vignette|alt=Photographie en noir et blanc montrant des personnes en train de manifester dans la rue. Des manifestants brandissent une banderole sur laquelle il est écrit « À bas le régime gaulliste, le peuple veut le pouvoir ».|Manifestation antigaulliste en à Paris. vignette|alt=Affiche en couleurs fond brun avec un dessin de crabe en noir marqué en son centre d'une croix de Lorraine et le texte « Lutte contre le cancer gaulliste ».|Affiche antigaulliste réalisée aux Beaux-Arts de Paris ().
L'antigaullisme désigne l'opposition organisée au gaullisme en regroupant des personnalités, des groupes et des mouvements qui s'opposent aux conceptions tant politiques que philosophiques et jusqu'à la personne physique de Charles de Gaulle. Loin d'être un ensemble doctrinal rigide, l'antigaullisme est un mouvement aussi bien de droite que de gauche.
Caractéristiques L'historien Julian Jackson identifie quatre traditions de l’antigaullisme, plus ou moins véhémentes à l'égard du général de Gaulle et qui parfois se combinent sur certaines questions. : Des résistants intérieurs qui s'opposaient à son leadership et réfutaient l'idée selon laquelle toute la France aurait été résistante ; Des partisans de la tradition républicaine qui considéraient son désir de gouverner personnellement comme une menace pour les normes et les traditions démocratiques, en particulier parlementaires. ; Des hommes politiques de centre droit et de centre gauche, convaincus que le nationalisme du général de Gaulle était dépassé et désuet et qui s’opposaient donc à son scepticisme à l’égard de l’atlantisme ou de l’intégration européenne ; L’extrême droite, qui refusait de blâmer l'action du régime de Vichy ou d'accepter la décolonisation, en particulier en Algérie française. Selon cet historien, l'antigaullisme communiste, contingent et circonstanciel, ne constitue pas à proprement parler une tradition. De Gaulle et les communistes sont plutôt deux , rivaux et parfois complices sur certains points comme par exemple l'hostilité envers les États-Unis.
Antigaullistes durant la guerre Régime de Vichy vignette|alt=Caricature du général de Gaulle en noir et blanc où le général, qui a une croix dans le dos, parle à un micro tenu par un Juif caricaturé. Le général déclare au micro « Allez, braves Français, je vous promets la croix !… ».|Caricature de De Gaulle réalisée par A.R. Charlet dans la revue collaborationniste L'Appel (). vignette|redresse|Affiche de propagande antisémite et antigaulliste éditée par l'Institut d'étude des questions juives en novembre 1941.
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'antigaullisme en France est né à la suite de la déclaration du général dénonçant l'Armistice du 22 juin 1940, dont la signature est demandée par le Maréchal Pétain. Pour les partisans de Vichy, le gaullisme est associé à la Résistance intérieure française : de Gaulle a ainsi bafoué les valeurs d'ordre et d'autorité qui fondent le métier militaire en s'attaquant par le verbe et par les armes à Pétain, dont le gouvernement le condamne à mort pour « trahison, intelligence avec l'ennemi et désertion en pays étranger »... Le régime collaborationniste mettra sur pied le Bureau des menées antinationales, dont un des objectifs est de combattre le gaullisme sous toutes ses formes..
En 1940, Charles Platon alors secrétaire d'État aux Colonies, tente par tous les moyens de s'opposer à des ralliements à de Gaulle.. De son côté, le général Weygand jugera négativement son départ à Londres..
Charles Maurras le dénonce comme un traître, qui s'est vendu aux Britanniques, considérés selon lui comme « l'ennemi numéro un ».
Les collaborationnistes trouvent un nom aux émissions du à Radio Londres, le , qu'ils définissent comme ., précisant, dans un humour douteux, qu'il et que .. Dans le même temps la diffuse les tracts dessinés par Marcel Mars-Trick dénonçant sur le même ton la , maladie honteuse...
Les Alliés Chez les Alliés, le sentiment antigaulliste se caractérise surtout par la méfiance vis-à-vis des positions antiaméricanistes et indépendantistes de De Gaulle et ses collaborateurs. La France libre fera tout pour avoir une place importante dans les prises de décisions militaires : elle refusera notamment le contrôle de ses territoires par les Alliés. En 1941, l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon est convoitée par le Canada et les États-Unis pour sa position stratégique. Malgré le véto américain, De Gaulle ordonnera le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre.
Le président américain Roosevelt, qui n'appréciait pas de Gaulle, ne lui reconnaissait aucune légitimé pour représenter la France tant militairement que politiquement, ira jusqu'à tenter de convaincre Churchill de se débarrasser de lui... De son côté, le Premier ministre anglais écrit le une lettre dans laquelle il dit « si nous devons à présent éliminer de Gaulle en tant que force politique. (...) Je suis tout prêt à défendre moi-même cette position au Parlement et je montrerai au monde que le mouvement anti-capitulard français autour duquel la légende de De Gaulle s'est bâtie et la réalité de cet homme vaniteux et même méchant n'ont plus rien à voir ensemble »..
Les deux chefs d'états lui préfèrent ainsi le général Giraud, qui n'apprécie pas l'homme de l'appel du 18 juin, le qualifiant même de fasciste et dont une lutte allait naitre entre les deux pour diriger la résistance française...
Pour sa part, Staline jugeait de Gaulle comme une quantité négligeable et n'acceptera de signer un traité d'amitié entre la France Libre et l'URSS qu'avec la promesse que les forces communistes ne seront pas écarté du futur gouvernement provisoire ainsi que de cautionner la mise en place en Pologne d’un gouvernement baptisé Comité de Lublin....
France Libre Bien que l'amiral Muselier ait été le premier officier général à répondre à l'appel du général de Gaulle, il aura par la suite de graves divergences politiques avec ce dernier..
Arrivé à Londres pour continuer la lutte contre l'Allemagne, André Labarthe y fonde La France Libre, une revue fortement hostile à de Gaulle et constitue bientôt, avec les dirigeants du journal France et du groupe Jean-Jaurès, ainsi que quelques proches de l'amiral Muselier, un groupe informel d'opposants « de gauche » au général de Gaulle.
Épuration à la Libération en France Plusieurs personnalités dénonceront les exactions de certains membres des Forces françaises de l'intérieur, désignant de Gaulle comme principal responsable de ces répressions visant à éliminer de futurs opposants ou à régler des comptes...
Autre En 1940, L'Humanité publie un article disant « Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s’efforcent d’entraîner les peuples coloniaux dans la guerre. Les Français répondent le mot de Cambronne à ces messieurs »..
En 1944, Antoine de Saint-Exupéry écrit plusieurs lettres dans lesquels, il explique n'aimer ni l'entourage de de Gaulle ni ce dernier, ayant une vision rétive du gaullisme..
Antigaullistes après guerre Cinquième République Guerre d'Algérie (1954-1962) vignette|alt=Affiche en noir et blanc de l'OAS montrant la France avec, en son centre, une main tenant un poignard qui frappe Alger avec le texte « OAS vaincra ».|Affiche de l'OAS contre les mesures gaullistes en Algérie.
Charles de Gaulle opte dans un premier temps pour l'autodétermination puis s'achemine ensuite vers l'indépendance de l'Algérie..
Plusieurs hommes politiques de droite ne s'entendent pas sur les mesures prises par lui lors de la Guerre d'Algérie alors que des partisans de l'extrême droite tels que Pierre Lagaillarde et Guy Forzy, créent à la suite de la Semaine des barricades l'Organisation de l'armée secrète (OAS) : une organisation antigaulliste et terroriste clandestine, défendant la présence française en Algérie.. D'autres hommes politiques de droite modérée s'insurgent contre la politique d'autodétermination, tel Roger Duchet, conseiller de la République de 1946 à 1959 et animateur du Centre national des indépendants et paysans (CNIP).
Lorsque se tient le référendum du précédent les accords d'Évian, plusieurs dirigeants du CNIP (parti classé à droite) appellent à voter contre.
Le , une partie des militaires de l'armée française en Algérie, conduit par quatre généraux cinq étoiles déclenchent un putsch en réaction à la politique du président de Gaulle, qu'ils considèrent abandonner l'Algérie française.. L'Esprit Public va jusqu'à le comparer à Hitler..
Le l'OAS tente d'assassiner de Gaulle lors de l'attentat du Pont-sur-Seine et le , le lieutenant-colonel Jean Bastien-Thiry commande l'attentat du Petit-Clamart, visant à tuer le chef de l'état à cause des accords d'Évian établissant le cessez-le-feu en Algérie en plus du résultat de deux référendums portant sur l'autodétermination de ce pays...
Plusieurs décennies après l'indépendance de l'Algérie, des anciens de l’OAS ainsi que des descendants de pieds-noirs et d'harkis continuent d'accuser de traitrise l'action du général..
Naissance de la République : enjeux constitutionnels et politiques Avec l'instauration de la Ve République, l'antigaullisme prend une nouvelle dimension. Il se nourrit des critiques contre la concentration des pouvoirs entre les mains du Président, de l'usage du référendum, et de la politique gaulliste. Des médias qualifient de coup d'État le vote d'investiture du général de Gaulle en 1958, qui mènera par la suite naissance à la Cinquième République....
Cet évènement politique provoque une division de la droite et certains, comme Henri Dorgères, votent l'investiture du général.. D'autres s'y opposent fermement, comme Jacques Isorni, déclarant notamment : « Le défenseur de ne peut voter pour Robespierre ».
Gaston Monnerville, président du Sénat, accuse Pompidou de « forfaiture » à propos du référendum sur l’élection du président de la République proposé par de Gaulle en 1962. Faute de pouvoir le renverser, les antigaullistes du centre et de la droite censurent le gouvernement Pompidou.. Paul Reynaud sera le premier à apposer sa signature sur la motion, votée par CNIP sur 121.
Politiques menées par de Gaulle Dès 1946, certains des adversaires de droite de Charles de Gaulle apparaissent au sein même du MRP, longtemps présenté comme fidèle au gaullisme durant la Seconde Guerre mondiale (ses membres étaient des Résistants), des divergences idéologiques apparaissant, notamment sur l'intégration européenne de la France..
Durant le mandat de Charles de Gaulle, certains dénoncent ses politiques économiques et monétaires.. Son projet d'instaurer la participation des travailleurs aux bénéfices des entreprises inquiète le patronat et les milieux d'affaires.
Jean-Marie Le Pen fut dès le départ un antigaulliste, en fondant son parti politique en réaction à sa politique même s'il reconnaît au général « son intuition, juste, de la victoire alliée » et admet que « quitter l’Algérie était sans doute inéluctable », en raison notamment de « la démographie »...
Certains Pères de l'Europe tel Paul-Henri Spaak ou Jean Monnet jugent le général de dangereux adversaire et de fossoyeur de l’unité européenne, déplorant sa politique aveugle et dépassée, la jugeant incapable de comprendre les exigences d’une Europe unie..
Bien que Valéry Giscard d'Estaing ne quitte pas le mouvement gaulliste, il n'en affirme pas moins l'importance de faire des propositions différentes. et incarnera un nouveau style présidentielle loin de la tradition gaulliste-pompidolienne...
De gauche Contrairement à la droite, la gauche française n'est pas réellement divisée sur les positions vis-à-vis des politiques menées par de Gaulle, notamment car ce dernier est avant tout un homme de droite.. Ainsi, la plupart des hommes politiques de gauche s'opposent aux mesures gaullistes durant la Cinquième république..