait suivant: interrogés anonymement, 2% des scientifiques reconnaissent avoir inventé ou falsifié des résultats, les domaines de la biologie et de la médecine étant les plus touchés. Traduit en 2019 en anglais sous le titre Fraud in the Lab et publié par Harvard University Press, l'ouvrage a bénéficié d'une réception critique internationale nourrie. Matthew Wills, écrivant pour JSTOR Daily le 5 décembre 2019 dans un article intitulé « An Epidemic of Retractions », juge que le livre « s'attaque de front à la question de la fraude scientifique » et « devrait être lu par quiconque s'intéresse aux sciences » ; il y souligne que les manquements à l'intégrité ( fraudes avérées ou suspectées, auto-plagiat, plagiat ) sont responsables de 67,4% des rétractations d'articles en sciences biomédicales, des données qui corroborent la thèse centrale de Chevassus-au-Louis selon laquelle la fraude n'est pas une anomalie individuelle mais le produit structurel d'une compétition académique fondée sur la vitesse et la quantité de publication. Le Wall Street Journal, dans un compte rendu publié en août 2019, y voit « à la fois un exposé et un appel à l'action » pour réaffirmer les idéaux de l'enquête scientifique.
Dans "Les damnés de la science" paru en 2019, Nicolas Chevassus-au-Louis rassemble une vingtaine de portraits de chercheurs dont la carrière a basculé après des découvertes d’abord célébrées comme majeures. L’ouvrage suit des scientifiques issus de domaines variés – mathématiques, médecine, biologie, physique – dont les travaux promettaient de bouleverser leur discipline avant d’être contestés, marginalisés ou purement et simplement oubliés. Au fil de ces trajectoires individuelles, l’auteur met en lumière la façon dont les institutions académiques, les logiques de réputation et les luttes de pouvoir internes au monde de la recherche peuvent contribuer à faire de ces anciens « héros » des parias de la science. En retraçant des destins parfois marqués par la ruine, la folie ou le suicide, le livre insiste sur le coût humain des controverses scientifiques et sur la fragilité des réputations savantes. Il interroge les mécanismes qui conduisent certaines découvertes à être durablement intégrées au corpus scientifique tandis que d’autres, pourtant défendues avec acharnement par leurs auteurs, se voient reléguées aux marges. Les damnés de la science prolonge ainsi la réflexion de Nicolas Chevassus-au-Louis sur les conditions de production des connaissances et sur les zones d’ombre de la recherche contemporaine, déjà au cœur de ses travaux consacrés aux fraudes et aux dérives du système scientifique.
L'ouvrage Décroiscience, paru en 2025, prolonge la réflexion amorcée dans Malscience sur les dérives structurelles de la recherche scientifique contemporaine, en les articulant cette fois à la question de la crise climatique et au courant intellectuel de la décroissance. S'appuyant sur le concept de « décroiscience » forgé en 2021 par le biologiste Jacques Testart — dont il reprend et développe la notion —, Chevassus-au-Louis soutient que la science actuelle, dans son organisation dominante, appartient structurellement au système capitaliste dont elle contribue à alimenter la croissance, et qu'elle ne peut constituer à elle seule une réponse crédible aux problèmes qu'elle a elle-même contribué à engendrer. L'essai formule plusieurs propositions concrètes de transformation: publier un moindre nombre d'articles scientifiques, renoncer aux déplacements en avion vers les conférences internationales, rédiger en français plutôt qu'en anglais, abandonner certaines technologies de pointe au profit de low techs plus frugales, interdire des domaines de recherche jugés nocifs, et transformer en profondeur des institutions comme le CNRS. À rebours de deux positions symétriques qu'il récuse — le scientisme des « prêtres de la religion scientifique » et la critique radicale qui prônerait l'arrêt de toute recherche —, l'auteur plaide pour une réorganisation démocratique des finalités et des priorités de la science, rompant avec la prééminence du quantitatif sur le qualitatif.
Publications Quand meurent les neurones, (avec William Camu), préf. Axel Kahn, 2003, Dunod, A quoi sert notre cerveau?, 2007, Special, 112p. Savants sous l’Occupation. Enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944, 2004, Le Seuil, . Les Briseurs de machines. De Ned Ludd à José Bové, 2006, Le Seuil, . Un iceberg dans mon whisky. Quand la technologie dérape, 2009, Le Seuil, . Pourquoi Hitler n'a pas eu la bombe atomique, 2013, Economica, 128p. Théories du complot - on nous cache tout, on nous dit rien, 2014, EDI8, 154p. Malscience. De la fraude dans les labos, 2016, Le Seuil, Traduit en anglais par Nicholas Eliott et publié sous le titre Fraud in the Lab par Harvard University Press. Les damnés de la science, 2019, Le Papillon Rouge Éditeur, Marcel Paul, un ouvrier au Conseil des ministres, (avec Alexandre Courban), préf. François Duteil, les Éditions de l'Atelier-Éditions ouvrières, 2020, La Guerre des bactéries. L'institut Pasteur sous l'Occupation, Vendémiaire, 2023, 230 p Tesla à la plage. L'énergie dans un transat, Dunod, 2023, 176 p Décroiscience, préf. Pascal Engel, Éditions Agone, 2025
Notes et références
Liens externes
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