La bataille de la ligne Tannenberg ( ; ) ou la bataille des monts Bleus () est un engagement militaire qui a opposé l'armée allemande à l'armée rouge. S'étant déroulée au sur le front de l'Est de la Seconde Guerre mondiale, il s'agit du dernier épisode des combats pour le contrôle de l’isthme stratégique de Narva, en Estonie.

L'objectif stratégique de l'opération pour les attaquants soviétiques est la réoccupation de l'Estonie comme base favorable pour les invasions de la Finlande et de la Prusse orientale. Les forces de la Waffen-SS comprennent 24 bataillons d'infanterie volontaires des divisions SS Nordland, Langemarck, Nederland et de la légion wallonne. Environ la moitié de l'infanterie se compose du personnel de la 20 division SS (estonienne n° 1). La force allemande de 22 250 hommes, composée principalement d'estoniens, mais aussi Norvégiens, Danois, Hollandais et Belges (Flamands et Wallons) font face, à une vague initiale, constamment renforcée, de 138 000 soldats soviétiques. Environ la moitié des hommes de la Waffen-SS sont tués ou blessés, mais les Russes comptent des pertes à la mesure de leurs effectifs et de leur stratégie stalinienne : 170 000 tués, portés disparus ou blessés.

Contexte

vignette|Vue depuis le sommet de la colline du Grenadier vers la colline de l’Orphelinat. Après avoir défendu la tête de pont de Narva pendant six mois, les forces allemandes se replient le sur une nouvelle ligne défensive, la ligne Tannenberg (). Cette ligne défensive se situait le long des monts Sinimäed, ou monts Bleus. Trois collines s’étendent d'Est en Ouest, respectivement, la colline de l’Orphelinat (Kinderheimhohe en allemand ; Lastekodumägi en estonien) à l'Est, au centre la colline du Grenadier (Grenadierhöhe en allemand ; Grenaderimägi en estonien), et à l'Ouest la colline de la Tour (Tornimägi en estonien), connue en allemand sous le nom de 69,9 ou Liebhöhe (colline de l’Amour en français). Les hauteurs ont des pentes raides et s'élèvent de 20 à 50 mètres au-dessus des terres environnantes.

Les formations du III SS-Panzerkorps du Gruppenführer Felix Steiner arrêtèrent leur retraite et prennent des positions défensives sur les collines. La 4 division SS Nederland se positionne sur le flanc gauche (nord) de la ligne Tannenberg, les unités de la 20 division SS estonienne au centre, et la 11 division SS Nordland sur le flanc droit (sud). Une autre section de front occupée par les Prussiens de l'Est de la division d'infanterie est située quelques kilomètres plus au sud, contre la 8 armée dans la tête de pont de Krivasoo.

Le maréchal soviétique Leonid Govorov considère la ligne Tannenberg comme la position clé du groupe d'armées Nord et concentre les meilleures forces du front de Léningrad. Les 122, 124 corps de fusiliers et des divisions supplémentaires du corps de fusiliers sont subordonnés au général Ivan Fediouninski, commandant la 2 armée de choc. L'objectif fixé par le Conseil de guerre de la armée de choc est de percer la ligne de défense de la (germanisches) SS-Panzerkorps sur la colline de l'Orphelinat, de se frayer un chemin jusqu'à la ville de Jõhvi à l'ouest et d'atteindre la rivière de la ville de Kunda le . Afin de mener à bien cet objectif, Govorov reçoit l'ordre de détruire les communications derrière les forces allemandes et de mener des assauts aériens sur les gares de Jõhvi et Tapa le .

Comparaison des forces

Soviétiques Il n'existe aucun aperçu complet de l'ordre des forces soviétiques ou de la taille des détachements pour la bataille de la ligne Tannenberg. Concernant l'attaque du , Govorov concentre toutes les unités soviétiques capables, composées de 11 divisions et de six régiments de charsUnpublished data from the official battle diary of the Army Detachment "Narwa". Les unités soviétiques ayant subi des pertes sont renforcées avec de nouveaux effectifs. La livraison de l'artillerie lourde soviétique complète les neuf divisions des 109, et corps de fusiliers. Les et corps sont concentrés près des monts Sinimäed, tandis que le corps de fusiliers est envoyé dans la section sud, près de l'église de la paroisse de Vaivara. Les positions de la division d'infanterie sont principalement attaquées par la armée forte de 35 000 hommes avec leur corps de fusiliers, deux nouveaux régiments de chars et 1 680 canons d'assaut, déployés dans neuf régiments d'artillerie et 150 véhicules blindés. Les forces blindées comprennent les tout nouveaux chars IS-2 disposant d'un blindage supplémentaire et un canon de 122 mm. Cependant, sa principal faiblesse repose sur sa faible capacité de munitions limitée (seulement 28 cartouches) et le long temps de rechargement de son canon principal. Les forces sont soutenues par la 13 armée aérienne, forte de 576 hommes. Ci-dessous, l'ordre de bataille soviétique (données disponibles au ):

Front de Léningrad – Maréchal Leonid Govorov

2 armée de choc – lieutenant général Ivan Fediouninski 109 corps de fusiliers – major général Ivan Alferov 72 division de fusiliers – Ilya Yastrebov – major général Nikolaï Troujkine 125 division de fusiliers – colonel Vassili Zinovev 122 corps de fusiliers 124 corps de fusiliers – colonel Mikhaïl Paptchenko 131 division de fusiliers – major général Piotr Romanenko 191 division de fusiliers – major général Ivan Bourakovski brigade du génie – lieutenant colonel Vasilkov

Total : 26 850 fantassins, 458 pièces d'artillerie, 112 chars

8 armée – lieutenant général

112 corps de fusiliers – major général Philippe Solovev 48 division de fusiliers – colonel Yakov Koževnikov 117 corps de fusiliers – major général Vassili Troubatchev 120 division de fusiliers – major général Alexandr Batlouk 201 division de fusiliers – major général Viatcheslav Iakoutovitch 256 division de fusiliers – major général Anatoli Koziyev

Total : 28 000 fantassins, 518 pièces d'artillerie, 174 chars et 44 canons automoteurs

Corps et divisions indépendants (éventuellement subordonnés à l'une des armées susmentionnées):

8 corps de fusiliers estoniens – lieutenant général Lembit Pärn : et

43 division de fusiliers 98 division de fusiliers 123 division de fusiliers 189 division de fusiliers 206 division de fusiliers

Allemandes Contre les forces soviétiques, quelques régiments allemands affaiblies sans troupes de réserve se tenaient à leurs positions, battus par l'artillerie soviétique. Le commandant du détachement d'armée Narwa, le General der Infanterie Anton Grasser, estime que la capacité allemande est insuffisante contre une attaque soviétique. Bien que disposant suffisamment de munitions et de mitrailleuses, le moral de combat des volontaires germaniques demeure sous forte pression tandis que l'esprit de certaines troupes estoniennes avait déjà été gravement endommagé, selon Grasser. Cependant, le combat suivant prouvera le contraire. Le petit nombre de bombardiers en piqué Junkers Ju 87 et la pénurie de carburant d'aviation donnent aux Soviétiques une supériorité aérienne massive. Grasser conclut rapidement:

Laissant de côté la formulation diplomatique, Grasser annonce que sans renforts immédiats, les Soviétiques franchiront inévitablement la ligne Tannenberg le . De tels renforts dépassaient les capacités du groupe d'armées Nord. Le commandant du groupe d'armées, Ferdinand Schörner, avait attiré à plusieurs reprises l'attention d'Adolf Hitler sur le fait que pratiquement aucune division composée d'Allemands n'avait été laissée sur la ligne Tannenberg, qui menaçait de s'effondrer. Ces appels n'auront aucun effet, car la réponse d'Hitler stipule de tenir la position jusqu'à la mort. L'ordre de bataille allemand (au ) est le suivant:

Détachement d'armée Narwa (54 corps d'armée) — General der Infanterie Anton Grasser

III (germanisches) SS-Panzerkorps — SS-Gruppenführer Felix Steiner Division SS Nordland – SS-Brigadeführer régiment SS de Panzergrenadier Norge – SS-Obersturmbannführer Fritz Knöchlein régiment SS de Panzergrenadier Danmark 20 division SS (estonienne n° 1) — SS-Brigadeführer Franz Augsberger régiment de Grenadier de la Waffen-SS — Waffen-Obersturmbannführer régiment de Grenadier de la Waffen-SS régiment de Grenadier de la Waffen-SS Régiment d'artillerie 4 brigade SS Freiwilligen Panzergrenadier Nederland — SS-Brigadeführer Jürgen Wagner régiment SS de Panzergrenadier De Ruyter 5 Sturmbrigade Wallonien — SS-Sturmbannführer Léon Degrelle 6 Sturmbrigade Langemarck — SS-Sturmbannführer Conrad Schellong 227 division d'infanterie — Generalmajor der Reserve Maximilian Wengler régiment de sécurité XXVI corps d'armée — General der Infanterie Anton Grasser 11 division d'infanterie — Generalleutnant Hellmuth Reymann division à usage spécial — Generalmajor Rudolf Höfer

Détachements séparés :

Quatre bataillons de la police auxiliaire estonienne Secteur Est, défense côtière – Generalleutnant Alfons Luczny Deux régiments estoniens de défense des frontières bataillon d'artillerie navale 502 bataillon de chars lourds bataillon antichar

Total : 22 250 hommes déployés dans 25 bataillons estoniens et 24 bataillons allemands, néerlandais, danois, flamands, italiens, norvégiens et wallons.

La bataille

Colline de l'orphelinat

26 juillet Le , les Russes sur leur lancée fondent sur la ligne du Tannenberg avant même que le groupe d’armées Narwa ait pu se retrancher. Le couvert végétal au sommet de la colline de l'Orphelinat avait complètement disparu sous l’effet du pilonnage par l’aviation et par l’artillerie Russe, partout, il ne restait plus que des souches d’arbres. À peine arrivée, la brigade d’assaut de volontaires SS Langermark voit son poste de commandement détruit et la plupart de ses officiers blessés. Le Sturmbannführer Wilhelm Rehnmann doit être évacué et le lieutenant George D'Haese prend le commandement de l’unité pour la remettre en ordre de bataille. L'une des batteries allemandes perd son commandant et la plupart des canons sont endommagés, réduisant au minimum le soutien de l'artillerie. Appuyés par les chars du régiment blindé, les Soviétiques réussissent à s'emparer du flanc est de la colline défendu par la division Nordland. Ils perdent dans l’action 4 T-34 sous le feu précis des PaK 40 de la Sturmbrigade Langermark. Une partie de l’artillerie allemande étant hors de combat, les Soviétiques saisissent l'opportunité en se lançant à l’assaut du mont de l'Orphelinat avec leurs et divisions de fusiliers. Ceux-ci parviennent éphémèrement à s'emparer du côté Est de la colline. Durant la nuit, les hommes de la compagnie antichars du régiment d’infanterie mécanisé Danmark détruisent les blindés soviétiques et reprennent les positions perdues.

27 juillet Au matin du , les forces soviétiques déchaînent un nouveau déluge d’artillerie sur la colline. Steiner regroupe derrière la colline de la Tour, les 7 blindés du SS-Obersturmbannführer Paul-Albert Kausch du bataillon de panzer-SS « Herman von Salza » (de la division SS Nordland), ceci en prévision d’une éventuelle attaque de l’infanterie russe. Des unités de la division Nordland sont placées entre les deux collines et la défense est complétée par la compagnie antichar de la division estonienne à l'arrière.