L'usine sidérurgique de Knutange est un ancien complexe sidérurgique dans la vallée de la Fensch, en Moselle, situé sur le ban des communes de Algrange, Nilvange, Knutange et Fontoy. Construite avec des capitaux allemands et belges dans les années 1897-1898, l'usine passe sous contrôle allemand en 1917 avant d'être confisquée par les Français en 1918. Elle est alors rachetée par un groupement de sidérurgistes français menés par les Schneider, et devient l'usine de la SMK.

Alimentée par de puissantes mines, l'usine a été conçue pour tirer tout le parti de la minette lorraine grâce au procédé Thomas. Mais, spécialisée dans les produits longs, peu présente sur les aciers de qualité et située dans un espace étriqué, elle est, en 1970, la première des grandes usines sidérurgiques lorraines à être sacrifiée, au profit de l'usine sidérurgique de Gandrange-Rombas.

L'usine ferme en 1975. Quelques années après, elle a totalement disparu. Mais le démantèlement des infrastructures n'a été que superficiel. La reconversion de la zone pose donc problème au vu des vestiges enfouis et des interrogations sur la pollution des sols.

Fondation (1897 - 1919) L'usine de Knutange

+ Populations des 4 communesSource Insee, voir les articles consacrés aux communes.AlgrangeNilvangeKnutangeFontoy1880404620189073619001910

Le projet d'une grande usine sidérurgique nait en 1872, durant l'occupation de l'Alsace-Moselle, quand l'homme d'affaires luxembourgeois Bernard Servais (1813-1888) acquiert la concession de « La Paix » de , sur le ban des communes de Nilvange, Algrange et Knutange. L'usine de La Paix, associée à cette mine, est située dans la partie amont de la vallée industrielle de la Fensch, sur le ban communal de Nilvange. Elle bénéficie d'un espace libre à la confluence du ruisseau d'Algrange avec la Fensch, du fond de la vallée jusqu'au bas des versants de ces 2 cours d'eau. L'emplacement choisi est étriqué, mais il est desservi par la ligne Hayange-Algrange depuis le , prolongée jusqu'à la mine de Rochonvillers plus tard (voir dans la bibliographie).

L'acte de naissance de l'usine sidérurgique date du , avec la fondation de la Société Anonyme des Hauts Fourneaux de la Paix à Bruxelles. Cette création fait partie d'une vague d'industrialisation consécutive à la découverte du procédé Thomas, particulièrement bien adapté à la valorisation de la minette lorraine. L'objectif est alors de mettre en service le premier haut fourneau au début de 1898 (voir dans la bibliographie).

Le , la société fusionne avec l’Union des Usines et Mines Belgo Lorrain, une société belge de taille identique et fondée également en 1895, afin de créer la Société Anonyme des Hauts Fourneaux Lorrains Aumetz-La Paix. Deux mois après, une augmentation de capital consolide cette fusion et la société devient les Hauts Fourneaux Lorrains Aumetz-La Paix. La société possède alors les concessions minières d'Aumetz () avec un puits d'extraction à grande section en cours de fonçage, la concession minière de La Paix () sur le ban de Nilvange, l'usine de La Paix en construction avec 2 hauts fourneaux en cours d'érection et 2 autres prévus. Peu après, l'acquisition des houillères allemandes General von Weimar à Bochum et du Charbonnage Victor-Ickern, sécurise l’approvisionnement en charbon à coke.

Le , le haut fourneau 1 est mis à feu. La construction, émaillée d'un accident (effondrement d'un réfrigérant), se poursuit et le HF2 est mis à feu le , le HF3 le . Ces 3 hauts fourneaux, d'une capacité unitaire de , sont alimentés par 6 soufflantes. Celels-ci sont mues à la vapeur puis, à partir de 1900, fonctionnent au gaz de haut fourneau, ce qui est alors une innovation risquée car, jusqu'ici, seules soufflantes à vapeur pouvaient rester fiables quelle que soit la qualité de l'épuration du gaz de haut fourneau. L’installation de chargement automatique par bennes à fond ouvrant, estimé à l'époque comme supérieur au chargement par skip, illustre également la modernité de l'usine.

En 1900, la première aciérie Thomas est mise en service. Elle dispose de 2 mélangeurs à fonte de type cornue d'une capacité de chacun, et de 4 convertisseurs d'une capacité maximale de . En 1901, l'usine de La Paix est alimentée par la mine de La Paix, qui livre chaque jour 100 wagons de minerai. Trois hauts fourneaux alimentent l'aciérie. Mais l'entreprise, durement affectée par une recession générale, doit avoir recours à des emprunts et une augmentation de capital pour subsister.

En 1905, les laminoirs, tous à la vapeur, consistent en : le blooming de , d'une largeur de et mû pas 2 machines doubles en tandem de chacune ; le duo réversible lourd à 4 cages de , d'une largeur de et mû par une machine double en tandem de ; un finisseur, utilisé comme duo réversible ou trio, à 2 cages de , d'une largeur de ; un finisseur trio à 3 cages de , d'une largeur de et partageant sa machine triple avec l'autre finisseur.

En , 80 % du capital de la Mine de Murville est aux mains du Lothringer Hüttenverein Aumetz-Friede. En 1909, un cinquième convertisseur est ajouté et, en 1910, une autre extension de l'aciérie ajoute un mélangeur supplémentaire, de type circulaire et de capacité .

En 1913, la production s'éleve à de fonte, transformée en d'acier brut. Mais ce n'est qu'en 1914, qu'un blooming moderne est installé. Il alimente alors 2 trains de laminoirs. Cette année-là, la batterie de hauts fourneaux atteint sa configuration définitive, avec la mise à feu du et dernier haut fourneau.

En 1915-1916, un chantier d'un an modernise l’aciérie. La première étape est la construction d'un convertisseur, afin de pouvoir en libérer un autre pour sa modernisation. Le chantier traite ainsi progressivement les convertisseurs 5, puis 4 sans perturber la production. Le convertisseur 1, moderne et capable d'enformer de fortes charges, est conservé. Finalement, l'agrandissement des convertisseurs augmente la capacité de l'aciérie de 25 %. Après la rénovation, les deux mélangeurs en cornue de sont remplacés par un unique mélangeur circulaire de : celui-ci est alors le plus gros d'Europe. Un deuxième mélangeur, de , complète le dispositif. L'aciérie ne fournit qu'un seul type de lingot, de . Elle opère 2 convertisseurs Thomas de (Demag) et 4 de ().

Pendant la Première Guerre mondiale, malgré les pénuries, les outils de l'usine fonctionnent presque tous, parfois avec des prisonniers de guerre, quoique souvent au ralenti. Le , les capitaux belges passent aux mains des allemands, qui procèdent à la fusion des deux usines de Fontoy et Knutange. L'entreprise devient l’Union Lorraine des Usines et des Mines A.G..

L'usine de Fontoy

L'usine de Fontoy tire ses racines de la forge et du fourneau Gustal. Dès 1206, il est fait mention de la création d'un moulin de Gustal, dont on retrouve la trace en 1624, lorsqu'il est vendu à Nicolas Meusnier, seigneur de Roussy, qui édifie sur l’emplacement un fourneau. A ce moment, l'endroit est déjà un atelier métallurgique puisqu'un recensement fait mention, en 1615, de l'existence de 8 forges établies sur le cours de la Fensch. L'usine change plusieurs fois de propriétaire, et jusqu'au milieu du , les ateliers métallurgiques de Gustal sont régulièrement mentionnés. Quant aux forges dites « de Fontoy », elles sont fondées en 1583 par Mme la baronne de Briey-Landres, dame de Fontoy.

L'usine de Fontoy nait le , avec la création de la Société anonyme des Hauts Fourneaux de Fontoy, essentiellement financée par des capitaux belges. Le minerai est amené depuis la mine de Havange par un chemin de fer à voie étroite. Le , les travaux de construction commencent. Les deux premiers hauts fourneaux sont mis à feux en février et , le troisième en .

En 1904, la majorité de l'usine de Fontoy est rachetée par l'usine de La Paix. Mais, en 1906, l'état allemand refuse la fusion. Ce n'est qu'en 1917, lorsque le capital de l'usine de Knutange passe sous contrôle allemand, que la fusion est réalisée.

La physionomie de l'usine, cantonnée à la production de fonte et dotée d'une installation de granulation du laitier en sable, va désormais se figer. Elle restera jusqu'à la fin une batterie de hauts fourneaux destinée à l'alimentation de l'usine de Knutange. À leur début, les 2 hauts fourneaux peuvent produire (ils produisent alors , soit autant que les 3 hauts fourneaux de Knutange) et, en 1917, la capacité cumulée des 3 atteint .

La SMK (1919 - 1962) Création

+ Productions annuellesFontoyKnutanget. de laminést. de fonte19031905190819131923192419281929193819461948194919501952195519561961

En 1918, l'usine est mise sous séquestre par les autorités françaises et l'ensemble est temporairement renommé Société anonyme des Forges et Mines à Nilvange, avec son siège à Nilvange. En 1919, l'actif industriel est vendu pour à un groupement de sidérurgistes français menés par les Schneider, la Participation minière et métallurgique d’Alsace-Lorraine. Les anciens actionnaires belges sont exclus, mais reçoivent une indemnité de . Enfin, le , la Société Métallurgique de Knutange ou SMK est fondée : elle intègre les avoirs de l'usine de La Paix, complétés par ceux de la -Gutehoffnungshütte. L'ensemble intègre : l'usine de Fontoy : 3 hauts fourneaux, un moulin à scories Thomas, une centrale électrique ; l'usine de La Paix à Knutange : 7 hauts fourneaux, une aciérie avec 6 convertisseurs de , des laminoirs, des fonderies, des laminoirs, des soufflantes à gaz et à vapeur ; les mines de fer : Aumetz (, avant guerre, connectée à l'usine par un téléphérique de ), La Paix (, avant guerre, connectées à l'usine par un téléphérique), Reichland ( à Boulange, avant guerre, connectée à l'usine par un téléphérique de ), Havange (, avant guerre, connectée à la mine de La Paix par une galerie de avec un train électrique), Hercules (, encore inexploitée, sera fusionnée dans la mine de Bassompierre pour fournir du minerai siliceux) et Ida-Amélie (, exploitée en amodiation). L'usine a, de plus, une participation d'un tiers dans les mines de Murville, Bertrameix et Malavillers ( au total, mais seule la mine de Murville était exploitée avant guerre) ; les fours à chaux de Dompcevrin et les carrières de dolomie à Apach.

Maturité

Dans les années 1920, on peut recenser à l'usine, outre les 2 mélangeurs et les 6 convertisseurs Thomas, une fonderie avec 2 cubilots et des laminoirs alimentés par 2 bloomings. Le blooming principal et le plus moderne est le train I. C'est le seul laminoir actionné électriquement : le blooming I bis, qui sert de réserve, fonctionne, comme les autres trains aval, avec des machines à vapeur. Le train II lamine les rails et les profilés, le II bis produit des billettes et des traverses, le III est un train à 4 cages laminant des profilés. Quant aux autres laminoirs, numérotés de 4 à 7, ce sont des trains à petits fers mus à la vapeur ou à l'électricité. L'usine, occupe et les mines . Mais l'effectif maximal pourrait atteindre et : la production minière de 1920 ne vaut que 1/3 de cette de 1913.

C'est en 1929 que le record de production de fonte est atteint, avec . La physionomie de l'usine est alors bien figée, avec 3 entités : l'Usine du Haut, c'est-à-dire les 7 hauts fourneaux de Knutange ; l'Usine du Bas, de l'autre coté de la ligne de chemin de fer Hayange-Algrange, comprenant l'aciérie et les laminoirs ; l'Usine de Fontoy, avec ses 3 hauts fourneaux.

Sous l'Annexion, l'entreprise est attribuée à Klöckner, et prend le nom de . Elle reprend son ancienne raison sociale à la Libération. En 1942, le Fy2, situé au milieu des deux autres, est arrêté. La modernisation des deux hauts fourneaux restants compense largement cette fermeture : en 1954, le Fy3 a une capacité de , et passe à en 1956 ; en 1955, le Fy1 d'une capacité de , est un haut fourneau très moderne (entièrement blindé, avec un creuset en carbone pour un fonctionnement en aggloméré). À sa fermeture, en 1971, il produit .