Le Service de police de l'Inde ou police indienne ( (IPS) ; en hindi : , ) est une administration de l'Inde assurant la police au nom de l'État central et des États et territoires de l'Inde. Son origine remonte à l'Antiquité et au Moyen Âge. Il développe son cadre actuel de fonction publique en Inde dans l'Empire britannique où il reçoit son statut en 1861. Après la partition de 1947, il poursuit son activité dans l'Inde indépendante sous la tutelle du ministère de l'Intérieur. Confronté aux violences intercommunautaires et à la criminalité organisée, il est signalé pour des pratiques habituelles de violence policière et de corruption.
La plus ancienne police du monde
Le problème du maintien de l'ordre a dû se poser très tôt dans les cités de la civilisation de l'Indus, vers 3200-1900 av. J.-C. : certains bâtiments semblent avoir été utilisés comme caserne pour une force armée permanente et un sceau de Harappa montre un homme armé du daṇḍa (bâton), plus tard emblème de la police. Les Lois de Manu, les textes religieux et épiques évoquent le rôle du daṇḍa comme symbole et instrument de l'ordre public : il ne doit jamais être inconsidéré ou arbitraire, la protection des sujets étant un des premiers devoirs du raja (roi). Les prières védiques des Samhita et Brahmana citent toutes les sortes de crimes contre lesquelles les fidèles appelaient la protection des divinités hindoues. Les contes bouddhistes des Jātaka montrent aussi que le brigandage était répandu. Les caravanes de marchands devaient avoir une escorte armée.
La première force de police organisée de l'histoire est celle de la dynastie Maurya qui unifie l'Inde entre 321 et 185 av. J.-C. L’Arthashâstra, traité politique attribué à Kautilya, ministre du roi Ashoka, décrit sous le nom de dandaniti les services chargés d'assurer la collecte des impôts et la sécurité des villes et des campagnes, au besoin en imposant un couvre-feu et en installant des garnisons sur les routes. Les Maurya créent des services d'espionnage, contre-espionnage, douanes, fiscalité, dotés de moyens d'investigation. La police est sous l'autorité générale du samaharta, à la fois et des Finances. Elle est constituée de trois branches : le pradesta dirige l'administration en zone rurale, le nagarka dans les villes, le sthamika couvre à la fois les zones rurales et urbaines. Les grades sont ceux de gopaa (agent), sangrahana (responsable de 10 villages), kharavata (sur 200 villages), mukha (sur 400 villages), sthaniya (800 villages). Plusieurs services spécialisés en dépendent comme le gramakuta (chef de village), l’antapala (chef des garde-frontières), les sansthadhyaksa et panyadhaksa (inspecteurs des marchés), le ganika dhyaksa (police de la prostitution et des jeux d'argent) et de nombreux agents secrets et informateurs. L’Arthasastra décrit les différentes pratiques criminelles et les méthodes de médecine légale qui permettent de déterminer la cause du décès par étouffement, empoisonnement, noyade, etc.
Sous différents noms, les services de maintien de l'ordre (dandanayaka et maha dandanayaka) se maintiennent sous les dynasties Kouchan et Gupta. Les Lois de Manu distinguent entre une police visant la criminalité ordinaire et une police spéciale destinée à assurer la sécurité de l'État et des hauts dignitaires en employant des espions et agents provocateurs.
La conquête musulmane, du , est marquée par des violences, massacres, pillages, réduction en esclavage ; les cadis appliquant la loi islamique et les garnisons militaires formées de Turcs et Afghans montrent peu de respect pour les droits et coutumes de la majorité hindoue. Sous Sher Shah Suri et sous la dynastie moghole (1526-1847), les (chefs de district), musulmans, cumulent les fonctions militaires, judiciaires et fiscales : les forces de l'ordre sont commandées par un thanedar en zone rurale et un en zone urbaine. L'administration locale est surtout assurée par les zamindars, collecteurs d'impôt qui deviennent peu à peu des propriétaires héréditaires ; ils peuvent entretenir quelques gardes pour leur sécurité et la perception des taxes mais, en général, ils sont plus soucieux de leur enrichissement que du bien-être de leurs administrés.
Sous le drapeau britannique Ordre et désordre public sous la Compagnie des Indes
Dans la seconde moitié du , la Compagnie britannique des Indes orientales prend une place croissante dans l'économie et l'administration de l'Inde. En 1767, alors que l'Empire moghol est en pleine décomposition, la Compagnie obtient des derniers empereurs le titre de diwan (gouverneur) du Bengale. La présidence du Bengale, puis celles de Bombay et de Madras se dotent d'une administration centrale. Des tribunaux criminels sont établis au Bengale en 1772 mais ils se révèlent peu efficaces contre le brigandage des dacoïts, souvent complices des zamindars qui touchent une part de leur butin : les règles de preuve de la loi britannique se révèlent trop favorables aux accusés. En 1774, le gouverneur Warren Hastings essaie de rétablir l'autorité des faujdars, qui avaient été abolis quelques années plus tôt, mais le résultat est si décevant qu'il les supprime en 1781. Charles Cornwallis, successeur de Warren Hastings, retire le pouvoir judiciaire aux zamindars et instaure 4 conseils de circuit chargés de superviser les juridictions de police. Chaque juridiction s'étend sur 20 à 30 milles carrés (50 à 80 km²) avec 20 ou 30 hommes armés dirigés par un ou superintendant qui peut aussi réquisitionner les gardiens de village. Le règlement établi par Cornwallis en 1793 réserve le pouvoir de police au gouvernement central représenté par le kotwal, compétent pour les affaires de meurtre et de mort non naturelle, et par le daroga pour les délits moindres. Il est interdit aux zamindars ou aux propriétaires d'avoir leurs propres gardes ; si un zamindar ou propriétaire est trouvé complice des brigands, il doit rembourser la valeur des objets volés ou pillés ; le texte prévoit aussi des sanctions en cas de corruption d'un daroga. En fait, le nouveau système se heurte à une résistance larvée des notables indigènes tandis que les anciens gardes des zamindars, privés de ressources, se tournent vers la criminalité. Dès 1807, la Compagnie rétablit les pouvoirs de police des zamindars. La plupart des réformes de Cornwallis sont annulées ou vidées de leur contenu dans les 20 années suivantes. La secte criminelle des thugs, société secrète de voleurs et étrangleurs, est démantelée par les services du surintendant William Henry Sleeman, nommé à la tête du Thuggee and Dacoity Department en 1829. Sleeman doit recourir à des procédures d'exception et au recrutement d'auxiliaires civils pour remédier à la relative indulgence des tribunaux indigènes ; en 6 ans, thugs sont capturés dont sont condamnés à mort et 500 déportés vers d'autres colonies. Le souvenir plus ou moins mythifié du thugisme permet de justifier la répression coloniale contre des castes et tribus marginales présentées comme mystérieuses et malfaisantes.
L'administrateur colonial Richard Temple, dans son ouvrage India in 1880, décrit la situation de la police depuis le début du régime britannique :
Dans les années 1840, plusieurs projets de réforme sont émis mais l'absence de contrôle effectif sur les zamindars et le manque de coordination entre les différentes autorités coloniales empêchent tout redressement des abus, entraînant un mécontentement croissant de la population jusqu'à la grande mutinerie des troupes indigènes de 1857-1859, qui ébranle la domination britannique.
La Police impériale Le gouvernement de Londres exproprie la Compagnie des Indes en 1858 et transforme le pays en vice-royauté sous sa tutelle directe. La Police Commission de 1860 et le Police Act de 1861 réorganisent complètement le service, retirent leurs pouvoirs aux zamindars et rétablissent un corps spécialisé dans le maintien de l'ordre.
Richard Temple note que les effets positifs des réformes se font d'abord sentir à Calcutta et Bombay, des grandes villes où les fonctionnaires britanniques peuvent opérer avec assez d'efficacité ; il est possible d'y former un corps de constables et de promouvoir des indigènes compétents aux grades supérieurs. Ce système s'étend bientôt aux administrations de district : la présence permanente d'un ou deux fonctionnaires européens permet de surveiller toutes les affaires graves, de sélectionner les meilleurs éléments indigènes, relativement instruits, motivés par une meilleure solde et par l'espoir de promotions, et d'obtenir une amélioration globale. Un des facteurs de progrès est le recrutement de policiers sikhs : considérés comme une « », appréciés pour leur énergie et leur loyauté, ils deviennent une composante essentielle de la police coloniale en Inde et dans les autres possessions britanniques.
La police de l'Inde à la fin du a un caractère civil : hors des régions frontalières, les hommes portent un uniforme mais ne sont pas armés, sauf ceux qui gardent les prisons et les trésoreries. S'il survient des émeutes, elles sont réprimées par l'armée régulière.
La police ferroviaire est créée en 1866, à une époque où les chemins de fer indiens appartiennent à des compagnies privées. Son financement est assuré par les compagnies pour les trois quarts et par le gouvernement pour un quart. Elle opère sur les lignes, gares, quais et ferrys ainsi que sur les terrains d'habitation du personnel. À la suite de désaccords répétés, la compétence de la police gouvernementale est limitée au trafic de passagers : la garde des trains de marchandises et des entrepôts est assurée par les gardes privés de la compagnie. Aujourd'hui, elle est sous la tutelle conjointe du ministère de l'Intérieur et de celui des Chemins de fer.
Pour contrôler les populations, les administrateurs coloniaux développent une théorie eugéniste des « castes criminelles » naturellement disposées à la malfaisance. Le surintendant Frederick S. Mullaly, dans ses Notes on Criminal Classes of the Madras Presidency (1892), décrit le système de classement appliqué dans sa présidence : les Sansis sont une tribu de voleurs errants alors que les Ramoshi pratiquent le banditisme à main armée. La lutte contre la criminalité bénéficie de progrès techniques comme la découverte des empreintes digitales par William James Herschel, officier en poste au Bengale.
Dans la première moitié du , la police est employée à réprimer les manifestations du mouvement indépendantiste, ainsi lors des grèves d'octobre 1905 contre la partition du Bengale. La brutalité policière entraîne en retour un durcissement du mouvement national avec des attentats à la bombe et tentatives d'assassinat de hauts fonctionnaires britanniques. Les groupes terroristes, recrutés surtout parmi les étudiants bengalis hindous, s'en prennent aux postes de police et aux fonctionnaires indigènes ; ils se financent en rançonnant les changeurs et les marchands marwaris. Le à Calcutta, lors d'une manifestation rassemblant hindous et musulmans, des combats de rue opposent la police aux manifestants, faisant 36 morts civils et une centaine de blessés.
Dans l'Inde indépendante Forces et faiblesses
L'indépendance et la partition des Indes, en 1947, entraînent le départ des cadres supérieurs britanniques de la police ; celle-ci est partagée entre l’Indian Police Service de l'Union indienne et les forces de sécurité du Pakistan. Vallabhbhai Patel, ministre de l'Intérieur du gouvernement intérimaire indien, organise l’Indian Administrative Service qui remplace l’Indian Civil Service colonial et confère un statut national à l’Indian Police Service, reconnu par l'article 312 de la Constitution de l'Inde ; sa compétence est étendue aux principautés indiennes à mesure de leur rattachement à l'Union. L'article 316 instaure une Commission du service public pour superviser l'administration civile et la police, à l'échelle nationale et dans chaque État de l'Union. Selon Charles Bettelheim, .