thumb|Équipe de tournage cinéma.

Un intermittent du spectacle (IDS) est, en France, un artiste ou technicien professionnel qui travaille pour des entreprises du spectacle vivant, du cinéma, et de l'audiovisuel et qui bénéficie, suivant des critères de nombres d'heures travaillées, et après une cotisation supplémentaire appliquée uniquement à cette tranche socio-professionnelle, d'allocations chômage. Il y avait allocataires en 1984, en 1991Le régime des intermittents du spectacle, toujours déficitaire - Francis Kessler, Le Monde, 6 février 2012, en 2013Déficit du régime des intermittents : « Au loup, un milliard ! » - Étienne Baldit, Public Sénat, 22 février 2013, en 2016, 125 000 en 2024. Ce régime d'allocations chômage permet aux artistes ou techniciens d'être indemnisés lorsqu’ils ne sont pas sous contrat de travail. Les intermittents – à ne pas confondre avec les intérimaires – sont des salariés engagés en CDD dit d’usage (CDDU). À ce titre, ils sont rémunérés par leur employeur à l’heure (pour les techniciens) ou au cachet (pour les artistes) pour les répétitions et représentations, en fonction de la nature de leur travail ou de leur profession.

Entre deux périodes sous contrat de travail, les intermittents perçoivent comme les salariés du régime général une allocation de retour à l'emploi en fonction du nombre de jours indemnisables calculé mensuellement par France Travail. Ils peuvent ainsi cumuler chaque mois leur allocation et leur salaire. Pour avoir droit à l'allocation chômage, les intermittents doivent, en 2026, justifier d'au moins 507 heures de travail sur douze mois. Tous les ans, ces heures doivent être renouvelées sous peine de perdre les droits au chômage. Tous les intermittents ne sont donc pas indemnisés.

Le salariat à employeurs multiples est créé en 1936 pour les techniciens du cinéma. Le régime de l'intermittence du spectacle à proprement parler est créé dans les années 1960, d'abord pour les techniciens du cinéma et de l'audiovisuel, puis pour les artistes du spectacle vivant en 1969.

Historique Création d'un régime particulier d'assurance chômage Les productions des entreprises du spectacle sont souvent par nature limitées dans le temps, ce qui les amène à contracter avec des artistes, techniciens, ouvriers, sur des périodes définies, quand bien même elles salarient éventuellement par ailleurs du personnel « permanent », en contrat à durée indéterminée. Elles peuvent engager un artiste ou un technicien, dans le cadre d'une production, pour un contrat d'une journée ou plus.

En France, ils sont salariés, et n'exercent pas en libéral, contrairement à ce qui se pratique dans d'autres pays européens comme l'Allemagne, l'Italie ou le Royaume-Uni qui n'ont pas de régime d'assurance chômage spécifique pour les emplois correspondant à ceux des « intermittents du spectacle » françaisÉtude de législation comparée - décembre 2013 - L'indemnisation du chômage des intermittents du spectacle - Sénat français, décembre 2013, comme dans d'autres pays du monde, notamment aux États-Unis.

Cette situation particulière de succession de contrats à durée déterminée, d'alternance de périodes d'emploi et de chômage, a amené les partenaires sociaux siégeant à l'Unédic à aménager des dispositifs particuliers quant à leur accessibilité aux droits d'indemnité chômage.

En 1936 est créé le régime salarié intermittent à employeurs multiples pour les techniciens et cadres du cinéma. Ce régime est encouragé par les producteurs de cinéma qui à l'époque ne trouvaient pas de techniciens, souvent des artisans et des ouvriers dans diverses corporations (menuisiers, peintres, décorateurs, ensembliers). Ceux-ci préféraient travailler chez un patron en fixe avec une paye toute l'année, d'où la difficulté pour le cinéma de trouver du personnel pour des périodes courtes et ponctuelles. Avec ce régime particulier, ils pouvaient travailler pour des films quelques mois et le reste du temps une caisse leur donnait une indemnité pour continuer à vivre et surtout à être disponibles. Le nombre de personnes concernées était à l'époque très modeste.

En 1964 est mise en place l'annexe 8 au régime général d'assurance chômage qui s'applique au secteur cinématographique. Elle est ensuite étendue aux techniciens du disque et de l'audiovisuel.

Le , l’annexe 10, qui ouvre l'assurance chômage aux entreprises du spectacle, entre en vigueur, comme prévu par l’ordonnance du 13/07/67.

En 1969, les artistes interprètes sont intégrés au régime d’intermittent, puis les techniciens du spectacle vivant..

En 1984, Robert Sandrey, ancien Président du Syndicat français des artistes-interprètes, rédige, à la demande du ministre de la culture Jack Lang, un rapport qui esquisse les lignes d’une solution à la crise de l’emploi d'intermittent du spectacle.

En 1992, les annexes 8 et 10 sont renégociées, en vue de corriger le déficit financier de l'assurance chômage.

En , un accord interbranches est conclu pour permettre l'utilisation d'un contrat de travail à durée déterminée « d'usage » (CDD d'usage).

Évolution et réformes 2003 : Ré-négociation de la convention de l'Assurance Chômage Le , un protocole d’accord entre le MEDEF d'une part et trois des cinq syndicats représentatifs à l'échelle nationale d'autre part (CFDT, CFE-CGC, CFTC) est signé, au cours duquel les annexes (8 et 10) sont modifiéesProtocole d'accord du 26 juin 2003 relatif à l'application du régime d'assurance chômage aux professionnels intermittents du cinéma, de l'audiovisuel, de la diffusion et du spectacle. Depuis, de travail sur dix mois sont nécessaires pour être indemnisé pendant huit mois. Ces accords ont pour objet d'adapter à la convention d'assurance chômage en vigueur les dispositions des annexes à la convention du . En outre, ces accords concourent au rétablissement de l'équilibre financier du régime d'assurance chômage.

La CGT, qui est fortement représentée dans ces catégories professionnelles, conteste le contenu de ces accords, considérant qu'ils dégradent les conditions d'indemnisation des intermittents du spectacle, de la production cinématographique et de l'audiovisuel, sans contribuer au rétablissement de l'équilibre du régime d'assurance chômage, ni remédier aux nombreux abus et fraudes qui seraient, selon elle, la cause essentielle de l'écart croissant entre les cotisations acquittées par ces professions et les prestations versées.

Une tractation aurait eu lieu entre François Chérèque (CFDT) et le Premier ministre de l'époque, Jean-Pierre Raffarin, en « échangeant » des conditions plus favorables pour les infirmières (dans le cadre de la réforme des retraites) contre un soutien de la CFDT au gouvernement sur la question des intermittentsLe "deal" Chérèque-Raffarin de 2003 - Christophe Jakubyszyn, Le Monde, 27 septembre 2007.

Force ouvrière dénonce également l'absence de mesures permettant de lutter contre les abus et la précarité du travail, ainsi que d'une réflexion liant la situation de l'emploi avec le mode de financement du régime d'assurance chômage. Elle affirme que ces accords seraient incompatibles avec les dispositions législatives et règlementaires relatives à la détermination de l'allocation journalière, à l'équilibre financier du régime d'assurance chômage, ainsi qu'aux sanctions qui peuvent être arrêtées à l'encontre des employeurs ne respectant pas les obligations prévues en matière de contributions. Ces arguments ont également été soulevés dans les nombreuses observations qui ont été adressées au ministère des affaires sociales, du travail et de la solidarité, à la suite de la publication au Journal officiel de l'avis engageant la procédure d'agrément de ces accords.

Au cours de l'été 2003, des grèves très suivies entraînent l'annulation de grands festivals d'été : Montpellier, Aix-en-Provence, Avignon, Francofolies. Par la suite, de nombreuses actions sont menées, en particulier en direction des médias : interruption de l'émission Star Academy le , du journal de 20h de France 2 le , la Nuit des Molières en , etc.

2014 : Ré-négociation de la convention de l'Assurance Chômage En 2014, le Medef demande la suppression du régime des intermittents dans le cadre plus général de l'assurance chômage. Un nouvel accord négocié qui durcit certains aspects du régime est fortement contesté.

Cette réglementation est régulièrement renégociée au sein de l'Unédic de façon paritaire par les partenaires sociaux (les organisations et syndicats représentatifs des employeurs — dont le MEDEF et la CGPME — et des salariés, dont la fédération CGT du spectacle). La présence de ces organisations pour négocier sur les modalités des annexes 8 et 10 est déduite de la solidarité inter-professionnelle. Si les annexes 8 et 10 constituaient un régime "intermittent", seuls seraient présents les acteurs représentatifs du secteur. Le MEDEF, par exemple, y serait exclu, car non représentatif de la majorité des employeurs du secteur d'emploi des intermittents.

Le cadre des négociations doit tous les deux ans s'inscrire dans le principe de mutualisation des risques des différents secteurs d'emploi.

En 2014, Manuel Valls promet de créer le Fonds national pour l'emploi pérenne dans le spectacle (Fonpeps) qui mettra un nouveau dispositif d'aides dont la mesure principale consiste en une prime à l'emploi de euros au total, versée aux entreprises qui embauchent en CDI un intermittent du spectacle à un salaire inférieur à trois smics. Le coût de cette mesure est évalué à par an ; le Fonpeps étant financé par le ministère de la Culture, c'est-à-dire par l'ensemble des contribuables. Ce dispositif peut être comparé à la prime de euros offerte pour tout recrutement en CDI ou CDD de plus de six mois dans une PMEUne prime de 28.000 euros pour recruter un intermittent, lefigaro.fr, 19/09/2016. Le Fonds est effectivement mis en place en 2016 est composé de 9 mesures : l'Aide à l’embauche d’un premier salarié en CDI (APS) ; une Prime à l’emploi pérenne de salariés du spectacle (PEPSS) ; une Prime aux contrats de longue durée dans le secteur du spectacle (PCLD) ; une Aide à l'embauche des jeunes artistes diplômés (AJAD) ; une Aide à la garde d’enfant d’artiste et techniciens intermittents ; un Fonds assurantiel pour les groupements d’entreprises de la culture ; un Dispositif de soutien à l’emploi dans les secteurs fragiles : cafés-culture, petits lieux de diffusion de musique / théâtre / danse, édition phonographique. L'Agence de Service et de Paiements assure l'instruction et le paiement des 6 premières mesures.

2016: Ré-négociation de la convention de l'Assurance Chômage À la suite des dernières réformes de 2016, le montant des prestations versées aux allocataires indemnisés au titre des annexes 8 et 10 de l’assurance chômage diminue, pour la deuxième année consécutive. Au total pour l’année 2016, le montant des prestations versées s’élève à 1,297 milliard d’euros contre 1,312 milliard en 2015, soit une baisse de -1,1 % en un an. Le nombre d’allocataires indemnisés au moins une journée au titre de ces annexes (allocataires « mandatés »), environ , augmente en un an de +2,4 %.