La maison de Bournonville est une famille noble de seigneurs originaires du Boulonnais, dont sont issus, du Moyen Âge au , de nombreux chefs militaires de France, des Pays-Bas méridionaux et d'Espagne.
Aux , les Bournonville, qui figurent parmi les seigneurs les plus importants du Boulonnais, combattent au service des comtes de Saint-Pol et des ducs de Bourgogne. Ils participent donc, dans les rangs bourguignons, à la guerre de Cent Ans et, plus particulièrement, à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Ils sont nombreux à mourir à la guerre, comme Lyonnel de Bournonville et ses cousins Enguerrand de Bournonville, exécuté sur ordre du roi de France , et Aleaume de Bournonville, tué à la bataille d'Azincourt. Antoine de Bournonville, fils d'Enguerrand, participe très probablement à la capture de Jeanne d'Arc.
Après la mort de en 1477, le roi de France annexe le Boulonnais et les Bournonville entrent à son service. Mais ils acquièrent des terres en Artois, possession des Habsbourg. Ils commencent donc à agir selon une logique de double fidélité, où prime la conservation des intérêts familiaux.
Du , les différentes branches de la famille, possessionnée en France, aux Pays-Bas méridionaux, en Espagne et en Nouvelle-Espagne, sont au service des souverains de ces territoires. Après un premier titre comtal acquis par Oudard de Bournonville, ils obtiennent l'érection de leurs terres en duchés et principauté. , premier duc de Bournonville, passe des Pays-Bas espagnols à la France. Ses deux fils ont des itinéraires divergents : est un chef militaire au service de l'Espagne alors que son frère Ambroise-François de Bournonville combat au service de la France. C'est l'époque où ils mobilisent des érudits pour construire une mémoire lignagère.
Au début du , Michel Joseph de Bournonville s'installe en Espagne, où il reçoit un autre titre de duc de Bournonville. Il réussit à récupérer une partie des biens de la branche aînée. Ses neveux font carrière dans les Pays-Bas méridionaux, devenus autrichiens en 1714. Cette branche cadette, la dernière de la maison princière et ducale, occupe des fonctions militaires importantes et s'éteint en 1791. La maison de Bournonville est éteinte en filiation légitime mais une branche en filiation légitimée est subsistante.
Un lignage noble du Moyen Âge Les origines en Boulonnais La première mention certaine d'un seigneur de Bournonville date de 1084. Les tentatives de remonter plus haut, œuvres des généalogistes du , sont très douteuses et la prétendue relation avec les comtes de Guînes n'est pas prouvée. En effet, l'authenticité de la charte de 1071 invoquée en 1668 par Jean-Baptiste Christyn, dans sa Jurisprudence héroïque, pour relier un certain Guillaume de Bournonville à Guillaume, fils d'Eustache comte de Guînes, est très sujette à caution. Ce document ne figure pas dans le cartulaire de Thérouanne et ses données sont peu conciliables avec ce qu'on sait du premier Bournonville, Gérard..
Jusqu'au début du , quelques jalons permettent de suivre la généalogie de cette famille, qui noue des alliances avec les lignages voisins, du Boulonnais (familles de Selles, de Longvilliers, de Bernieulles), d'Artois (lignages de Renty, d'Olhain, de Saint-Omer, de Bailleul) et du Ponthieu (famille de Lianne).
La plus importante de ces alliances est le mariage, vers 1330, de Jean de Bournonville avec Mahaut de Fiennes, petite-fille du comte de Flandre Gui de Dampierre, sœur du connétable de France Robert de Fiennes et belle-sœur du comte de Saint-Pol Jean de Châtillon. Cette alliance prestigieuse est très probablement l'occasion qui décide les Bournonville à changer de blason, adoptant l'exact inverse de celui des Fiennes. Robert de Fiennes protège ensuite ses neveux Bournonville, qui servent dans sa compagnie, en leur donnant des terres, dont la seigneurie de Château-Briçon (dans la commune actuelle de Rety).
Les six garçons issus du mariage de Jean de Bournonville et de Mahaut de Fiennes forment différentes branches : les seigneurs de Bournonville, les seigneurs de Rinxent, les seigneurs de Château-Briçon et les seigneurs de La Bretèche.
Du Boulonnais à l'élargissement territorial vignette|redresse=1.2|droite|Implantation de la famille de Bournonville en Boulonnais et alentours entre 1350 et 1500.|alt=Carte montrant les possessions et lieux de fonction de la famille de Bournonville en Boulonnais. Entre 1360 et 1430, les possessions foncières du lignage sont concentrées en Boulonnais, Artois et Ponthieu. En Boulonnais, la branche aînée possède les seigneuries de Bournonville, Conteville, Pernes, Havenquerque et Huplandre (toutes deux dans l'actuelle commune de Pernes), tandis que les branches cadettes bénéficient des seigneuries de Rinxent, Croutes (commune actuelle de Rinxent), Tardinghen, Château-Briçon, Houllefort, Auvringhen (commune actuelle de Wimille), Saint-Martin-Choquel, Hourecq, Capre (commune actuelle de Tingry), Le Verghe (commune actuelle de Saint-Étienne-au-Mont). Les Bournonville font alors partie de la catégorie supérieure des vassaux du comte de Boulogne et exercent des offices militaires, en étant capitaines ou châtelains des châteaux de Boulogne, Fiennes, Hardelot, Desvres et Hucqueliers. En Artois, ils possèdent les seigneuries d'Auchel, de Coulomby et de Mouriez. En Ponthieu, les Bournonville sont seigneurs de Frettemeule (commune actuelle de Crécy-en-Ponthieu)..
En 1420, Lyonnel de Bournonville reçoit de son beau-frère, Jean de Villiers de L'Isle-Adam, une seigneurie francilienne, celle de La Bretèche, aujourd'hui Saint-Nom-la Bretèche.. À partir du milieu du , Antoine de Bournonville, seigneur de Bournonville et d'autres fiefs dans le Boulonnais, acquiert par mariage et achat, des possessions ailleurs en Picardie, en Champagne et en Barrois. Il est également gouverneur du comté de Marle, au nom de la comtesse, Jeanne de Bar, femme de Louis de Luxembourg-Saint-Pol..
Dans les années 1480, le fils aîné d'Antoine, Louis de Bournonville, est seigneur, par sa femme Claire de Beauvoir, d'un ensemble de terres picardes, en Ponthieu et en Amiénois. Son frère Pierre devient seigneur de Ricarville, en Normandie. Ainsi, les possessions de la branche aînée sont alors dispersées en Boulonnais, en Ponthieu, dans le comté de Marle, en Champagne et en Barrois..
Une famille au service des ducs de Bourgogne À la fin du , le comté de Boulogne est une possession de Jean de Berry, par sa femme , mais il ne s'en occupe guère. Les ducs de Bourgogne, parce qu'ils possèdent le comté d'Artois dont dépend le comté de Boulogne, mènent avec succès dans le Boulonnais une politique de captation des fidélités de la noblesse, dont la famille de Bournonville, préparant une annexion pure et simple qui intervient en 1416 à la mort du duc de Berry..
alt=Page manuscrite sur neuf lignes, sceau au lion.|vignette|redresse=1.5|gauche|Quittance d'Enguerrand de Bournonville du 26 juin 1412, pour un paiement du trésor royal de et 10 sous tournois pour sa compagnie de dans une retenue de . Sceau à la cire rouge, aux armes d'Enguerrand de Bournonville, BNF.
Les Bournonville font la guerre en famille. Ainsi, Aleaume de Bournonville participe à ses premières campagnes militaires, en compagnie de son oncle Jean de Bournonville, seigneur de Rinxent. Ils sont au service de leur cousin , comte de Saint-Pol et ils sont intégrés dans son hôtel.. Il existe toutefois des différences dans les fidélités. Aleaume ne sert le duc de Bourgogne que parce qu'il est un parent et serviteur du comte de Saint-Pol, lequel a choisi le camp bourguignon. Son frère, Enguerrand de Bournonville, est pour sa part directement au service des ducs de Bourgogne..
Le plus célèbre des Bournonville médiévaux est le frère cadet d'Aleaume, Enguerrand de Bournonville, qui combat au service de Philippe Le Hardi puis de Jean sans Peur, dans le pays de Liège, où il joue un rôle décisif pendant la bataille d'Othée, mais aussi en Italie, en Île-de-France, dans le Berry et en Picardie. Il s'affirme ainsi comme un chef militaire de premier plan.. En campagne, il mène des compagnies aux effectifs importants, dépassant la centaine d'hommes. L'une d'elles, en 1412 est une composante de la « retenue » de plus d'un millier d'hommes qu'il tient au service du roi. Sept de ses parents, six cousins - dont Guillaume de Bournonville et Lyonnel de Bournonville - et son fils bâtard Bertrand de Bournonville servent au sein de cette troupe..
vignette|La capture de Jeanne d'Arc par les Bourguignons lors du siège de Compiègne. Miniature extraite des Vigiles de la mort de Charles VII (vers 1483).|alt=Des cavaliers armés entrent dans une ville fortifiée en poussant une jeune femme.
En 1430, le fils d'Enguerrand, Antoine de Bournonville, combat dans l'armée bourguignonne qui assiège Compiègne et, le , il fait très probablement partie des capitaines bourguignons qui capturent Jeanne d'Arc. Il reçoit probablement une partie de la rançon après avoir cédé la prisonnière à son chef, Jean de Luxembourg-Saint-Pol, qui la livre ensuite aux Anglais..
Louis de Bournonville et son cousin Jean de Bournonville, seigneur de Hourecq et qui acquiert par sa femme Isabelle les seigneuries des Prés, de Capre (commune actuelle de Tingry) et d'Houllefort, font la guerre au service de Charles le Téméraire dans les années 1460-1470. Le second est d'ailleurs conseiller et chambellan du duc. Leur cousin Jean de Bournonville, seigneur de La Vallée, en est quant à lui l'écuyer tranchant. Le duc lui concède l'office d'aide du châtelain d'Hesdin et il prend part à la bataille de Nancy pendant laquelle Charles le Téméraire trouve la mort le ..
La violence et la mort au combat Dans le lignage de Bournonville, les aînés, comme Aleaume, son neveu Antoine, Louis, fils aîné d'Antoine, ou leur cousin Lyonnel, sont chevaliers, souvent adoubés sur le champ de bataille, alors que les cadets, comme Enguerrand le père d'Antoine ou Pierre le second fils de celui-ci, sont seulement écuyers..
vignette|La bataille d'Azincourt (miniature extraite de la Chronique d'Enguerrand de Monstrelet, fin du ).|gauche|upright|alt=Mêlée de combat entre deux groupes de cavaliers, avec une oriflamme fleurdelysée à gauche et une oriflamme rouge à droite Différents membres du lignage, comme Aleaume de Bournonville, son oncle Jean de Bournonville seigneur de Rinxent, Lyonnel de Bournonville, sont impliqués dans plusieurs affaires judiciaires de violences envers des personnes, parfois commises en famille. Ils sont responsables de coups et blessures et d'homicides, pour lesquels ils sont poursuivis avec plus ou moins d'efficacité. Ils ne commettent ces violences que dans le cadre géographique où ils sont enracinés, la Picardie au sens large.. Cette violence exercée par des nobles, qui invoquent l'honneur de leur lignage, se rencontre couramment..
En 1414, Enguerrand de Bournonville, capitaine de Soissons pour le duc de Bourgogne, est décapité par ordre du roi après la prise de cette ville par l'armée royale. Il est condamné comme rebelle à l'autorité royale et parce que le frère du duc de Bourbon a été tué pendant ce siège..
L'année suivante, le , cinq membres de la famille de Bournonville, dont Lyonnel de Bournonville, combattent dans les rangs français à la bataille d'Azincourt, comme beaucoup d'autres seigneurs bourguignons. Aleaume de Bournonville y trouve la mort, ainsi que son cousin germain Gamot de Bournonville et Baudouin de Bournonville, fils bâtard d'Enguerrand de Bournonville.. Pour les Bournonville, comme pour une grande partie de la noblesse française, Azincourt est une hécatombe..
En 1429, Lyonnel de Bournonville, qui combat de nouveau dans les rangs anglo-bourguignons sous le commandement du duc de Bedford, est blessé alors qu'il tente de reprendre sa seigneurie de La Bretèche que les Français lui avaient enlevée, et meurt peu après, entre le 22 et le ..
Confusion autour du tombeau de Marle