Les Tananas ou Tananas athapascans constituent un peuple autochtone d'Amérique du Nord, originaire précisément de l'Alaska et du Yukon. Ils font partie du groupe ethnolinguistique de langue athapascane et sont les premiers habitants du bassin versant de la rivière Tanana (en tanana : Tth'itu, « eau droite » ; en koyukon : Tene No, « eau du sentier »), situé au centre-est de l'Alaska intérieur et moindrement au Yukon. Les Tananas sont appelés Ten Hʉt'ænæ (« gens du sentier ») en tanana et en koyukon et Tanan Gwich'in (« gens de la rivière Tanana ») en gwich'inJames Kari (1996). .
La majorité des Tananas vit en Alaska, bien qu'un nombre non négligeable fait partie de la Première nation de White River près de Beaver Creek, au Yukon. En Alaska, il existe troisThe Map of Indigenous Peoples and Languages of Alaska ou quatreHolton, Gary. 2010. populations parlant une langue tanana, soit le tanana proprement dit ou bas tanana ou moyen tanana (Kokht'ana), le tanacross (Koxt'een) et le haut tanana (Kohtʼiin).
La culture tanana est une culture de chasseurs-cueilleurs reposant sur un système matrilinéaire. Les Tananas étaient semi-nomades et vivaient dans des habitations semi-permanentes dans les basses-terres de la vallée de Tanana. L'utilisation athapascane traditionnelle des terres comprend la chasse à l'orignal, au caribou, au mouflon de Dall et aux petits animaux terrestres, ainsi que le piégeage. Les Tananas n'avaient aucune organisation tribale formelle. Ils étaient strictement territoriaux et utilisaient des pratiques de chasse et de cueillette combinées à un mode de vie semi-nomade et à des modes d'habitation dispersés. Chaque petite bande de 20 à 40 personnes avait normalement un camp d'hiver central avec plusieurs camps saisonniers de chasse et de pêche, et ils se déplaçaient de manière cyclique, selon la saison et la disponibilité des ressourcesTerry L. Haynes and William E. Simeone (2007). Anne Shinkwin and Martha Case (1984). Libby Halpin (1987). Alaska Native Knowledge Network: Athabascans of Interior Alaska: 4th Grade Social Studies Unit: Appendix A. Written by Patricia H. Partnow.
Les voisins des Tananas sont d'autres peuples de langue athapascane, comme les Koyukons (au nord et nord-ouest), les Gwich'in (au nord et nord-est), les Häns (au nord-est), les Dena'ina (une petite partie au sud-ouest) et les Ahtnas (au sud) et les Tutchones du Nord et du Sud (à l'est).
Territoire et bandes vignette|La rivière Tanana. Le territoire du peuple tanana peut généralement être divisé en quatre sections :
les hautes-terres Tanana du Yukon se déversant dans la rivière Tanana ; les basses-terres de Northway-Tanacross ; la chaîne de l'est de l'Alaska se déversant dans la rivière Tanana ; les contreforts du norddice.missouri.edu: Tanana Description.
La rivière Goodpaster (un affluent de la rivière Tanana de 146 km) constitue une frontière naturelle dans la répartition géolinguistique des locuteurs des langues tanana, séparant les locuteurs du tanacross et du haut tanana en amont, des locuteurs du tanana (bas et moyen) vivant plus loin en avalMcKennan, Robert A. 1969. .
À la fin du XIXe siècle, douze bandes régionales vivaient dans le territoire ancestral tanana : six bandes en aval (quatre bas tanana et deux tanana moyen) et six bandes en amont (deux tanacross et quatre haut tanana).
Parenté vignette| Roue à poissons dans la rivière Tanana (Tthʼituʼ ) et camp de pêche de Bas-Tanana (1997).Les Tananas ont un système de parenté matrilinéaire. Ils reconnaissaient aussi de façon vague l'appartenance à un groupe bilatéral plus large appelé « bande régionale » (ou « groupe dialectal »), mais l'unité sociale la plus importante demeure la « bande locale » (ou « groupe familial » ou « unités familiales/de chasse »). En hiver, la bande régionale peut se diviser en unités plus petites, appelées bandes locales, chacune composée peut-être de quatre familles nucléaires. La bande régionale peut se réunir à nouveau au milieu de l'hiver pour une cérémonie de rassemblement appelée potlatch, puis se séparer à nouveau pour le piégeage du castor et du rat musqué.
La parenté tanana s'établit selon un système clanique matrilinéaire et fait place notamment au mariage entre cousins croisés. Les individus de la société tanana sont nés dans le clan de leur mère. Leur société était et est toujours composée de huit ou neuf clans matrilinéaires qui sont organisés en moitiés exogames nommées Raven (ou Crow) et Sea Gull (ou Wolf). Le mariage était censé avoir lieu entre un homme et une femme du clan opposé.
Histoire L'anthropologue Ernest S. Burch définit en 1980, un schéma en quatre périodes reflétant les principaux événements historiques et leur impact sur les autochtones d'Alaska (Inuits et peuples athapascans)Jean S. Aigner and Brian L. Gannon (1980) Delta North to Prudhoe Bay: background report for the archaeological survey along the proposed natural gas pipeline from Delta Junction to Prudhoe Bay :
la première période historique (1816-1838) est le premier contact avec les indigènes peut être compté à partir de l'expédition côtière exploratoire de James Cook en 1778 ; la période de fragmentation (1838-1897) voit une profonde perturbation et un changement des modes de subsistance et d'établissement traditionnels des autochtones ; la période coloniale (1898-1960) est marquée par l'afflux brutal d'un grand nombre de peuples allochtones à l'époque de la ruée vers l'or ; la période des revendications autochtones (1960-1977) est antérieure et postérieure à la Loi sur l'entente des revendications autochtones de l'Alaska.
Les commerçants de fourrures russes et les promyshlenniki, présents en Amérique pour le commerce des fourrures et le commerce maritime des fourrures, lors de la période de l'Amérique russe (1733-1867), commencent à s'installer dans l'Alaska intérieur à partir des années 1810, établissant un poste de traite à Nulato en bordure du fleuve Yukon (en territoire koyukon) et un à Taral en bordure de la rivière Copper (en territoire ahtna)U.S. Army Garrison, Fort Wainwright. . Des commerçants britanniques fondent Fort Yukon (en territoire gwich'in) en 1847. Les marchandises commerciales de ces postes peuvent être fournies aux Tananas par le biais de réseaux commerciaux intra-autochtones. Les contacts directs entre les Tananas et les commerçants allochtones se sont intensifiés après les années 1860. Avec l'achat de l'Alaska par les États-Unis en 1867, le contrôle des postes de traite et de la traite des fourrures est passé aux Américains. Au cours des années 1880, les commerçants américains établissent plusieurs postes supplémentaires sur le fleuve Yukon et la rivière Tanana, notamment à Nuklukayet (Tanana) (en territoire koyukon), Belle Isle (Eagle) (en territoire hän) et Fort Yukon.
Le Nucha'la'woy'ya (« où les deux rivières se rencontrent ») ou Noochuloghoyet (« la pointe de la péninsule de la grande rivière »Jones, E. 1986. ) ou encore Nukluroyit, Nuclavyette, Nukluklayet, Nukiukahyet, Nuklukait, Nuklaciyat, Nuklukyat, Noukelakayet et Tuklukyet (aujourd'hui Tanana) constituait une colonie commerciale traditionnelle pour les Koyukons et les Tananas, bien avant le contact européen.
Le début des contacts euro-américains en Alaska intérieur au début du XIXe siècle, notamment le commerce et les afflux de nouvelles populations changent la vie dans la région. Les modèles d'utilisation des terres selon les traditions autochtones évoluent vers des activités basées sur les systèmes économiques et politiques euro-américains. Au fur et à mesure que les commerçants, mineurs, missionnaires et explorateurs euro-américains s'installent dans la vallée de Tanana, les modes de vie traditionnels des groupes athapascans locaux sont perturbés, principalement quant à la subsistance et aux modes d'établissement. De même, l'arrivée des missionnaires influence profondément l'organisation sociale des autochtones, elle contribue entre autres à une érosion des connaissances écologiques traditionnelles et d'autres pratiques traditionnellesMcKennan, R.A. 1981. . Après l'achat de l'Alaska en 1867, la plupart des Koyukons sont convertis au catholicisme ou au protestantisme, et en 1900, pratiquement tous les athapascans de l'Alaska sont chrétiens, au moins de nom sinon entièrement par la pratiqueShannon Michele McNeeley (2009), Seasons out of balance climate change impacts, vulnerability, and sustainable adaptation in Interior Alaska, Fairbanks, Alaska, August 2009. En 1920, une épidémie de grippe touche un quart de la population bas tanana de Nenana (Toghotili).
Culture
Religion
Animisme et chamanisme Les Tananas et autres athapascans de l'Alaska pratiquaient traditionnellement l'animisme et le chamanisme.
Le fait que toutes les créatures, et certains objets inanimés, ont des esprits qui sont des composants actifs et puissants de ces créatures ou objets constitue un point commun dans les systèmes de croyance animiste des peuples athapascans d'Alaska. Les esprits permettaient à un animal d'en savoir plus que ce qui lui était immédiatement apparent. Ainsi, si les êtres humains faisaient quelque chose qui déplaisait à l'esprit de l'animal, l'animal lui-même resterait à l'écart des gens, et les gens risquaient de mourir de faim. Il y avait des règles très précises que les gens devaient suivre dans leurs relations avec les animaux, basées sur cette croyance de l'esprit dans l'animal.
Le chaman, aussi nommé homme-médecine ou femme-médecineMike Gaffney 2011. (en tanacross : deshen ; en haut tanana : dishin) était la figure centrale de la vie religieuse athapascane. Le chaman constituait le lien entre les esprits et le peuple. Les pratiques magiques et spirituelles étaient constituées de présages, de charmes, d'amulettes, de chansons, de tabous et de croyances sur le surnaturel. Les esprits des animaux, composante essentielle de la vie spirituelle tanana, influençaient les activités des vivants et guidaient les morts vers leur dernière demeure. Les chamans athapascans protégeaient les gens contre les effets des mauvais esprits, diagnostiquaient diverses maladies et restauraient la santé des personnes blessées par les mauvais esprits. Le chaman pouvait également rendre le précieux service de la scapulimancie, qui prédisait l'emplacement du gibier lorsque la chasse était difficileNative People of Alaska. . L'anthropologue Richard K. Nelson (qui a vécu pendant de longues périodes dans des villages athapascans de l'Alaska) rapporte que les traditions athapascanes enseignent que tout dans la nature est fondamentalement spirituel et doit être traité avec respect. Cela inclut non seulement d'éviter les déchets, mais aussi de suivre un code de moralité envers les plantes, les animaux et la terre elle-même. Par exemple, si un homme tanana devait tuer un loup, il ne devrait jamais le toucher jusqu'à ce qu'il s'excuse formellement et explique que sa famille en a besoinNelson, Richard K. 1986. . vignette|Un potlatch tanana moderne.