est un genre fossile de thérapsides gorgonopsiens ayant vécu durant une période contestée du Permien, dans l'actuelle Russie européenne. L'unique espèce connue est , premièrement décrite en 1999 par Leonid Tatarinov à partir d'un crâne issu d'un squelette découvert dans la localité de Kotelnitch, près de la rivière Viatka. Le nom générique Viatkogorgon fait référence à cette rivière ainsi qu'au genre apparenté Gorgonops, les gorgones de la mythologie grecque étant fréquemment utilisées pour nommer les membres du groupe. L'épithète spécifique ivakhnenkoi honore quant à lui le paléontologue russe Mikhaïl Ivakhnenko. Le spécimen holotype compte parmi les gorgonopsiens les plus complets connus, incluant des éléments rarement conservés comme des côtes abdominales et un anneau sclérotique (un anneau osseux situé dans l'œil). Un spécimen plus grand, mais mal conservé, est également connu.
L'holotype mesure environ de long, dont pour le crâne, ce qui fait de Viatkogorgon un gorgonopsien relativement petit. Le second spécimen possède un crâne long de , suggérant que l'holotype pourrait être un individu plus jeune. L'animal présente un squelette robuste et une posture comparable à celle d'un chien, avec toutefois des coudes orientés vers l'extérieur. Le museau est relevé et les dents, pointues et dentelées, sont généralement recourbées vers l'arrière. Les canines sont nettement plus grandes que les incisives et les dents postcanines, mais restent relativement petites pour un gorgonopsien. Viatkogorgon se caractérise aussi par de très grandes orbites et la présence d'anneaux sclérotiques. Il se distingue des autres gorgonopsiens par une barre postorbitaire inférieure étroite et par un large sillon situé à l'arrière de chaque côté du crâne. Les gorgonopsiens étant principalement connus par leurs crânes, il n'est pas certain que les caractéristiques postcrâniennes observées chez Viatkogorgon soient partagées par les autres membres du groupe. Son squelette présente notamment des côtes abdominales, une queue divisée en deux parties (la partie antérieure étant moins flexible), ainsi que des membres postérieurs et des doigts réduits et étroitement connectés.
Les gorgonopsiens forment un groupe de « proto mammifères » carnivores ayant disparu lors de la fin du Permien. Les analyses phylogénétiques publiées depuis 2018 placent Viatkogorgon parmi les gorgonopsiens les plus basaux, après le genre Nochnitsa, également connu de Kotelnitch. Tous les autres gorgonopsiens semblent appartenir à deux groupes plus tardivement divergents, d'origine russe et africaine. L'anneau sclérotique proportionnellement grand de Viatkogorgon suggère un mode de vie probablement nocturne. Les gorgonopsiens sont généralement considérés comme des prédateurs relativement rapides, capables de tuer leurs proies grâce à des morsures infligées avec leurs « dents de sabre ». Le squelette de Viatkogorgon présente une colonne vertébrale à courbure verticale marquée, notamment dans la partie postérieure de la queue, ainsi qu'une mobilité réduite de certains doigts des pattes arrière, évoquant des structures proches de nageoires. Ces caractéristiques suggèrent par conséquent que l'animal pourrait avoir été un bon nageur. L'âge du membre Vanyushonki, d'où Viatkogorgon est connu, reste incertain, mais est généralement estimé entre la fin du Permien moyen et le début du Permien supérieur.
Découverte et dénomination vignette|redresse=1.3|alt=Carte de la Russie européenne indiquant la position de Kotelnitch et de la rivière Viatka, ainsi que les principales villes environnantes comme Kirov, Perm, Moscou et Saint-Pétersbourg.|Carte montrant la localité de Kotelnitch, en Russie, d'où Viatkogorgon a été découvert (encadré en bas à gauche, agrandi en haut à droite). La rivière Viatka, qui donne son nom au genre, est également indiquée.
En 1999, le paléontologue russe Leonid Petrovitch Tatarinov décrit un nouveau genre et espèce de gorgonopsien, qu'il nomme Viatkogorgon ivakhnenkoi. L'holotype de ce taxon consiste en un squelette remarquablement bien conservé, découvert en 1992 dans la localité de Kotelnitch, dans l'oblast de Kirov en Russie européenne. Ce site est connu pour avoir une série d'affleurements datant du Permien sur les rives de la rivière Viatka. Le spécimen en question est depuis conservé à l'Institut paléontologique de l'Académie des sciences de Russie à Moscou, sous le numéro PIN 2212/61.
Le nom générique Viatkogorgon se réfère à la rivière Viatka et au genre apparenté Gorgonops. Le terme « gorgone » est d'ailleurs souvent utilisée dans les noms génériques des plusieurs gorgonopsiens en référence aux sorcières monstrueuses de la mythologie grecque. L'épithète spécifique ivakhnenkoi honore quant à lui le paléontologue russe Mikhaïl Feodosievitch Ivakhnenko. L'orthographe de ce dernier nom varie dans la littérature scientifique. Elena G. Kordikova et Albert J. Khlyupin utilisent la forme ivachnenkovi en 2001., tandis que Tatarinov emploie en 2004 la variante ivachnenkoi. Malgré ces modifications, l'orthographe originale ivakhnenkoi reste la plus couramment utilisée. Les découvertes de gorgonopsiens en Russie débutent dans les années 1890 avec la trouvaille d’Inostrancevia, l'un des plus grands représentants connus du groupe. Peu de découvertes sont faites au cours du , Viatkogorgon étant le premier gorgonopsien décrit en Russie depuis 1974, le pays en question étant d'ailleurs le seul endroit en dehors de l'Afrique où la présence du groupe est unanimement reconnue.
Le squelette holotype compte parmi les spécimens de gorgonopsiens les plus complets connus (une étude de 2023 le considérant même comme étant le plus complet.), préservant la quasi-totalité du squelette postcrânien, incluant même des éléments rarement conservés intacts chez les thérapsides non mammaliens, tels que les gastralia (ou côtes abdominales), structures notamment présentes chez les reptiles. Le crâne est en revanche relativement mal conservé, avec le côté gauche et le palais qui sont fortement endommagés. Le toit crânien est en grande partie reconstitué en plâtre, à l'exception de l'extrémité du museau et de l'os postorbitaire (qui forme le bord postérieur de l'orbite) gauche. Dans son ensemble, le crâne est également comprimé latéralement, ce qui le rend plus étroit qu'il ne l'aurait été de son vivant en vue dorsale. Les anneaux sclérotiques (anneaux osseux situés à l’intérieur des yeux), notamment celui de droite, sont conservés, ce qui est plutôt rare dans les fossiles de thériodontes (le sous-groupe de thérapsides auquel appartiennent les gorgonopsiens et les ancêtres des mammifères). Le proatlas, l'atlas et l'axis (les premières vertèbres de la colonne vertébrale) sont encore articulés avec le crâne...
Dans son article publiée en 1999, Tatarinov décrit uniquement le crâne de Viatkogorgon et nomme également un nouveau genre de thérocéphale scylacosaurien, Kotelcephalon. En raison du nombre limité de volume, il décrit à titre préliminaire le squelette postcrânien dans un autre article publié en 2004.. Dans une publication de 2018, le paléontologue américain Christian F. Kammerer et son collègue russe Vladimir Masyutin redécrivent le crâne de l'holotype de Viatkogorgon et citent qu'une étude détaillée du squelette postcrânien permettrait d'améliorer la compréhension de l'anatomie squelettique des gorgonopsiens. Ils précisent toutefois que le spécimen n'est pas disponible à l'étude au moment de leurs travaux, car il fait partie d'une exposition itinérante. Dans ce même article, ils décrivent également un nouveau gorgonopsien, Nochnitsa, aussi découvert à Kotelnitch. Par ailleurs, dans un article publiée en 2002, Ivakhnenko signale un spécimen supplémentaire de Viatkogorgon, catalogué PIN 4678/5, plus grand mais très mal conservé..
Description Morphologie d'ensemble alt=Schéma montrant la taille d'un petit animal quadrupède carnivore (montré en vert clair) à celui d'un homme (montré en bleu clair).|vignette|droite|redresse=0.9|Taille de Viatkogorgon comparée à un humain, d'après le spécimen holotype.
Le spécimen holotype de Viatkogorgon mesure environ de long, crâne compris. Le crâne atteint , la portion conservée de la queue environ , le membre antérieur et le membre postérieur plus de . L'animal reste ainsi relativement petit pour un gorgonopsien. À titre de comparaison, des genres plus tardifs tels qu’Inostrancevia ou Rubidgea atteignent au moins de long. En 2002, Ivakhnenko suggère que l'holotype pourrait correspondre à un jeune individu. Cette hypothèse repose notamment sur la présence d'une barre postorbitaire étroite, dont la largeur tend à augmenter avec l'âge chez certains thérapsides, comme documenté avec le dinocéphale Estemmenosuchus. Le crâne du plus grand spécimen attribué atteint de long, avec une barre postorbitaire environ plus large, contre chez l'holotype. La longueur du crâne est ainsi multipliée par , tandis que la largeur de la barre postorbitaire l'est par . Les gorgonopsiens possèdent généralement un squelette robuste et des membres relativement longs pour des thérapsides, avec une posture évoquant celle d'un chien, bien que les coudes soient orientés vers l'extérieur. En revanche, les données disponibles ne permettent pas de déterminer si les thérapsides non mammaliaformes tels que les gorgonopsiens seraient couverts de poils ou non..
Crâne
Le museau de Viatkogorgon est haut et étroit, bien qu'une partie de cette étroitesse résulte d'une compression latérale du fossile. Le prémaxillaire (l'os le plus antérieur de la mâchoire supérieure) est peu visible sur la face latérale du museau, comme chez Nochnitsa. La barre internariale (qui sépare les narines) s'incurve légèrement vers l'arrière en vue latérale, de sorte que le bord antérieur inférieur du museau est émoussé plutôt que pointu. L'extrémité supérieure du prémaxillaire atteint le bord antérieur supérieur de la narine osseuse. Peu d'incisives supérieures sont conservées intactes chez l'holotype, mais les racines dentaires partielles et les alvéoles indiquent qu'il posséderait cinq incisives de chaque côté, comme chez la plupart des gorgonopsiens. Les incisives supérieures sont légèrement recourbées et spatulées (en forme de cuillère), avec des dentelures marquées vers leur extrémité. Il reste incertain si leur taille diminue vers l'arrière de la rangée dentaire, car les deux seules incisives intactes de l'holotype correspondent à la même dent de chaque côté (I5). De manière générale, les dents sont pointues, aplaties sur leur face externe et légèrement convexes sur leur face interne, et la zone dentelée de chaque dent est décalée vers le bord externe de la couronne. Le (un petit os situé entre l'os nasal et le maxillaire, principal os de la mâchoire supérieure) présente un processus latéral plus court que chez Nochnitsa.
alt=Photographie (au dessus) et schéma (en dessous) du crâne fossile d'un animal carnivore.|vignette|gauche|redresse=1.1|Crâne et diagramme de l'holotype, la zone grise indique la matrice rocheuse et les hachures indiquent la reconstitution due au plâtre.