vignette|Liste des objectifs de la conférence de Wannsee La Shoah dans l'État indépendant de Croatie recouvre les persécutions, les déportations et l'extermination subies par les Juifs en Croatie entre 1941 et 1945. Ces exactions ont provoqué l'assassinat de au sein de l'État indépendant de Croatie (Nezavisna Država Hrvatska, NDH), régime fasciste satellite de l'Allemagne nazie dirigé par les Oustachis pendant la Seconde Guerre mondiale. Le territoire du NDH représente, en Yougoslavie, la majeure partie du territoire de la Croatie actuelle, ainsi que la Bosnie-Herzégovine et la partie orientale de la Syrmie.
Sur une population totale de vivant dans le NDH en 1941, l'United States Holocaust Memorial Museum estime que plus de ont été tués. : sont livrés au Troisième Reich et les autres sont assassinés par le NDH, la plupart dans les camps de concentration oustachis, comme celui de Jasenovac. De toutes les armées collaborationnistes en Europe, les Oustachis sont les seuls qui ouvrent leurs propres camps d'extermination afin d'y éliminer les Juifs ainsi que les membres de certains groupes ethniques (les Serbes et les Roms).
Parmi les Juifs survivants, environ la moitié a rejoint les partisans ou s'est échappée dans des territoires sous contrôle des partisans. Certains civils croates ont participé au sauvetage des Juifs. En 2020, 118 Croates étaient reconnus comme « Justes parmi les nations »..
Contexte vignette|droite|Carte postale de 1906 montrant la synagogue de Zagreb, la plus grande de Croatie, détruite par les Oustachis en 1941-1942.
Le , Paul de Yougoslavie signe le pacte tripartite, engageant le royaume de Yougoslavie aux côtés des puissances de l'Axe. Paul est renversé et un nouveau gouvernement anti-germanique dirigé par Pierre II et Dušan Simović prend le pouvoir. Ce gouvernement retire son soutien à l'Axe mais il n'annule pas le pacte tripartite. Les forces de l'Axe, menées par le Troisième Reich, envahissent la Yougoslavie en .
Les Oustachis (Ustaše), mouvement croate fasciste, raciste, ultranationaliste et terroriste, proclament l'État indépendant de Croatie le . À cette date, environ vivent dans le nouvel État . Croatia: A History, C. Hurst & Co. Ltd., London, 1999. (p. 136). Sur le territoire de la Yougoslavie, les Oustachis sont la seule armée collaborationniste qui instaure ses propres lois raciales et ouvre ses propres camps de concentration pour tuer systématiquement les Juifs. En Serbie et dans d'autres régions de la Yougoslavie en 1940, l'extermination incombe uniquement aux nazis. D'après Jozo Tomasevich, sur les 115 associations religieuses juives recensées en 1940 en Yougoslavie, seule celle de Zagreb a survécu à la guerre. Dans cette ville où vivaient environ juifs, ont réchappéNi spomenik ni komemoracije neće riješiti problem, 2020, https://www.dw.com/hr/ni-spomenik-ni-komemoracije-ne%C4%87e-rije%C5%A1iti-problem/a-52139139. L'historien Ivo Goldstein relève que 78 % de la communauté juive de Zagreb ont été assassinés par le NDH et la destruction de la synagogue par les Oustachis « préfigure avec une clarté totale le projet des Oustachis d'annihiler entièrement les Juifs de Zagreb ». En parallèle de l'extermination des autres communautés juives, les Oustachis forcent celle de Zagreb à régler les frais de transport des Juifs prisonniers des camps de concentration et à les ravitailler .
Un cas particulier est celui de la communauté juive séfarade de Bosnie., qui représente : après avoir fui l'Inquisition espagnole en 1492, la communauté s'implante en Bosnie, alors régie par les Ottomans. Elle survit et prospère pendant près de 400 ans sous le régime des Turcs, de l'Autriche-Hongrie et du royaume de Yougoslavie, puis elle perd la grande majorité de ses membres sous l'État indépendant de Croatie aux mains des Oustachis et des nazis . Ces derniers ont aussi exterminé les Juifs de Serbie, en Syrmie occupée. La quasi-totalité des 450 Juifs de la ville de Ruma sont assassinés dans le camp oustachi de Jasenovac et dans le camp nazi de Sajmište ; tous leurs biens sont confisqués par le NDH..
Avant même que la guerre n'éclate, les Oustachis tissent des liens étroits avec l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie. En 1933, ils présentent « Les Dix-Sept principes », qui proclament l'unicité de la nation croate, affirment la supériorité des droits collectifs sur les droits individuels et déclarent que les personnes qui ne sont croates ni par la race ni par le sang doivent être exclues de la vie politique. En 1936, le chef des Oustachis, Ante Pavelić, écrit dans La Question croate :
La Shoah vignette|droite|Prisonnier juif contraint de retirer son anneau à son arrivée au camp de concentration de Jasenovac. Législation antisémite et début des persécutions
Les principales lois raciales de l'État indépendant de Croatie (NDH), transposition des lois de Nuremberg, sont adoptées et promulguées par le dirigeant oustachi Ante Pavelić le : le « Décret-loi sur les origines raciales », le « Décret-loi sur la protection du sang aryen et l'honneur du peuple croate »Živaković-Kerže, Zlata. Od židovskog naselja u Tenji do sabirnog logora et la « Clause sur la nationalité ». Ces décrets définissent dans quels cas une personne est juive et retirent à tous les Juifs et les Roms leurs droits relatifs à la nationalité. Fin (des mois avant que les nazis n'instaurent les mêmes réglementations en Allemagne) les Oustachis imposent à tous les Juifs de porter un symbole, en général une étoile jaune.
Le , Ante Pavelić émet l'Ordre et Décret-loi extraordinaire qui énonce : . Cet acte devient le signal qui déclenche la déportation massive des Juifs vers les camps de concentration oustachis, avec le soutien de campagnes médiatiques qui reprennent ce slogan phare : . Le , les oustachis publient le « Décret-loi sur la nationalisation des biens et des sociétés appartenant aux Juifs », qui provoque la confiscation de tous les biens appartenant aux Juifs.
Les exactions contre les Juifs commencent dès la fondation de l'État indépendant de Croatie. Les 10 et , un groupe de Juifs influents à Zagreb est arrêté par les oustachis et gardé en otage en vue d'une rançon. Le , le même scénario se produit à Osijek ; en outre, les Oustachis et les casseurs détruisent la synagogue et le cimetière juif.. La séquestration de Juifs pour réclamer une forte rançon s'est répétée plusieurs fois en 1941 et 1942, alors que commence leur déportation à grande échelle vers les camps de concentration des Oustachis.
Propagande antisémite vignette|droite|Un journal oustachi annonce les lois raciales du NDH et précise qu'Ante Pavelić a signé des clauses sur les catégories raciales et sur la protection du sang aryen et de l'honneur du peuple croate. Les Oustachis orchestrent d'emblée une propagande antisémite intense. Le lendemain de la signature des principales lois raciales (), l'organe du mouvement oustachi, le Hrvatski narod (« Nation croate ») titre en grands caractères : Boško Zuckerman, "Prilog proučavanju antisemitizma i protužidovske propagande u vodećem zagrebačkom ustaškom tisku (1941-1943)" Zavod za hrvatsku povijest, vol 42, Zagreb (2010)..
Deux jours plus tard, le périodique Novi list conclut que les Croates « doivent être plus vigilants que tout autre groupe pour protéger leur pureté ethnique... Nous devons protéger la pureté de notre sang contre les Juifs ». Le journal écrit aussi que les Juifs sont synonymes de « traîtrise, tricherie, avidité, immortalité et extra-nationalité » et par conséquent . Le Nova Hrvatska (« Nouvelle Croatie ») ajoute que selon le Talmud, .
L'une des principales accusations de la propagande oustachi est que les Juifs se sont toujours opposés à un État croate indépendant et au peuple croate. En , le journal Hrvatski narod accuse les Juifs d'être responsables des « nombreux échecs et revers d'un grand nombre de Croates », ce qui conduit le Poglavnik [Ante Pavelic] à « éradiquer ces maux ». Un article du Spremnost signale que le mouvement oustachi estime que .
Certains membres de l'Église catholique participent à la propagande antisémite. Ainsi, l'évêque catholique de Sarajevo, Ivan Šarić, publie dans son bulletin diocésain que . En , le prêtre franciscain Dionysius Juričev écrit dans Novi list que .
Camps de concentration des Oustachis vignette|droite|Camps de concentration des Oustachis sur une carte montrant l'ensemble des camps en Yougoslavie pendant la Seconde Guerre mondiale. vignette|droite|Camp oustachi de concentration sur l'ancien parc d'exposition à Zagreb. De nombreux juifs y ont été convoyés vers les centres d'extermination nazis et oustachis. Le slogan Za dom spremni ! est la transposition du Sieg Heil ! nazi.
Dès , les Oustachis ouvrent des camps de concentration à Danica. (près de Koprivnica), à Kruščica près de Vitez. et à Kerestinec ; y sont emprisonnés des communistes, des opposants politiques ainsi que les Juifs. En , les Oustachis raflent 165 jeunes juifs (de 17 à 25 ans) à Zagreb, dont la plupart sont membres du club de sport Makabi, pour les envoyer au camp de concentration de Danica (seuls trois ont survécu)..
Camps de Gospić-Jadovno sur l'île de Pag
Le , les Oustachis ordonnent que tous les Juifs arrêtés soient convoyés vers Gospić, d’où les victimes sont déportées dans les camps de la mort de Jadovno dans le Velebit et vers Slana et Metajna sur l'île de Pag. : les criminels y mènent des exécutions de masse. Dans le cadre, le , les Oustachis arrêtent tous les Juifs de Varaždin pour les conduire au camp de concentration de Gospić. D'après un article du Hrvatski narod, les Oustachis annoncent que Varaždin est la première ville « nettoyée » de ses Juifs.
L'historien Paul Mojzes a recensé Juifs, Serbes et 88 Croates assassinés à Jadovno et dans les sites d'exécution satellites, dont . D'autres sources indiquent un nombre compris entre et dans le réseau de camps de Jadovno ; les victimes juives représentent un nombre allant de quelques centaines à voire .
Le chanoine catholique de Pag relate que les Oustachis ont assassiné dans les camps de Pag, « par toutes sortes de méthodes bestiales », dont et enfants, et il a conservé les noms des détenues violées. Après les rapports locaux sur l'empoisonnement de l'eau potable à cause de la quantité de cadavres déposés dans le massif du Velebit, les médecins de l'armée italienne découvrent de nombreuses fosses communes et des charniers de civils dans le Velebit et sur l'île de Pag. Comme les exécutions de masse par les Oustachis favorisent la résistance des partisans, en les Italiens obligent les Oustachis à se retirer de leur zone d'occupation, provoquant la fermeture du réseau des camps d'extermination de Gospić-Jadovno.
Jasenovac-Stara Gradiška
En , les Oustachis ouvrent le camp de concentration de Jasenovac, l'un des plus vastes d'Europe. Il englobe le camp de Stara Gradiška, destiné aux femmes et aux enfants. Jasenovac applique des politiques bien plus barbares que les camps régis par les nazis, car les prisonniers sont souvent torturés et de nombreux assassinats sont commis à la main avec des marteaux, des haches et des couteaux.. L'United States Holocaust Memorial Museum (USHMM) de Washington estime que le régime oustachi a tué de à personnes dans le complexe de Jasenovac entre 1941 et 1945. Le site du Mémorial de Jasenovac indique un nombre proche : entre et victimesOfficial website of the Jasenovac Memorial Site . ; victimes sont juives d'après l'USHMM.
Le site du Mémorial de Jasenovac recense les noms de , dont sont juives, , , et .. Parmi ces , sont des enfants de moins de 12 ans et des femmes.
Autres camps de concentration oustachis vignette|droite|Ordre aux Serbes et aux Juifs de quitter leur domicile pour se rendre dans certains quartiers de Zagreb ; menace d'une expulsion et d'un châtiment en cas de manquement.