Le chiisme (ou chi'isme, shî'ismeEn arabe () ; en persan ().) constitue l'un des trois principaux courants de l'islam, avec le sunnisme, majoritaire, et le kharidjisme. Il regroupe environ 15 à 20 % des musulmans. La plus importante communauté chiite vit en Iran, où elle constitue 90 % de la population du pays, et environ 40 % de la population chiite mondiale.

Le reste des musulmans chiites se répartit principalement en Irak, en Azerbaïdjan, au Pakistan, en Inde, en Turquie, à Bahreïn, au Liban, au Yémen, en Syrie, en Afghanistan

Étymologie Le mot « chiisme » dérive du terme arabe qui désigne à l’origine un groupe de partisans. Le terme « chiites » signifie « partisans, disciples, suiveurs ». Le Coran cite qu'une partie des serviteurs vertueux était les schi'a, ce mot étant traduit en français par « partisans » ou « disciples ».

Le mot « chiite » est donc un mot employé dans le Coran pour des prophètes renommés tout comme pour ceux qui les suivent.

Au commencement de l’histoire islamique, le terme « shî`ite » fut utilisé dans son sens originel ou littéral pour désigner des partisans de différentes personnes.

Le terme a acquis graduellement le sens secondaire de partisans d’Ali, ceux qui croient en son imamat. Dans son Al-Firaq al-Shî`ah, Hasan ibn Musa al-Nawbakhti, savant chiite, écrit :

Le terme « chiites » est un adjectif utilisé par les musulmans qui suivent les Imams-Guides de la famille du Prophète (ahl al-bayt). Ils ne l'utilisent pas pour des raisons sectaires ou pour créer des divisions entre les musulmans. Ils l'utilisent parce que le Coran l'utilise et parce que Mahomet et les musulmans des premiers temps l'utilisèrent aussi.

Cheikh Moufid, un des premiers érudits chiites, définit les chiites comme étant ceux qui suivent Ali et voient en lui le successeur immédiat du prophète Mahomet. En expliquant pourquoi les chiites sont aussi appelés « Imàmîyah », il dit :

Muhammad al-Shahrastani, dans son Al-Milal wa al-Nihal, une source sur les différents groupes en islam, écrit :

C’est une définition très précise, étant donné que les chiites eux-mêmes croient que la raison de suivre Ali est motivée par l’exigence du Prophète.

Ainsi, on peut dire que les chiites sont ceux qui ont les croyances suivantes sur la succession de Mahomet : La succession de Mahomet est une désignation divine ; Comme Mahomet a été choisi par Dieu, son successeur ou imam doit aussi être choisi par Dieu et inspiré à Mahomet ; Le successeur immédiat de Mahomet est Ali ; Le successeur doit être infaillible.

Selon Muhammad Husayn Tabataba'i, le chiisme naquit du vivant même du Prophète. D’après Allameh, ce terme a d’abord désigné les partisans d’Ali. L’avènement, puis l’extension de l’islam pendant les vingt-trois années de la prophétie rendirent nécessaire pour plusieurs raisons l’apparition parmi les compagnons du Prophète, d’un groupe tel que celui des chiitesAllame Seyed Muhammad Hossein Tabatabaei, L'islam Shi'ite, Chiisme dans l'islam, p. 9, traduit par Muhsin Khaliji, 1996..

Nomination du successeur thumb|« Asadullah » surnom donné par Mahomet à son gendre et cousin Ali. Asadullah signifie le « Lion de Dieu ». L'alévisme et le bektachisme considèrent Ali comme le détenteur des secrets divins et de la signification ésotérique de l'islam, qui lui seraient transmis par Mahomet. Les chiites pensent que des personnes choisies parmi la famille de Mahomet (les imams) sont la meilleure source de connaissance du Coran, de l'islam, de l'émulation (les successeurs de la mission prophétique après Mahomet) et les protecteurs les plus fervents de la sunnah de Mahomet. Une tradition prophétique (rapportée aussi bien par les sunnites que les chiites) le soutient : Ce hadith a été commenté par des théologiens sunnites, tel l'imam Al-Boukhâri, lequel a dit , l'imam At-Tirmidhi a dit « Hadith hasan (bon) », l'imam Yahya ibn Ma'ine a dit , les deux imams Abou Hatim et Yahya ibn Sa'd ont dit .. Il faut noter que le symbolisme de la porte est fréquent dans les différentes traditions initiatiques.

En particulier, les chiites reconnaissent la succession de Mahomet par Ali ibn Abi Talib (son cousin, gendre et un des premiers hommes à accepter l'islam et aussi un des cinq membres de l'Ahl al-Bayt ou « la famille du prophète »). Au contraire, les musulmans sunnites reconnaissent le califat. Les chiites croient que Mahomet a désigné Ali comme son successeur en de nombreuses occasions, et qu'il est donc le guide spirituel des musulmans, selon la mission divine révélée à Mahomet.

Pour les chiites, la nomination d'Ali comme imam eut lieu dès le début de la Prophétie, fut maintes fois confirmée, et la dernière eut lieu le jour de l'événement du Ghadir Khumm. La première nomination d'Ali eut lieu le jour où le Prophète réunit sa famille, les Banu Hashim, et les invita à accepter le nouveau message de l'Islam. Il s'adressa à eux en ces termes :

Tous les historiens sunnites rapportent et acceptent cette tradition, mais ils n'en interprètent pas la portée au-delà de la famille du Prophète.

La dernière nomination d'Ali a eu lieu le jour d'al-Ghadîr, après le pèlerinage d'adieu, lorsque Mahomet annonça solennellement et devant des milliers de pèlerins l'un de ses plus importants discours :

Les sunnites interprètent le terme polysémique mawla comme signifiant « ami », et les chiites l'interprètent comme signifiant maître. Cette différence entre la reconnaissance du pouvoir prioritaire de l'ahl al-bayt (la famille de Mahomet) ou du calife Abou Bakr a modelé les doctrines chiites et sunnites à propos du Coran, des hadiths et d'autres points. Les chiites, pour justifier la nécessité de l'allégeance à la maisonnée du Prophète, invoquent notamment le hadith dit al-thaqalayn, rapporté par des sources sunnites dont le Sahih Muslim : Sahih Muslim, English Version, Book 31, hadith 5 920..

Selon les chiites, le Prophète a désigné explicitement Ali comme son Successeur (Imâm ou Calife), qui assumera la responsabilité à la fois de gérer l’empire et de guider les croyants dans leur vie spirituelle après trois autres califes. Aurait-il dû être choisi plus tôt ?

En dehors des considérations sur le califat, les chiites reconnaissent l'autorité de l'imam (aussi appelé Hujjat Allâh, argument ou preuve de Dieu) en tant qu'autorité religieuse, bien que les différentes branches de l'islam chiite ne soient pas d'accord sur la succession de cet imam et de son successeur (les duodécimains, ismaéliens ou zaydites par exemple).

Histoire religieuse Période prophétique Selon la tradition musulmane, sur le chemin de retour de son pèlerinage d'adieu, Mahomet fit une halte à mi-chemin entre La Mecque et Médine au lieu-dit Ghadir Khumm. Là, au cours d'un sermon, Mahomet annonça sa fin prochaine. Dans le hadith, dit Hadith de Ghadir Khumm, rapporté par Muslim deux siècles plus tard, Mahomet aurait dit qu'il laissait derrière lui deux choses importantes : la première c'est le livre de Dieu (Le Coran) et la seconde ce sont les ahl al-bayt ou « gens de la maison du Prophète ».

Période des califes bien guidés À sa mort en 632, Mahomet était le chef de l'oumma et d'un territoire devenu un important État en seulement quelques années. La question de sa succession fut à l’origine du premier grand schisme entre les musulmans. Pendant qu'Ali et les membres de la famille du Prophète étaient occupés à préparer ses funérailles, certains ansârs, rejoints par Abou Bakr et Omar ibn al-Khattâb, se réunirent pour désigner le successeur. Après une courte discussion, la majorité des compagnons présents (à l'exception de deux d'entre eux) désignèrent Abou Bakr premier calife. Quelque temps plus tard, selon certaines versions, ces deux compagnons, ainsi qu'Ali, vinrent à la mosquée où s'étaient réunis les compagnons, à leur tête Abou Bakr, et lui ont prêté allégeancePlusieurs spécialistes sunnites de la science des hadiths, dont l'imam Ahmed, Al-Tabarani, Ibn Kathir et Al Dhahabi, rapportent que . Mais selon Bukhari, Ali ne prêtera allégeance au calife que six mois plus tardSahih Bukhari, English Version, Vol. 5, Book 59, hadith 5 546 : . .

À sa mort, Abou Bakr décida de désigner son successeur. Le deuxième des califes bien guidés désigna, à son tour, un conseil de six personnes (dont Ali faisait partie) pour choisir en son sein le prochain calife. Uthman ben Affan, nommé troisième calife, fut assassiné en 656, à la suite d'une révolte. Ali fut, ensuite, désigné à la tête de la communauté.

Malgré ses titres et ses exploits, son califat se déroula dans le tumulte : une partie du clan des Omeyyades (lié au défunt calife Utman) et la veuve de Mahomet Aïcha, réclamèrent à Ali la punition des meurtriers de Uthman ben Affan. Ali mena donc une bataille contre l'armée d'Aïcha, Talha et Zubair (bataille du chameau), puis une autre contre Muawiya qui fut nommée la bataille de Siffîn en 658. Ali était sur le point de l'emporter quand les troupes de Muawiya brandirent des feuillets du Coran au bout de leurs épées et réclamèrent un arbitrage, qu'Ali accepta malgré lui.

Une partie des hommes d'Ali se révoltèrent, reprochant à Ali d'avoir consenti à la procédure de l'arbitrage exigée par les troupes de Muawiya. Cette révolte fut fortement réprimée par Ali et la majorité des khârijites mourut à la bataille de Nahrawân ; trois de leurs survivants voulurent se venger. L'un en tentant d'assassiner Muawiya, en vain. Un autre en tentant d'assassiner Amr Ibn al-Ass, mais il n'y parvint pas. Et le troisième en assassinant Ali, en 661, avec une épée enduite de poison, alors qu’il faisait sa prière dans la mosquée.

Ce conflit de succession a engendré une scission fondamentale au sein de l'islam : d'une part, les chiites reconnaissent Ali comme premier successeur légitime de Mahomet. Avec ses deux fils qui lui succédèrent, a commencé pour les chiites la lignée des imams. De l'autre, les sunnites majoritaires ne voient en Ali que le quatrième calife. Les particularités doctrinales et les différences théologiques entre ces deux courants reposent donc sur une querelle de succession. Ces courants religieux se sont donc construits sur un socle politique.

Le sunnisme vient du mot sunna, c'est-à-dire la tradition du Prophète, qui comprend ses paroles, ses actes et ses pratiques. Ils considèrent que le Coran (la parole divine) a été révélé et que l'univers et l'histoire sont prédéterminés.

Être sunnite revient davantage à perpétuer mimétiquement la tradition de Mahomet, à travers les législations et pratiques des premiers califes et des compagnons du Prophète dans leur ensemble ; selon ce courant, le cycle de la prophétie s'est clos avec lui.

Les chiites affirment également suivre la sunna du Prophète, mais ils rejettent la législation des premiers califes et de certains compagnons, qui a selon eux gravement altéré la véritable sunna du Prophète ; pour eux, celle-ci n'est authentiquement sauvegardée qu'à travers la législation et la pratique d'Ali et des imams de sa descendance. Ceux-ci ne jouissent pas de nouvelles révélations, la prophétie étant close avec Mahomet, mais ils connaissent et transmettent ses enseignements.

Cette divergence est due à une interprétation différente d'un hadith du Prophète qui invitait les musulmans à suivre « sa sunna et la sunna des califes bien-guidés après lui », les sunnites considérant qu'il s'agit là d'une invitation à suivre les quatre premiers califes et les compagnons dans leur ensemble, les chiites pensant au contraire qu'il s'agit des imams de la descendance d'Ali.