L'Essai de métaphysique est un écrit philosophique d'Henri de Boulainvilliers du début du . Cet écrit a permis de populariser les thèses de Baruch Spinoza à travers l'Europe. Il fait partie du corpus Spinozarum de Boulainvilliers.

Contenu Le texte est composé d'un avertissement et de deux parties. Avertissement Dans cet Avertissement, Boulainvilliers prétend avoir de Baruch Spinoza. Première partie : De l'Être en général et en particulier Deuxième partie : Des Passions Troisième partie Contrairement à la version imprimée, tous les manuscrits comprenant l'Avertissement font mention des et Boulainvilliers avertit à deux reprises qu'il y aura trois sections dans son analyse : la deuxième partie traite des et la troisième partie (p.139 du MS 2235 de la bibliothèque de l'Arsenal). Boulainvilliers a visiblement abandonné ce travail, ainsi, les lecteurs francophones n'ont pas pu saisir toute la portée du système de Spinoza puisque celui-ci est tronqué de sa théorie du bonheur.

Écriture Boulainvilliers écrit vraisemblablement cet ouvrage entre 1704 et 1722, période durant laquelle il lit le Traité théologico-politique (dont il écrit un commentaire en 1695) et les Opera posthuma de Spinoza.

Par ailleurs, plusieurs commentaires de contemporains de Boulainvilliers suggèrent qu'il a revu son texte à plusieurs reprises : Nicolas Fréret dans une lettre et Nicolas Lenglet Du Fresnoy dans son à la Réfutation des erreurs de Benoît de Spinoza.

Selon Geraldine Sheridan, il y a deux archétypes du texte : un archétype A et un archétype B.

Manuscrits En 1738, plus de 20 copies sont recensées.. En 1837, John Cochran met en vente un manuscrit de l'écrit de Boulainvillers en deux volumes pour 2 livres, 12 sous et 6 deniers.. Selon Geneviève Artigas-Menant, la bibliothèque de l'abbaye Saint-Victor de Paris possédait une copie de la première partie de lEssai de métaphysique : il s'agit de la neuvième pièce d'un .. La copie de la bibliothèque municipale d'Arras qui appartenait au fonds Abvielle a brûlé en 1915. En 1960, Spink évoque 15 copies : deux de ces copies s'avèreront être des attributions erronées. Ainsi, en 1982, Paul Vernière évoque le fait qu'il subsiste 13 copies de l'écrit de Boulainvilliers. En 1996, Geraldine Sheridan évoque l'existence de 21 copies dont aucune ne paraît être de la main de Boulainvilliers.

Actuellement, 24 copies manuscrites de lEssai de métaphysique sont répertoriées :

Angoulême, bibliothèque municipale : MS 29 : cette copie fait partie d'une collection reliée aux armes des Crussol, or Bonne-Marie-Joséphine Bernard de Boulainviller (arrière petite-fille de Boulainvilliers du côté Bernard de Rieux) a épousé Henri-Charles-Emmanuel vicomte de Crussol. Cette copie professionnelle a peut-être son origine dans la famille Boulainvilliers ; Auxerre, bibliothèque municipale : MSS 235-236 ; Auxerre, bibliothèque municipale : MS 237 (première partie seulement) ; Besançon, bibliothèque municipale : MS 418 (Lire en ligne) ; Chaumont, bibliothèque municipale : MS 185 ; Dresden, Sächsische Landesbibliothek, MS N 68 : cette copie aurait été acquise par Jacob Friedrich Reimmann (grand connaisseur d'œuvres défendues et historien de l'athéisme). Une note manuscrite en latin datée de 1724, probablement de sa main, donne une version de la description qu'il a publiée en 1725 dans son Historia universalis atheismi et atheorum falso et merito suspectorum, un extrait de cette note omis dans l'ouvrage imprimé indique que Boulainvilliers (Reimmann a peut-être supprimé cet extrait dans le but de ne pas attirer plus d'attention qu'il ne le souhaitait sur l'écrit de Boulainvilliers) ; Czech Republic, Krivoklat Castle, MS I d 9 : il s'agirait d'une copie du manuscrit de Dresde : les deux notes de la version de Dresde se retrouvent dans cette copie. De plus, le filigrane d'un papetier en Bohême suggère une date de réalisation postérieure à 1768 (soit bien après l'impression de la Réfutation en 1731). L' identifie le bibliophile Johann Christian Gottfried Jahn : il possédait une bibliothèque de livres prohibés à Dresde dont il a publié le catalogue en 1755-1757 (dans ce catalogue, la Réfutation apparaît). Ce manuscrit a ensuite été acquis par la famille Fürstenberg à Prague : leur est collé sur les plats. Il appartient toujours à leur collection ; La Flèche, Prytanée Militaire, MS 6 : il s'agit probablement d'une saisie révolutionnaire car ce manuscrit ne figure pas à l'inventaire de 1776 et la reliure n'est pas de type scolaire ; Laon, bibliothèque municipale : MS 514 ; Madrid, biblioteca nacional : MS 9788 ; Montréal, McGill : MS 1 ; François Moureau, collection privée ; Paris, Arsenal, MS 2235 : cette copie appartenait au marquis René-Louis d'Argenson, ami de Boulainvilliers. L'exemplaire de l'Arsenal provient de la bibliothèque d'Antoine-René d'Argenson, fils de René-Louis d'Argenson. Selon Geraldine Sheridan, cette copie présente le texte le plus correct ; Paris, Arsenal, MS 2236 : cet exemplaire a appartenu à Samuel Bernard (la trace de ses armes est présente sur la couverture de l'ouvrage : les armes ne sont plus présentes sur l'exemplaire). Il s'agit du travail d'un copiste professionnel : il ne s'agit donc pas d'une copie réalisée par le secrétaire de Boulainvilliers à l'usage du comte. Elle comporte beaucoup d'erreurs, ce qui tend à appuyer l'hypothèse d'une copie « commerciale » que Samuel Bernard aurait pu acheter dans les ateliers clandestins ; Paris, BNF, MS 9111 (Lire en ligne) ; Paris, BNF, MS 12242 (Lire en ligne) - 12243 (Lire en ligne) ; Paris, bibliothèque Mazarine, MS 3558 (anciennement MS 1515) : le filigrane est une vignette ovale dans laquelle une couronne est tenue par deux lions. Sous le titre du recueil, il y a l'indication , probablement de la main d'Arsène Thiébaut de Berneaud ; Paris, bibliothèque Mazarine, MS 3560. (anciennement MS 1514) : 68 feuillets : il n'y a que la première partie ; le filigrane de la page est parfois une armoirie, parfois le nom du fabricant de papier (mais sans régularité dans l’alternance). D’après Filigranes et autres caractéristiques des papiers fabriqués en France aux de Gaudriault, il s'agirait de l'armoirie de Bourgogne : le dessin est très proche du n° 74 figurant sur la planche n° 13, chap. 7. Le nom du fabricant quant à lui est P. FLACHON et E. FLACHON ; Toulouse, bibliothèque municipale, MS 757 ; Troyes, bibliothèque municipale, MS 2820 ; Valencienne, bibliothèque municipale, MS 295 : cette copie est celle du prince Alexandre-Emmanuel de Croÿ-Solre (1676-1723), cousin collatéral de Boulainvilliers, il partageait ses goûts pour l’œuvre de Spinoza et l'astrologie ; Viena, Österreichische Nationalbiblothek, MS 10399 (Hohendorf. Q. 10) : ce manuscrit vient de la collection du baron Georg Wilhelm Hohendorf (vers 1670-1719) ; Wittenberg, Evangelisches Predigerseminar, MS 29 ; collection privée (évoquée dans La Lettre clandestine n°29, 2021).. Les manuscrits de la BNF, MS 3558 de Mazarine, MS 237 d'Auxerre et MS 514 de Laon nomment Boulainvilliers dans le titre. Contrairement aux manuscrits MS 2236 de l'Arsenal, MS 235-236 d'Auxerre, MS 29 d'Angoulême, MS 2820 de Troyes et MS 295 de Valenciennes qui nomment l'auteur avec les initiales M.L.C.D.C.D.B. (i.e. Monsieur Le Comte De Charles De Boulainvilliers).

En 1996, Sheridan évoque trois groupes de manuscrits affiliés : le groupe auquel appartient le manuscrit MS 2236 de l'Arsenal et qui porte la mention : ; le groupe qui porte la mention : : cette mention est peut-être une erreur de copiste ou mentionne un texte modifié par Boulainvilliers ; le groupe des copies du manuscrit du baron Hohendorf.

Les manuscrits de l'Arsenal montrent que déjà dans les cercles les plus proches de Boulainvilliers, la Vie de Spinosa de Colerus et l' étaient unis à l' pour former une espèce de corpus spinozarum.

Dans le Catalogue des ouvrages de M. le Comte de Boulainvilliers, fait par lui-même, Boulainvilliers évoque une qui désignerait selon Renée Simon lEssai de métaphysique.

Diffusion Dès les premières années du XVIII siècle, le Traité des trois imposteurs ainsi que Vie de Spinoza ont commencé à circuler dans un même recueil manuscrit. Un peu plus tard une est constituée regroupant également l'''Essai de métaphysique dans le même recueil. Ce recueil se nomme : La Métaphysique et l'Éthique de Spinoza, son Esprit et sa Vie..

Publication Avant sa publication, de nombreuses copies de l'ouvrage de Boulainvilliers circulent et sont vendues très chères par les libraires. Nicolas Fréret nous informe du fait qu' a vendu des copies de cet ouvrage. Le 20 janvier 1725, un lieutenant de police écrit au duc de Bourbon pour l'informer de l'arrestation de Bonnet, Le Coulteux et Lépine qui copiaient et distribuaient des écrits de Boulainvilliers.

L'ouvrage est publié en 1731 à Bruxelles (éditeur : François Foppens) par Nicolas Lenglet Du Fresnoy sous le titre Réfutation des erreurs de Benoît de Spinoza avec les réfutations de Fénelon et Lamy. Concernant cette publication, Mathieu Marais écrit dans une lettre à Jean Bouhier datée du 4 mai 1732 : .

Le succès de cette publication fut selon Paul Vernière : en effet, sur 79 catalogues de bibliothèques privées (établis entre 1731 et 1789), le recueil est retrouvé 25 fois.

La Réfutation est évoquée en 1806 dans le Dictionnaire critique, littéraire et bibliographique des principaux livres condamnés au feu, supprimés ou censurés de Gabriel Peignot : en effet, cet ouvrage a fait l'objet d'une suppression. à tel point que Guillaume-François Debure note en 1768 que les éditions imprimées sont devenues presque aussi rares que les copies manuscrites.

Éditions contemporaines En 1973, Renée Simon publie une édition de lEssai de métaphysique dans les Œuvres Philosophiques de Henry de Boulainviller.

Selon Geraldine Sheridan, lEssai de métaphysique mérite une nouvelle édition pour différentes raisons :

du fait de la valeur du texte lui-même et du rayonnement qu'il a eu dans l'Europe des Lumières ; car les deux éditions existantes (celle de 1731 et celle de 1973) n'ont aucun apparat critique et n'ont pas éclairci le rapport entre les manuscrits et le texte publié : une partie de l'intérêt de cet écrit est lié à la circulation et à la dissémination de celui-ci, à son rapport avec les autres textes spinozistes de Boulainvilliers et à sa place dans la tradition manuscrite clandestine. Geraldine Sheridan prépare une édition critique de lEssai de métaphysique. Dans son travail d'édition, elle utilise trois méthodes : une recherche historique en partant des données sur les manuscrits du cabinet de travail de Boulainvilliers et leur devenir au moment de sa mort. En effet, selon Sheridan, l'hypothèse la plus convaincante est celle de Harold A. Ellis : d'après les catalogues de vente de la famille Bernard, Samuel Bernard aurait acquis une grande collection de manuscrits des œuvres de Boulainvilliers ou lui ayant appartenu ; une analyse systématique des manuscrits restants (reliures, papiers, écritures, provenances, dates indiquées) ; une approche textuelle avec la collation des textes.

Elle évoque le fait que son travail a été retardé par la difficulté d'obtention de microfilms des manuscrits dans certaines bibliothèques publiques de France.

Commentaires Boulainvilliers est, après Pierre Bayle, le plus actif artisan de la diffusion du spinozisme en France..

Les « implants » extra-spinozistes Selon Jean Deprun, l'''Essai de métaphysique enlève au spinozisme son couronnement mystique et lui incorpore des « implants » extra-spinozistes avec lesquels s'affirment le droit d'une lecture créatrice :

l'implant cartésien : il s'agit du réemploi du cogito et de l'exemple du à deux reprises : cogito : : il s'agit d'un « ouvert » qui débouche immédiatement sur la connaissance d'autrui et sur la connaissance des corps,