Le Livre blanc, officiellement la Déclaration de politique générale sur la Palestine de 1939 (en ou Palestine Statement of Policy, ou MacDonald White Paper) est un document de politique générale publié par le gouvernement du Royaume-Uni, dirigé par Neville Chamberlain, à la suite de la grande révolte arabe de 1936-1939 en Palestine mandataire.. Après une difficile approbation à la Chambre des communes, le , il sert de politique directrice pour la Palestine mandataire de 1939 jusqu'au départ des Britanniques en 1948. Les Britanniques comprennent que la guerre avec Hitler est imminente et pensent qu'il vaut mieux ne pas ouvrir un conflit supplémentaire en Orient avec les Arabes qu'ils préfèrent finalement amadouer. Après la guerre, le mandat est confié aux Nations unies.

Cette politique, rédigée pour la première fois en , est préparée par le gouvernement britannique de manière unilatérale à la suite de l'échec de la . Le document appelle à l'établissement d'un État palestinien indépendant administré conjointement par des Arabes et des Juifs dans un délai de 10 ans, rejetant l'idée de partition de la Palestine proposée par la Commission Peel.

Principalement, dans le contexte du début de la Shoah, le Livre blanc de 1939 limite l'immigration juive à par an et pendant cinq ans seulement, malgré les demandes désespérées des Juifs d’EuropeTimes of Israël, 22 janvier 2020, Steven E. Zipperstein, « Un télégramme adressé à Chamberlain pour sauver des Juifs, et le New-York Times … » . Ces quotas d’immigration devaient être ensuite déterminés par la majorité arabe (section II). En outre il interdit l'achat de terres par des Juifs sauf sur 5 % du territoire du Mandat (section III).

Le Livre Blanc est rejeté catégoriquement et immédiatement par les Juifs vivant en Palestine. Dès le , il avait déclenché une grève générale des Juifs.

Le Livre Blanc est rejeté par les représentants des partis arabes de Palestine, sous l'influence de Mohammed Amin al-Husseini, quoique le Parti de la défense nationale se dit prêt à l'accepter..

Le Livre Blanc est également dénoncé par la Commission des mandats permanents de la Société des Nations.

Sa disposition politique principale, l'administration conjointe de la Palestine par des Arabes et des Juifs, ne sera jamais mise en œuvre. Quant à la limitation de l'immigration juive entre fin 1939 et 1944, elle sera appliquée strictement et par excès : seuls des d'immigration prévus seront délivrés (68 %).

Contexte

vignette|Des Juifs britanniques protestent contre les restrictions à l'immigration en Palestine après la Nuit de Cristal . vignette|La conférence de Londres au palais Saint James, en . Pendant la Première Guerre mondiale, les Britanniques ont fait deux promesses concernant des territoires au Moyen-Orient. La Grande-Bretagne promet aux gouverneurs hachémites d'Arabie, par le biais de Lawrence d'Arabie et de la correspondance McMahon-Hussein, l'indépendance d'un pays arabe uni en Syrie en échange de leur soutien aux Britanniques contre l'Empire ottoman. Le califat ottoman a déclaré un djihad militaire pour les Allemands, et les Britanniques espérent qu'une alliance avec les Arabes réduira les risques d'un soulèvement général des musulmans dans les territoires sous contrôle britannique en Afrique, en Inde et en Extrême-Orient.. La Grande-Bretagne négocie également les accords Sykes-Picot pour partager le Moyen-Orient entre la Grande-Bretagne et la France.

Divers facteurs stratégiques, tels que l'obtention d'un soutien juif en Europe de l'Est alors que le front russe s'effondre, aboutissent à la déclaration Balfour de 1917, dans laquelle la Grande-Bretagne promet de créer et d'encourager un foyer national juif en Palestine. Les grandes lignes de la délimitation du territoire et des objectifs, tant pour la création d'un foyer juif en Palestine que pour l'autodétermination des Arabes, sont approuvées lors de la conférence de San Remo.

En , la Société des Nations approuve le mandat de Palestine, qui entre en vigueur en , un document explicite sur les responsabilités et les pouvoirs d'administration de la Grande-Bretagne en Palestine, y compris et . En , le gouvernement britannique présente à la Société des Nations le mémorandum transjordanien, qui stipule que l'émirat de Transjordanie sera exclu de toutes les dispositions relatives à l'installation des Juifs, conformément à l'article 25 du mandat. Le mémorandum est approuvé le . La forte opposition arabe et les pressions exercées contre l'immigration juive amènent la Grande-Bretagne à redéfinir l'immigration juive en limitant son flux en fonction de la capacité économique du pays à absorber les immigrants. En effet, des quotas annuels sont mis en place quant au nombre de Juifs pouvant immigrer, mais les Juifs possédant une grosse somme d'argent () sont autorisés à entrer librement dans le pays.

Après l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler, les Juifs d'Europe sont de plus en plus prêts à dépenser l'argent nécessaire pour entrer en Palestine. Les lois de Nuremberg de 1935 privent les allemands de leur citoyenneté. La migration juive est entravée par les restrictions nazies sur le transfert de fonds à l'étranger. Les Juifs qui partent doivent abandonner leurs biens. Mais l'Agence juive parvient à négocier un accord qui permet aux Juifs résidant en Allemagne d'acheter des biens allemands pour les exporter en Palestine, contournant ainsi les restrictions.

Le grand nombre de Juifs entrant en Palestine est l'une des causes de la révolte arabe de 1936-1939 en Palestine. La Grande-Bretagne réagit à la révolte en nommant une commission royale, la Commission Peel, qui se rend en Palestine et entreprend une étude approfondie des problèmes. En 1937, la commission Peel recommande la partition de la Palestine en deux États : l'un arabe, l'autre juif. La proposition est rejetée par les Arabes tandis que la réponse des sionistes n'est et la Commission Peel ne parvient pas à endiguer la violence.. En , la Commission Woodhead étudie les aspects pratiques de la partition et envisage trois plans différents, dont l'un est basé sur le Plan Peel. Dans son rapport de 1938, la Commission Woodhead rejette le plan, principalement parce qu'il ne peut être mis en œuvre sans un transfert forcé massif d'Arabes, une option que le gouvernement britannique a déjà écartée.. Avec la dissidence de certains de ses membres, la Commission recommande plutôt un plan qui laisserait la Galilée sous mandat britannique, mais elle souligne de sérieux problèmes tels que le manque d'autosuffisance financière de l'État arabe proposé. Le gouvernement britannique accompagne la publication du rapport Woodhead d'une déclaration de politique générale rejetant la partition comme impraticable en raison de .. Il propose un État juif sensiblement plus petit, comprenant uniquement la plaine côtière. La conférence d'Évian, convoquée par les États-Unis en , ne parvient pas à trouver un accord pour faire face au nombre rapidement croissant de réfugiés juifs, ce qui accroît la pression sur les Britanniques pour trouver une solution au problème de l'immigration juive en Palestine.

Conférence de Londres En , les Britanniques convoquent la pour négocier un accord entre Arabes et Juifs en Palestine. Les délégués arabes y participent à la condition qu'ils ne rencontrent pas directement les représentants juifs, ce qui constituerait une reconnaissance des revendications juives sur la Palestine. Le gouvernement britannique organise donc des réunions séparées avec les deux parties. La conférence se solde par un échec le ..

Au début de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques pensent que le soutien des Juifs est soit garanti, soit sans importance. En revanche, le gouvernement craint l'hostilité du monde arabe. Cette considération géopolitique est, selon le mot de Raul Hilberg, . pour les politiques britanniques puisque l'Égypte, l'Irak et l'Arabie saoudite sont indépendants et alliés de la Grande-Bretagne.

Contenu vignette|Classification des terres et limites des régions de transfert des terres telles que prescrites en 1940. Tels sont les principaux points du Livre blanc :

Section I : Constitution Sur le plan politique, le Livre blanc prévoit la création d'une Palestine indépendante dans les dix ans, et son administration conjointe par des Arabes et des Juifs dans un ratio de 2 Arabes pour 1 Juif.

En outre il rejette « sans équivoque » que la Palestine devienne un État juif :

Section II : Immigration L'immigration juive en Palestine sous le mandat britannique devait être limitée à au cours des cinq prochaines années et dépendrait ensuite du consentement des Arabes :

Section III : Terre Aucune restriction n'est imposée au transfert de terres des Arabes vers les Juifs, mais le Livre blanc stipule désormais ce qui suit :

Réactions vignette|Manifestation juive contre le Livre blanc à Jérusalem (1939). Difficile approbation au Parlement britannique À la Chambre des communes, Le Livre blanc donne lieu à des débats âpres et n'est accepté que difficilementRonald Zweig, Britain and Palestine during the Second World War, Suffolk: Boydell Press for the Royal Historical Society, 1986, p. 4 : « Lorsque le Livre blanc a été présenté à la Chambre des communes, la majorité du gouvernement, qui était de 248 voix, s'est réduite à 89 voix… Churchill mena l’attaque contre le Livre blanc, qu’il décrit comme un autre Munich et une “capitulation face à la violence arabe” ».. Le , elle ne rejette une motion disant que le Livre blanc est incompatible avec les termes du mandat que par contre . Le lendemain, la Chambre des lords accepte la nouvelle politique mais sans vote..

Au cours du débat, David Lloyd George qualifie le Livre blanc d', et Winston Churchill vote contre son parti bien qu'il fasse partie du gouvernement.. Le député libéral Jimmy de Rothschild déclare au cours du débat parlementaire que ..

Certains partisans du gouvernement s'opposent à cette politique au motif qu'elle semble, selon eux, contredire la déclaration Balfour. Plusieurs députés du gouvernement votent contre les propositions ou s'abstiennent, y compris des ministres du Cabinet comme l'illustre secrétaire d'État juif à la Guerre Leslie Hore-Belisha.

Société des Nations La Commission des mandats permanents de la Société des Nations estime à l'unanimité que le Livre blanc est en contradiction avec l'interprétation que le gouvernement mandataire, c'est-à-dire l'Angleterre, avait donnée au mandat dans le passé avec l'accord des organes de la Société des NationsJ. C. Hurewitz, The Struggle for Palestine, New York: Schocken Books, 1976, p. 105-106 : « Tant que le mandat existe, le mandataire est tenu de faciliter l’immigration et l’installation en Palestine. C’est pourquoi la Commission permanente des mandats, dans son rapport au Conseil de la Société des Nations, conclut à l’unanimité que “la politique exposée dans le Livre blanc n’est pas conforme à l’interprétation que la Commission avait donnée au mandat sur la Palestine” ».Ronald Zweig, Britain and Palestine during the Second World War, Suffolk: Boydell Press for the Royal Historical Society, 1986, p. 5 : « À la Société des Nations, le Livre blanc a reçu un accueil encore plus hostile (qu'au Parlement britannique)... La Commission s'est réunie à Genève en juin 1939 et a rejeté le Livre blanc comme étant incompatible avec les termes du Mandat ».. Quatre des membres estiment que la politique n'est pas en harmonie avec les termes du mandat, et les trois autres estiment que les circonstances existantes justifieraient la politique si le Conseil de la Société des Nations ne s'y opposait pas. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale suspend toute nouvelle délibération.

Réactions arabes vignette|Manifestation juive contre le Livre blanc à Tel Aviv (1939, collection de la Bibliothèque nationale d'Israël).