thumb|La forêt de Paimpont, couramment identifiée à la forêt de Brocéliande.

Le mot Argoat ou Arcoat désigne la Bretagne intérieure, « boisée », par opposition à la Bretagne maritime, appelée Armor.

Étymologie et linguistique Le terme français vient du mot breton , composé des éléments ar- et koad... Le préfixe signifie « près de ».. L'attestation la plus ancienne citée par le Dictionnaire diachronique du breton avec les formes Argoad et Argoët date de 1716..

Le substantif masculin (en graphie moderne unifiée) signifie « bois » (au sens de « petite forêt »). Ce mot a muté par adoucissement en goad après le préfixe ar-, mais on peut trouver des . Le français utilise -t en finale au lieu de -d, pour des raisons phonétiques.

Le mots Armor et Arvor sont composés de la même façon : ar- et mor (« mer »).

Délimitation et définition D'après le Dictionnaire françois celtique ou françois breton de 1732. An-argoëd ou dans le Vannetais ar coët est la « plaine terre » ou le « païs sous bois qui n'est pas près de la mer ».. Le Dictionnaire de la langue bretonne de 1752, définit la signification de An-Argoat (an- étant l'article défini) également par l'opposition à an-ar-vor « le pays maritime », « le littoral » (Arvor est une variante de Armor..). Ainsi, ses habitants argôeder ou argoder sont des habitants de plein-terre, même si Argoat signifie littéralement la forêt. L'auteur du dictionnaire avait repéré cette expression en « Cornouaille, & quelque part ailleurs ».. Cette interprétation est reprise en 1850 dans le Dictionnaire breton-français de Le Gonidec.. Le Devri définit également Argoad par opposition à lArvor ou l'Armor, « partie maritime, littoral de la Bretagne »...

La limite entre Armor et Argoat est floue : à quelle distance du littoral s'arrête l'influence de la mer ? Le cœur de l'Argoat est plus évident à délimiter, entre l'axe des monts d'Arrée, prolongé par les monts du Mené au nord, et celui des montagnes Noires, prolongé par les landes de Lanvaux au sud, mais l'Argoat déborde l'espace cerné par ces lignes de crête. Sur quels ouvrages se fondent ces considérations, proches d'un travail inédit (TI) ?

Selon Louis Gallouédec et Fernand Maurette, l' « Argoat (pays des bois) [est] limité au Nord et au Sud par deux bombements de collines et de plateaux parallèles aux côtes : Menez et Monts d'Arrée au Nord, Montagne Noire et Landes de Lanvaux au Sud, formés de granit et micaschiste et de grès dur, couverts de landes stériles. Entre eux s'allonge une région plus ou moins déprimée, formée de terrains primaires généralement moins durs, schistes ou argiles, couverts soit de forêts, dans le plateau de Rohan, soit de bocages, dans les bassins de Rennes et de Châteaulin »Louis Gallouédec et Fernand Maurette, La France : principaux aspects du globe : ouvrage rédigé conformément aux nouveaux programmes du 20 juillet 1909, édition, Paris, Hachette, 1910, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k98034054/f243.image.r=Argoat?rk=3991436;0.

Francis Gourvil écrit que « la notion d'Argoat n'implique aucune particularité linguistique, ethnique ou historique » et que « c'est seulement petit à petit que l'on passe de l'''Armor dans cet Argoat qui ne commence et ne finit nulle part. Et cependant le changement dans le paysage est relativement net (...) »Francis Gourvil, Morlaix entre mer et monts, 1954, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3351960c/f6.image.r=Argoat?rk=6072991;2.

Selon Charles Floquet, le Poutrocoët était une vaste région de la Bretagne centrale, occupant toute la zone allant d'est en ouest de Montfort-sur-Meu à Rostrenen, sur une longueur de 100 à , et, du nord au sud, de Corlay à Camors sur une largeur d'une cinquantaine de kilomètres..

De nouveau une forme de Travail Inédit. Quel auteur reconnu parle de cette « rivalité » ?

Les nombreuses traces du passé

L'historien Arthur de La Borderie imaginait que le centre de la Bretagne était longtemps resté presque désert. C'était une erreur, l'occupation humaine de l'actuelle Bretagne intérieure étant prouvée depuis le début du Mésolithique vers . (grotte de Roc'h Toul en Guiclan). Les monuments préhistoriques y sont nombreux, par exemple à Carhaix (cairn de Goassec'h.), Saint-Thois (cairn de Ty-Floc'h), Brennilis (dolmen de Ty-ar-Boudiged), Plussulien (Quelfennec), Liscuis en Laniscat, Monteneuf (alignements), etc.., ce qui témoigne d'une occupation humaine entre et . La déforestation a commencé depuis au moins le début du second millénaire , les nombreux tumuli et dépôts de haches à douille datant de l'âge du bronze en sont des preuves. Les analyses polliniques menées dans les tourbières des Monts d'Arrée et des Montagnes Noires montrent d'importants défrichements et une extension des cultures au second âge du fer, de même que les fouilles de Saint-Symphorien en Paule. Les camps retranchés comme ceux de Toul-Goulic en Trémargat, du Mur en Comblessac, etc.. et les oppida du camp d'Arthus au Huelgoat, de Lescouët en Guégon datent aussi d'avant la conquête romaine, laquelle a laissé aussi de nombreuses traces (Vorgium, voies romaines, Vénus de Quinipily toponymes se terminant en -acCes toponymes proviennent des mots latins se terminant en -acum. comme Merdrignac).

Les Bretons venus des Îles Britanniques en Armorique, principalement au , créèrent d'abord deux principautés, la Domnonée au nord et la Cornouaille au sud ; par la suite deux pou (pays) se constituèrent dans la partie centrale : le Poucaer (Poher) à l'ouest, autour de Carhaix, et le Poutrecoet . (littéralement « Pays à travers bois ») à l'est (l'abbaye de Saint-Jean de Gaël en était un lieu important) ; des plou (paroisses) se constituèrent, moins nombreux mais plus vastes que dans les régions littorales, le plus connu étant Plouenez, le « Village de la Montagne » ; des monastères et des ermitage (lan) constituant aussi des foyers de peuplement, les populations étant souvent attirées par un saint breton réputé.

Les sommets ont servi de lieux de cultes païens aux populations celtes (Ménez Hom [mais peut-on inclure ce sommet en Argoat car il est très proche de la mer ?]) avant d'être christianisés (Chapelle Saint-Hervé du Menez Bré, la chapelle Saint-Michel du Mont Saint-Michel de Brasparts, la chapelle Notre-Dame-de-Manéguen en Guénin, etc..) et ont aussi servi de tours de guet, par exemple face aux invasions Vikings (Karreg an Tan [la Roche du Feu] en Gouézec).

Des chefs temporels s'imposèrent également : le roi Morvan aurait été le premier chef d'une Bretagne unifiée et son château aurait été situé quelque part vers Priziac ou Langonnet (la communauté de communes de la région de Gourin a pris le nom de « Roi Morvan Communauté »). À partir du , de grandes seigneuries se constituent en Bretagne intérieure : les seigneuries de Gaël, Ploërmel, Malestroit, Guémené, Largouët, Poher, ainsi que les vicomtés de Porhoët, de Gourin et du Faou ou encore la baronnie de Rostrenen et, plus tard, vers la fin du la vicomté de Rohan qui disposait des forteresses de La Chèze, Josselin et Pontivy.

Des abbayes cisterciennes s'implantent au à Bégard, Le Relec, Langonnet, Saint-Aubin-des-Bois, Boquen, Coat Malouen, Bon-Repos, etc.. Les Templiers s'installent notamment à Pont-Melvez et Carentoir, les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à La Feuillée.

Plusieurs épisodes de la guerre de Succession de Bretagne (par exemple le combat des Trente s'est déroulé entre Josselin et Ploërmel) et, plus tard, des guerres de la Ligue (par exemple Quintin fut une place-forte protestante) se déroulent en Argoat.

Descriptions anciennes

Le dictionnaire de Troude décrit ainsi l'Argoat en 1876 :

À cette époque, dans l'opinion populaire, le bois apparaissait comme la principale richesse de l'Argoat ; ce n'est que dans le courant du que les difficultés agricoles lui donnèrent une réputation de rudesse et de pauvreté.. Les derniers loups de Bretagne ont été tués dans l'Arrée (au Cloître-Saint-Thégonnec) à la fin du .

Cette opposition entre Armor et Argoat subsiste comme l'affirme cette citation datant de 1956 : « Il existe en fait deux Bretagnes, l' Armor, pays de la mer, lArgoat, pays des bois »Henry Gource d'Orval, Itinéraire en Bretagne, "Bulletin de la Société de géographie de Toulouse", février 1956, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65459480/f4.image.r=Argoat?rk=85837;2.

L'Argoat a été pendant longtemps une zone refuge perçue comme sauvage, voire hostile ; Anatole Le Braz écrit : « Qui voudrait avoir l'impression directe de ce que pouvait être la Gaule barbare, la Gaule d'avant la conquête [bretonne], n'aurait qu'à se rendre dans ces contrées. Les gens de la plaine et du littoral ne sont pas sans éprouver un vague sentiment d'effroi quand ils se retournent pour regarder derrière eux ces lourdes assises de l'Argoat (...). Ils en parlent comme d'une région farouche, vouée aux antiques barbaries, toute pleine encore de l'horreur des sombres âges, des époques troubles (...). Rarement ils s'y risquent ». Il poursuit, évoquant les populations armoricaines face à l'immigration bretonne venue d'Outre-Manche : « L'Argoat devint un refuge et une citadelle. Ils y vécurent d'une existence longtemps précaire, parmi les loups et peut-être les aurochs » et « J'ignore ce qu'il peut rester de sang gallo-romain dans les veines de l'habitant actuel de l'Argoat, mais à pénétrer dans un de ces logis de paille et de boue épars dans les solitudes des monts, il est difficile de ne songer point au misérable tugurium de quelque serf gaulois »Anatole Le Braz, "En forêt", Journal des débats politiques et littéraires, n° du 28 décembre 1897, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4689834/f1.image.r=Argoat?rk=193134;0.

Le même auteur écrit aussi en 1895 : « Je viens de pèleriner pendant un mois à travers les bourgades et les hameaux de la Bretagne intérieure. C'est une région encore peu connue ». Ayant pris le train entre Guingamp et Carhaix pour se rendre au pardon de Bulat, il poursuit : « Le propre de ces lignes de l'Argoat est, pour ainsi dire, de ne passer nulle part, de n'avoir l'air de rien desservir, et leurs gares font l'effet de maisons de bergers, perdues dans la steppe ». Parlant de Bulat, il écrit : « La bourgade est chétive, un pauvre village des monts, fait d'un presbytère, d'une école et de trois ou quatre auberges. Le paysage en revanche est délicieux et l'église est admirable »Anatole Le Braz, En Argoat, Journal des débats politiques et littéraires, n° du 4 octobre 1895, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k468061w/f1.image.r=Argoat?rk=128756;0.

En 1938 un manuel de géographie destiné aux classes primaires présente ainsi l'Argoat : « Le pays intérieur, ou Argoat, est couvert de landes et de forêts. L'Argoat est un pays pauvre et peu peuplé »Louis Gallouédec, Fernand Maurette et Jean Martin, "Géographie : cours supérieur année certificat d'études", 1938, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97721272/f76.image.r=Argoat?rk=3004306;4.

En 1947 encore, le journal France-Soir parle de « la sauvage diversité de la Bretagne intérieure : l'Argoat »Journal France-Soir, n° du 26 juin 1947, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k47465198/f2.image.r=Argoat?rk=2660957;2.

Les forêts d'Argoat du Moyen Âge au Au Moyen Âge « l'Argoat est couvert de forêts presque impénétrables et que les moines défrichent sur les pas de saint Columban, de saint Gal et de leurs compagnons irlandais (...) Dès qu'on veut circuler, on ne peut le faire commodément qu'à cheval, au fil des sentiers qui contournent les pentes »Antoine-Auguste Saint-Gal de Pons, "Les Origines du cheval breton. Le Haras de Langonnet. Les Dépôts de Lamballe et d'Hennebont. Le Dépôt de remonte de Guingamp", 1931, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6550412c/f15.image.r=Argoat?rk=2854091;2.